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Afrique, continent martyr- - Guinée

 
 

À Conakry, l'armée a assassiné le 12 juin 10 lycéens qui rzéclamaient de pourvoir passer le bac. La population en a ras-le-bol du dictateur Lansana Conté, au pouvoir de puis 22 ans

 

16/06/06 - Fin de règne sanglante à Conakry


par Boubakar SY, Sidwaya, OUgadougou, 14 juin 2006

Alors que le pays est paralysé par une grève générale depuis quelques jours, une manifestation d'élèves dépités de n'avoir pu passer leur baccalauréat, a tourné au cauchemar, l'armée ayant tiré à balles réelles sur les manifestants. Un nième avatar d'un régime aux abois qui commande un devoir de salut et de salubrité publics.

Les élèves et étudiants guinéens n'oublieront pas de si tôt la date du 12 juin 2006. Pendant qu'ils manifestaient leur indignation et leur ras-le-bol face à ce qu'ils qualifiaient de "démission" des autorités scolaires et politiques, l'armée guinéenne, envoyée pour mater ces "rebelles," a tiré à balles réelles faisant une dizaine de morts parmi eux. Des "rebelles" qui n'étaient mus que par la juste colère qui les animait pour n'avoir pas pu passer leur "bachôt" alors que toutes les assurances leur avaient été données que le "bac aura bel et bien lieu".

En fait d'assurance, il faut plutôt parler de bravade et de fuite en avant d'un régime coutumier du fait, et qui tire cette outrecuidance vis-à-vis du peuple de la manière dont il a accédé au pouvoir d'une part, et il faut le dire de la peur "ancestrale" qui habite le peuple guinéen, même si celle-ci est en train de s'estomper progressivement. Sur le premier point, il vous souviendra qu'à la mort du "guide suprême de la Révolution guinéenne", Ahmed Sekou Touré, le général Lansana Conté, n'était qu'un obscur anonyme parmi les hauts gradés de la grande muette, même si, officier d'infanterie et commandant de troupes, il pouvait "faire mal".

Conté n'a dû son avènement qu'aux luttes féroces qui ont opposé les héritiers présomptifs et, il faut le dire, présomptueux de Sékou Touré-Lansana Béavogui alors Premier ministre (en avril 1984) et le demi-frère du guide suprême, Ismaël Touré se livreront à une course vaine au pouvoir, sous l'¦il désapprobateur de la grande muette. Laquelle armée aura vite fait d'occuper le fauteuil vacant par l'intermédiaire de Lansana Conté. Parvenu au pouvoir dans une atmosphère de suspicion et de trahison, Conté en sera marqué pour toujours, suspectant ses proches et voyant des ennemis partout.

Une paranoïa qui l'amènera à se défaire très tôt du colonel Diarra "tête de pont" d'un complot ( ?) malinké dont on ne connaît pas jusque-là les tenants et les aboutissants. Il faut dire que Conté avait trouvé là un moyen commode pour se débarrasser de cet officier populaire, qui avait été l'âme du pronuciamento que avait conduit l'équipe Conté au pouvoir. Après avoir balayé l'intérieur de la maison, il restait la cour et l'arrière-cour et là aussi, Conté n'ira pas de main morte.

Purges dans l'armée, exil forcé pour l'intelligentsia "récalcitrante", les bases d'une dictature étaient posées peu à peu à Conakry. Une dictature qui culminera avec le "complot peulh" éventé en 1998 (Conté avait accusé les officiers de cette ethnie d'être à la base de la rébellion militaire qui faillit l'emporter) et qui offrira l'occasion d'envoyer à la retraite tous les compagnons de Conté ainsi que les jeunes officiers qui pouvaient lui faire de l'ombre.

Qui pour arrêter l'hémorragie ?

Si Conté a pu "man¦uver" ainsi tout un peuple en toute impunité et sans trop de bobos c'est en raison, il faut le dire, de la "peur" qui habite celui-ci et qui prend sa source dans le régime révolutionnaire "pur et dur" institué par Sékou Touré de 1958 à 1984. Sous le règne de "l'éléphant", la contestation n'était pas de mise a fortiori une opposition structurée au régime. On était soit révolutionnaire, soit ennemi du peuple et traité en conséquence.

Avec l'invasion de mercenaires portugais ratée en 1970, le "durcissement idéologique" atteindra son paroxysme. Les camps Boiro et Alpha Yaya Diallo, de sinistre mémoire (là se trouvaient des geôles dont on ne ressortait que les deux pieds devant, dans la plupart des cas) sont encore bien ancrés dans l'imaginaire populaire guinéen. Et, comme Conté est lui-même un "produit" du système Sékou Touré, les Guinéens se disent qu'en cas de contestation trop virulente, les vieux réflexes pourraient refaire surface.

Une peur justifiée au regard de l'ampleur et de la disproportion de la répression du 12 juin 2006, mais qui ne saurait justifier plus longtemps encore cette torpeur. En effet, la Guinée n'est plus gouvernée, avec un chef en proie à la maladie et qui ne prend ses décisions que sur la base des rapports de courtisans zélés. Ceux qui ont refusé ce rôle de second couteau en manifestant des velléités d'indépendance ont été contraints à la démission.

De Lonsény Fall à Seydou D. Diallo en passant par Sidia Touré, aucun de ces intellectuels de haut vol n'a frayé plus de trois ans avec le maître de l'ombre guinéen. Du reste, on ne comprend pas que des personnes de ce calibre aient accepté de travailler avec un homme qui n'est pas loin d'assimiler la Guinée à une caserne. Dès lors, on comprend la faiblesse structurelle de l'opposition guinéenne, minée par des querelles de préséance et taillable et corvéable à merci.

Alpha Condé que notre rédaction avait reçu n'avait pas à l'occasion manqué de fustiger cette pusillanimité de ses congénères y voyant avec la torpeur dans laquelle baigne l'armée guinéenne, les principales causes des maux qui minent le pays. Rétrospectivement, cette analyse de Condé est toujours d'actualité et la Guinée s'enfonce peu à peu dans le chaos. Le "château d'eau" de l'Afrique est en effet le théâtre récurrent de pannes d'électricité, ce qui est proprement aberrant.

Tout aussi aberrant, le fait que le pays se débat dans le sous-développement malgré ses richesses minières et forestières. Un exemple de malgouvernance inestimable d'autant plus intolérable que Conté adresse de temps à temps des attaques virulentes et gratuites, à l'encontre des pays de la sous-région. C'est ainsi qu'il a vu la main du Libéria et plus invraisemblable du Burkina Faso derrière les rebelles qui ont failli prendre Conakry en début 2000.

Le régime n'a dû son salut qu'à la vaillance d'une armée rompue à l'art militaire sous Sékou Touré et consciente, voire imbue de son rôle patriotique. Et, dans cette symphonie sanglante qui se joue actuellement à Conakry sur fond de fin de règne, elle est la seule capable de mettre un terme à la tragédie. Il lui reste seulement à se départir de cette "peur ancestrale" qui paralyse tout un peuple.

 

 

 

16/06/06 - Un pouvoir à bout de souffle ?


par Le Pays, Ouagadougou, 14 juin 2006.

La situation sociale était des plus explosives lundi dernier en Guinée. Réprimées dans le sang, de violentes manifestations de lycéens se sont soldées par le bilan macabre de dix morts. C'était lors d'affrontements entre forces de l'ordre et élèves.

Ces derniers protestaient contre la suspension, par le gouvernement, des examens, en raison d'une grève générale des enseignants lancée depuis le 8 juin dernier, pour l'amélioration de leurs conditions de travail.

Déterminés à aller jusqu'au bout de leurs revendications, les syndicats d'enseignants, sous la bannière de l'Inter Centrale Guinéenne, entendent sanctionner le gouvernement qu'ils accusent "d'ignorer systématiquement la misère de la population". Ils exigent notamment une baisse du prix du carburant et le quadruplement des salaires des fonctionnaires.

Dix lycéens sur le carreau. Un drame qui pourrait être inscrit au tableau déjà encombré des mauvais présages. Dût-il empêcher la lame de fond de déferler sur son pouvoir, tout gouvernant devrait se garder de commettre ces deux erreurs fondamentales. Elles ne pardonnent pas. L'une est de tirer sur une foule d'adolescents réclamant plus de justice et de liberté - l'ex-président malien déchu, Moussa Traoré, en sait quelque chose.

L'autre est de chasser de son territoire les étrangers. Pour revenir aux enseignants qui ne grognent, en réalité, que pour leur ventre et leur survie, doivent-ils porter le poids de la responsabilité du grand chapitre de cette dernière tragédie guinéenne ? Il nous semble que non. Car, à dire vrai, les épisodiques irruptions du volcan guinéen qui ne cessent d'embraser l'atmosphère sociopolitique guinéenne étalent leurs magmas de malaise social. Un malaise social plus durement exacerbé par la tyrannie du système Conté.

Stèle inexpugnable dressée au coeur du paysage politique guinéen, Lansana Conté, au pouvoir depuis 1984, qui tient la Guinée d'une main de fer, se refuse en effet à débarrasser le plancher. S'il n'est pas une calamité qui étrangle son propre peuple, il se présente en tout cas sous les traits d'un dirigeant profondément "pouvoiriste", et dont la boulimie du pouvoir est telle qu'il est assimilable à un rouleau compresseur qui lamine toute résistance sur son passage. L'Histoire, à moins d'être plus tard falsifiée, retiendra de cet homme qu'il a craché au visage de la démocratie, et donné à son pays l'image d'un navire qui voguait sans boussole, aux abords du triangle des Bermudes.

Or, aussi vrai qu'"aucun peuple ne supporte la direction d'un chef qui ne trace plus les voies qui mènent à la voiture", aussi évident est qu'un dirigeant fatigué, de surcroît sérieusement rongé par la maladie, n'a plus rien de mieux à proposer à ses concitoyens que passer la main, et ce de façon élégante, c'est-à-dire démocratiquement.

Que peut-on encore proposer après toutes ces années d'exercice du pouvoir ? Les Américains, pour ne pas les citer, ne font décidément pas les choses au hasard, conscients qu'ils sont que l'usure du pouvoir conduit inexorablement au double fléau de la sclérose et de l'ankylose. Tout autour de nous, le constat est établi que le manque d'alternance a été toujours source de tensions, de convulsions et de drames. Là où l'alternance a été impossible, elle s'est attirée les démons de la résignation qui n'ont pu être exorcisés que par la révolte.

Si, à Conakry, plusieurs milliers de collégiens et lycéens ont scandé : "Le changement, c'est pour aujourd'hui", ils ne faisaient, sans doute, que relayer les aspirations de bon nombre de citoyens guinéens. Le président Conté est-il encore perméable à de tels slogans, lui qui semble toujours vouloir tenir tête aux forces du changement ? La Guinée, qui n'a pas encore gagné la bataille de l'alternance, pense-t-elle encore rompre les amarres avec l'ère Conté ? S'est-elle finalement résolue à la fatalité ?

Pour l'heure, rien encore ne laisse présager qu'elle s'affranchira des serres du pouvoir Conté. En tout cas, pas tant que l'élite montrera des signes de division, qu'elle se laissera instrumentaliser et, en plus, qu'une majeure partie de la faune politique guinéenne ira paître sur les verts pâturages du pouvoir.

Pas non plus tant que coups bas, génuflexions devant l'homme fort de Conakry, délation, crocs-en-jambe politiques, ceci dans le seul but d'avoir l'oreille du chef, de compter parmi ses proches et de bénéficier de ses largesses, constitueront les faits divers du Palais de la présidence. Aussi, pas tant que le système restera verrouillé de l'intérieur, ne donnant ainsi aucune chance à l'alternance.

A l'évidence, ce sont autant de faits qui desservent la Guinée et contribuent à entraver sa marche vers le royaume de la démocratie. Cette nation qui est loin d'être pauvre, car disposant de ressources naturelles immenses, aurait pu être pourtant un Etat prospère, si seulement les richesses étaient gérées dans un climat de bonne gouvernance. Rien ne sert d'être riche. Encore faut-il arriver à bien gérer ces richesses.

Et puis, n'oublions pas le silence assourdissant des soi-disant champions de la démocratie qui ne semblent rien faire pour débarrasser ce pays des hardes de pays "démocratiquement arriérés". Seule consolation, tout de même, Conté fait partie des dernières survivances de militaires civilisés au pouvoir sur le continent.

 

Agonie ou promenade de santé pour Lansana Conté ?


par H. Marie Ouédraogo, L'Observateur, Ouagadougou, 22 mars 2006.

Le président Lansana Conté séjourne depuis le week-end dernier en Suisse, où il a été évacué suite à l'aggravation de son état de santé. C'est donc depuis sa chambre d'une fameuse clinique helvète, que le grand malade de Wawa, accompagné de son épouse Henriette et de quelques ministres, semble toujours présider aux destinées de ses concitoyens.

Il est vrai qu'en Guinée, l'état de santé ou plutôt la maladie du chef demeure au c¦ur de la gestion de l'Etat et de la vie politique. En effet, malade depuis de nombreuses années, le chef de l'Etat guinéen est atteint d'une forme aiguë de diabète et d'une leucémie diagnostiquée il y a peu, par des médecins cubains.

Très affecté par la maladie, le général successeur de Sékou Touré à la tête de l'Etat s'était, depuis plusieurs années, retiré dans son fief de Wawa, à une centaine de kilomètres de Conakry, pour y soigner « ses pieds malades », abandonnant ainsi la gestion du pays au gouvernement que dirige aujourd'hui Dalen Diallo.

A 72 ans dont 22 à la tête de la Guinée, Lansana Conté serait-il à l'agonie dans un hôpital quatre étoiles ou seulement « en visite privée de quelques jours » comme tentent, tant bien que mal, de faire croire les communiqués rassurants de la présidence ?

C'est donc le regard tourné vers les Alpes, que la Guinée envisage désormais son avenir. Plus pauvre que jamais, malgré un sous sol riche et une nature généreuse, le pays de Sékou Touré et de Lansana Conté cherche à se relever de la crise dans laquelle la maladie de son chef le laisse végéter.

Inflation galopante, économie moribonde, et insécurité croissante avaient déjà provoqué les violents remous sociopolitiques qui l'ont secouée ces derniers temps. Et si, personne ne le souhaite, le pire survenait, comment se ferait la transition vers l'après Lansana Conté ?

Les supputations vont bon train et on peut se demander si, conformément aux dispositions constitutionnelles, en cas de vacance du pouvoir, c'est bien le président de l'Assemblée nationale, Aboubacar Somparé, qui sera désigné pour assurer l'intérim.

Un tel scénario, s'il répond parfaitement à l'idéal démocratique, ne tiendrait certainement pas compte des appétits de la grande muette, l'armée guinéenne, tapie dans l'ombre du chef malade et qui, pour la seconde fois de l'histoire du pays, pourrait se positionner comme héritière du trône.

Assisterait-on alors à un remake de l'après Sékou Touré ? On se souvient en effet qu'en 1984, après la mort du père de l'indépendance, sa succession avait été réglée de la manière la plus brutale, par un coup d'Etat portant à l'époque un certain colonel Lansana Conté au pouvoir.

Mais c'est connu, l'histoire ne se répète pas, et depuis les années 80, après le discours de La Baule et la chute du mur de Berlin, bien des choses ont changé particulièrement en Afrique. Le coup d'Etat ne fait plus partie des moyens acceptables d'accession à la magistrature suprême.

Et cela est encore plus vrai dans le cas d'un pays comme la Guinée, qui a désespérément besoin du soutien extérieur aussi bien dans les domaines économique, que politique.

Ce sont peut-être là les seuls impedimenta, à même de décider le général Kerfalla Camara, chef d'état-major de l'armée guinéenne, et ses amis à ne pas usurper un pouvoir laissé quasiment à leur merci !
Source : http://www.lefaso.net/article.php3?id_article=13146

 
 


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