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Afrique, continent martyr- - Nigéria

 
 

Pourquoi le volcan noir du pétrole explose

 

par OKECHUKWU ANYADIEGWU, il manifesto, 12 mai 2006.

Original : http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/12-Maggio-2006/art11. html. Traduit de l'italien par Marie-Ange Patrizio

 

L'auetur est Nigérian, écrivain, et enseigne la langue et la culture Ibo à l'Université de Padoue.

 

Depuis décembre dernier, le Delta du Niger est lépicentre de guerres et denlèvements de personnel des compagnies pétrolières étrangères. En première ligne de ce type dactions se trouve le Mend, un groupe difficile à identifier, sans base ou plan daction définis. Mais les attaques, le sabotage et les prises en otages sont le résultat dannées de crise dues à un abandon profond, à loubli total et à la marginalisation des gens du Delta de la part du gouvernement nigérian et des compagnies pétrolières. Le pétrole qui totalise 90% des recettes nationales ne se trouve que dans les régions du Delta, doù il est exporté, mais les habitants de ces régions vivent au dessous du seuil de pauvreté africain. Le niveau danalphabétisme est élevé. Il ny a pas décoles, ni de routes praticables pour relier les zones des marais à la terre ferme. Electricité, hôpitaux et robinets sont des fables que racontent les rares personnes qui ont eu la possibilité daller à la ville. Ces gens dépendent bien entendu de la pêche et des activités paysannes, mais la pollution du delta et des champs, due à lextraction du brut et à la combustion du gaz par les compagnies, a rendu impossible cette pêche et ces activités paysannes normales. Au cours des années 1970 à 1999 (après la guerre du Biafra), pendant que les gens du Delta mourraient de faim et de maladies au milieu dune immense richesse, et que les jeunes, désespérés, émigraient en Europe, le gouvernement nigérian a utilisé les richesses de leurs territoires pour réaliser de coûteux projets de développement dans la partie septentrionale du pays : des oléoducs pour transporter le pétrole brut aux deux raffineries modernes et puissantes construites à Kaduna, à mille kilomètres environ, et des digues le long des fleuves Sokoto, Shiroro et Mokwa pour pouvoir irriguer les champs du nord du Nigeria. Au cours de ce plan décennal de développement, une ville très moderne a été construite au nord dAbuja et la capitale nigériane y a été transférée, de Lagos.

Quand les paysans du Delta du Niger ont commencé à manifester leurs protestations, le gouvernement est intervenu militairement. La capacité de réprimer les manifestations des paysans et la non ingérence dans les activités des compagnies pétrolières étrangères sont depuis toujours la clé de voûte des gouvernements nigérians, pour avoir une approbation internationale et pour rester à labri des coups détat. Par ailleurs un " système de corruption transparent " bâillonne ceux qui pourraient défier le gouvernement et les compagnies. Celles-ci, de leur côté achètent la collaboration des leaders les plus influents qui leur garantissent ainsi le passage à travers le territoire.

Un bon exemple est celui de la communauté des Ogons (une des populations du Delta), où les membres du Kagote, un club élitiste accessible seulement à des personnes de haut niveau dinstruction et ayant eu certain pouvoir, et aux vieux leaders de la communauté, peuvent compter sur des privilèges particuliers. Ken Saro Wiwa, écrivain et activiste pour les droits de lhomme liquidé par le régime militaire en 1995, a également bénéficié de ce " système transparent de corruption " au début des années 70, jusquen 1990, quand les Ogons ont fondé le Mosop (Mouvement pour la survie du peuple Ogon) : un groupe qui a des racines populaires profondes, et sest développé à travers des réunions organisées, de la propagande et autres formes de manifestations, devenant ainsi une gigantesque caisse de résonance qui a informé le monde entier des conditions de vie misérables et dangereuses des gens du Delta. Le Mosop a mené dabord sa contestation en respectant les règles constitutionnelles, en réclamant ses droits au gouvernement nigérian en 1990 et, en 1992, aux compagnies pétrolières, lindemnisation des trente années de profits confisqués. Aucune des deux initiatives na reçu de réponse. Les marches de protestation, en principe pacifiques, des Ogons se sont ainsi transformées, avec des jets de pierres, et par des actions entravant les activités des compagnies.

La bataille lancée par le Mosop a motivé les communautés des habitants du Delta pour former des groupes et des associations où se trouvent des militants des droits de lhomme, des groupes politiques et militaires comme Idera (Association pour la démocratie et les droits environnementaux de Isoko), le Pusn (Union des gens pour le salut du Nigeria) et Iye (Jeunes révolutionnaires Ijaw). Les représentants de ces groupes, par une pratique politique clandestine, ont généré une conscience dans la population, en créant un réseau solide de coalitions, qui réunit les différentes régions du Delta du Niger. A lheure actuelle, il est difficile de définir le nombre et la force de ces groupes militants, dont la présence est comme une épine dans la chair du gouvernement et des compagnies pétrolières. Aujourdhui, le Delta du Niger est un volcan qui émet une fumée noire : personne ne sait si ça se terminera par un simple grondement ou par une éruption.

 

 

Lagos est confronté aux violences dans le Nord musulman et le Sud pétrolier


par Alexandre Jacquens, Le Monde, 25 janvier 2006

Le Nigeria est en crise. Tous les démons du pays semblent se réveiller à la veille de l'élection présidentielle prévue pour 2007, après l'état de grâce accordé au président Olusegun Obasanjo, élu en 1999 après la fin de dictatures militaires et réélu en 2003.

Que ce soit dans le Nord musulman, ou dans le Sud pétrolier, les confrontations se succèdent. Les violences interreligieuses sont courantes au Nigeria, mais la semaine du 17 au 24 février a été particulièrement sanglante avec plus de 150 morts, près de 1 000 blessés et quelque 16 000 déplacés.


Tout a commencé par une manifestation à Maiduguri, dans le nord-est du pays, contre la publication en Europe des caricatures du prophète Mahomet. La police a dispersé les manifestants sans douceur, et ceux-ci s'en sont pris à la minorité chrétienne qui tient des commerces dans la ville. Bilan : 21 morts et 230 blessés. L'émeute s'est ensuite propagée dans d'autres Etats majoritairement musulmans.

En début de semaine, alors que les corps des victimes étaient ramenés sur leurs terres d'origine, dans le Sud, les représailles des chrétiens contre les musulmans ont commencé. A Onitsha, le plus grand carrefour commercial d'Afrique de l'Ouest, où d'habitude l'argent seul est roi, de jeunes chrétiens ont massacré 80 musulmans à coups de machettes et de gourdins. Une organisation locale de défense des droits de l'homme, a fait le décompte : "60 morts mardi, 20 morts mercredi". Les forces de l'ordre ont dû déployer 2 000 hommes pour rétablir l'ordre au milieu des bûchers de pneus sur lesquels les cadavres avaient été jetés.

Par crainte d'une spirale de violences incontrôlable, les plus hautes autorités musulmanes du Nigeria - pays le plus peuplé d'Afrique avec 130 millions d'habitants dont la moitié de musulmans - ont appelé au calme et à la coexistence pacifique entre les communautés. Appel partiellement entendu : vendredi 24 février 2006, jour de la grande prière pour les musulmans, il n'y a eu que quelques violences très localisées. Trois morts et neuf églises brûlées dans l'Etat du Niger, au centre du pays.

Par ailleurs, depuis une semaine également, neuf expatriés sont retenus en otage par un groupe séparatiste de la région du delta du Niger, riche en pétrole. Le Mouvement pour l'émancipation du delta du Niger (MEND), s'était fait connaître en janvier par une autre prise d'otage - quatre expatriés qui travaillaient aussi pour Shell - et par des attaques contre l'industrie pétrolière, notamment le géant anglo-néerlandais Shell. Particulièrement visée, Shell a dû déclarer la "force majeure" pour une durée illimitée, une mesure qui lui permet de ne pas honorer ses commandes. Cette décision exceptionnelle a dû être prise en raison de l'importance des pertes de production pétrolière : 455 000 barils par jour, soit 20 % de la production quotidienne nationale du Nigeria, premier producteur de brut d'Afrique.

Le MEND demande, en échange de la libération des neuf otages - trois Américains, un Britannique, deux Egyptiens, un Philippin et deux Thaïlandais -, le retrait de l'armée fédérale de la région et le contrôle des immenses ressources pétrolières. Les autorités nigérianes affirment négocier. Le MEND a infligé un nouveau camouflet aux autorités en présentant, au coeur de l'une des multiples criques de cette zone marécageuse, l'un des otages à la presse, vendredi, au nez et à la barbe des services de sécurité.