USA,
Israël, Italie, Europe, Vatican : des « sauvages » aux « terroristes
islamiques »
Et maintenant, on va en Afrique ! Somalie, Soudan
: le retour du colonialisme

Fulvio Grimaldi,
20 mars 2007
Traduit par Fausto Giudice
La Somalie, j’y suis arrivé
en 1991, avec Alberto, un Sarde culotté et caméraman téméraire, quelques
jours après qu’une révolte national-populaire avait chassé, le 31 janvier,
l’ami intime et associé préféré de Bettino
Craxi, le dictateur
Siad Barre, qui avait été pendant
une décennie prosoviétique puis la décennie suivante proaméricain. Un
satrape de la pire espèce que les colonialistes sur le recul aidaient
à assumer la fonction de la continuité néocoloniale pour ses propres
intérêts et pour leurs ripailles.
Nous avions
échoué sur la partie Nord de Mogadiscio, après un voyage aventureux
sur une charrette volante depuis Djibouti.
Là, nous avions été accueillis par un “commandant” galonné d’une
police qui n’existait plus. Celui qui en revanche existait déjà était
l’habituel pantin des ex-patrons italiens, lui aussi cher au cœur du
prédécesseur politiquement et judiciairement agonisant de Berlusconi.
C’était un chef local de tribu nommé
Ali Mahdi, qui me reçut sous une colonnade
du genre Acropole, rescapée parmi les ruines d’une Mogadiscio à demi
détruite.

La réduction en décombres
de ce qui restait de la ville serait accomplie, deux ans plus tard,
par la première des “interventions humanitaires” en série, avec son
lot de carabiniers, de paras et miliaires divers, devenus célèbres surtout
pour les tortures aux électrodes sur les testicules et à la bouteille
dans le vagin, et, peu après, pour leur fuite précipitée dans le sillage
de l’habituel et bénit dernier hélicoptère américain. Mogadiscio n’était
alors divisée qu’en deux parties, celle justement du proconsul occidental Ali Mahdi, dans un chaos où nageaient déjà les
poissons-pilotes du requin en chef, futurs « seigneurs de guerre »,
et, au Sud, celle de celui qui avait libéré la Somalie de la dictature et
du néocolonialisme, Mohammed Farah Aidid. Et cette partie-là, pour ce
qui était de l’ordre, de la convivialité, de la sagesse administrative,
était à la première ce que Cuneo est au Bronx. Il n’était pas question
de clans, selon le stéréotype calomniateur appliqué plus tard à une
des rares nations africaines ayant une unité ethnique et confessionnelle,
vu que les deux personnages appartenaient au même grand groupe des Hawiyé.
C’est grâce à l’entregent
d’un Italien qui travaillait avec Save the children, l’unique
ONG restée sur place dans le tohu-bohu de la révolution – presque toutes
ces chapellicules décampent sans
demander leur reste dès que la crèche se dessèche et que les balles
commencent à siffler – que nous en sommes venus à connaître l’autre
moitié de la question somalienne, la vraie, celle qui en Italie et en
Occident s’était déjà vue affubler l’étiquette de “tribale” et d’ “extrémiste”.
Plus tard, on allait y ajouter une primeur alors encore peu consommée
: “l’intégrisme islamique”, paradigme-alibi d’ “interventions humanitaires”,
auxquelles ne se dérobèrent, de bonne ou de mauvaise foi, aucun, mais
absolument aucun ni aucune des envoyé-es spéciaux-ales des médias italiens.

Y compris ma
très jeune collègue Ilaria
Alpi, arrivée quelques mois plus tard, qui toutefois
prit un énorme risque quand elle eut la prétention de rompre
l’omertà qui liait les journalistes aux malversations économico-militaires
italiennes, en mettant le nez dans le plus colossal trafic criminel
de déchets toxiques et d’armes qu’il y ait jamais eu entre le Nord et
le Sud du monde. Comme nous le savons – et le déplorons – mal lui en
prit (Ilaria Alpi, envoyée spéciale du journal télévisé TG3 de la
RAI a été assassinée avec son caméraman Miran Hrovatin
à Mogadiscio le 20 mars 1994, NdT)
Aidid
Aidid, un général
de l’armée somalienne, éliminé par Barre, avait participé à la lutte
de libération de l’après-guerre contre les Italiens mandés et les Anglais
mandataires. Puis il avait été le leader incontesté des formations qui,
rassemblées, avaient assiégé puis conquis Mogadiscio et la plupart des
autres centres urbains somaliens. Dans
l’interview qu’il m’accorda pour le TG3, il me traça de manière convaincante
le cadre de son projet d’une Somalie intégralement souveraine, non-alignée,
hors de toute dépendance vis-à-vis de superpuissances, engagée sur un
chemin de reconstruction nationale selon une ligne de justice sociale.
Il anticipa pour moi ce que l’Occident était en train de tramer et qui
devait bientôt arriver : l’intervention pour la reconquête d’une position
stratégique à laquelle l’impérialisme ne pouvait absolument pas renoncer,
à cheval sur la Mer rouge, l’Océan indien e le
Golfe arabo-persique et aux portes d’une Corne de l’Afrique ouverte
sur la région la plus riche du continent africain en ressources minérales
et en biodiversité. Fondamentale
aussi comme plateforme de départ pour réduire à la raison ces non-alignés
qu’étaient l’Érythrée et le Soudan.
La querelle mettait donc aux prises le pantin des intérêts prédateurs
d’étrangers et d’élites somaliennes avec l’homme qui avait guidé une
révolution nationale contre la dictature et la corruption généralisée,
symboliquement concrétisée par les fameuses cathédrales dans le désert,
spécialité de la coopération italienne de cette époque. Il était dans
l’ordre des choses démocratique que le premier l’emporte. Ou quelqu’un
pour son compte. De fait l’invasion de marines, bersagliers et autres
professionnels extérieurs, lancée sous l’appellation sarcastique de
Restore Hope, “Reconstruire l’espoir” (1992-1994), qui coûta
au peuple somalien 10 000 morts et s’acheva dans un fuite pitoyable
du type Saïgon, non sans avoir versé à l’Occident le tribut habituel
de sang – beaucoup de sang des autres, peu de sang des propres troupes
– avait pour objectif d’éliminer Aidid et son projet d’émancipation
nationale. Aidid tomba au combat contre les brigands « seigneurs
de guerre » en 1996.
Ilaria Alpi et la Coopération italienne : un autre “mystère d’Italie”
Dans la foulée
des massacres euro-usaméricains, qui reçurent encore une fois la bénédiction
de l’ONU, que certains s’acharnent à invoquer comme la panacée de “l’unilatéralisme”
US, apparurent les fameux “seigneurs de guerre” : c’était le plan B
en cas d’échec de la reconquête militaire. Les partants avaient confié
à ces gens-là le soin de liquider dans leurs rangs leurs propres partisans,
de manière à maintenir le pays, à part quelques tranches au Nord (Somaliland,
Puntland), déjà entre les mains des fiduciaires anglo-usaméricains,
dans un état d’anarchie, de sous-développement et de fragmentation pérennes. Mais dans cette foulée, ce qui n’apparut
pas en revanche, ce furent les témoignages d’Ilaria Alpi et de Miran
Hrovatin, son caméraman, tels qu’ils avaient été consignés dans les
journaux et les bloc-notes de la courageuse journaliste. Ils disparurent
dans le vol de l’aviation militaire italienne entre Mogadiscio et Rome,
tandis que les témoignages honnêtes s’évaporèrent dans l’habituel processus
du « port des brumes » romain.
Le seul à être condamné fut un malheureux garçon somalien qui
avait eu la naïveté de croire qu’il pourrait venir à Rome pour raconter
à des juges honnêtes ce qu’il savait de la manière dont Ilaria et Miran
avaient été assassinés, au-delà de tous les bobards des divers homuncules
et intrigants qui grouillent en Somalie comme des vers sur la charogne.
Mais nous tous savions, comme Pasolini le savait pour Piazza Fontana
(attentat contre la
Banque de l’Agriculture à Milan le 12 décembre 1969,
attribué à des anarchistes mais commis par des fascistes, NdT), qu’ilaria
avait brûlé ses 26 ans pour avoir découvert un des plus grands crimes
d’État mafieux : l’enfouissement en Somalie (à partir d’un clan
de La Spezia e à travers un autre
clan à Trapani en Sicile) de déchets nucléaires et toxiques de toute
l’Europe, en échange de quoi Siad Barre recevait des armes et prébendes
diverses. On m’avait déjà rapporté à Mogadiscio que dans la zone désertique
où la Coopération italienne
avait construit une inutile autoroute, il y a avait eu une mort épouvantable
de bétail – au moins 40 000 têtes – et de beaucoup de bergers et
de paysans, « probablement par les radiations et les émanations
de ce qui avait été enfoui sous l’asphalte. »
Faire bonne contenance par l’arnaque…
Pendant les longs mois, après la chute
du tyran ami de Craxi, pendant lesquels la population somalienne fut
en proie à la guerre civile et à toute sortes de carences dramatiques,
l’Italie, autrefois puissance coloniale puis mandataire et enfin définie
comme “nation soeur” de la Somalie, ne bougea pas le
petit doigt. Les Somaliens étaient emportés par dizaines par la dysenterie,
la malaria, la tuberculose, la faim. Quelques télévisions montraient
les files décharnées de mères desséchées, leurs enfants gonflés accrochés
à leurs seins, mais en tout et pour tout, les seuls à être restés sur
place étaient les Suisses de Save the children et Médecins
sans frontières. Je ne rappelle pas le nombre de fois où je dus
baisser les yeux face à la question désespérée : “Mais l’Italie,
notre amie, qu’est-ce qu’elle fait ?” Puis, tout à coup, elle fit. Sous mes yeux et
ceux, enfoncés dans des orbites sombres, des enfants somaliens. Et ce
fait mérite d’être rappelé : il y a les documents légaux et les
témoignages de Save the children. Un jour du printemps 1991,
un gros avion de transport atterrit à Mogadiscio. De sa soute sortent
des produits, médicaments vivres en tous genres. L’avion portait les
couleurs italiennes. Est-ce que l’Italie avait soudain eu un sursaut
de conscience ? Tu parles. Cet avion a été loué à Nairobi, dans
le Kenya voisin, justement par l’ONG restée à assister à la débâcle.
C’est Save the children qui l’avait, au prix de dépenses très
élevées, rempli de fournitures. Mais il y avait eu un coup de main,
ensuite fini devant la magistrature kényane.
Nos représentants diplomatiques, avec des complicités kényanes,
s’étaient emparés de l’avion et de son contenu, lui avait fait peindre
dessus les couleurs du drapeau italien et l’avaient expédié à Mogadiscio.
C’était du propre. Je racontai la chose en direct dans le Spécial du
Tg3. Les témoins somaliens présents confirmèrent. Le sous-secrétaire
délégué à l'Afrique, Mario Raffaelli (PSI), eut une crise de nerfs et
nous accusa d’être une bande de menteurs. Mario Raffaelli est toujours
l’homme de l’Italie dans cette région, maintenant que, après la brève
trêve d’unité nationale réalisée par les « Tribunaux islamiques »,
s’est installé un nouveau groupe de personnages chers à l’Occident.
Une OTAN “Stars and Stripes” pour l’Afrique
Le projet US avait mûri durant la seconde
guerre d’Irak, vu que la manne pétrolière attendue de cette hécatombe
s’était volatilisée dans les explosions d’oléoducs et de puits provoquées
par les moudjahidine irakiens. Il
avait en outre été accéléré par la politique antiaméricaine d’Hugo Chavez,
qui laissait présager des risques de rupture des approvisionnements
depuis ce pays en pleine évolution révolutionnaire.
Le projet était un nouveau commandement unifié de commandement,
le Commandement Afrique (Africom), couvrant une zone étendue incluant
tout le continent, jusque-là divisée entre les commandements Europe,
Pacifique et Central. Ce Commandement, déployé en Afrique et qui a comme
principale force d’intervention rapide la 173ème Division Aéroportée,
maintenant destinée à la malheureuse Vicenza (ville de Vénétie où doit
être construite une énorme base militaire US sur le site Dal Molin,
NdT), deviendra pleinement opérationnel en septembre 2008. Eh attendant,
le Pentagone le développe rapidement à travers une intense activité
militaire en Afrique, où il a signé des accords militaires avec le Maroc,l’Algérie,
le Tunisie, la Mauritanie,
le Mali, le Nigeria, le Sénégal, Djibouti et le Tchad. Dans beaucoup
de ces pays, les USA entraînent les forces armées locales, favorisant
systématiquement les élites militaires et réprimant les processus de
développement et d’émancipation, provoquant des guerres et vendant des
armes. Dans la Corne, stratégique, dans l’Éthiopie du fidèle vassal
Meles Zenawi, autre dictateur brutal et fauteur de guerre, et à Djibouti,
les USA ont carrément déployé la Task Force 88, une unité
secrète pour les « opérations spéciales ». L’objectif de l’Africom
es d’intégrer les forces armées de ces pays dans un système unique de
commandement, contrôle, communication et information, appelé C3IS, autrement dit dans la chaîne de commandement
du Pentagone. Comme en Afghanistan, comme avec l’OTAN. Les corollaires
de ce projet sont les bases militaires, surtout au Ghana et dans d’autres
pays d’Afrique occidentale. Tandis que 15% du pétrole importé par les
USA provient du Golfe de Guinée, la rive opposée, orientale, est occupée
pour contrôler l’échiquier Océan Indien, Golfe, Mer rouge, et, à l’intérieur,
les grands détenteurs des richesses minérales africaines : le Soudan et le Congo.
Les Tribunaux islamique : une épine enlevée des bottes
éthiopio-usaméricaines
Cela explique
le caractère intempestif et brutal de l’intervention US, avec le recours
à l’ascaro éthiopien [les
ascari, de l’arabe askar=soldat (>lascar
en français) étaient les supplétifs éthiopiens, érythréens et somaliens
de l’armée coloniale italienne, NdT], contre la normalisation de la Somalie, qui, en 2006, grâce
à l’avènement des Tribunaux islamiques, association de religieux modérés
et à forte conscience nationaliste, avait vu la défaite des boss mafieux
de tous les trafics et de la guerre endémique, après 15 ans de chaos
planifié. Cela avait donné à Mogadiscio et à une grande partie de la Somalie la possibilité de
recommencer à respirer, de vivre en paix, de travailler, d’évoluer.
Les Tribunaux
islamiques, sous la direction de Chérif
Hassan Cheikh Ahmed ont interdit le trafic de khât, ce stupéfiant amphétaminé
de très grande consommation, source principale de profits, outre le
commerce des armes, pour les chefs mafieux.
Ils ont réactivé un minimum de développement économique en restaurant
les infrastructures fondamentales, aéroports, ports et voies de communication.
Ils ont soutenu l’élevage et l’agriculture. Ce faisant, les Tribunaux
islamiques avaient ouvert al voie à un retour à un état statutaire,
à l’unité nationale et à la dignité.
Une perspective intolérable pour la stratégie de la reconquête
coloniale et la militarisation du continent sous la domination anglo-saxonne,
avec des quotas réservés aux Européens
et aux Israéliens.
On trouve pour donner un coup de pouce
à la diabolisation des Tribunaux l’habituelle chapellicule des « droits
humains », qui, comme au temps du « sauvetage des femmes afghanes »
- par ailleurs libres et émancipées sous les gouvernements progressistes
qui précédèrent le déchaînement du fanatisme intégriste en 1979 – se
morfond en lamentations sur l’interdiction de projections dans les cinémas
des matchs mondiaux de football, adoptée par les Tribunaux pour empêcher
que des dizaines de milliers de citoyens abandonnent pendant des semaines
l’urgent travail de reconstruction et de réorganisation de l’État.
Entre Djibouti et Nairobi, entre-temps,
a été mis en place un « gouvernement de transition » composé
d’exilés de longue date (alimentés par les USA) et de seigneurs
de guerre parmi les plus sanguinaires.
Un gouvernement dépourvu de la moindre
semblance de légitimation populaire. Présidents, Premiers ministres
et parlementaires s’étaient autodésignés à la classique table de partage
des affaires et avaient été légitimés par la fameuse “communauté internationale”.
Un gouvernement de mafieux et de corrompus, du type Karzaï en Afghanistan
et Al Maliki en Irak. Une bande
de voleurs, d’affairistes, d’assassins, emmenés par Abdallahi Yussuf,
rembourrés de dollars US, incrustés à Nairobi, incapables ne serait-ce
que de pointer le bout de leur nez à la frontière somalienne, au risque
d’être reçus à coups de pied à l’arrière-train, vue le manque absolu
de consensus populaire. Ce cabinet de quislings, pour avoir un minimum
de cette crédibilité que la « communauté internationale »
était avide de lui concéder, devait pouvoir siéger à Mogadiscio. Avec
les USA engagés jusqu’au trognon dans leur œuvre de mort en Irak et
en Afghanistan et encore loin d’avoir réalisé l’Africom, il fallait
un sicaire. Depuis 2002 l’Éthiopie chrétienne bénéficie d’un programme
US d’aide militaire, à utiliser aussi contre l’obstinément irréductible
Érythrée. Équipés à l’automne 2006 aussi de moyens de
reconnaissance aérienne et d’écoute satellitaire US, les ascari éthiopiens se mirent donc en route pour dépecer la Somalie, proie convoitée
depuis des siècles et déjà partiellement mutilée par la perte de l’Ogaden. Face à 28 000 militaires dotés d’armes
lourdes, appuyés par des chasseurs-bombardiers US et encouragés par
l’habituel chœur blanc-démocrate-chrétien contre le « terrorisme
d’Al Qaïda », comme si celle-ci était la protagoniste de la Guerre des Mondes (et non un simple département
du renseignement US-Mossad), il ne restait aux libérateurs pro tempore de la
Somalie, munis de seuls Kalachnikov, qu’à se soustraire
au massacre et passer à la clandestinité.
Mogadiscio, bombardée en tapis, tomba à la fin de 2006. Au mois
de février suivant, répartissant les fiefs et les commerces entre les
seigneurs de guerre revenus sur le devant de la scène, le régime de
Yussuf peut s’installer dans la capitale et offrir à la “communauté
internationale” un interlocuteur aussi obéissant que peu légitime.
Une nouvelle guerre asymétrique contre l’impérialisme
L’histoire ne finit pas là. Depuis, la
résistance s’est réorganisée, il ne se passe pas de jour sans qu’elle
frappe les mercenaires éthiopiens et les prétoriens du régime, jusque
dans leur forteresses les plus protégées, comme, au printemps 2007,
le palais présidentiel du fantoche Yussuf, à plusieurs reprises. Voici qu’arrivent, sponsorisées par les USA,
les forces « de paix » de l’Union africaine, principalement
prélevées dans des pays clients, comme l’Ouganda, mais cela n’empêche
pas l’extension d’une nouvelle guerre asymétrique qui, comme le démontrent
l’Irak, le Liban et l’Afghanistan, est impossible à gagner pour l’impérialisme
et ses marionnettes. Le Nouveau Moyen-Orient de Bush, qui inclut stratégiquement
aussi la Corne de l’Afrique, subit une
nouvelle fissure. En attendant, le gouvernement italien de centre-gauche
apporte sa contribution, non seulement en adhérant pleinement aux faits
e gestes du Quisling somalien, mais même avec une manoeuvre éhontée
contre l’Érythrée, qui s’est rangée aux côtés des instances de libération
somaliennes : en février 2007, le ministre des Affaires étrangères
Massimo D’Alema suspend le travail humanitaire des médecins italiens
en Érythrée. Une fois de plus, l’Italie utilise la coopération – dont
est responsable la vice-ministre Patrizia Sentinelli, du PRC (Parti
de la refondation Communiste, dirigé par Bertinotti puis Giordano, NdT)
– comme instrument de pression et de chantage dans les relations politiques
avec d’autres États.
L’ordre des missionnaires comboniens
a été fondé par l’évêque Comboni, premier Vicaire apostolique de Khartoum,
sous le nom de Fils du Sacré Cœur de Vérone. Ici, une photo du Comboni
College, fondé par l’ordre en 1929 à Khartoum et devenu une école de
formation d’élites dans le Soudan colonial, servant de modèle à d’autres
écoles fondées par l’Ordre dans toute l’Afrique orientale.
USA,
FRANCE, ALLEMAGNE, ISRAEL ET ITALIE, SOUTENUS PAR LES DROITES, LES GAUCHES
ET LES PACIFISTES, À L’ASSAUT DU SOUDAN
Darfour: tragédie humanitaire
ou nouvelle tentative de dépecer le plus grand pays africain ?
Commençons par le président
Nimeiry
J’y étais arrivé comme free-lance, sans le sou mais en compagnie d’une avenante compagne anglaise.
Nous étions rentrés d’un mois passé en Érythrée, à parcourir 1000 kilomètres
dans tous les sens, avec le front de libération de l’Érythrée, entre
déserts, semi-déserts, bas-plateaux, hats-plateaux, babouins, gazelles
et chameaux, loin des routes contrôlées par les occupants éthiopiens.
L’auberge de la jeunesse de Khartoum, toute propre et noyée dans la
verdure, nous était apparue comme un cinq étoiles, d’autant plus qu’on
y proposait du Mus, cette boisson de frappé à la banane avec
glace qui, après la seule possibilité d’étancher sa soif dans des puits
d’eau saumâtre en compagnie de chèvres et de chameaux, était un vrai
nectar de Dionysios. On était en 1970. J’étais parvenu
à me lier d’amitié (grâce à ma compagne ?), au ministère de l’Information,
avec un jeune et vif militant du Baath, alors un grand mouvement laïc
et socialiste, à côté des nassériens, d’émancipation de et d’unité arabe.
M’ayant reconnu comme un parent idéologique, Saleh me mit sur
les traces du président Gaafar Nimeiry, jeune officier nassérien qui
avait pris le pouvoir deux ans plus tôt, l’arrachant à une camarilla
de fiduciaires des Anglais, lesquels ne s’étaient jamais résignés à
la perte de cette grande colonie en 1956. Je suivis, à travers la moitié
de l’immense Soudan, celui qui était alors l’un des protagonistes des
mouvements d’émancipation en Afrique et dans le monde arabe.
Nous le retrouvâmes
enfin, l’Anglaise, Saleh et moi, dans un fascinant village plein d’allées
ombragées d’arbres et bordées de petites maisons blanches toutes neuves,
où il était venu inaugurer une école (l’éducation et la santé avaient
été nationalisées et étaient devenues gratuites : les Pères comboniens,
principale puissance du pays après le patron colonial britannique, ne
le lui ont jamais pardonné).
Saleh nous amena dans une taverne en
plein air, où il réussit à nous placer à une table à portée de vue de
Nimeiry. Je remarquai que le président,
entouré d’une bonne partie des membres de son cabinet, jetait de fréquents
regards vers notre table. Parce que nous étions blancs ? └À cause de
mon Anglaise ? Je me précipitai vers lui à la fin du repas avec un appareil photographique
et je fus accueilli avec bienveillance. La séance de prise de vues se
transforma en une interview qui, arrosée par un nombre indéfini de Black
Label, se prolongea jusqu’à cinq heures du matin, quand nous nous écroulâmes
lamentablement. Nimeiry n’en finissait pas de parler de l’historie de
ce pays qui avait infligé aux Britanniques, avec la mythique défaite
du général Gordon, la déroute la plus humiliante de leur histoire coloniale,
des grands projets de « révolution verte » qui devaient transformer
une partie du Soudan en Jazira du coton, et des complots tramés par
les colonialistes anciens et nouveaux – USA, Grande-Bretagne, Israël
et Vatican – pour s’emparer du Sud en odeur de pétrole abondant.
Nous passâmes de l’auberge de jeunesse
aux hôtels quatre-étoiles du gouvenement et deux jours plus tard, un
avion bourré d’officiels nous transporta à
Juba, capitale du Sud que, deux ans après l’indépendance, les
éternels conspirateurs, fortement favorisés par le client voisin, l’Ouganda,
avaient déjà poussé à la révolte, s’appuyant sur une minorité chrétienne
présumée et une minorité noire et animiste effective.
Des Dinkas très grands et à moitié nus
nous offrirent un spectacle fantasmagorique et nous garantirent qu’ils
se trouvaient mieux une grande nation multiethnique, respectée et économiquement
à son aise plutôt que dans un fragment de territoire vampirisé par les
puissances impérialistes et, comme c’était le cas dans le reste de l’Afrique
des proconsuls, enfermé dans un sous-développement pérenne. Le Nil secoua
notre fragile embarcation et nous réserva un tête-à-tête inquiétant
avec la tête colossale d’un hippopotame. Tout cela nous parut fort tranquille,
loin de ce que racontait la presse occidentale sur une Sudan’s People
Liberation Army (SPLA) censée défendre la chrétienté contre l’oppression
musulmane du Nord arabe. Deux ans plus tard, les accords d’Addis-Abeba
mirent fin, au grand dépit des pêcheurs en eaux troubles, à la « guerre
civile ». Laquelle devait reprendre, avec toujours les mêmes sponsors,
des années plus tard, peu avant que le général
Omar
Al Bachir, en 1989, n’arrache le pouvoir à l’aristocratique
émissaire local des Anglais, Al Mahdi.
L’insurrection prend fin au Sud et voilà
que, avec une simultanéité significative, démarre celle du Darfour.
Au début de 2003, juste au moment où
Khartoum est en train de mener à bon port les négociations de paix et
de concorde nationale avec le général John Garang, chef de la SPLA, se déchaîne avec une concordance
opportune de temps impressionnante, une lutte séparatiste au Darfour,
un demi-million de kilomètres carrés semi-désertiques à l’ouest du pays,
habités par des musulmans en partie éleveurs nomades et en partie agriculteurs
sédentaires. J’étais retourné au Soudan vers la fin des années 90, cette
fois-ci pour le TG3 et j’y avais rencontré un étrange spécimen de diplomate
italien. À la différence d’autres que j’avais connus, entre « R »
grasseyés [le recours au « R » grasseyé propre à certaines
régions du nord de l’Italie est considéré comme un signe de distinction,
ou de snobisme, NdT], noms à rallonges et cérémonies en felouque, cet
ambassadeur était un connaisseur compétent, profond et passionné du
pays et de ses habitants. Il était aussi parfaitement conscient, comme
il dépendait d’une chancellerie « atlantique », des troubles
dessins nourris par les puissances occidentales sur le géant africain
autrefois grenier du continent et désormais détenteur avéré d’immenses
ressources pétrolières, concédées principalement –injure suprême
! – à l’exploitation chinoise. Réserves,
notons-le, dont la présence avait été l’amorce de la sécession du Sud,
qui s’était conclue en 2005 par un accord à perte accepté par Khartoum
pour en éviter de pires (leçon tirée de l’expérience de l’Irak, avec
lequel le Soudan s’était déclaré, durant les deux guerres du Golfe,
solidaire, ce qui était impardonnable) : un gouvernement autonome du Sud recevrait la
moitié des revenus pétroliers, un référendum sur l’indépendance totale
aurait lieu dans les six ans à venir et John Garang devenait vice-Président
national et le patron effectif de la région méridionale.
Un autre bobard “humanitaire” : le Cap Anamur
Au début juillet
2004, un gros navire de passagers croise au large de Malte : le “Cap
Anamur”, c’est son nom, bat pavillon allemand, a un capitaine et un
armateur allemands. Il signale qu’il est plein de réfugiés désespérés
du Darfour, pêchés on ne sait où (on ne le saura jamais) et qu’on l’empêche
d’aborder à Malte. Il demande à pouvoir entrer à
Porto Empedocle [le port d’Agrigente, en Sicile, NdT], ce que
les autorités italiennes, suspicieuses, n’autorisent pas. Un authentique
tsunami de solidarité humaine se déchaîne alors. La question du Darfour
explose à la Une dans le monde entier, surtout
en Italie. Jusque-là, on avait entendu dire pendant les premiers mois
de l’année 2003 que le gouvernement soudanais et ses milices massacraient
la population, mais sans plus. Tout
l’univers composite des ONG, des associations humanitaires, des droits
humains, des partis de gauche avec L’Unità
(organe du PDS, ex-communistes, NdT), Il
Manifesto (communistes indépendants, NdT) e Liberazione (refondateurs communistes, NdT) à l’unisson, se jetèrent
médiatiquement et, parfois, aussi physiquement sur le navire. Les uns apportaient à manger, les autres à boire,
d’autres des articles sanitaires, ou des appareils photographiques et
des carnets pour enregistrer «dans les yeux des réfugiés l’horreur encore
présente des villages brûlés, des femmes violées, des massacres de civils
au Darfour ». Le milk-shake humanitaire qui en sortit fut mis en
bouteille par les gouvernements US, allemand, français, italien, britannique,
par les centrales de propagande impérialiste, par le Vatican et balancé
sur l’ONU. Celle-ci, comme à son habitude, ne tarda pas
à dénoncer les méfaits de Khartoum et ces « 400 000 tués »
qui, s’ils avaient été vrais, auraient exigé des assassins un rythme
journalier de meurtres, pour seulement douze mois, supérieur à celui
que les occupants US et les escadrons de la mort iraniens, ensemble,
n’arrivent pas à égaler depuis plusieurs années dans la tuerie irakienne,
avec tous leurs bombardiers, tanks et perceuses de crânes électriques.
Curieusement, après trois ans de plus de massacres supposés, tels qu’ils
ont donné lieu à l’habituelle accusation de « génocide » de
la part de l’ONU et des USA, les victimes continuent à être toujours
les mêmes 400 000 et les réfugiés continuent à être deux millions,
dont un dixième au Tchad voisin.
 
Quelques exemples de propagande
contre le "génocide du Darfour" aux USA, en France et en Grande-Bretagne,
où des artistes astucieux ont lancé un jeu sur Internet, http://www.darfurisdying.com, sponsorisé par la
Foundation humanitaire Reebok (les chaussures de sport !)
et l’International Crisis Group..
On a construit l’habituelle machine d’intoxication
à des fins colonialistes. Le Soudan, refusant d’obéir à l’Occident soucieux
de reconquête, devait être cassé en petits morceaux, comme tous les
pays arabes importants du point de vue pétrolier, minéral ou stratégique.
C’était là le projet israélien depuis 1982.
On se mit donc à construire une histoire
horrible sur le modèle de Sarajevo asiégée ou le 11 Septembre ou les
armes de destruction massive : le “régime islamique du dictateur Al
Bachir » était en train d’exterminer les populations africaines
du Darfour avec son armée, ses bombardiers et ses féroces milices dénommées
Janjawid. Ceux qui se révolaient – le Mouvement
de libération du Soudan, MLS, et le Mouvement pour la Justice et l’Égalité, MJE
– étaient peut-être à la rigueur un
petit peu sécessionnistes mais avant tout des défenseurs du Darfour
et des victimes. Le Cap Anamur
était le porteur de ce paradigme. Et puis : vive l’autodétermination,
non ?
L'actrice holywoodienne Angelina Jolie dans un camp de réfugiés du
Darfour au Tchad
L'acteur George Clooney
et Elie Wiesel plaidant la "cause du Darfour" au Conseil de
sécurité de l'ONU le 14 septembre 2006
La désertification camouflée en révolte et répression
L’ambassadeur évoqué plus haut me conduisit
au Darfour pour y constater, cinq bonnes années avant qu’éclate l’insurrection
séparatiste, l’épouvantable processus de désertification en cours, déterminé,
comme tous les changements climatiques catastrophiques, par le modèle
démentiel de développement capitaliste.
Nous avons croisé des colonnes d’habitants
de la région en fuite vers le centre et vers des ressources hydrauliques
qui, dans le Darfour même, étaient en train de s’épuiser. Des gens à pied, sur des ânes, des chameaux,
avec des baluchons sur l’épaule, qui, voyant notre 4X4, s’arrêtaient
même pour mendier quelques gouttes d’eau. C’était des musulmans arabes
et des musulmans africains, sans distinction. Les uns étaient des nomades
éleveurs qui avaient du abandonner les parcours séculaires de puits
en puits ; les autres des paysans sédentaires auxquels était il
était devenu impossible d’irriguer le peu de terre qui leur servait
à survivre. Ce furent eux qui vinrent grossir les campements à la périphérie
de Khartoum, dans lesquels le gouvernement hébergeait déjà, avec des
charges financières lourdes et mal soutenues par les agences internationales,
un million de réfugiés africains du Sud, qui n’avaient pas voulu rester
à la merci des bandes de la SPLA de John Garang, divisées en mille fractions,
qui s’acharnaient l’une contre l’autre pour le contrôle du territoire
et des flux pétroliers. Quiconque connaissait la région se rendait compte
que le conflit avait éclaté entre ceux qui étaient restés sur place,
à la merci de la sécheresse. Des agriculteurs organisés dans les formations
sécessionnistes, avec un large soutien en armes, argent et propagande
de la part des vampires qui attendaient à la porte (USA, France, Allemagne,
Israël et Royaume-Uni en tête) contre des nomades organisés en milices
d’autodéfense, les Janjawid, fidèles à l’unité nationale. Un conflit
entre autochtones pour ce qui restait d’eau, un conflit attisé par les
habituels connus pour créer un prétexte à l’intervention néocoloniale
au Soudan.
Et le Cap Anamur ? On découvrit que les
trente « réfugiés désespérés du Darfour », qui avaient encore
dans leurs yeux « l’horreur des massacres », n’étaient pas
soudanais, n’avaient jamais été au Darfour, n’étaient pas du tout à
bout de forces et étaient tous originaires d’autres pays africains,
surtout du Ghana. On n’en a plus rien su. Mais ceux qui avaient
voulu en savoir plus – et il ne s’agit ni du Manifesto ni des ONG ni des Pères comboniens qui se lamentaient sur
le Darfour – n’avaient pas tardé à découvrir un autre élément révélateur :
le Cap Anamur était le vaisseau d’une
entreprise allemande étroitement liée à deux organisations de droite,
connues pour leur rôle déstabilisateur des pays socialistes ou de toute
façon dans le collimateur de l’impérialisme : la Fondation Konrad
Adenauer et la
Gesellschaft für Bedrohte Voelker (Société
pour les peuples menacés) [Connaissant personnellement le fondateur
de la GfBV,
Tilmann Zülch, depuis 30 ans, je m’inscris en faux contre cette assertion
de l’auteur, NdT]. Le Cap Anamur avait déjà accompli deux missions :
celle consistant à écumer les eaux vietnamiennes dans les années 70,
à la pêche aux boat people, ces réfugiés vietnamiens que les
USA avaient sollicités à fuir avec la promesse du paradis capitaliste ;
et l’autre, consistant à embarquer, au large de la Yougoslavie en voie de
dépècement, les réfugiés albanais du Kosovo, qui « fuyaient les
broches avec lesquelles les Serbes de Milosevic rôtissaient les femmes
et les enfants ». Dans les deux cas, une belle contribution à la
cause.
Pour ouvrir les pistes coloniales : la « Stars and
Stripes”, l’étoile de David, la croix, la faucille et le marteau
Tout cela, bien que vérifiable sur cent
sites web, n’a nullement ébranlé la confiance aveugle des humanitaristes
et des droitsdelhommistes dans le verbe de Washington et des autres
centrales de la reconquête coloniale. Ainsi le successeur de Bertinotti
à la tête du PRC, Franco Giordano, n’a pas hésité à souhaiter, dans
la ligne de l’ONU et de ses sanctions, une intervention au Darfour après
celle au Liban. Il n’y avait eu de pire que cela, dans la période parlementaire
récente, que l’appui glaçant apporté par l’ex-pacifiste
Lidia Menapace, elle aussi du PRC, à la guerre contre l’Afghanistan
sous forme de « réduction des dégâts ». C’est étonnant de
voir comment une certaine gauche vieillit mal. La vieille dame ne s’est
pas privée d’insulter, en première page de “Liberazione”, quelqu’un
d’obstinément opposé à la guerre comme Piero Bernocchi, porte-parole
des Cobas [syndicat autonome d’extrême-gauche, NdT],dans des termes
qui faisaient penser à de la honte sublimée en injure. Il apparaît que
le militarisme des pacifistes ne connaît pas de limites.
Depuis lors c’est une escalade ininterrompue
de « crimes contre l’ humanité », de sanctions économiques
et diplomatiques, de demandes d’interventions militaires (déjà testées
par les Français au Tchad, qui défendent à coups de bombes leur proconsul
Idris Déby Itno, menacé par une révolte populaire) et une course effrénée
entre puissances occidentales et chrétiennes de diverses dénominations
à qui coupera en premier, et avec le plus grand potentiel d’hégémonie,
le ruban de la démolition du Soudan et de la sécession du Darfour. Tout
cela malgré les démonstrations répétées de bonne volonté de Khartoum,
qui réussit à convaincre les séparatistes – par-dessus tout férocement
hostiles les uns aux autres et responsables de la plus grande partie
des meurtres – à se réunir autour d’une table et à signer un accord
de paix. L’accord est signé en 2005 par le principal des deux fronts
adversaires, le MLS, de toute évidence moins soumis aux télécommandes
occidentales, mais refusé par le MJE, lequel cependant se divise ensuite en trois
tronçons, d’obédiences étrangères diverses et de nature fort similaire
à celle de l’UCK de mémoire kosovare. Fin 2006, le Soudan accepte même
une force d’interposition de l’Union africaine (UA), à laquelle cependant
l’Occident refuse les fonds et moyens nécessaires pour conduire à bon
port une opération de efficace de contrôle et de pacification, tout
en insistant –surtout à Berlin, Washington et Tel Aviv – pour une force
de l’ONU beaucoup plus robuste, que jusqu’à début 2007 le Soudan repousse
comme une violation de sa souveraineté. Voici qu’entre aussi en scène
le Tribunal de La Haye,
déjà disqualifié, et activé par les habituelles sollicitations, avec
l’inculpation des deux premiers « criminels de guerre », qui
appartiennent évidemment à la partie gouvernementale. Comme si les tribunaux fantoches qui ont jugé
et fait mourir Slobodan Milosevic, ou Saddam Hussein, ne leur avaient
rien enseigné, on va alors voir les politiciens et journalistes « de
gauche » entre dans la danse - en particulier les catholiques de
“Lettera 22”, proches des Comboniens et
auxquels le Manifesto a sous-traité une bonne partie de sa politique
sur le Tiers Monde.
Les arrière-fonds géostratégiques, géoéconomqiues
et géopolitiques, largement révélés par la guerre globale préventive
et permanente, continuent à ne rien apprendre à ceux qui ne veulent
rien apprendre. Arrivés à ce point, il ne manque plus qu’un pronunciamento en faveur de Khartoum de
la part des sicaires impériaux Oussama ou Al Zawahiri. Dommage que les
formules d’usage cette fois-ci se retrouvent minées par l’ intempérance
de la soldatesque onusienne. C’est même le Daily Telegraph de
Londres qui doit dénoncer les viols et les meurtres de garçons et de
filles dans le Darfour. Pas par les Janjawid,
mais bien par les Casques bleus, police militaire et personnel civil
de l’UNMIS (Mission de l’ Onu au Soudan). Comme en Bosnie,
comme au Kosovo, comme en Afghanistan, comme à Haïti. Ce qui n’empêche
pas le nouveau secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, qui s’est fait
remarquer, à peine entré en fonction, pour n’avoir rien eu à redire
sur la pendaison scélérate de Saddam, de proclamer : « La crise
au Darfour est au premier plan de mon agenda ». Kofi Annan, héros
de l’autonomie de l’ ONU, avait dit la même chose quand il voulut faciliter
le démembrement de la Somalie, de la Yougoslavie et de l’Afghanistan.
Qui sait pourquoi personne n’achemine de secours aux populations opprimées
et discriminées de Ponte di Legno et de la Val Brembana, pour leur
sacro-saint droit à la sécession ? Qu’ont donc les rebelles du
Darfour que n’ont pas les disciples de Calderoli? [Ponte
di Legno, dans la province de Brescia et la Val Brembana, dans la province de Bergamo, sont
des hauts lieux de la
Ligue du Nord –ou Ligue lombarde – qui milite pour
la sécession de toute la partie de l’Italie située au nord du fleuve
Pô et rebaptisée « Padania ». Roberto Calderoli, « il
dentista », est le coordinateur de cette Ligue et a été ministre
dans le dernier gouvernement Berlusconi, NdT]
Original : Mondocane fuorilinea
Traduit de l’italien par Fausto
Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs
pour la diversité linguistique.
Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle
est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et
d’en mentionner sources et auteurs.
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