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Afrique, continent martyr- - Rwanda - Burundi

 
 

06/07/06 - Génocide de 1994 : la cour d'appel de Paris confirme la procédure contre l’armée française


La cour d'appel de Paris a rejeté lundi la requête en nullité du parquet du Tribunal aux armées de Paris (TAP) qui contestait la validité
des auditions de plaignants contre l'armée française au Rwanda réalisées à
l'ambassade de France à Kigali en novembre 2005, a-t-on appris de source
judiciaire.
Le parquet du TAP, estimant les plaintes pour "complicité de génocide"
insuffisamment motivées, avait autorisé la juge d'instruction en novembre
2005 à se rendre au Rwanda pour y entendre les plaignants.
Sur la base de ces auditions, le parquet avait ouvert une information
judiciaire contre X pour "complicité de génocide" visant l'armée
française.
Puis, le parquet avait déposé une requête en nullité pour contester le
recueil des auditions de six plaignants à l'ambassade de France par la
juge
d'instruction. Selon l'analyse du parquet, elle aurait dû délivrer une
commission rogatoire internationale aux autorités judicaires rwandaises.
Une analyse rejetée par la chambre de l'instruction de la cour d'appel de
Paris qui considère que l'audition des parties civiles était rendue
nécessaire par l'insuffisance des motivations, la magistrate ne pouvant
déléguer ses prérogatives.
"Les dernières haies que le parquet avait essayer de planter pour entraver
la vérité se sont effondrées", s'est réjouit lundi Me William Bourdon,
l'un
des avocats des plaignants.
"L'identification des responsables peut maintenant commencer", a-t-il
ajouté. Avec l'opération Turquoise, une opération humanitaire sous mandat
des Nations unies, la France était la seule puissance étrangère présente
au
Rwanda lors du génocide en 1994. Certains l'accusent aujourd'hui d'avoir
prêté main forte aux génocidaires au lieu d'aider les victimes.
Le TAP est seul compétent pour juger des crimes ou des délits commis par
des
soldats français en France ou à l'étranger.
Source : AP, 3 juillet 2006

 

30/05/06 - Recevabilité confirmée pour la plainte de 4 rescapés du génocide rwandais contre larmée française


La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a confirmé lundi la recevabilité, contestée par le parquet, de quatre plaintes de rescapés du génocide rwandais en 1994 visant le rôle de l'armée française, a-t-on appris auprès des avocats du dossier.
Six personnes, membres de la minorité tutsie du Rwanda, âgées de 25 à 39 ans, ont porté plainte contre X pour "complicité de génocide et/ou complicité de crime contre l'humanité" en février 2005 devant le tribunal aux armées de Paris (TAP).
En décembre 2005, le parquet du TAP a ouvert une information judiciaire
contre X pour complicité de génocide. Le ministère public avait alors écarté
quatre des six plaignants considérant qu'ils n'avaient pas subi de "dommages directs et personnels résultant des infractions dénoncées".
Peu après, la juge Brigitte Raynaud avait cependant signé une ordonnance de recevabilité pour les quatre plaintes rejetées. La magistrate a depuis quitté ses fonctions au TAP. Le parquet a ensuite fait appel de ces ordonnances.
Lundi, la cour d'appel a arbitré en faveur de la juge d'instruction.
Les six plaignants avaient été entendus fin novembre au Rwanda par la juge Raynaud. Ils accusent des militaires français d'avoir, lors du génocide de 1994, commis des viols, des meurtres, et laissé des miliciens hutus enlever des réfugiés dont ils avaient la protection. L'armée française a vivement rejeté ces accusations.
Source : AFP, 29 mai 2006

 

Complicité de l'armée française dans le génocide : décision le 29 mai sur la validité de l'instruction


La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris se prononcera le 29 mai sur les requêtes en nullité soulevées par le parquet du Tribunal aux armées de Paris dans l'enquête visant l'armée française de crime de "complicité de génocide" au Rwanda, a-t-on appris lundi de sources judiciaires.

Lors de l'ouverture de l'information judiciaire, le parquet du TAP avait retenu deux des six plaintes déposées par des Rwandais accusant les soldats français d'avoir aidé les génocidaires, jugeant que les quatre autres plaignants n'avaient pas subi de préjudices directs et personnels.

Malgré cela, la juge d'instruction, à l'époque Brigitte Raynaud, avait considéré que ces quatre autres plaintes méritaient d'être instruites. Une décision contre laquelle le parquet du TAP a fait appel.

Par ailleurs, la chambre de l'instruction examinera le 15 mai l'appel du procureur du TAP sur les conditions dans lesquelles la juge d'instruction a recueilli les auditions des six plaignants, précise-t-on de sources judiciaires.

Déposées en février 2005, le parquet avait jugé ces plaintes insuffisamment motivées pour ouvrir une information judiciaire. En octobre de la même année, le procureur, comme le lui permet l'article 86 du code de procédure pénale, avait demandé à la juge d'instruction d'entendre les parties civiles.

En dépit de problèmes de sécurité, elle s'était rendue en novembre 2005 au Rwanda et avait procédé à l'audition des plaignants dans les locaux de l'ambassade de France à Kigali. Ils avaient maintenu leurs accusations contre des soldats français. Ceux-ci auraient notamment livré des Tutsis, qu'ils étaient censés protéger dans la "zone humanitaire sûre", aux Hutus.

Le parquet n'ouvrira l'information judiciaire qu'en décembre sur la base de deux plaintes.

Le procureur considère que ces auditions ne sont pas régulières dans la mesure où la magistrate aurait dû émettre une commission rogatoire internationale aux autorités judiciaires rwandaises afin de faire entendre les plaignants, indique-t-on de mêmes sources.

Un débat que devra trancher la chambre de l'instruction. Ce nouvel avatar dans une procédure mettant en cause des militaires français indigne les avocats des plaignants.

"Il y a une espèce de guerre lancée par le parquet pour laminer toutes les initiatives du juge d'instruction et de rendre impossible la recherche de la vérité", a déclaré lundi Me William Bourdon à l'Associated Press.

Avec l'opération Turquoise, une opération humanitaire sous mandat de l'ONU, la France était la seule puissance étrangère présente au Rwanda lors du génocide en 1994. Certains l'accusent aujourd'hui d'avoir prêté main-forte aux génocidaires au lieu d'aider les victimes.

Le TAP est seul compétent pour juger des crimes ou des délits commis par des soldats français en France ou à l'étranger.
Source : AP, 25 avril 2006

 

Pardon ?

Esther Mujawayo, 47 ans, rwandaise, survivante du génocide. Cette thérapeute installée en Allemagne est revenue au pays écouter les génocidaires. Et refuse d'oublier.


par Marie-Laure COLSON, Libération, 8 avril 2006

Esther Mujawayo en 6 dates
1958
Naissance au Rwanda.
7 avril 1994
Début du génocide.
Eté 1994
Crée, avec d'autres veuves rescapées du génocide, l'association Avega.
2000
Arrivée en Allemagne. 2004 SurVivantes (l'Aube).
2006
La Fleur de Stéphanie (Flammarion).


Elle les appelle «les tueurs». Le terme est neutre, descriptif. Ils ont tué, ils ont «coupé», comme disent les Rwandais, à la machette, avec zèle et application, comme on irait aux champs. «Quand je pense à eux, je ne pense pas en termes d'ethnie. Je ne pense pas "hutu"», dit Esther Mujawayo. Sa grande soeur Joséphine était mariée à l'un d'entre eux : «A part nos cartes d'identité tamponnées "Hutu" ou "Tutsi", rien ne nous différenciait.» Hors du clan familial, c'était une autre histoire. Elle parle d'un constant sentiment d'«illégitimité». Pas le droit d'étudier, d'être fonctionnaire, par exemple. Et finalement, pas le droit d'exister. «J'ai cette photo terrible d'avant le génocide... C'était un jour de fête, on voit toutes mes nièces à la cuisine. Celles qui sont hutues sont vivantes, les Tutsies sont mortes. Les unes ont le droit de vivre, les autres sont à tuer.» Après des phrases comme celle-là, Esther vous prend en général par la main, puis dans ses bras si vous la laissez faire, et vous console. On blague, faute de savoir quoi dire - «la gaîté, c'est ma victoire sur eux» -, on boit un coup, et même plusieurs. Elle rit : «Je dis toujours : j'ai failli être génocidée, alors, laissez-moi boire...»

Du 7 avril au 4 juin 1994, Esther, alors sociologue, mariée et mère de trois filles, a perdu la quasi-totalité des siens. Dans cette extermination planifiée qui s'est déroulée en un temps record, 274 membres de sa famille directe ont péri. Tous tutsis. Elle dit parfois «mon peuple», et en a voulu jusqu'à ce prénom biblique que lui avait donné son père, pasteur, pour n'avoir pas réussi comme la reine juive du Livre à sauver les siens de la destruction. «M'appeler Esther ne m'a servi à rien. Je n'ai sauvé que trois personnes.» Ses trois filles, qui vivent avec elle en Allemagne où elle s'est remariée avec un ami de la famille, un pasteur allemand qui a vécu au Rwanda. En Allemagne, ses filles sont heureuses. Elle s'est reconstruite, dit-elle. Bien que répondre au téléphone, faire des bouquets pour le temple, ce ne soit pas vraiment son genre. Dieu ? Il y a des choses plus graves. Durant des années, elle n'a pas envoyé ses filles à l'école le 30 avril. Cette date du printemps 1994, celle de la mort de son mari, leur père, la «brûle» encore. «On s'aimait tant avec Innocent, je te jure qu'on s'aimait tant que la damnation d'être tutsi ne pesait rien», écrit-elle. Le «tu» s'adresse ici à l'amie fidèle, Souâd Belhaddad, avec qui elle a écrit son dernier livre, comme le précédent.

En Allemagne, Esther est psychothérapeute dans un centre pour réfugiés. Mais son sens de la compassion a ses limites. «Je ne prends pas les tueurs.» Elle ne veut d'eux que la vérité : où sont les corps, pour les enterrer dignement. C'est pour cette raison précise qu'elle est retournée en novembre 2005 dans un Rwanda en quête d'une problématique réconciliation, ravalant sa colère, son envie de se venger, sa peur d'avoir envie de pardonner à ces salauds, comme elle dit aussi. «Au Rwanda, on t'assène ça tous les jours, le pardon, le pardon, le pardon... On ne peut pas vivre avec cette horreur, alors on essaie de la faire disparaître. Mais ce n'est pas un truc qui se nettoie à l'eau et au savon !» Lors d'un gacaca, ce tribunal traditionnel réactivé en 2001 qui confronte tueurs et victimes et incite les premiers à révéler la vérité en échange d'une remise de peine, un homme s'est accusé. C'est Pierre. Il affirme que le corps de sa soeur Stéphanie et celui de ses enfants ont été jetés, onze ans plus tôt, dans un égout après avoir été tués à coups de gourdin. Stéphanie que les religieuses de Notre-Dame-de-Citeaux refusèrent d'accueillir en avril 1994 et qui en mourut. Pierre a désigné l'endroit. Il accuse deux autres personnes, ses complices.

Etienne, d'abord, qui tenait un cabaret dans le coin. Le voici, assis sur un banc, face à elle et au reste du village. Dans les collines rwandaises, tueurs et rescapés se côtoient. Depuis août dernier, près de 40 000 génocidaires ont été libérés. Les prisons étaient pleines, le système judiciaire détruit. Les gacaca sont une réponse, écrit Esther, à «une contrainte atroce : devoir cohabiter après et malgré un génocide». Une expérience unique, même si elle peut se comparer, dans la forme, aux commissions Vérité et réconciliation qui se sont tenues dans l'Afrique du Sud postapartheid. Voici donc Etienne, jovial, devant qui il faut se tenir, calme et courtoise, c'est la consigne. Etienne ricane, il nie. Voici ensuite Thomas, qui avait dit un peu et qui ne dit plus, qui ment. Esther s'emporte. Elle est rappelée à l'ordre par un «sage», un juge. Elle doit s'excuser, elle a le sentiment de devenir folle. Mais elle a de la chance. Personne, dans le public, n'a semblé la prendre pour une affabulatrice : «Je sais par des proches que certaines séances de gacaca sont d'une très grande violence pour les rescapés : ils racontent ce qui leur est arrivé, et l'auditoire ricane ou les hue.» Voici enfin le fameux Pierre, libéré en 2005, qui habite toujours à deux «barrières» de la maison de Stéphanie, c'est-à-dire à 400 mètres. Esther compte toujours en barrières, les barrages où étaient triés les Tutsis. Salutations à la mode rwandaise : Muraho ? Vous vivez ? «Etrangement, ce jour-là - presque historique, non ? -, je n'éprouve rien.» Juste de la lassitude. «Tu t'es imaginée éructant de rage, dévorée du désir de t'en venger... Et tu es seulement abasourdie par sa normalité.»

Il y a des vérités qui sortent des gacaca. Esther est revenue sans avoir trouvé la sienne. «C'est sans issue», dit-elle, accablée, et on ne sait pas si elle parle de sa quête ou de la réconciliation. «Qu'on veuille des gacaca, OK. Mais qu'on donne aux rescapés de quoi tenir debout. Un toit à Emerita, si pauvre qu'elle est obligée de loger chez son tueur, un traitement à celle qui meurt du sida... On leur demande l'impossible, et on leur retire les moyens de le réaliser. On n'est pourtant pas nombreux, peut-être 300 000. Ça pourrait se faire sans léser qui que ce soit.» Après le génocide, Esther s'est battue avec d'autres veuves pour aider les rescapés à tenir debout, leur trouver un abri. Aujourd'hui, l'association Avega regroupe quelque 30 000 veuves. Douze ans après, elles vivent toujours aussi mal les commémorations du 7 avril. Esther : «Je dis toujours : "Ne vous souvenez pas de mes parents, souvenez-vous de moi". Mais on gêne tout le monde. On ne serait pas là, ils pourraient tourner la page.»

Elle est retournée sur la colline de ses parents. Comme en 1973, lors d'un précédent massacre, la maison n'était plus qu'un tas de terre. Sous une brique, une fleur orange essayait de percer. La plante grimpante que Stéphanie avait plantée, il y a plus de vingt ans. «Que reste-t-il quand il ne reste plus rien ?», demande Esther. Stéphanie aimait les fleurs, Esther a le goût des réunions joyeuses entre amis, qui tiennent sa colère à distance. Sa grande soeur Joséphine continue de déterrer des parents et a reconstruit la maison à l'identique, près de la fleur de Stéphanie. Les voisins de ses parents, ceux à qui elle n'ose pas encore poser de questions, se moquaient d'elle quand elle venait s'occuper de la bananeraie... Esther regarde le poster touristique du Rwanda qu'elle a apporté avec elle : «Ce pays est si beau...» Elle rêve d'y faire construire une maison, à Kibuye, près du lac Kivu. Loin de sa colline, loin de ses tueurs.

 

 

Kagame accuse implicitement la France d'avoir contribué au génocide


Le président rwandais Paul Kagame s'en est pris vendredi à la France lors de la commémoration du douzième anniversaire du génocide de 1994, l'accusant, sans la nommer, d'avoir fourni des "tueurs".

"Il y a des étrangers qui ont tué (lors du génocide). Il y avait des militaires qui demandaient les cartes d'identité aux Rwandais pour différencier les Hutus des Tutsis. Ce sont des tueurs. Qu'ils le disent ou non, ils l'ont fait", a déclaré M. Kagame, dans une référence claire aux militaires français.

Pendant le génocide de 1994, la France a lancé une opération humanitaire, appelée "opération turquoise", dont le rôle reste controversé.

Selon les Français, cette opération a permis de sauver de nombreuses vies, alors que la communauté internationale restait passive. Selon Kigali, elle a permis de mettre à l'abri des génocidaires.

M. Kagame s'exprimait à Nyamsheke, localité du sud-ouest du Rwanda, où il a assisté à une nouvelle inhumation d'ossements exhumés de fosses communes.

Le génocide de 1994 au Rwanda a fait, selon les Nations unies, environ 800.000 morts, parmi la minorité tutsie et les Hutus modérés. La rébellion tutsie du Front patriotique rwandais (FPR) de M. Kagame, venue d'Ouganda, y a mis fin en juillet 1994 en prenant le pouvoir à Kigali.

Le président rwandais s'est aussi attaqué vendredi à d'autres pays étrangers qu'il a accusés d'essayer de donner des leçons aux Rwandais. Il s'en est notamment pris à ceux qui accusent son gouvernement de faire taire l'opposition en lui reprochant de faire du "divisionnisme" ethnique.

"Le divisionnisme fait partie de notre histoire. Il ne s'agit pas d'une rumeur", a insisté M. Kagame.

"Nous avons besoin de votre aide. Nous ne voulons pas de vos critiques sans fondement. Vous vous êtes tus face aux gens qui ont tué un million de personnes et vous n'avez pas le droit de raconter n'importe quoi à ceux qui font de leur mieux à reconstruire ce pays", a-t-il poursuivi.

Au cours des derniers mois, plusieurs chancelleries occidentales ont accusé le gouvernement rwandais de traiter ses opposants de "divisionnistes" dans le but de les discréditer.

Parmi les invités à la cérémonie, figuraient le sous-secrétaire d'Etat américain aux Affaires africaines Jendayi Frazer, actuellement en visite dans la région, et le chanteur américain Quincy Jones.

M. Kagame a aussi suggéré à "ceux qui veulent faire des films" sur le génocide au Rwanda d'en tourner un basé sur la vie de Gaetan Kabanda, un rescapé tutsi qui a témoigné vendredi lors de la cérémonie.

"C'est de ce héros-ci que vous devriez parler, et non pas de celui dont j'entends parler", a lancé le président, critiquant implicitement Paul Rusesabagina, l'hôtelier hutu qui a servi d'inspiration pour le film "Hôtel Rwanda".

Avant le discours de M. Kagame, un cercueil contenant les restes de plusieurs victimes massacrées en 1994 a été symboliquement déposé dans un mémorial.

"Plus de 45.000 personnes ont été tuées ici à la paroisse même" de Nyamsheke, a expliqué un membre des services du protocole, sous couvert d'anonymat.

Lors du génocide, des centaines de milliers de cadavres avaient été enterrés à la hâte dans des fosses communes ou jetés dans des latrines.

Chaque année, pendant une période de trois mois à partir du 7 avril, des ossements sont de nouveau inhumés à travers le Rwanda, petit pays d'Afrique centrale.
Source : AFP, 7 avril 2006

 

 

Création d'une commission sur le rôle de la France pendant le génocide


Le gouvernement rwandais a nommé les six membres d'une commission chargée d'enquêter sur le rôle controversé de la France dans le génocide de 1994 au Rwanda, selon un communiqué parvenu lundi à l'AFP.
Le président de la commission est le procureur général rwandais, Jean de Dieu Mucyo.
Parmi les autres membres figurent le chercheur et analyste Jean Paul Kimonyo, José Kagabo, professeur à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) en France, et Jean Damascène Bizimana, docteur en droit et ancien enseignant à la faculté de Toulouse.
Siègent également dans cette commission le général de brigade Jérôme Ngendahimana, et deux femmes, Géraldine Bakashyaka et Alice Rugira.
Les nominations ont été annoncées jeudi lors d'un conseil des ministres.
Il est peu probable que la commission, dont la création avait été annoncée en 2005, se mette au travail dès cette semaine, période de deuil national pour commémorer le génocide rwandais.
La commission d'enquête est officiellement "chargée de rassembler les
preuves de l'implication de la France dans le génocide" au Rwanda en 1994, qui a fait, selon les Nations unies, environ 800.000 morts, parmi la minorité tutsie et les Hutus modérés.
La France est régulièrement accusée par l'actuel régime rwandais, dirigée par la minorité tutsie, d'avoir entraîné et armé les auteurs du génocide avant les massacres.
Le gouvernement rwandais accuse aussi l'armée française d'avoir facilité la fuite des génocidaires dans le cadre de l'opération militaro-humanitaire
Turquoise en 1994. L'armée française, sous mandat de l'Onu, avait été chargée de former une zone tampon humanitaire dans le sud-ouest du Rwanda dans le cadre de cette opération.
Paris a toujours démenti toute implication dans les massacres. A ce jour, la France est le seul pays parmi ceux pointés du doigt par Kigali, pour leur comportement pendant le génocide, à n'avoir pas présenté d'excuses, ni demandé pardon au peuple rwandais.
Source : AFP, 10 avril 2006

 

 

Les partis politiques déterminés à combattre l'idéologie du génocide


par l'Agence rwandaise d'informations, Kigali, 7 avril 2006
Au cours d'une conférence de presse tenue hier à Kigali dans le cadre de la 12ème commémoration du génocide, les partis politiques agréés au Rwanda ont réaffirmé leur détermination à combattre l'idéologie du génocide et toutes ses manifestions, a établi l'Agence Rwandaise d'Information(ARI).

Œ'Les formations politiques agréées au Rwanda s'opposent catégoriquement à tout politicien qui perpétue l'idéologie du génocide; en oubliant sciemment ce qui s'est passé'', peut-on lire dans leur déclaration de circonstance.

Et encore,'' Nous condamnons sans réserve les partis politiques et les politiciens qui ont préparé et exécuté le génocide des tutsi et le massacre des hutu modérés ; ceci dès 1959, sous le couvert de la Révolution, provocant des tueries, incendies, exil et tous les autres maux, de triste mémoire, qu'a connus la société rwandaise. Cette situation a perduré en 1963, puis en 1965, 1973, 1990, et c'est en 1994 que l'ignoble a été commis emportant un million de tutsi et de hutu qui s'opposaient au plan macabre du régime Habyarimana. Tout ceci était l'oeuvre de mauvais politiciens.''

Tout au long de cette conférence, les représentants des partis politiques agréés au Rwanda ont réaffirmé leur grande détermination à ¦uvrer pour l'unité des Rwandais, Œ'nous, nous avons opté pour la reconstruction intégrale de notre pays.'', a déclaré Safari Stanley, du Parti de la solidarité et de la prospérité(PSP).

Et Odette Nyiramirimo du PL (Parti Libéral) de dire :''C'est dommage et ça m'écoeure quand nous nous taisons devant les révisionnistes de tout bord et face à l'idéologie génocidaire encore rampante.'

Le Forum de concertation des formations politiques au Rwanda tire son origine dans l'esprit des principes fondamentaux du code d'éthique politique liant les Forces politiques devant participer aux Institutions de transition politique selon le Protocole sur le partage du pouvoir / Accord de paix d'Arusha et mis en place après le génocide de 1994 pour servir de cadre de dialogue et de concertation ; et a été confirmé et institutionnalisé par la Constitution du 04 juin 2003 (art. 56).

Tous les 9 partis politiques membres du Forum a été représentés à ce point de presse : il s'agit du FPR- Inkotanyi (Front Patriotique Rwandais) par son porte-parole, M. Sebasoni Servilien ; l'Union démocratique du peuple rwandais / UDPR par M. Adrien Rangira; le PL par son secrétaire général, Mme Odette Nyiramirimo.

L'Union démocratique du peuple rwandais / UDPR a été représenté par son président, Adrien Rangira ; le Parti démocratique idéal/ PDI par M. Fazil Harelimana, membre du Bureau politique; le Parti du progrès et de la concorde/ PPC par M. Richard, son secrétaire; le Parti démocrate centriste / PDC par M. Alfred Mukezamfura, son président.

Le Parti socialiste rwandais/ PSR par M. Jean Baptiste Rucibigango, secrétaire ; le PSP par M. Stanley Safari, son président; et le Parti social démocrate/ PSD par son président, Vincent Biruta et son secrétaire général, Jean Damascène Ntawukuriryayo.

En organisant cette conférence de presse, les partis politiques agréés au Rwanda avaient pour but de montrer au peuple rwandais qu'ils sont solidaires avec lui surtout dans ces moments de deuil national tout en sauvegardant l'unité et la réconciliation.
Source : Rwanda News Agency [ARI/RNA], http://www.ari-rna.co.rw

 

Pierre Galand : les dessous occidentaux du génocide rwandais - L'économie du génocide


Propos recueillis par David Servenay , RFI, 7 avril 2006

Pierre Galand fut pendant trente ans le secrétaire général de l'ONG britannique Oxfam. Aujourd'hui sénateur socialiste en Belgique, il a réalisé une étude en 1995-96 à partir des comptes de la Banque nationale du Rwanda, à la demande des autorités de Kigali. Avec le Canadien Michel Chossudovsky, professeur d'économie, ils ont reconstitué l'économie du génocide. Un projet politique et militaire concerté, une politique mise en place dès 1990 et des responsabilités écrasantes pour les institutions financières internationales. Explications.

Pierre Galand: La particularité rwandaise est celle d'un petit pays qui, jusque dans les années 80, avait une balance des paiements tout à fait équilibrée. Entre les années 80 et 94, il y a une concomitance de temps entre le moment où les bailleurs de fonds internationaux interviennent au Rwanda, parce qu'ils estiment que l'endettement devient trop important et le début de la guerre entre le gouvernement et les réfugiés qui veulent rentrer d'Ouganda sous la conduite du Front patriotique rwandais. Le Rwanda va alors passer, en quelques mois, d'une armée de 5 000 hommes à 40 000 hommes pour les besoins de la guerre. On va alors appliquer des politiques d'ajustement structurel: la vérité des prix en bloc, l'augmentation du prix du café pour les producteurs et dans le même temps l'augmentation du prix de l'essence.
Les paysans, qui devaient toujours conduire leur café à l'Office central de l'exportation du café, vont être dans des situations impossibles. La tendance pendant quatre ans va être une économie qui se transforme en économie de guerre. Les bailleurs de fonds internationaux continuent à prêter au Rwanda puisque la dette rwandaise, qui était de l'ordre de 500 à 600 millions de dollars au début des années 90, passe à un milliard de dollars en 1994. Et donc, grâce aux prêts internationaux de la BAD, la Banque africaine de développement (qui est une sous-traitance de la Banque Mondiale), la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International, mais aussi la France, la Belgique et l'Union européenne ont des intérêts sur place. Tous vont avoir tendance à dire: c'est une guerre de basse intensité, on doit pouvoir continuer à aider ce pays. On observe alors deux choses: la paupérisation des populations (les actifs sociaux se délitent complètement) et une armée surnuméraire par rapport à ce qu'elle était avant 90 et une milice à côté de l'armée.

RFI: Vous parlez d'une économie de guerre. Concrètement qu'est-ce que c'est? Qu'est-ce qui se passe entre 1990 et 1994? Est-ce qu'il y a d'abord des séquences?
P.G: Quant on observe la balance des paiements et la répartition budgétaire de ce que le Rwanda affecte pour ses dépenses, on voit qu'il triche par les affectations aux différents ministères. Dans le courrier échangé, on s'aperçoit que les ministres trafiquent entre eux pour dire: «mon cher collègue, les camions dont nous avons besoin pour l'armée, nous les avons affectés au budget du ministère des Transports, mais tu penses bien que c'est pour l'armée et c'est pas pour toi». Même chose pour les ambulances qui devaient servir normalement pour transporter des blessés et des malades dans les hôpitaux. Ces ambulances sont détournées pour servir aux milices génocidaires. Il y a donc un système d'économie de guerre. Les flux de capitaux servent à payer des armes, des équipements militaires achetés en Belgique, en France, en Afrique du Sud. Et donc on achète des armes sans arrêt pour une guerre qui est de plus en plus visible. Et pendant ce temps on négocie sans arrêt: on négocie à Arusha des accords de paix mais on est de plus dans le surarmement. Cette économie a viré de bord: au lieu d'importer des biens pour la satisfaction et le développement, elle entre dans un cycle infernal de sous-développement et de surarmement.

RFI: Il y a deux phénomènes que vous identifiez bien, d'un côté une économie de guerre visible et de l'autre une économie parallèle. Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce point?
P.G: En fait, il y a deux économies parallèles. La première, c'est celle qui entretient cette armée de 40 000 hommes: on paye des militaires, des camions, des tanks ou des instruments de guerre, mais aussi des casernements, de la nourriture ou, dans un pays comme le Rwanda, de la bière. Et la bière va couler à flot pour les militaires et pour les milices. Et donc il y a là des postes que vous pouvez camoufler dans tous les budgets. L'autre économie parallèle est masquée. Nous l'avons reconstitué par des enquêtes locales. Par exemple aux douanes, en allant à l'aéroport national. Tout passait par là: le directeur général des douanes de l'époque nous a dit que l'aéroport était divisé entre une partie visible, le dessus de l'iceberg, et la partie immergée, tout ce qui passait à côté, tous les biens achetés par le clan Habyarimana -sa femme et sa famille- qui servaient à alimenter des circuits parallèles. Ces biens étaient vendus sur le marché public au Rwanda, et les bénéfices ont permis de constituer la cassette du clan Habyarimana pour financer les milices génocidaires. C'était notoire: il existait deux endroits où les biens entraient hors taxes, puis étaient vendus sur le marché public à des prix que les gens riches pouvaient payer. C'était par la famille Habyarimana ou par la procure des missions.

«Tout le monde était au courant»
RFI: Tout cela est possible, parce qu'au niveau des relations internationales financières, vous avez pu constater que tous les bailleurs de fonds ferment les yeux et qu'ils n'ont pas appliqué les mécanismes de contrôle des prêts de coopération.
P.G: Normalement, les contrôles se font d'une part par les institutions financières elles-mêmes et d'autre part, par des auditorats extérieurs d'un pays tiers, qui n'est décidé ni par le pays donneur ni par le pays receveur. Donc ces gens, sous foi de leur profession d'auditeurs, ont alerté les bailleurs de fonds. Tout le monde savait. Et en plus ça pouvait s'observer dans la ville. J'ai rencontré un médecin de l'hôpital central de Kigali qui m'a dit : «on voyait arriver les jeeps qui étaient nos jeeps, tous les samedis, parce que le samedi il y avait les bons d'essence, les miliciens prenaient les bons d'essence et ils partaient. On ne les revoyait plus, c'étaient des détournements qualifiés». Tout cela se savait. Dans cet hôpital, il y avait des médecins rwandais, mais il y avait aussi des médecins français, belges puisque toute la coopération était présente. Tout le monde était au courant et il y avait une espèce d'aveuglement collectif.

RFI: Pour en revenir à ce mécanisme d'absence de contrôle, vous avez dit «les bailleurs de fonds acceptent la fongibilité des fonds de la coopération». Qu'est-ce que ça veut dire?
P.G: A l'instant où vous mettez vos fonds à la disposition d'un bailleur de fonds publics, tel que la Banque mondiale, c'est le bailleur de fonds qui est responsable des affectations. S'il discute d'un accord de partenariat avec le gouvernement, d'un engagement précis comme de faire, par exemple, 32 % de dépenses supplémentaires en matière de santé et qu'au bout d'un an, vous vous rendez compte qu'au lieu de faire plus 32 % il a fait moins 20 %, mais qu'il a dépensé d'autant en plus en armement, vous devriez prendre des mesures. La fongibilité c'estquand vos fonds ont disparu et que vous n'avez pas vu réellement où ils ont été affectés. Les bailleurs de fonds ont utilisé ce mécanisme pour s'excuser. L'autre technique de camouflage, ce sont les fonds de contre-partie. Par exemple, quand l'Union européenne fait de l'aide alimentaire à un pays comme le Rwanda, il peut y avoir trois affectations possibles. La première, c'est d'alimenter les populations directement sur des lieux de famine. La deuxième technique, au lieu de la destiner directement aux populations, permettait au gouvernement de faire du «food power», c'est à dire d'obliger les populations à travailler en échange de l'aide alimentaire. Et la troisième technique, c'est de vendre ces produits. Or le Rwanda était autorisé, malgré la mauvaise gestion des fonds publics, à vendre cette aide. Cela générait des fonds de contre-partie, de l'argent que les observateurs internationaux ont pu faire semblant de ne pas voir. Mais il allait vraiment faire semblant, il fallait avoir la volonté de ne pas voir dans le cas du Rwanda.

RFI: Dernier point, mais extrêmement important: tous ces fonds, toute cette aide internationale va servir à acheter énormément d'armes. Or, détail incroyable, on va acheter des armes avant le génocide, mais aussi pendant et après.
P.G: A partir de 1992, il y avait des demandes de devises pour paiement de factures, et quand on regardait la facture, c'était pour l'achat de machettes et de l'ensemble des instruments qui vont servir pour le génocide. Dans des quantités absolument énormes quand on regarde un pays comme le Rwanda qui a besoin normalement d'un type de petit outillage, marteaux, scies ou bêches, machettes. C'est hors de proportion! Il y avait une demande extraordinaire. Et ça nous avons pu l'observer, parallèlement aux ONG des droits de l'Homme qui alertent en disant: «ce pays est à la dérive et il y a une dérive ethnique et il risque d'y avoir un génocide». C'est ce que diront les ONG belges en 1992. Pendant le génocide, on continue à livrer des armes au Rwanda. Mieux que ça, l'ONU a décrété l'embargo sur le Rwanda, mais les financiers internationaux privés et parfois publics comme la Banque de France, vont continuer à honorer des créances pour la Banque nationale du Rwanda qui a quitté le Rwanda et est allée s'installer à Goma dans les camps de réfugiés au Congo. De là, elle donne des ordres de paiements internationaux. Quand les armes sont livrées, au mois d'août 1994, l'aéroport de Goma est contrôlé par la France. Donc, tout cela est connu de la communauté internationale et en tous cas de la France.

RFI: Quelle conclusion tirez-vous de tout ça?
P.G: Dès le début de la guerre, il y a eu un manque total de vigilance des bailleurs de fonds internationaux et des pays qui, autour de ces bailleurs, ont la responsabilité de la coopération avec le Rwanda. Il y a une dette contractée par un pays mais qui est de caractère odieux dans la mesure où elle a permis de perpétrer un crime contre l'humanité. Dès cet instant, cette dette n'est pas remboursable, elle doit être annulée. Mais ça, ce n'est rien. Ce qui est plus fondamental, c'est que par aveuglement, par complicité ou par lucre -vendre des armes, ça rapporte- pour ces trois raisons éthiquement non fondées, des gens ont pris la responsabilité de ce génocide. Aujourd'hui, il y a aussi l'exigence de la réparation, et c'est ce volet là qui me paraît extrêmement important. La France est un cas tout à fait anormal. L'ONU a reconnu sa responsabilité dans le génocide, la Belgique est même allé demander pardon. La France croit encore que Mme Habyarimana est une femme respectable et que l'opération Turquoise était une opération humanitaire. Quand on voit les chiffres et l'implication de la France, des banques françaises, de la Banque de France, on est quand même un peu choqué et on se demande comment un pays peut être aveugle sur ses responsabilités dans une région. La France a une responsabilité éminente dans ce qui s'est passé et n'a toujours pas fait le bon compte de dire: voilà nous sommes responsables, nous devons accepter cette responsabilité et nous devons annuler la dette et nous devons engager aujourd'hui un processus de réparation vis à vis des victimes. Cela n'empêche pas la France de pouvoir être exigeante vis à vis des principes qu'elle n'a pas, à un moment donné, respectés mais de se rattraper, et de dire: il y a des principes que M. Kagamé, président du Rwanda, n'a pas le droit de détourner comme faire la guerre au Congo. Mais quelle crédibilité a-t-elle en tant que nation, membre du Conseil de Sécurité, voulant dire dans le monde ce qu'est le droit international?
«Vous croyez vraiment que c'est la meilleure façon d'aider le Rwanda?»

RFI: Quand vous parlez de réparation, cela signifie que les Rwandais pourraient réclamer devant la justice une compensation financière?
P.G: Ils peuvent intenter des procès aux banques privées françaises, la BNP par exemple, ou la Belgolaise en Belgique, ou les banques suisses, luxembourgeoises, autrichiennes. Ils peuvent intenter des procès à l'Etat français, belge, ils peuvent intenter un procès à l'Etat rwandais parce qu'il ne défend pas normalement des gens qui ont droit à réparation. Ce n'est pas attaquer M. untel ou untel, c'est l'Etat qui a cette responsabilité de protection. On peut intenter également des actions en direction des institutions financières internationales. C'est vrai qu'elles ont normalement un statut particulier qui les rend inattaquables, mais malgré tout la Banque mondiale devant la pression des organisations non gouvernementales et internationales, a dû admettre de mettre en place des tables de négociations pour réparer les erreurs qu'elle aurait pu commettre par négligence ou par le fait que ses investissements auraient commis un tort vis à vis d'une population quelque part. Mais pour ça il faut que les veuves et les victimes du Rwanda soient entourées, soient encadrées et puissent aller vers ces bailleurs pour exiger ce type de négociations. Et là je crois qu'il y a une responsabilité de la collectivité, les Etats et les ONG.

RFI: Quelle a été la réaction des institutions financières internationales, le FMI, la Banque mondiale à votre étude?
P.G: D'abord une réaction d'inquiétude. J'ai eu la visite de plusieurs vice-présidents, gênés, qui me demandaient: «qu'est-ce que vous avez dans votre rapport, est-ce que vous croyez vraiment que c'est la meilleure façon d'aider le Rwanda?». La politique de la banque, dès le départ, a été de dire:«voilà vous avez deux experts, ils ont fait une étude, mais qu'est-ce qu'ils peuvent vous apporter d'autre qu'une étude? Nous, la banque, nous pouvons évidemment négocier avec vous le rééchelonnement de votre dette, inutile de dire que nous n'allons jamais accepter une annulation de dette, mais nous pourrions accepter un rééchelonnement et envisager de vous faire de nouveaux crédits». Et nous voilà repartis dans un système de dépendance de ces pays vis à vis de ces institutions financières internationales. Aujourd'hui le Rwanda n'est pas capable de payer sa dette. Il est donc obligé de demander à des pays tiers, par exemple la Belgique ou la Hollande de payer les intérêts de retard du Rwanda à la place du Rwanda. C'est inscrit dans la rubrique «aide au développement», donc ça rentre dans la rubrique «aide publique au développement». On va alors payer les intérêts de la dette rwandaise et même absorber la dette rwandaise et dès l'instant où un pays comme la Hollande, le Canada ou la Belgique absorbent une partie de cette dette, elle sort des comptes de la Banque et la Banque ne peut plus être inquiétée. Donc, il y a urgence à engager ces actions en demande de réparation parce que on est en train de créer une opacité complète dans la visibilité des actes illégaux et illégitimes qui ont été posés par les bailleurs de fonds publics et internationaux.

RFI: Plus grave, dans la réaction de la Banque Mondiale, vous vous êtes rendu compte que la Banque avait égaré un certain nombre de documents relatifs au Rwanda.
P.G: Oui, le plus dramatique, c'est quand des gens de cette qualité vous font un couplet sur le thème «dans le déménagement on a malheureusement perdu l'ensemble des dossiers, est-ce que vous ne pouvez pas nous transmettre votre rapport afin que nous sachions ce qui est dedans». Si ce n'était pas aussi tragique, ça aurait été grotesque. Mais je trouve d'une gravité exceptionnelle que des institutions qui ont une telle responsabilité puissent jouer d'arguments aussi faibles que de dire: «nous avons perdu ou égaré les documents». Je crois qu'aujourd'hui, il y a peut-être à refaire la mémoire de ces institutions par rapport à des événements aussi graves que ce crime contre l'humanité au Rwanda.

RFI: Pourquoi les autorités rwandaises n'ont-elles toujours pas décidé de rendre public votre rapport?
P.G: Il y a deux arguments que l'on peut invoquer. Le premier, c'est que le Rwanda de 94-96 était un Rwanda complètement assommé par le drame de ce génocide, et il fallait que ce pays se relève. Pour se relever, il avait absolument besoin de l'aide internationale et donc ça permettait aux bailleurs de fonds d'exercer un chantage extraordinaire: «si vous voulez être aidé, vous mettez ça sous le coude». Ils étaient mis dans une situation du faible au fort. Le Rwanda a dû céder et garder ce rapport un peu comme un instrument de chantage beaucoup plus que comme un instrument de réparation. Mais il n'est pas trop tard et je pense que l'heure est aujourd'hui à la réparation. L'autre côté de la médaille, qui n'est pas le plus beau, c'est que le Rwanda actuel est un Rwanda qui a fait la guerre. Quand vous faites la guerre, vous avez besoin d'argent. C'est l'aspect qui mène à dire: est-ce qu'il n'y a pas une deuxième étude à faire? Pour savoir comment un petit pays comme le Rwanda a pu s'équiper et faire une guerre comme il l'a fait et pendant autant d'années, avec un résultat de trois millions de morts. C'est pas seulement le Rwanda, c'est l'Ouganda aussi. et derrière l'Ouganda et le Rwanda il y a aussi des parrains qui permettent et qui ne permettent pas. Cette deuxième étude permettrait de mettre les organisations internationales devant leurs responsabilités, car en alimentant des Etats, elles permettent des guerres comme celles qui se sont produites au Congo, au Rwanda avec le génocide. Après 40 ans d'indépendance dans ces pays, arriver à un drame aussi scandaleux, aussi criminel, aussi dramatique que ces trois millions de morts au Congo et que ce million de morts génocidés. Si c'est ça le bilan de la coopération internationale, c'est vraiment un bilan très noir, sur lequel on doit s'interroger, sur lequel on doit aujourd'hui faire les comptes et les vrais comptes impliquent aussi qu'il y ait réparation.

 

Les révisionnistes tentent de semer la confusion à Bruxelles


Gérald Papy , La Libre belgique, 6 avril 2006
Les nostalgiques de l'ancien régime veulent manifester. Et ils multiplient les actions.

La commémoration à Bruxelles du génocide de 1994 au Rwanda, qui a fait plus d'un million de morts parmi les membres de la minorité tutsie et de l'opposition hutue, est chaque année ternie par des manifestations de nostalgiques de l'ancien régime du président Juvénal Habyarimana, dont l'entourage planifia les massacres. 2006 ne fait pas exception, avec une acuité renforcée. Un Mouvement pour le rétablissement de la dignité humaine au Rwanda (MDHR) a sollicité des autorités de la commune de Bruxelles l'autorisation de manifester devant le palais de Justice, ce jeudi de 13 h30 à 16 h, pour commémorer «le 12 éme anniversaire de l'attentat du 6 avril 1994 ». C'est ce jour-là que fut abattu au-dessus de Kigali l'avion du président Habyarimana. Quelques heures plus tard, les premiers assassinats et massacres d'un génocide planifié par l'entourage extrémiste du chef de l'Etat commençaient. Ils allaient durer jusqu'en juillet, stoppés seulement par la prise du pouvoir par le Front patriotique rwandais (FPR), rébellion dominée par la minorité tutsie.

Certains nostalgiques de ce que l'on appelle le «Hutu power», régime qui voulait asseoir la domination des extrémistes hutus, nient le génocide perpétré par les Hutus contre la minorité tutsie et tentent de semer la confusion entre le génocide et des crimes de guerre -voire des crimes contre l'humanité- dont se sont rendus coupables les combattants du FPR, leurs dirigeants étant désormais au pouvoir à Kigali.

Le Mouvement pour le rétablissement de la dignité humaine au Rwanda, dans son appel au rassemblement de ce jeudi, use honteusement de cet amalgame. D'une part, il joint son communiqué au programme officiel de manifestations organisées par l'association «Ibuka - Mémoire et Justice» qui rassemble les victimes du génocide et familles de celles-ci. Un programme qui comprend traditionnellement une marche au flambeau jusqu'au... palais de Justice de Bruxelles, le 7 avril. D'autre part, l'appel du MDHR assimile les auteurs de l'attentat contre Juvénal Habyarimana -jusqu'ici inconnus même si des soupçons pèsent sur des militaires du FPR- aux commanditaires et exécutants des massacres en ne mentionnant à aucun moment le génocide.

L'association Ibuka a saisi le Mouvement contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie (MRAX) qui a interpellé mercredi le bourgmestre de Bruxelles, Freddy Thielemans, pour le mettre en garde contre l'organisation de la manifestation des révisionnistes rwandais. Le MDHR ne recevra pas d'autorisation de manifester comme il s'est vu refuser de pouvoir le faire par la commune de Woluwe-Saint-Pierre. Il n'empêche, après des incidents créés par les mêmes agitateurs qui avaient émaillé la projection d'un documentaire sur le génocide au Centre communautaire laïc juif à Bruxelles (LLB du 21/03/06), l'impression domine qu'une parole a été libérée sur la négation du génocide rwandais. Pour Placide Kalisa d'Ibuka-Belgique, cette tendance est favorisée par la publication de livres révisionnistes et par l'absence de loi condamnant la négation du génocide rwandais comme il en existe pour la Shoah.

 


Des documents jettent un éclairage nouveau sur la planification du génocide - Le recours à l'autodéfense civile' est examiné pour l'anniversaire des massacres

 

par Human Rights Watch, 7 avril 2006

Les organisateurs du génocide de 1994 au Rwanda ont utilisé un "système d'autodéfense civil" pour mobiliser les participants à la campagne d'extermination de la minorité Tutsi, déclare Human Rights Watch dans un document de 18 pages publié aujourd'hui. Le document, intitulé Le génocide rwandais : comment il a été préparé, s'appuie sur des documents non publiés pour exposer la façon dont le système d'extermination a été planifié au cours des mois précédant le début du génocide, cela fera 12 ans cette semaine.
"Les violences génocidaires n'ont pas éclaté du fait de la peur ou de la haine contre la minorité Tutsi," a déclaré Alison Des Forges, conseillère senior à la division Afrique à Human Rights Watch. "Elles ont été déclenchées par les autorités militaires, administratives et politiques en utilisant l'appareil d'état."

Le document rapporte la façon dont les responsables et propagandistes ont défini les civils Tutsi comme "l'ennemi" devant être ciblé par les actions "d'autodéfense." Il résume aussi le contexte du génocide, qui a commencé au début du mois d'avril 1994, à savoir la pauvreté, l'insuffisance des champs pour les cultivateurs, l'histoire de colonialisme, l'introduction de multipartisme et la guerre.

"Documenter le génocide est aussi une façon d'honorer ses victimes," a déclaré Des Forges. "Plus nous comprenons la préparation et la mise en †uvre d'un génocide, plus nous serons capables d'éviter des horreurs semblables dans le futur."
Pour lire le document Le génocide rwandais: comment il a été préparé, cliquer sur http://hrw.org/french/backgrounder/2006/rwanda0406/index.htm


La France aurait pratiqué une évacuation "sélective" au Rwanda en 1994

 

par Stéphanie Maupas, le Monde, 6 avril 2006
l y a douze ans jour pour jour, le 6 avril 1994, l'attentat perpétré contre le président rwandais Juvénal Habyarimana entraînait le "pays des mille collines" dans un génocide qui, en cent jours, faisait près de 800 000 morts, essentiellement tutsis. Différents témoignages ont depuis permis de démonter et de comprendre la mécanique du génocide, levant quelques zones d'ombre sur les implications des acteurs rwandais et internationaux.
Dans un rapport remis en début d'année au procureur du tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), le français André Guichaoua, expert auprès du procureur et professeur de sociologie à la Sorbonne, à Paris, revient sur les événements survenus à l'ambassade de France, dont il a été le témoin direct, entre le 6 et le 11 avril à Kigali.
En décembre 1998, la mission d'information parlementaire sur le Rwanda avait écarté les allégations selon lesquelles l'ambassade de France à Kigali avait procédé à une évacuation "sélective" des Rwandais réfugiés dans ses locaux. Le rapport de M. Guichaoua, en revanche, la reprend à son compte sur la base d'une enquête personnelle.
L'expert rappelle les critères ayant conduit à l'évacuation de 394 ressortissants rwandais, dont Paris avait classé la liste "secret défense" : leur curriculum vitae accrédite la thèse d'une "évacuation sélective, politique et ethnique", affirme M. Guichaoua. Dès le 7 avril, confirme-t-il, tous les ministres du Mouvement républicain national pour la démocratie et le développement (MRND), le parti-Etat, et des dizaines de personnes, "connues comme figurant parmi les éléments politiques les plus radicaux de la mouvance présidentielle", trouvaient refuge à l'ambassade. Bon nombre de ces extrémistes hutus y furent conduits sous escorte de la Garde présidentielle, alors en charge des massacres des personnalités de l'opposition.
Sélection ? Les cinq orphelins d'Agathe Uwilingiyimana, premier ministre assassiné dès le 7 avril 1994, ne seront, eux, évacués par l'ambassadeur de France, Jean-Michel Marlaud, qu'après l'intervention de la cellule africaine de l'Elysée et du représentant de la Suisse. A l'aéroport de Roissy, ils passeront une journée en zone internationale avant d'être transférés à Genève. En revanche, parmi les dignitaires reçus à l'ambassade, beaucoup figureront, après le génocide, parmi "les premiers demandeurs d'asile en France". Ils sont "très nombreux à résider depuis lors en France". En 1998, ce dossier sera évacué par la mission d'information parlementaire.
Au cours de ses recherches, le professeur Guichaoua a analysé les "agendas" des principaux acteurs de la tragédie rwandaise. Depuis dix ans, devant le tribunal international basé à Arusha, en Tanzanie, les accusés ont eux-mêmes témoigné, levant, à leur corps défendant, quelques "secrets du génocide" dans un sauve-qui-peut judiciaire. De l'autre côté, malgré la crainte d'être éliminés par les services spéciaux du régime de l'actuel président Paul Kagamé, certains témoins de l'intérieur, membres de l'armée victorieuse, ont, eux aussi, commencé à raconter leur guerre.
Ces différents témoignages donnent une vision plus claire de la montée des tensions entre les deux forces en présence depuis le début de la guerre civile déclenchée en 1990 par les rebelles du Front patriotique rwandais (FPR), qui s'empareront du pouvoir quatre ans après leur première offensive d'octobre 1990. Au cours de ces quatre années, les rebelles mènent une campagne de terreur alternant assassinats politiques et attentats, qui nourrissent un cycle de représailles orchestrées par le régime en place.
Le 6 avril 1994, jour de l'attentat contre le président rwandais, tous les indicateurs d'un massacre à grande échelle sont allumés. La mort du président rwandais a libéré "l'énergie des extrémistes hutus". A l'ambassade de France les 7 et 8 avril, les dignitaires du MRND fixeront les nouvelles orientations des futures institutions, rétablissant de facto le parti-Etat. En huit jours, la machine génocidaire se mettra en place pour devenir une politique d'Etat. L'armée est neutralisée au profit des extrémistes, les administrations "libérées" des éléments modérés. Le gouvernement intérimaire peut s'appuyer sur des structures établies de longue date. "L'ordre administratif et moral" qui régit une société rwandaise très strictement encadrée peut être détourné à des fins criminelles.
Dans les deux camps, refusant toute négociation, les dirigeants vont conduire à leur terme leurs objectifs de guerre, considérant les victimes des massacres et du génocide comme quantité négligeable.

 

L'improbable procès des soldats de Turquoise au Rwanda


Des plaintes accusant l'armée de complicité de génocide jugées recevables en France.
par Christophe AYAD, Libération, 22 mars 2006
Les plaintes avaient jeté un froid, l'instruction, elle, s'annonce explosive. Dans une ordonnance rendue le 16 février 2006, la juge d'instruction aux armées, Brigitte Raynaud, a décidé d'aller à l'encontre du procureur Jacques Baillet et de déclarer recevables les quatre plaintes accusant l'armée française de «complicité de génocide» au Rwanda en 1994 qu'il avait rejetées en les estimant infondées. Fait rarissime, le parquet a fait appel de la décision de la juge d'instruction. C'est la chambre d'instruction de la cour d'appel de Paris qui tranchera.
Derrière cette obscure bataille judiciaire se cache un bras de fer très politique entre deux visions radicalement opposées du rôle de la France au Rwanda avant et pendant le génocide de 1994, qui a coûté la vie à quelque 800 000 personnes, principalement des Tutsis. En février 2005, six Rwandais - tous Tutsis - avaient déposé plainte avec constitution de partie civile au tribunal des armées de Paris par le truchement de leurs avocats, William Bourdon et Antoine Comte. Les plaintes visent le comportement des soldats français durant l'opération Turquoise. Cette expédition militaro-humanitaire, à l'initiative de la France et sous parapluie onusien, avait débuté durant la dernière semaine de juin 1994, alors que le génocide était presque achevé.

Fortes réticences. Dès le début de l'affaire, la juge Raynaud s'est opposée au procureur Baillet. N'estimant pas les plaintes suffisamment étayées, ce dernier avait refusé d'ouvrir une instruction. Il avait réclamé une audition complémentaire des plaignants. Brigitte Raynaud avait alors décidé de se déplacer au Rwanda, ce qu'elle n'a pu faire qu'en novembre après avoir surmonté les fortes réticences du Quai d'Orsay et du ministère de la Défense.
Le 23 décembre, le procureur acceptait finalement d'ouvrir une information judiciaire contre X, rejetant toutefois quatre plaintes sur six en raison du «défaut de caractère direct et personnel de leur préjudice». Ce sont ces quatre plaintes que la juge a décidé de «repêcher», juste avant son départ à la délégation interministérielle à la Ville. Elle estime dans son ordonnance que les «auditions» d'Aaron Nshymiryayo, François Bagirubwira, Bernard Kayumba et Eric Nzabihimana «font ressortir des dommages réels, tant matériels que moraux ou psychologiques puisque chacun des plaignants a vu disparaître l'ensemble de ses biens, mais aussi et surtout tout ou partie de leur famille proche, pères, mères, frères ou soeurs, le plus souvent dans d'atroces souffrances».

Controverse. Les plaintes d'Eric Nzabihimana et de Bernard Kayumba, en particulier, ajoutent à la controverse sur l'attitude de l'armée française à Bisesero. Arrivés une première fois sur les lieux le 27 juin 1994, les soldats français ne sont venus sécuriser les lieux et protéger les rescapés tutsis qui s'étaient réfugiés sur cette colline que trois jours plus tard, laissant le temps aux tueurs de massacrer de plus belle.

Objectifs. L'instruction s'annonce plus que délicate pour la remplaçante de Brigitte Raynaud, Florence Michon, qui vient de la section antiterroriste du parquet de Paris. Les soldats français, acceptant mal d'être mis en cause, pourraient se retourner vers leurs supérieurs, voire les politiques. D'autant que les objectifs de Turquoise n'ont pas toujours été limpides, étant donné le soutien passé de Paris au régime (hutu) du président Habyarimana, en lutte contre la rébellion (tutsie) du FPR. Ainsi, le docteur Roland Noël, médecin réserviste volontaire à l'hôpital de Goma, en août 1994, qui vient de publier un court opuscule sur son expérience de médecin de Turquoise (1), assure à Libération avoir «entendu une conversation entre deux soldats du service des essences des armées dans laquelle l'un d'entre eux expliquait que les membres du COS [Commandement des opérations spéciales] avaient abattu deux rebelles tutsis au fusil à lunette infrarouge. Ça s'était passé au tout début de Turquoise, fin juin 1994.» Un témoignage qui corrobore ce qu'on savait mais qui n'a jamais été rendu public officiellement, à savoir que les troupes spéciales françaises ont été au contact du FPR.

Timide détente. Pour la justice militaire française, l'exercice s'annonce d'autant plus délicat qu'il se déroule sous la menace d'une épée de Damoclès judiciaire, l'enquête du juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière sur l'attentat du 6 avril 1994, qui a coûté la vie au président rwandais Juvénal Habyarimana et déclenché le génocide. De source sûre, le juge Bruguière a bouclé son instruction, qui conclut à la culpabilité de l'actuel président rwandais Paul Kagame, alors à la tête du FPR, et de son entourage. Annoncée pour fin janvier, puis fin février et maintenant courant mars, la publication de l'enquête Bruguière est imminente. Elle aurait même dû déjà intervenir. Le juge antiterroriste a en effet transmis ses conclusions au parquet courant janvier. Ce dernier a théoriquement dix jours pour prendre des réquisitions, mais le dossier est enterré depuis. Interrogée à plusieurs reprises par Libération, la porte-parole du parquet de Paris n'a pas souhaité réagir. Et le Quai d'Orsay dit n'avoir aucun commentaire à faire sur le cours de la justice, qui pourrait toutefois mettre fin à la timide détente observée ces derniers mois entre Paris et Kigali.

(1) Les Blessures incurables du Rwanda, Editions Paari.

Source : http://www.liberation.fr/page.php?Article=368949

 

Le tribunal pénal international délocalise ses procédures vers la Norvège, la Suisse, la Belgique et la France


par Stéphanie Maupas, RFI, 16 février 2006
http://www.rfi.fr/actufr/articles/074/article_41922.asp


Le tribunal pénal international pour le Rwanda s'apprête à remettre à la Norvège un suspect accusé de génocide. D'autres dossiers devraient être transférés vers les tribunaux européens pour permettre à la juridiction de l'Onu de fermer ses portes en 2010.
Accusé par le tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) de génocide et de conspiration en vue de commettre le génocide, Michel Bagaragaza devra répondre de ses crimes devant la justice norvégienne. Cet ancien directeur de l'OCIR/Thé, organisme gouvernemental chargé du contrôle de la production de thé au Rwanda, s'était rendu volontairement au tribunal international, basé à Arusha, en Tanzanie, le 16 août 2005. En septembre, il avait passé un accord avec le procureur et accepté de plaider coupable. Le repenti avait alors été transféré à la prison du tribunal pour l'ex-Yougoslavie à La Haye, aux Pays-Bas, «pour des raisons de sécurité».

Transfert de dossiers aux justices nationales
Dans une requête déposée le 15 février 2006, le procureur du tribunal international demande que l'affaire Bagaragaza soit transférée à la justice norvégienne. L'opération est une première pour le tribunal et répond à la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies du 28 août 2003, selon laquelle le TPIR devra boucler ses travaux en 2010 et fermer définitivement ses portes. La communauté internationale juge désormais le tribunal international trop coûteux et estime que l'essentiel du travail de justice a été accompli. Mais New York demande, entre autres mesures, que les Etats délestent le tribunal pour le Rwanda en acceptant de juger certains des accusés devant leurs propres tribunaux.

Le repentir
Accusé d'avoir financé et entraîné la sinistre milice Interahamwe, dont les machettes ont pavé le pays des Mille Collines de près de 800 000 morts, essentiellement tutsis, entre avril et juillet 1994, Michel Bagaragaza bénéficiera, selon l'accord passé avec le procureur, de protections pour sa famille et de l'assurance de ne pas être renvoyé dans une prison africaine pour y purger sa peine. En échange, il a fourni 637 heures d'interrogatoire et devra témoigner contre ses anciens comparses, en procès à Arusha.
Mais au-delà du volet judiciaire, l'accord passé entre l'homme d'affaires rwandais et le parquet d'Arusha comprend une clause plus politique. Pour obtenir son transfert en Norvège, où il risque une peine maximale de 21 ans de prison alors que le TPIR prononce des condamnations à vie, Michel Bagaragaza «a promis d'assister les autorités nationales dans leurs enquêtes» à l'encontre de Rwandais réfugiés sur le territoire norvégien. Depuis plus de six mois, Oslo est régulièrement accusé par Kigali d'avoir octroyé le statut de réfugié politique à des suspects de génocide. Reste que les Etats rechignent à s'acquitter de requêtes d'extradition avec le Rwanda. Le régime de Kigali est régulièrement dénoncé pour violations des droits de l'Homme et la peine de mort y est toujours en vigueur, ce qui rend le Rwanda aujourd'hui inéligible à l'acquisition de dossiers établis par le TPIR. Le tribunal international espère, en revanche, déférer d'autres dossiers en Belgique, en France ou en Suisse.
Les poursuites contre l'APR
A ce jour, le TPIR a jugé 26 accusés, sur près de 70 mises en accusation. Si le parquet a bouclé ses enquêtes contre les principaux responsables du génocide, le procureur doit encore, à la demande du Conseil de sécurité, poursuivre les auteurs des crimes commis par l'Armée patriotique rwandaise (APR) au pouvoir à Kigali. Lors de l'ouverture de cette partie des enquêtes par le TPIR en juin 2001, Kigali avait cependant bloqué toute coopération, empêchant les témoins de se rendre à Arusha pour déposer. Par ailleurs, depuis l'automne 2005, Kigali multiplie les déclarations à l'encontre de pays européens, les accusant d'accueillir sur leur sol des réfugiés rwandais suspects de génocide. Un activisme d'autant plus affirmé que deux enquêtes ont été ouvertes en France et en Espagne à l'encontre de dignitaires de l'actuel régime.


Risque de rupture entre le TPIR et le gouvernement rwandais
L`acquittement en appel prononcé mercredi par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) en faveur de l`ex- ministre rwandais des Transports, André Ntagerura et de l`ex-préfet de Cyangugu (sud ouest) Emmanuel Bagambiki risque de conduire à une autre rupture de coopération entre cette juridiction et le gouvernement rwandais, a appris jeudi la PANA, de source judiciaire dans la capitale rwandaise.
L`ancien ministre André Ntagerura et l`ex-préfet Emmanuel Bagambiki ont été acquittés, tandis que le lieutenant Samuel Imanishimwe, ancien commandant du camp militaire de Karambo (sud ouest), qui faisait également partie du même groupe des accusés, a, lui, été condamné à vingt sept ans de prison ferme.
Les deux présumés génocidaires relâchés par la chambre d`appel du TPIR avaient auparavant été libérés sous condition le 25 Février 2004, en attendant le jugement de l`appel interjeté par le procureur, et qui été prononcé mercredi au siège du TPIR à Arusha, dans le nord de la Tanzanie. Le procureur général de la République à Kigali Jean de Dieu a déclaré que cet acquittement constitue un acte "ridicule et triste", puisqu`il y a des preuves tangibles qui démontrent que ces deux anciens dignitaires du gouvernement intérimaire d`avril à juillet 1994, faisaient partie des architectes du génocide. "Des milliers de personnes sont mortes à cause de leur responsabilité", a indiqué M. Mucyo.
"Cet acte est du théâtre. Une telle décision décourage les témoins à charge qui contribuent à la recherche de la vérité sur les tragédies rwandaises" a, de son côté, affirmé le représentant du gouvernement rwandais auprès du TPIR à Arusha, Aloys Mutabingwa dans une interview passée sur les ondes de la BBC, programmée en Kinyarwanda et diffusée mercredi soir.
"Toute personne qui s`est rendue à Cyangugu connaît très bien la responsabilité des deux hommes pour avoir commandé le nettoyage ethnique dans cette région", a-t-il ajouté.
Sur 19 ministres membres du gouvernement en place de l`époque, douze ont été arrêtés, deux sont en fuite après avoir été mis en accusation. Leur chef, le Premier ministre Jean Kambanda, a été condamné à perpétuité et purge actuellement sa peine au Mali.
Parmi ces douze anciens membres du gouvernement génocidaire, neuf sont en cours de jugement en première instance ou en appel, trois, dont André Ntagerura, ont été définitivement jugés.
Source : http://www.angolapress-angop.ao/noticia-f.asp?ID=415654, 10 février 2006

 

 

La juge Raynaud va enquêter sur le rôle de l'armée française dans le génocide


Le procureur du tribunal aux armées de Paris (TAP) a ouvert vendredi soir 23 décembre une information judiciaire contre X pour "complicité de génocide" à la suite d'une plainte de rescapés rwandais visant l'armée française, confiant l'enquête à la juge Brigitte Raynaud.
Six personnes, membres de la minorité tutsie du Rwanda, rescapées du génocide de 1994, âgées de 25 à 39 ans, ont porté plainte contre X pour "complicité de génocide et/ou complicité de crime contre l'humanité" en février 2005 devant le TAP.
Les six plaignants entendus fin novembre au Rwanda par la juge d'instruction du TAP Brigitte Raynaud avaient accusé des militaires français d'avoir, lors du génocide de 1994, commis des viols, des meurtres, et laissé des miliciens hutus enlever des réfugiés dont ils avaient la protection.
Dans son réquisitoire introductif, le procureur Jacques Baillet s'est prononcé contre la recevabilité de quatre des six plaignants, considérant que ces "personnes ne peuvent se prévaloir d'un préjudice personnel et direct, d'après l'exposé qu'elles ont fait devant la juge", a indiqué à l'AFP la même source judiciaire.
"Elles ne peuvent se prévaloir de faits, à les supposer avérés, susceptibles de constituer le crime de complicité de génocide", a précisé cette source.
Seuls les cas de deux rescapés du génocide, Innocent Gisanura et Auréa Mukakalisa, respectivement âgés de 14 et 27 ans en 1994, sont recevables aux yeux du parquet du TAP.
Brigitte Raynaud est l'unique juge d'instruction du tribunal aux armées de Paris, dont les locaux se trouvent dans la caserne de Reuilly à Paris (XIIe arrondissement).
Cette juridiction est la seule habilitée à instruire et juger des affaires impliquant des militaires français à l'étranger.
La plainte vise l'opération militaro-humanitaire Turquoise (2.500 hommes, fin juin à fin août 1994), au cours de laquelle l'armée française, sous mandat de l'Onu, avait été chargée de former une zone humanitaire sûre (ZHS) dans le sud-ouest du Rwanda.
Le génocide a fait près de 800.000 morts, selon l'Onu, essentiellement au sein de la minorité tutsie mais aussi parmi les opposants hutus.
Dans son témoignage recueilli par Mme Raynaud, Auréa Mukakalisa indiquait notamment: "Des miliciens hutus entraient dans le camp et désignaient des tutsis que les militaires français obligeaient à sortir du camp. J'ai vu les miliciens tuer les Tutsis qui étaient sortis du camp".
"Je dis et c'est la vérité, avoir vu des militaires français tuer eux-mêmes des Tutsis en utilisant des couteaux brillants d'une grande dimension", poursuivait-elle.
Peu après le retour de la juge d'instruction du Rwanda, les avocats des plaignants, Mes William Bourdon et Antoine Comte, avaient dénoncé "un déni de justice" en l'absence d'ouverture d'information judiciaire.
Selon une source judiciaire à Paris, "l'affaire nécessitait une analyse juridique précise, et un examen précis de la plainte et donc du temps pour aboutir à une décision".
Source : AFP, 23 décembre 2005