Yoweri Museveni réélu président
Le président ougandais, Yoweri Museveni, au pouvoir depuis vingt
ans, a obtenu sa réélection avec une forte majorité,
des résultats officiels publiés samedi lui donnant un
avantage irréversible.
Le scrutin présidentiel de jeudi, première élection
multipartite organisée depuis 25 ans en Ouganda, était
suivi de près par les pays occidentaux, qui y voient un nouveau
test pour la démocratie en Afrique et un "message"
possible à l'adresse d'autres dirigeants du continent en place
depuis longtemps.
Après dépouillement des suffrages dans 91% des bureaux
de vote, Museveni recueillait 61% des voix, contre 36% pour son adversaire
Kizza Besigye, candidat du Forum pour le changement démocratique
(FDC).
"Il a remporté une victoire très convaincante",
a déclaré à Reuters Ofwono Opondo, porte-parole
du Mouvement de la résistance nationale de Museveni. "Le
président dirigera l'Ouganda avec une marge confortable."
Le parti du président a entrepris de préparer rassemblements
et festivités pour célébrer l'issue de l'élection,
mais le FDC de Besigye crie à la fraude. Dénonçant
"de multiples irrégularités", le parti d'opposition
envisage de contester les résultats du scrutin devant les tribunaux.
"Cette élection était aussi libre et équitable
qu'elle l'aurait été sous Saddam ou Hitler", a dit
Sam Akaki, porte-parole du FDC.
Aux quatre coins de l'Ouganda, pays de 27 millions d'habitants, des
partisans de Museveni se regroupaient pour fêter la victoire tandis
le camp de Besigye digérait l'échec.
Le plus haut responsable de la police nationale a engagé les
militants d'opposition à rester calmes sous peine d'en subir
les conséquences. "Quiconque fomente des troubles joue avec
le feu", a prévenu le général Kale Kayihura,
inspecteur général de la police.
Kayihura a estimé que la consultation s'était déroulée
dans de bonnes conditions si l'on exceptait quelques incidents isolés,
notamment le tir d'un engin explosif sur un véhicule de patrouille
qui a blessé trois policiers et une jeune civile.
INCIDENTS LIMITES
Alex Esse, partisan du FDC âgé de 34 ans, a déclaré
dans un bar de Kampala qu'il ne descendrait pas protester dans les rues
mais que l'élection avait fait apparaître la démocratie
africaine sous son plus mauvais jour.
"Notre pays va à sa ruine, a-t-il dit. Le gouvernement a
nommé la CE (commission électorale), le chef de la police,
le commandant de l'armée, et avec tout ça ils sont allés
jusqu'à dépouiller, frapper les gens et voler des bulletins
de vote."
L'une des images les plus inquiétantes du jour de l'élection
est une photo où l'on voit le conseiller juridique de Museveni
brandir une arme à feu au-dessus de cinq suspects à demi-nus
et tremblant de peur après leur arrestation par la police.
Les partisans de Museveni rejettent quant à eux les allégations
de fraude.
"Comment le FDC peut-il prétendre qu'il y a eu fraude ?
Les urnes étaient transparentes et tous les suffrages ont été
dépouillés dehors, même quand il pleuvait à
verse", a fait valoir Michael Musiime, 22 ans.
Les adversaires de Museveni, qui est âgé de 62 ans et issu
d'une famille d'éleveurs, l'accusent d'être devenu un autocrate
africain parmi d'autres depuis son accession au pouvoir en 1986 après
cinq ans de guerre de maquis.
Les donateurs occidentaux, qui célébraient naguère
en Museveni le parangon d'une nouvelle génération de dirigeants
africains, ont regretté l'an dernier que le parlement ougandais
abroge des dispositions qui l'auraient empêché de briguer
un nouveau mandat présidentiel.
La brève incarcération de Besigye en novembre pour viol
et trahison a également mécontenté les donateurs,
qui financent la moitié du budget ougandais.
En revanche, analystes et diplomates jugent probable que l'Occident
entérine la victoire du président sortant, même
si c'est à contrecoeur.
Besigye, 49 ans, était le médecin de Museveni durant leurs
années de guérilla. Il a été remis en liberté
sous caution en janvier seulement pour s'engager dans la campagne électorale.
Source : Reuters, 25 février 2006
Élection présidentiele
: Kizza Besigye défie Yoweri Museveni
Museveni contre son ancien médecin ou la démocratie à
dose homéopathique
par San Evariste Barro, Observateur Paalga, Ouagadougou,
23 février 2006. Source :
http://www.lefaso.net/article.php3?id_article=12606
Qui gérera l'Ouganda durant les cinq années
à venir ? Les Ougandais disposent de toute la journée
d'aujourd'hui pour répondre à cette question. En effet,
le corps électoral est convoqué aux urnes pour départager
les cinq candidats à la magistrature suprême.
Cette consultation a plutôt les allures d'un
match, d'un duel sans merci entre deux poids lourds : le président
sortant, Yoweri Museveni, et le colonel Warren Kizza Besigye.
Aujourd'hui figure de proue de l'opposition ougandaise,
Besigye, qui est un médecin-militaire a d'abord tiré les
400 coups avec Museveni dont il a longtemps été le médecin
personnel.
C'est donc deux personnes qui se connaissent très
bien et qui se sont déjà affrontées aux urnes lors
de la dernière présidentielle de mars 2001. Museveni l'avait
emporté avec 69,3% contre 27,8% à Besigye. Les deux avaient
contesté la régularité de ce scrutin.
L'homme fort de Kampala, qui venait de passer 15 ans
à la tête de son pays, refusait d'admettre que toute une
population de 30% des électeurs, qu'il croyait soumis, taillables
et corvéables à merci ne souhaitaient pas sa victoire.
Il a alors accusé Besigye d'avoir truqué les élections.
Pourtant, celui-ci n'avait aucunement la haute main
sur la toute-puissante administration des élections en Ouganda.
Qui pis est, bien d'observateurs ont légitimement admis qu'il
a été la principale victime de cette fraude organisée
par le clan Museveni.
Les voilà encore face à face. Cette fois,
assez d'eau a coulé sous le pont. La popularité du président
est en chute libre, l'usure du pouvoir se faisant durement sentir. Et
les derniers sondages ne sont pas rassurants puisqu'ils créditent
le président sortant de 47% contre 32 pour Besigye. C'est sûr
qu'après 20 ans passés aux affaires, Yoweri n'a plus la
même force des arguments pour convaincre l'électorat.
C'est ce qui l'amène à s'acharner contre
son ex-médecin personnel, son véritable challenger dans
cette bataille électorale. Ce dernier, depuis qu'il est rentré
d'exil en octobre 2005, a été inculpé puis emprisonné.
Il est accusé pêle-mêle de viol, de trahison, de
détention illégale d'armes et de terrorisme.
C'est d'ailleurs en prison qu'il a rempli le formulaire
de candidature à la présidence. Depuis, on se demandait
si Besigye allait pouvoir effectivement se présenter à
cette élection puisque la moindre condamnation le priverait de
ses droits civiques et donc à dieu la présidentielle.
Fort heureusement pour lui, la haute cour de justice
a ajourné au 15 mars 2006 son procès pour trahison. Quant
au dossier pour viol déjà jugé, il est en attente
du verdict.
Cette chasse aux sorcières ou du moins au sorcier
à outrance n'a fait qu'augmenter la popularité de Warren
Kizza Besigye au sein de l'opinion nationale et internationale malgré
une campagne électorale entrecoupée de ses nombreuses
comparutions judiciaires, et la violence policière contre les
militants de l'opposition.
Ce match à l'ougandaise s'annonce donc très
serré. Et s'il ne veut pas perdre son pouvoir, Museveni a tout
intérêt à gagner la partie dès le premier
tour. En effet, dans la perspective d'un deuxième tour, on peut
imaginer que toute l'opposition fera bloc contre lui.
C'est pour cela qu'il faut croire que l'homme fort
de Kampala fera tout ce qui est en son pouvoir (même en tripatouillant
de nouveau les résultats des urnes) pour être réélu,
sinon il aura modifié pour rien la Constitution afin de pouvoir
briguer ce troisième mandat.
Lorsqu'on fait sauter le verrou constitutionnel qui
limite le nombre de mandats, comme on l'a fait au Burkina avec le fameux
article 37, et comme on l'a fait au Tchad, au Gabon, bref dans bien
de pays surtout en Afrique, c'est pour pouvoir se présenter aux
élections et surtout les gagner.
On ne saurait tripatouiller une Constitution pour s'assurer
une présidence à vie si on n'a pas les moyens notamment
militaires et financiers de s'éterniser au pouvoir.
Disposant de la logistique de l'Etat, Museveni a de
bonnes cartes en main pour remporter cette élection. Reste à
savoir si ce sera au premier ou au deuxième tour.
Le score de sa victoire sera un indice capital qui
va déterminer l'avenir de Yoweri. En effet, a étudier
ses scores qui vont decrescendo de scrutin en scrutin, on pourrait imaginer
que Yoweri sera enclin à quitter les choses avant qu'elles le
quittent.
De son côté, Besigye a tout intérêt
à remporter cette consultation s'il veut mettre fin définitivement
aux poursuites engagées contre lui. Sinon, bonjour la prison.
A moins que Museveni lui accorde une éventuelle grâce présidentielle
ainsi qu'à sa femme, poursuivie pour diffamation par le président
Yoweri.
Voilà pourquoi cette journée de vérité
est pleine d'enjeux et de dangers pour l'avenir de l'Ouganda. Est-ce
que l'armée, acquise à Museveni, va laisser le scrutin
se dérouler normalement sans violenter et empêcher les
militants de l'opposition de s'exprimer librement par la voie des urnes
?
Va-t-on assister à une confiscation du pouvoir
au moyen de fraudes dans les urnes ou par le truchement du tripatouillage
des résultats ?
Et si Besigye remportait le scrutin, est-ce que la
justice, qui a fait sur lui une main levée, va définitivement
laisser tomber les charges qui pèsent contre lui et le laisser
prêter le serment présidentiel ? Attendons de voir.
Une déplorable exception
"Le Pays", Ouagadougou, 23 février 2006. Source : http://www.lefaso.net/article.php3?id_article=12613
En principe, c'est aujourd'hui que les Ougandais se rendent aux urnes
pour désigner leur président. Pour la première
fois depuis plus de 20 ans, ils ont à choisir entre plusieurs
candidats, celui qui leur semble le mieux qualifié pour présider
aux destinées de l'Etat.
Mais pour bon nombre de citoyens du pays de Mutesa
(père de l'indépendance), notamment les militants des
formations politiques de l'opposition et les journalistes, cet apprentissage
du multipartisme ne se déroule pas dans de bonnes conditions.
En effet, depuis quelques mois, le pouvoir de Kampala a mis en branle
une batterie de mesures visant à intimider l'opposition et à
museler la presse indépendante.
C'est depuis sa prison que Kizza Besigye, principal
adversaire de Yoweri Museveni (président sortant), a signé,
en début décembre 2005, les documents officiels de son
acte de candidature. Accusé de trahison et de viol, il doit sa
sortie de prison qui lui a permis de battre campagne, à une décision
de la haute Cour de justice. Cette institution a estimé illégal
le précédent jugement de la cour martiale condamnant M.
Besigye. Mais l'élargissement du leader du Forum pour un changement
démocratique (FCD) était loin d'être la fin de ses
ennuis politiques.
A plusieurs reprises, des militants de sa formation
politique ont été victimes d'exactions de la part des
forces de l'ordre pendant la campagne électorale. Dans le pays
de Yoweri Museveni où tout opposant ou apparenté est assimilé
à un ennemi de la République et traité comme tel,
il ne fait pas du tout bon être membre ou proche de l'opposition.
La presse de son côté n'échappe pas à cette
militarisation de la vie politique.
Emprisonnement de journalistes, intimidations diverses,
mise au pas des organes de presse ont émaillé toute la
campagne. Le fait le plus déplorable dans cette tentative de
contrôle de la presse par les autorités de Kampala, a été,
sans doute, la nomination du chef des services secrets du régime,
Noble Mayombo, au poste de président du Conseil d'administration
du principal quotidien public du pays, New vision.
Toutes ces manoeuvres participent de la stratégie
des dirigeants de l'Organisation du mouvement de résistance nationale
(O-MRN), parti au pouvoir, d'assurer au président Museveni, dont
la popularité s'est émoussée, une victoire à
l'issue du scrutin. En effet, de nombreuses questions comme l'emprisonnement
de Kizza Besigye (ancien compagnon de lutte du président sortant),
la modification décriée de la Constitution permettant
ainsi à Museveni de se présenter pour un 3e mandat, la
corruption et la non-résolution du conflit du Nord, etc., rendent
aujourd'hui hypothétique une réélection du candidat
de l'O-MRN.
Comme s'il craignait le pire, le pouvoir ougandais
semble avoir cru bon d'activer des mécanismes dignes des Etats
d'exception, foulant au pied les principes élémentaires
de la démocratie. Au point que l'ouverture du multipartisme suite
aux pressions des bailleurs de fonds risque bien de ne pas produire
les effets escomptés, à savoir la liberté d'_expression,
l'alternance politique, etc.
La multiplication des officines de sécurité,
le renforcement de l'emprise gouvernementale sur les médias et
autres démonstrations de force traduisent manifestement la volonté
du président sortant de conserver le pouvoir à tout prix.
Le plus étonnant dans cette situation ougandaise, c'est la passivité,
sinon la complicité des puissances occidentales (Etats-Unis et
Grande-Bretagne notamment) vis-à-vis du pouvoir de Kampala. Elles
qui n'ont pas hésité à qualifier Robert Mugabé
du Zimbabwe de dictateur pour avoir entrepris une réforme agraire,
et à prendre des sanctions économiques sévères
contre son pays.
La logique voudrait qu'elles observent la même
attitude de fermeté face à Yoweri Museveni. Au lieu de
cela, ce sont des condamnations verbales et timides qui sont proférées
contre l'ancien maquisard. Washington et Londres semblent visiblement
avoir choisi, pour des raisons géostratégiques et économiques,
de fermer les yeux. Pendant ce temps, des défenseurs de la liberté
d'_expression chère aux pays occidentaux, continuent de croupir
dans les geôles ougandaises. Il faut dire que l'Ouganda de Museveni
constitue un cas à part dans la situation actuelle des anciennes
colonies anglaises d'Afrique. Il a délibérément
opté de ramer à contre-courant du vent démocratique
qui souffle sur les Etats anglophones du continent.
De l'Afrique du Sud au Ghana en passant par la Zambie,
pour ne citer que ces cas, l'alternance politique n'est plus un mythe.
Seule consolation démocratique du côté de Kampala,
les velléités d'indépendance de certaines juridictions
qui n'hésitent pas parfois à aller à l'encontre
des directives du parti présidentiel. Mais elles sont généralement
étouffées dans l'oeuf par le président ougandais
et ne suffisent pas, à elles seules, à constituer un véritable
contre-pouvoir au régime Museveni. La situation politique de
l'Ouganda aujourd'hui est telle que l'on pourrait légitimement
se demander si elle est meilleure à celle du temps du parti unique.
Dans ce contexte, le triomphe du parti présidentiel
à ce scrutin paraît irréversible, même s'ils
sont aussi nombreux les observateurs qui n'excluent pas un second tour.
Mais en attendant, on ne peut, dans l'intérêt supérieur
de la paix dans le pays et la région, que souhaiter que les opérations
de vote se passent dans le calme, la sérénité et
la transparence.
L'adversaire de Museveni affirme qu'on veut l'intimider
La police ougandaise a utilisé des gaz lacrymogène et
des canons à eaux pour disperser le dernier meeting de Kizza
Besigye, adversaire numéro 1 du président ougandais Yoweri
Museveni.
La police a affirmé que la foule occupait la route principale
et qu'il "fallait faire de la place", mais l'opposition dénonce
"des tentatives d'intimidation".
"C'est simplement du sabotage. Ils ont tout simplement
peur de la popularité de Besigye" a déclaré
un des responsables du parti de Kizza Besigye.
Pour la police, les supporters de Besigye se sont comportés comme
des hooligans, ce qui a conduit la police à répliquer.
Kizza Besigye de son côté s'est plaint auprès de
la commission électorale ougandaise.
Le week-end dernier, sept personnes ont été bléssées
après qu'un convoi de camions de l'armée ait foncé
à travers une foule de partisans de Besigye. Les militaires ont
déclaré qu'il y avait eu des bléssés à
cause d'un mouvement de panique. La semaine précédente,
deux partisans de Besigye avaient été abattus.
Source : BBC, 21 février 2006
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