12/07/06 - Le journaliste Bapuwa Mwamba tué
à Kinshasa
Un journaliste congolais a été abattu samedi 8 juillet
vers 01H00 GMT à son domicile de Kinshasa par des inconnus armés,
a annoncé l'organisation locale de défense de la presse
Journaliste en danger (Jed), dénonçant un crime "ignoble".
Bapuwa Mwamba, 64 ans, a été tué par trois personnes
armées qui s'étaient introduites dans sa résidence
de Matete, un quartier populaire de Kinshasa, où il vivait avec
un de ses neveux d'une vingtaine d'année, indique Jed, dans un
communiqué.
Bapuwa était retourné à Kinshasa contre les avis
de ses amis en avril 2006, laissant sa femme et ses 4 enfants en France
où il vivait en exil, pour suivre le déroulement des préparatifs
des élections du 30 juillet. Il avait fui le régime mobutiste
en 1982, se réfugiant d'abord à Brazzaville, avant de
s'installer en France.
Bapuwa avait été journaliste à l'Agence zaïroise
de presse (AZP) de 1970 à 1980, et au magazine Jeune Afrique
Economie (JAE).
La Mission de l'Organisation des Nations unies en République
démocratique du Congo (MONUC) a condamné le meurtre.
Lire le dernier article de Bapuwa Mwamba "Pourquoi la transition
est-elle bloquée au Congo ?" sur
http://www.congonetradio.com/bapua-mwamba.html
Tango mortel entre Kabila et Forrest - Comment
le Congo dilapide ses richesses
par John Vandaele, Mondiaal magazine, 31 mars 2006
La profonde misère du Congo contraste violemment
avec l'abondance de ses richesses minières. Mais à qui
profitent cuivre, cobalt, uranium? MO* a pu consulter deux contrats
miniers ainsi qu'un rapport secret. Conclusion: le Congo est pillé.
Parmi les acteurs principaux : George Forrest. La Belgique laisse faire...
Si tout va bien, et pour la première fois depuis
40 ans, des élections se tiendront d'ici peu au Congo. Près
de 26 millions de citoyens se sont inscrits pour ce scrutin, une performance
exceptionnelle dans un pays sans réseau routier digne de ce nom.
Pirogues, tout-terrains ou hélicoptères ont acheminé
le matériel nécessaire pour le vote (ordinateurs, générateurs,
combustibles...) vers les régions les plus éloignées,
afin de permettre un enregistrement sécurisé des électeurs,
avec une photo et deux empreintes digitales. « Un cauchemar transformé
en miracle », décrit Ross Mountain, représentant
spécial adjoint du secrétaire général des
Nations Unies au Congo. La mission de l'ONU sur place (Monuc) comprend
23.000 personnes, dont 17.000 militaires. Les bailleurs de fonds ont
déboursé 450 millions d'euros pour l'organisation des
élections. La Belgique a mis 16 millions sur la table.
Le grand espoir des Congolais ? Que les élections
conduisent à une meilleure gestion du pays. Car les besoins sont
énormes: pauvreté criante, parents qui doivent encore
pallier aux traitements des enseignants, soins de santé très
médiocres... Aujourd'hui, la communauté internationale
supporte déjà 60 % du budget de l'Etat, et pourrait augmenter
sa mise si les élections se passent bien. Début février,
le ministre belge des Affaires étrangères Karel De Gucht
promettait ainsi un doublement de l'aide belge au Congo.
Mais ce pays ne peut pas continuer à importer
avec l'argent reçu. Il doit donc lui-même exporter. Or
il n'est pas évident pour un pays d'être compétitif
au niveau international avec une infrastructure extrêmement défectueuse
et une population très peu qualifiée. Reste l'atout majeur
du Congo : son sous-sol très riche en matières premières,
et indispensables au reste du monde. Mais le véritable scandale
est là : les Congolais n'ont, jusqu'à présent,
quasiment pas pu jouir des richesses minérales de leur pays.
Pendant la période coloniale, c'étaient les Belges qui
en profitaient. Au cours de l'ère Mobutu, c'est le président-fondateur
qui vidait les caisses de l'Etat.
Tout ira-t-il mieux après les élections?
Le riche sous-sol permettra-t-il au pays d'entreprendre sa reconstruction
? Pour y répondre, direction le Katanga, qui regorge de matières
premières et qui a, depuis toujours, alimenté les caisses
de l'Etat. Les circonstances externes n'ont jamais été
aussi favorables qu'aujourd'hui, vu la demande des géants en
croissance que sont la Chine et l'Inde, et la hausse consécutive
du prix de ces matières.
Définition du pillage
Selon le FMI, environ un cinquième de la population congolaise
est dépendante d'une exploitation minière artisanale ou
informelle. Ainsi, 800.000 personnes travaillent dans le secteur du
diamant, 60.000 dans ce qu'on appelle la ceinture de cuivre katangaise.
Une visite à la mine à ciel ouvert de Ruashi - à
20 km de la capitale du Katanga Lubumbashi - souligne le caractère
primitif de l'exploitation artisanale. Des jeunes gens creusent et rejettent
la terre avec de simples pelles sous un soleil de plomb, à la
recherche de portions de sous-sol riches en minerais. Des enfants parfois
pas plus âgés que huit ans sont astreints à des
corvées et des travaux manuels pour quelques centimes d'euro.
Les mottes de terre contenant le minerai sont mises en sac et transportées
jusqu'à la route, où des intermédiaires - les négociants
- les chargent pour les transporter vers les comptoirs. Le travail est
dangereux et malsain. De plus, les Congolais ne retirent pas grand chose
de cette exploitation sauvage. En 2004, les creuseurs ont reçu
1000 dollars par tonne de cobalt, alors que sa valeur sur le marché
mondial est de 55.000 dollars. De cette manière, la richesse
minière n'offre pas une base solide à un développement
durable du Congo. Elle ne permet pas de construire des routes ou de
payer des enseignants.
La commission sénatoriale belge consacrée
au pillage des matières premières du Congo (2003) définissait
le pillage comme « une exploitation des richesses du Congo qui
ne profite pas ou pas assez aux Congolais ou à l'Etat ».
Cette définition est ici tout à fait de mise. Une grande
partie du minerai quitte le pays sans aucune forme de transformation
ou de taxation vers la Zambie, l'Afrique du Sud et de là vers
le marché mondial. La Chine est devenue le premier point de chute.
Les fournisseurs de la société belge Umicore, comme l'entreprise
indienne Chemaf, ponctionnent également leur minerai brut dans
ce circuit. « Des enfants y travaillent, ce qui met mal à
l'aise la direction d'Umicore. Celle-ci tente d'y remédier via
des clauses contractuelles, nous dit Marc-Olivier Herman de l'ONG Broederlijk
Delen. C'est une première étape. Mais le chemin est encore
long ». La Belgique émet de solides critiques à
l'égard du rôle des Chinois dans ce commerce. « Or
le groupe Forrest achète également aux négociants,
mais là, la Belgique se tait », dit Herman.
La Belgique veut introduire un système qui puisse
rendre traçable le minerai congolais, et ainsi isoler les flux
illégaux. Elle soutient aussi des projets qui devraient, à
terme, réduire le travail des enfants dans les mines et progressivement
réintroduire les creuseurs dans le circuit formel des mines.
Les années de liquidation
Il n'en a pas toujours été ainsi. Jusqu'en 1990, l'entreprise
d'Etat Gécamines, qui possédait tous les droits miniers
au Katanga, était la vache à lait des autorités,
avec un tiers des revenus de l'Etat. Le secret de cette grande rentabilité
résidait dans le fait que les minerais récoltés
étaient raffinés sur une grande échelle au Congo
même. C'était une autre époque.
La Gécamines ne produit plus que 20.000 tonnes de minerai de
cuivre, comparées aux 470.000 tonnes de 1985. Une mauvaise gestion,
le pillage par Mobutu, le chaos institutionnel durant la guerre, ont
conduit à l'écroulement de la Gécamines, avec toutes
ses conséquences pour plus de 30.000 membres du personnel de
l'époque. A l'heure actuelle, 12.000 personnes y travaillent
encore et le nouveau patron a annoncé début février
2006 que la moitié était excédentaire. En 2004,
Gécamines payait 450.000 dollars d'impôts. C'est négligeable
par rapport aux centaines de millions que l'entreprise rapportait précédemment.
Au cours des dix dernières années, des parts de Gécamines
ont été progressivement privatisées via des joint
ventures, l'entreprise apportant chaque fois les droits miniers et les
partenaires privés de l'argent. En 2004, ces joint ventures ont
produit 12.000 tonnes de minerai de cuivre et le raffinage a rarement
dépassé 20 %. Au cours de la même année,
la production totale de minerai de cobalt atteignait presque, avec ses
9.000 tonnes, le niveau des années 80. Ces dernières années,
l'exploitation minière au Katanga s'est fortement orientée
vers le cobalt parce qu'il rapporte plus à court terme.
Ces joint ventures ont été conclues d'une
manière particulièrement opaque et chaotique. Au cours
des années de guerre 1996-1998, Laurent-Désiré
Kabila, le père de l'actuel président, a financé
son armée en vendant des parts des droits miniers de la Gécamines
à des partenaires privés étrangers. Après
la guerre, cette voie de la privatisation a été poursuivie,
notamment sous la pression de la Banque mondiale et du Fonds monétaire
international. Comme ce fut le cas ces vingt dernières années
dans tant de pays, on a dû se rendre à l'évidence
ici aussi qu'une privatisation qui profite à la population n'est
possible que si un gouvernement solide et capable la conduit sur la
bonne voie. Le FMI a constaté que les entreprises minières
privatisées, principalement les joint ventures de la Gécamines,
n'ont rapporté en 2004 que 400.000 dollars en impôts. Le
part du secteur minier dans les recettes du gouvernement congolais ne
représentaient plus que 0,18 % du revenu national, contre 22
% au Botswana, uv pays riche en matières premières également.
« Il reste donc beaucoup de marge pour des améliorations
», constatait le FMI en 2004. Lisez: le secteur minier pourrait
rapporter beaucoup plus aux Congolais. La question demeure: pourquoi
n'est-ce pas le cas ? Que faut-il faire pour améliorer ces revenus?
Le rapport secret
Sur ces questions, différents rapports très intéressants
ont été écrits. En 2004, au sein du parlement de
transition congolais, une commission d'enquête parlementaire,
dirigée par Christophe Lutundula, a été chargée
d'analyser la validité des contrats conclus au cours des années
de guerre 1996-1998. La commission a remis son rapport le 25 juin 2005,
mais le bureau du parlement, dans lequel tous les grands partis sont
représentés, refuse depuis plus de sept mois de le rendre
public. De fait, les hommes au pouvoir - le président Kabila
en tête - craignent de perdre de nombreuses voix aux élections
à venir si les conclusions devenaient publiques. MO* a pu lire
ce rapport. Les contrats qui ont été conclus concernant
les richesses minières katangaises y sont critiqués sévèrement.
En résumé:
> Dans ces contrats, aucune évaluation n'est faite des richesses
naturelles que les autorités apportent dans les partenariats,
il est donc difficile de chiffrer un retour équitable pour cette
mise. Egalement parce qu'aucune étude de faisabilité n'a
été faite.
> Il est à peine exigé du partenaire privé qu'il
apporte son capital propre. Les interlocuteurs privés n'apportent
pas beaucoup plus au partenariat que leur accès au crédit,
accès que la Gécamines a perdu à cause de sa charge
de dettes. Cela signifie que les revenus éventuels devront d'abord
servir à payer ces dettes, donc que la Gécamines ne verra
pas venir d'argent frais.
> La gestion des joint ventures est abandonnée au secteur
privé, lequel peut à volonté introduire des frais
(transport, produits chimiques, management fees), ce qui réduit
les gains et donc les dividendes de la Gécamines.
> Les conditions minimales concernant l'industrie minière,
que le gouvernement lui-même avait annoncées, ont été
négligées par les ministres et par le président
lui-même (Kabila père à cette époque).
> A été accepté le fait que les partenaires
privés puissent détenir des adresses off shore. Conséquence:
lors d'une faillite, la Gécamines restera seule avec les dettes.
> Aucun des partenaires ne dispose d'une expérience minière
en rapport avec l'envergure des projets.
Pour toutes ces raisons, les joint ventures n'ont rapporté à
la Gécamines, et donc au Congo, que très peu d'argent.
A la grande fureur des travailleurs, qui ont assisté au dépecage
de l'entreprise alors qu'eux-mêmes devaient attendre leurs arriérés
de salaires. Pour le moment, les charges salariales de la Gécamines
s'élèvent à 3 millions de dollars alors que les
revenus annuels ne sont que de 1,5 million de dollars.
Forrest, vice-roi du Katanga
Les conclusions de la commission Lutundula concordent parfaitement avec
le rapport sur la Gécamines rédigé en 2003 par
International Mining Consultants (IMC) pour le compte de la Banque mondiale.
Ce rapport, qui n'a lui non plus jamais été rendu public,
a détecté le même schéma, celui d'une mise
relativement faible des partenaires privés qui retiraient beaucoup
plus de profits des joint ventures que la Gécamines.
Selon IMC, l'élément crucial est le fait
que les contrats autorisent la réalisation des profits en-dehors
du Congo. Dans tous ces contrats, le partenaire privé tient la
gestion entre ses mains et livre lui-même de nombreux services.
Il peut donc jouer à volonté sur les frais découlant
de ces services. Cette critique est valable également pour les
joint ventures de la Gécamines avec le groupe du Belge George
Forrest. Ce groupe, en tant qu'entrepreneur polyvalent, peut justement
livrer de nombreux services lui-même. Le rapport IMC a montré
par exemple que le groupe Forrest a pu construire l'usine STL à
Lubumbashi (une joint venture avec la Gécamines et l'américaine
OMG) sans que l'attribution de ces travaux ne soit passé par
une procédure d'adjudication.
Luiswhishi, un autre partenariat entre la Gécamines et le Groupe
Forrest, est cité dans le rapport Lutundula comme un des rares
partenariats qui ait vraiment rapporté de l'argent à l'Etat.
En réponse à une interpellation à ce sujet, Christophe
Lutundula a déclaré: « Il y a beaucoup de remarques
à faire concernant les contrats de Forrest, mais il semble le
moins mauvais de ceux qui courent actuellement au Katanga. Il est aussi
le seul à être connu ». Mais Marc-Olivier Herman
de Broederlijk Delen retourne le raisonnement: « Forrest fait
justement tout pour rester le seul entrepreneur sérieux au Katanga.
Grâce au réseau de relations qu'il a construit au cours
des trente dernières années, il n'a pas besoin de règles
claires, bien au contraire. Son avantage comparatif est justement de
pouvoir fonctionner dans un environnement sans cadre légal clair
».
Si les joint ventures ne rapportent pas beaucoup d'argent
dans le tiroir-caisse, elles créent de l'emploi. Et, à
tout seigneur tout honneur, même les plus grands opposants à
Forrest reconnaissent qu'il accorde à son personnel parmi les
meilleures conditions de travail et de salaire de toute la région.
Il tolère aussi depuis peu les syndicats, ce qui n'est pas le
cas des entreprises indiennes telles que Chemaf. Jean-Pierre Muteba
de la Nouvelle Dynamique sociale, un syndicat qui représente
de nombreux travailleurs de la Gécamines et qui est très
critique envers Forrest, le reconnait également : « Le
problème réside surtout dans le fait qu'il a accès
aux meilleurs concessions minières du pays, mais sans donner
de réelle contrepartie, si ce n'est des emplois ». C'est
exact: ce n'est pas parce que Forrest traite son personnel relativement
bien, qu'il ne pourrait pas nuire aux intérêts de l'Etat
congolais, par exemple par la nature des contrats qu'il conclut avec
la Gécamines, et par la manière de les exécuter.
Couronne sans joyaux
C'est parce que ces joint ventures apportent si peu d'argent dans les
caisses que le rapport IMC, aussi bien que le rapport Lutundula, plaident
tous deux avec force pour un moratoire sur les futurs contrats conclus
par la Gécamines. Le rapport IMC souligne que les concessions
minières que la Gécamines possédait encore en 2003
étaient suffisantes pour donner un nouveau départ à
la société. La commission Lutundula juge utile de «
recommander que les négociations encore en cours concernant la
mine de Kamoto, la fabrique de Luilu et le concentrateur de Kamoto,
qui forment l'épine dorsale de la Gécamines, soient stoppées
immédiatement ». Ce rapport a été déposé
le 25 juin 2005 auprès du bureau du parlement, où siègent
tous les grands partis.
Or en août 2005, le président Kabila a
signé un décret qui octroie Kamoto et Kamoto Oliviera
Virgule (KOV) et d'autres installations de transformation, pour au moins
20 ans, à quelques anciens confidents: le groupe Forrest et Dan
Gertler, l'Israélien déjà très puissant
dans le secteur du diamant. Selon la rapport IMC, Kamoto et KOV représentent
pas moins de 70 % des réserves de cuivre disponibles au Katanga.
Un vent favorable a fait parvenir ces contrats à
rédaction de MO*. Avec Broederlijk Delen, 11.11.11 et l'ONG Britannique
Raid, nous avons soumis ces contrats pour analyse au bureau d'avocats
spécialisé Fasken, Martineau et DuMoulin (voir l'encadré).
Même sans posséder le know how en la matière, il
est frappant de constater que ces contrats transgressent tous les don't
et do's que la commission Lutundula avait épinglés. Ainsi,
les partenaires de la Gécamines sont tous deux domiciliés
aux Iles Vierges britanniques. Et une fois de plus, aucune évaluation
n'est faite de l'apport de la Gécamines, alors qu'il s'agit ici
des sous-sols les plus riches en cuivre du monde, avec du minerai à
concentration de 3 à 5 %. Au Chili, le plus grand producteur
de cuivre du monde, cette valeur n'est que de 0,8 %. De plus, la gestion
restera aux mains des partenaires privés, qui peuvent transférer
tous les revenus vers leurs comptes aux Iles Vierges britanniques. Il
n'y a pas eu d'adjudication publique. A nouveau, aucune exigence minimum
n'est imposée pour le capital propre à apporter, tout
peut être emprunté, ce qui représente une pression
énorme sur les bénéfices attendus de la Gécamines,
car les revenus servent d'abord à rembourser les prêts.
Les partenaires ne disposent d'aucune expérience dans l'exploitation
minière qui soit à la mesure de l'ampleur énorme
du projet. Il en est toutefois autrement pour la mine de Tenke Fungurume
où l'un des partenaires est Phelps-Dodge, une des plus grandes
entreprises minières au monde. Phelps dispose à l'évidence
des capacités nécessaires à l'exploitation de cette
réserve de 547 millions de tonnes riches en minerai avec un pourcentage
en cuivre de 3,5 % et en cobalt de 0,27 % .
Un tango mortel
Les conclusions de Fasken, Martineau et DuMoulin sont limpides: une
fois de plus, la Gécamines, et donc la population congolaise,
tireront peu d'avantages de ce partenariat, alors qu'il s'agit cette
fois des plus grandes réserves connues du Katanga. Ici, la définition
donnée par le sénat belge du pillage (voir plus haut)
en 2003 est d'application. On passe à côté de l'occasion
de voir les richesses katangaises redevenir le poumon économique
de l'Etat congolais. Une commission parlementaire et un rapport de la
Banque mondiale déconseillent ce genre de contrats. Pourtant,
ils ont été signés. En août 2004, il a été
décidé que la française Sofreco devait dorénavant
assurer la gestion de la Gécamines. Les politiciens congolais
ont réussi à nouveau à différer, jusqu'au
début de 2006, la nomination effective d'un nouveau gestionnaire
international, afin qu'ils puissent, sans la présence d'un étranger
à la tête de la Gécamines, négocier les joyaux
de la couronne. Pourquoi le gouvernement congolais fait-il cela? «
Parce que le management de Gécamines ne disposait pas vraiment
des capacités nécessaires à une bonne négociation
et parce que les politiciens sont 'solubles dans les dollars'»,
répond un consultant qui a vécu toute cette saga de très
près.
Selon Christophe Lutundula, « les dirigeants
ont peu de respect pour le parlement. De plus, les politiciens alimentent
de cette manière - et donc aux dépens des intérêts
à long terme du Congo - leur caisse électorale ».
Dans un document interne du PPRD, le parti de Joseph Kabila, révélé
il y a peu, on lit ceci : « Soulignons que Monsieur George Arthur
Forrest et son Groupe sortent du lot, pour nous avoir accompagné,
pas à pas, dans la campagne d'implantation du Parti ».
Certains plaident pour que la discussion du rapport
Lutundula ne soit entamée qu'après les élections,
parce que son contenu explosif pourrait torpiller le processus électoral.
Mwando Nsimba, qui est passé, au cours de sa vie, par tous les
domaines de la politique congolaise, ne croit pas à cette stratégie:
« Comme ces affaires ne sont pas connues des Congolais, elles
ne jouent pas non plus un grand rôle dans la campagne électorale.
Cela augmente les chances pour Kabila d'être élu. Un grand
nombre de personnes pensent qu'après les élections tout
ira mieux, qu'alors tout pourra être rectifié. Je crains
que tout ne devienne pire. Le président se sentira soutenu et
continuera dans la même voie. Sous Mobutu c'était exactement
la même chose. La communauté internationale pensait: nous
ne devons pas trop l'importuner et cela le rendait de plus en plus téméraire
».
Lutundula estime que la communauté internationale devrait insister
davantage en faveur d'une bonne gestion. « Pourquoi a-t-on laissé
signer les deux contrats? La communauté internationale était
au courant de leur préparation. Je crains que des intérêts
économiques soient en jeu. La Belgique aussi, malgré tout
le bien qu'elle a fait, a laissé passer les contrats et n'a émis
aucune critique à ce sujet. Voilà bien une politique ambiguë.
La Belgique et l'Union européenne doivent critiquer nos dirigeants
plus durement. Ce n'est pas du néocolonialisme, si l'on sait
que 60 % du budget de l'Etat vient de l'étranger ». Marc-Olivier
Herman juge aussi que la Belgique fait du bon travail sur les plans
militaire et politique, mais qu'elle laisse beaucoup trop faire sur
le plan économique : « Via Forrest, notre pays veut recevoir
sa part du gâteau mais en agissant de cette façon elle
prend le risque d'hypothéquer l'avenir du Congo », dit-il.
Il faut être deux pour signer un contrat : it
takes two to tango. Il est dès lors étonnant que le ministre
De Gucht se montre si critique envers les dirigeants congolais, tout
en gardant le silence sur l'autre partenaire de ce tango mortel, à
savoir les acteurs privés. L'un d'eux, George Forrest, a même
été nommé par le ministre dans ses fonctions de
conseiller au commerce extérieur. Karel De Gucht n'a pas voulu
commenter ces contrats qu'il disait ne pas connaître. «
Je pense que j'ai prouvé avec le dossier tanzanien mon attitude
indépendante vis-à-vis de Forrest. Mais je n'ai pas l'intention
d'en faire le grand méchant, car il est meilleur que la plupart
des entrepreneurs du Katanga. De plus, il sait pertinemment qu'il devra
s'adapter lorsqu'au Congo se développera un Etat de droit. Sa
confirmation en tant que conseiller au commerce extérieure est
une question purement symbolique ». Les symboles sont pourtant
lourds de sens, surtout pour la population congolaise.
Nous remercions International Peace Information Service
(Anvers) pour le soutien apporté aux recherches nécessaires
pour cet article.
La face cachée des contrats
Le bureau d'avocats spécialisé Fasken, Martineau et DuMoulin
(FMD) a analysé pour nous les deux récents contrats miniers
qui ont attribué les joyaux de l'industrie minière du
Katanga à des entreprises privées.
Le premier contrat est conclu entre la Gécamines
et Kinross-Forrest (entre-temps devenu Katanga Mining Ltd), qui créent
ensemble la Kamoto Copper Company (KCC). Cette joint venture pourra
exploiter la mine et le concentrateur de Kamoto et la fabrique hydro-métallurgique
de Luilu. Ces réserves très riches en cuivre et leurs
installations de transformation forment en fait le c¦ur de la
Gécamines. Katanga Mining, avec à sa tête George
Forrest et le Canadien Arthur Ditto, possède 75 % des actions
de KCC. Nous en possédons une copie datant de février
2004.
L'autre contrat, entre la Gécamines et Global
Enterprises Corporate (GEC), concerne l'exploitation de la mine à
ciel ouvert de Kamoto Oliviera Virgule (KOV) et les gisements de Kananga
et Tilwezembe. Il date de septembre 2004.
Le bureau Fasken, Martineau et DuMoulin soulève de nombreuses
interrogations par rapport à ces contrats. Voici quelques extraits
de son analyse du contrat Kinross-Forrest. « Dans des cas semblables,
il est habituel - et parfois même légalement obligatoire
- d'organiser une audit et une évaluation de la mise de fonds
en nature, afin que les deux partenaires soient certains que leur apport
sera évalué correctement. Ici la répartition a
eu lieu sans une étude de faisabilité. L'apport de la
Gécamines a-t-il été évalué équitablement?
Quels eussent été les coûts si une infrastructure
complète avait dû être construite (routes, cabines
électriques, canaux d'eau, voies de chemin de fer, accès
à des distributions publiques) dans cette région? Ou encore
pour une nouvelle usine et ses installations? Comment les risques relatifs
peuvent-ils être pesés vu qu'aucun des actifs de Kinross-Forrest
n'est donné en garantie pour les emprunts? »
Kinross-Forrest peut déduire des revenus bruts
un éventail très large de frais. Pour FMD on introduit
de cette manière le loup dans la bergerie: « Un paiement
(des loyers) basé sur les bénéfices nets est spéculatif.
Pour cette raison, le pourcentage en est habituellement plus élevé,
entre 10 et 15 %. (ndlr: ici il n'est que de 2 %). Mais même un
pourcentage plus élevé ne compense pas totalement les
risques inhérents à un paiement basé sur le montant
net, surtout dans le cas où toutes les opérations sont
contrôlées par ceux-là même qui doivent payer
le loyer ».
Les conclusions de FMD sont claires.
· Il n'est pas déraisonnable d'admettre que, bien avant
que la Gécamines puisse retirer une quelconque rétribution
pour sa mise, Kinross-Forrest aura été remboursé
totalement en intérêts et capital de tous les prêts
et acomptes, et aura aussi retiré des avantages substantiels
du contrôle qu'il aura pu exercer sur la gestion.
· Il n'est pas déraisonnable de penser que le paiement
pour les installations et machines louées sera minimal et même
peut-être inexistant.
· Il n'est pas déraisonnable d'admettre que les montants
cash disponibles pour le paiement des dividendes sera minimalisé
parce que, pour Kinross-Forrest, il est plus avantageux d'être
payé complètement par la voie de contrats avec le manager
(ndlr : pour l'exécution de toutes sortes de services à
la joint venture) que de partager le cash excédentaire avec la
Gécamines.
Pour le contrat GEC, FMD ajoute que les dividendes et les royalties
ne suffiront pas pour rembourser l'emprunt contracté et que la
Gécamines risque de voir la charge de sa dette augmenter par
la signature de ce contrat.
L'enquête menée par Fasken, Martineau
et DuMoulin a été financée conjointement par MO*,
Broederlijk Delen, 11.11.11 et RAID.
Belgique : négligence
ou complicité ?
Broederlijk Delen, 11.11.11 et l'organisation britannique Rights and
Accountability in Development mènent ensemble campagne pour que
les richesses naturelles du Congo soient pour le pays « une bénédiction
plutôt qu'une malédiction ». Elles estiment que la
passivité de la Belgique face aux abus dans le secteur minier
congolais contraste de manière flagrante avec son engagement
prononcé en faveur des élections. Selon ces organisations,
la transition vers un Etat de droit démocratique est condamnée
à échouer si les candidats à la présidence
et leurs associés étrangers s'approprient le c¦ur
économique du Congo.
C'est pourquoi Broederlijk Delen, 11.11.11 et RAID
appellent le Ministre De Gucht à :
- inciter à la publication et au suivi du rapport de la commission
Lutundula (commission parlementaire chargée de l'examen de la
validité des contrats signés pendant la guerre) ;
- soumettre à une expertise indépendante, tant juridique
qu'économique, les nouveaux contrats miniers que le gouvernement
de transition a signés avec des entreprises belges, et dans le
même temps plaider pour que d'autres pays fassent la même
démarche ;
- dans le cadre du soutien de la Belgique à la reconstruction
du Congo, accorder toute la priorité à la transparence
dans le secteur minier formel ainsi qu'à l'amélioration
du sort des travailleurs du secteur artisanal.
Info: www.broederlijkdelen.be <http://www.broederlijkdelen.be>
, www.11.be <http://www.11.be> , www.raid-uk.org <http://www.raid-uk.org>
Source : www.mo.be, 31, mars 2006
32 candidats à la présidentielle
par Monique Mas, RFI, 7 avril 2006
Initialement prévu le 18 juin, le premier tour de la présidentielle
sera reporté pour des raisons logistiques, sans doute début
juillet.
La Commission électorale indépendante
(CEI) a publié le 5 avril au soir une liste de 32 candidatures
provisoirement validées pour la présidentielle. 41 dossiers
ont été rejetés. La liste définitive devrait
être publiée le 15 avril et celle des candidats aux législatives
le 19 avril, après quoi sera fixé le nouveau calendrier
électoral, le premier tour de la présidentielle devant
être reporté. Le principal parti de l'opposition non armée,
l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS)
d'Etienne Tshisekedi boycotte les deux scrutins. Le président
de transition, Joseph Kabila, briguera sa propre succession, en candidat
indépendant, mais non sans l'appui de son Parti du peuple pour
la reconstruction et la démocratie (PPRD), présent aux
législatives. Les principaux anciens chefs rebelles sont en lice,
le doyen de l'opposition, Antoine Gizenga du parti Lumumbiste unifié
(Palu) aussi.
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L'heure de vérité approche. Nul ne croit vraiment que
cette fois le scrutin soit reporté au-delà de quelques
semaines. Il est question de juillet pour le premier tour de la présidentielle
initialement prévu le 18 juin. Pour autant, la réconciliation
nationale n'est pas encore au rendez-vous, au vu du boycott de l'UDPS
et de la pléthore de candidats à la magistrature suprême,
parmi lesquels certains anciens chefs rebelles dont rien ne garantit
qu'ils soient enclins à renoncer à leurs fiefs de guerre
sans contrepartie. Quoi qu'il en soit de la capacité d'abnégation
de ces derniers, en dépit des alliances et des traîtrises
passées ou à venir, et malgré l'insécurité
dramatique qui perdure au Katanga comme en Ituri, la reconstruction
va commencer à se jouer dans ces élections plurielles,
les premières depuis des décennies d'Etat néant,
presque cinq ans de guerre et dix ans de conflit politico-militaire.
8 650 candidats aux législatives
Dans la perspectives de l'entrée en politique d'un très
grand nombre de nouveaux-venus dans le bateau-école parlementaire
où 500 sièges sont à pourvoir et 8 650 dossiers
de candidature déposés à la CEI, les législatives
ne seront pas le moins important des scrutins. Quant au vainqueur de
la joute présidentielle, les Congolais attendent de lui qu'il
relève le géant minéral et agricole de ses ruines
matérielles, politiques et institutionnelles. Pour sa part, Joseph
Kabila entend apparaître comme cet homme providentiel. En tout
cas, depuis qu'il s'est assis, à Kinshasa, dans le fauteuil de
son père Laurent-Désiré Kabila, assassiné
le 16 janvier 2001, il a entrepris de se donner le profil de l'unificateur
et du reconstructeur espéré par les électeurs.
L'avènement de Joseph Kabila dans la capitale lui a déjà
permis de garder une casquette présidentielle à l'ouverture
de la transition politique en 2003. Il entend cette fois légitimer
sa position et conduire les affaires du nouveau Congo sans l'encombrant
attelage des trois vice-présidences, issues des rébellions
et de l'opposition non armée, négociées à
Sun City pendant le dialogue inter-congolais. Or, dans la compétition
pour la magistrature suprême, les anciens vice-présidents,
Jean-Pierre Bemba, chef du Mouvement de libération du Congo (MLC)
ancré dans la province de l'Equateur, et Azarias Ruberwa, président
du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) basé
à Goma, ne comptent pas que des supporters, loin s'en faut, dans
leurs immenses fiefs de guerre. De multiples dissidences ont également
affaibli leurs appareils politiques, à l'approche des scrutins.
Quant au troisième vice-président, Arthur Z'Ahidi Ngoma,
sa Convention du camp de la patrie en dit long sur ses dispositions
à naviguer d'une mouvance l'autre.
Joseph Kabila entend ratisser large
En l'absence de l'UDPS dans ce paysage électoral impressionniste
où aucun problème de fond n'a été réglé,
le jeune Kabila il a 34 ans voit s'ouvrir un boulevard.
Il capitalise le débouché électoral de la transition
et peut déjà officiellement se prévaloir du soutien
de Washington. En effet, en visite à Kinshasa le 2 avril, la
sous-secrétaire d'Etat américaine aux Affaires africaines,
Jendayi Frazer, a «eu l'occasion de présenter au président
Kabila les félicitations du président George W. Bush et
de la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice pour la bonne tenue
du référendum constitutionnel [mais aussi de lui exprimer]
le soutien de Washington au processus électoral».
Joseph Kabila entend ratisser large en se présentant à
la présidentielle en candidat indépendant. Cela n'empêche
pas bien sûr le parti qu'il a créé trois ans plus
tôt, le PPRD, de faire campagne pour lui, dans tout le pays où,
à défaut de routes carrossables, les chaînes de
télévision sont un vecteur de communication privilégié.
Mais pour sa part, Joseph Kabila se place, comme on dit, au-dessus de
la mêlée, évitant en particulier d'identifier sa
personne avec les miliciens du PPRD prompts à rompre des lances,
en particulier au Katanga, où malgré son mot d'ordre de
boycott, l'UDPS ressemble toujours à l'ennemi principal.
Espoirs déçus à l'UDPS
Le «Sphinx de Limete», Etienne Tshisekedi wa Mulumba, est
apparemment désireux, à 74 ans, de laisser derrière
lui l'image d'un opposant irréductible. Après avoir boycotté
la transition où, ancien Premier ministre choisi par la Conférence
nationale souveraine de 1991, il briguait initialement le fauteuil dévolu
à l'opposition non-armée et obtenu par Z'Ahidi Ngoma,
Etienne Tshisekedi ne s'est finalement pas résolu à participer
aux scrutins. Leur préparation ayant été confiée
à la transition qu'il a contestée, Etienne Tshisekedi
estime que tout est joué d'avance. D'ailleurs, fait-il valoir,
les conditions qu'il avait posées à la CEI n'ont pas été
retenues, à l'exception de celle qui met hors jeu l'appellation
d'origine contrôlée UDPS revendiquée par des dissidents.
Reste un immense espoir de changement déçu dans les rangs
de l'UDPS. Le parti historique ne sera pas dans la compétition,
malgré les mises en garde contre «l'auto-exclusion»
lancée par le Sud-Africain Thabo Mbéki et par le secrétaire
général de l'Onu, Koffi Annan. Certains voient désormais
dans la candidature de l'octogénaire Antoine Gizenga, le chef
du Palu, une planche de salut pour les militants de l'opposition non
armée. Malgré le courage obstiné du vieux chef,
elle risque quand même d'être quelque peu vermoulue.
Ancien vice-Premier ministre du tout premier gouvernement de feu Patrice
Lumumba, à l'indépendance, en 1960, opposant à
tous les régimes qui lui ont succédé, après
trente années d'exil à Prague, Antoine Gizenga avait participé
au dialogue inter-congolais. Grâce à ses partisans, il
a finalement réuni l'imposante caution, non remboursable, de
50 000 dollars en déposant sa candidature à la présidentielle.
40 des 41 candidats invalidés par la CEI ont été
écartés pour n'avoir pas rempli cette clause financière.
Ce n'est pas le cas des mobutistes qui seront dans la course présidentielle.
Parmi eux, Nzanga Mobutu, l'un des fils du défunt dictateur,
Pierre Pay Pay, ancien gouverneur de la Banque centrale, et Jean-Pierre
Bemba.
Les étiquettes valsent
Jean-Pierre Bemba a perdu le soutien de son ex-bras droit, Olivier Kamitatu,
qu'il avait placé à la présidence de l'Assemblée
nationale de la transition. Olivier Kamitatu en a démissionné
à la veille des élections, après avoir quitté
le MLC de Bemba pour se rapprocher d'Antipas Mbusa Nyamwisi, le chef
de guerre du RCD-ML (Mouvement de libération), dissident, lui,
du RCD d'Azarias Ruberwa. La candidature de Mbusa Nyamwisi à
la présidentielle a été validée sous la
bannière d'une formation politique baptisée Forces du
renouveau qui ambitionne d'élargir le cercle du RCD-ML originel.
A l'approche des scrutins, les étiquettes valsent, chacun se
mettant en ordre de bataille sur un terrain politique où les
24 millions d'électeurs espèrent qu'ils resteront, après
le verdict des urnes. Mais avant d'en arriver là, encore faut-t-il
passer le cap des scrutins pour nombre de Congolais, menacés
par une insécurité physique et alimentaire gravissime,
au Katanga, en Ituri ou au Nord Kivu notamment. Movies News
Source : http://www.rfi.fr/actufr/articles/076/article_42930.asp
Music News
Television News
Élections à risques pour les enfants
de la rue
par Human Rights Watch, 4 avril 2006
A l'approche des élections présidentielles, les dizaines
de milliers d'enfants des rues que compte le Congo risquent d'être
victimes de manipulations politiques et de maltraitances physiques,
a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié
aujourd'hui.
Ces dernières années, les dirigeants
des partis politiques ont recrutés des enfants des rues pour
semer l'agitation lors de manifestations de masse. Dans la plupart des
cas, les forces de l'ordre ont réagit à ces manifestations
par un usage excessif de la force, tuant ou blessant ainsi des dizaines
d'enfants.
Le rapport « Quel avenir? Les enfants de la
rue en République démocratique du Congo », montre
de quelle façon les forces militaires, policières et d'autres
adultes abusent quotidiennement des enfants de la rue au Congo. Les
conflits armés, le SIDA, l'existence de frais de scolarité
et les accusations de sorcelleries ont fait doubler le nombre d'enfants
des rues ces dix dernières années. Dépourvus d'un
abri, de nourriture et de la possibilité de répondre à
leurs besoins fondamentaux, ces enfants vivent dans l'insécurité
et la peur.
Au lieu de leur fournir assistance et protection,
les forces policières et militaires recourent souvent à
la violence physique et aux menaces d'arrestation pour mater ces enfants.
Ils doivent également affronter les brutalités physiques
et les sévices sexuels infligés par des adultes ou d'autres
enfants de la rue plus âgés, qui profitent de leur vulnérabilité.
Le viol, tant sur des filles que sur des garçons, est courant.
« Dans un premier temps, le gouvernement congolais
doit protéger ces enfants pendant la période des élections.
Les agences de l'ONU au Congo doivent également redoubler d'effort
pour prévenir les abus, » a déclaré Tony
Tate, chercheur sur le droit des enfants à Human Rights Watch
et auteur du rapport. « Les autorités congolaises devraient
saisir cette opportunité pour commencer à agir sur les
abus commis envers ces enfants. »
Le gouvernement congolais ordonne périodiquement
des rafles massives d'enfants de la rue, légitimant leur détention
grâce à une loi datant de l'ère coloniale qui interdit
aux enfants de recourir à la mendicité.
Coupables uniquement de ne pas avoir la chance de
vivre sous un toit, ces enfants sont alors détenus dans des cachots
surpeuplés, dans lesquels ils sont souvent mêlés
aux prisonniers adultes. Enfermés de nombreux jours dans des
conditions déplorables, ils sont souvent relâchés
sans qu'aucune charge ne soit retenue contre eux, et renvoyés
à la rue.
« Les autorités congolaises doivent aider
les enfants sans-abri, et non les jeter en prison, » a déclaré
Tony Tate. « Le gouvernement devrait arrêter les rafles
et suspendre ces lois qui criminalisent ces enfants parce qu'ils sont
sans abris. »
Egalement alarmant, un nombre croissant d'entre eux
est accusé de sorcellerie, même si de telles accusations
sont nommément prohibées par la nouvelle Constitution
congolaise. Les orphelins ou les enfants qui vivent avec leur belle-famille,
en particulier, sont la cible d'accusations proférées
par leur entourage qui affirme qu'ils sont des sorciers responsables
du malheur de leur famille. Ces enfants accusés sont bien souvent
négligés, victimes d'abus et mis à la porte de
leur foyer.
Les agences qui travaillent avec ces enfants à
Kinshasa, estiment que 70% des enfants des rues ont été
accusés de sorcellerie avant d'y échouer.
Les pasteurs spécialistes de ces domaines ou
les prophètes des « églises de réveil »
mettent en place des cérémonies destinées à
ôter à l'enfant ses capacités de sorcelleries. Dans
beaucoup de ces églises, des dizaines d'enfants peuvent être
séquestrés, sans eau ni nourriture. Dans les pires cas,
les enfants sont fouettés, battus ou purgés de force jusqu'à
ce qu'ils avouent leur sorcellerie. Même une fois l'aveu obtenu,
les enfants peuvent être victimes d'abus supplémentaires
chez eux ou être finalement abandonnés.
« La nouvelle constitution congolaise interdit
explicitement d'accuser les enfants de sorcellerie. Les autorités
congolaises doivent prendre des mesures contre les adultes qui maltraitent
les enfants, » a ajouté Tony Tate.
Les enfants affectés du virus du SIDA sont
particulièrement susceptibles d'être l'objet de telles
accusations de sorcellerie. En raison de la croyance que le VIH est
transmissible par la sorcellerie, les membres de la famille accusent
parfois les enfants d'être responsable de la mort de leurs parents.
Déjà orphelins du SIDA, ces enfants deviennent doublement
victimes de l'épidémie. Les campagnes nationales de prévention
du VIH/SIDA doivent sensibiliser la population congolaise sur les causes
du virus et de la maladie, et réfuter l'argument selon lequel
il peut être transmis par la sorcellerie.
Témoignages issus du rapport:
« Ce qui nous inquiète, c'est ce qu'il
adviendra de ces enfants demain. Des milliers d'enfants vivant dans
la rue sans surveillance, sans éducation, sans amour ni attention,
habitués à la violence et aux brutalités quotidiennes.
Quel avenir y a-t-il pour ces enfants et pour notre pays? » Educateur
d'enfants de la rue à Lubumbashi
« La vie est dure ici dans la rue, nous sommes
tout le temps harcelés par les militaires. Ils viennent la nuit,
n'importe quand après 22 heures. Ils nous frappent ou nous donnent
des coups de pied. Ils réclament régulièrement
de l'argent ou des objets qu'ils peuvent vendre, comme des téléphones
portables. Seuls ceux qui s'enfuient et ne sont pas rattrapés
sont hors de danger. Si nous avons travaillé toute la journée
pour 100 francs (0,20 $US), ils peuvent même nous prendre ça.
»Emmanuel, enfant de la rue âgé de 14 ans
« Quelques enfants volaient sur le marché
et la police a arrêté tout un groupe de gosses de la rue
dans le quartier. Il y avait une vingtaine d'enfants dans une petite
salle du poste. On nous a fouettés sur le derrière avec
une corde en plastique. Les enfants pleuraient et criaient. Mes amis
ont payé 400 francs (0,80$) aux policiers pour qu'ils arrêtent.
J'ai été libérée ce jour-là. »Rebecca,
jeune fille de 17 ans à Goma
Parfois des hommes arrivent et me prennent de force
et après, ils partent sans laisser d'argent. Cela arrive souventŠ
J'ai commencé ce travail lorsque j'avais dix ans. Ce n'est pas
une belle vie. Je préférerais aller ailleurs et étudier.
» Amélie, jeune fille de 15 ans à Lubumbashi
« J'ai commencé à passer de plus
en plus de temps hors de la maison dans l'enceinte d'une église
voisine. Mon frère m'y a trouvé un jour et m'a donné
de violents coups de poing, me disant de quitter le quartier. Le pasteur
a dit à mon frère de cesser de me battre mais il a semblé
le croire quand il lui a dit que j'étais un sorcier et il m'a
obligé à quitter l'église. Je n'avais pas d'autre
choix que celui d'aller dans la rue. »Albert, 10 ans,
anciennement enfant de la rue à Mbuji-Mayi
« Nous n'avons pas eu le droit de manger ni
de boire pendant trois jours [que ce soit à l'église ou
à la maison]. Le quatrième jour, le prophète a
placé nos mains au-dessus d'un cierge pour nous forcer à
avouer. » Bruno, 12, enfant des rues accusé de
sorcellerie à Kinshasa
« Les enfants sorciers ont le pouvoir de transmettre
n'importe quelle maladie, dont le SIDA, à leurs proches. Le SIDA
est une maladie mystérieuse utilisée comme arme par ceux
qui pratiquent la sorcellerie. » Un prophète
spécialisé dans les enfants sorciers pour une des églises
de réveil de Mbuji-Mayi
Pour lire le rapport Quel avenir ? Les enfants de la
rue en République démocratique du Congo, cliquer sur http://hrw.org/french/reports/2006/drc0406/
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