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Afrique, continent martyr- - Côte d'Ivoire

 


08/09/06 - Côte d'Ivoire : le scandale du Probo Koala jette une lumière crue sur le caractère criminel de la mondialisation


528 mètres cubes de déchets hautement toxiques déversés à la sauvette sur des sites urbains d’une métropole africaine. Des morts et des intoxiqués. Un vent de panique. Le gouvernement démissionne. À la crise politique, militaire, sociale et économique, s’ajoute désormais une crise écologique grave. Nous documentons cette affaire insensée et emblématique du monde qu’on nous concocte.

Le Premier ministre démissionne après une pollution aux déchets toxiques


Source : lefigaro.fr (avec AFP, AP, Reuters), 6 septembre 2006
Le président Laurent Gbagbo a accepté mercredi soir la démission de Charles Konan Banny, suite au déversement de déchets toxiques par un navire étranger. Le premier ministre formera un nouveau gouvernement jeudi.
«J'accepte la démission de votre gouvernement mais je vous demande de gérer les affaires courantes et demande votre présence au palais présidentiel demain pour former un nouveau gouvernement». C'est avec ces mots, selon un journaliste de Reuters présent lors d'une réunion extraordinaire dans la capitale politique Yamoussoukro, que le président ivoirien Laurent Gbagbo a reçu la démission du gouvernement de Charles Konan Banny. Laurent Gbagbo lui a demandé de former un nouveau gouvernement avant 16h jeudi.
«La situation est très grave. C'est pourquoi je vous présente la démission du gouvernement», a déclaré Konan Banny, en référence au déversement de déchets toxiques par un bateau dans le secteur d'Abidjan, principal port du pays. Il pourrait s'agir du Probo Koala, un navire armé par une compagnie grecque, mais battant pavillon panaméen et doté d'un équipage russe. Ces déchets, qui contiennent du sulfure d'hydrogène, ont provoqué la mort de trois personnes et en ont rendu malades 1.500 autres, selon le gouvernement.


La France envoie une aide d'urgence


Toute la journée de mercredi, des groupes de jeunes avaient défilé dans les rues pour dénoncer le déversement de ces déchets. Des médecins ont fait état de centaines d'intoxications, caractérisées par des nausées, des troubles digestifs et des douleurs pulmonaires.
Le gouvernement a fait appel à une aide internationale pour analyser cette substance et mettre en place un programme de décontamination des zones polluées. Le procureur de la République a par ailleurs annoncé que trois personnes associées à l'entreprise responsable du déchargement du navire avaient été arrêtés. «Tous ceux qui ont eu connaissance de ce problème et qui ont laissé faire seront aussi poursuivis», a-t-il ajouté.
Prime Marine Management INC, la compagnie grecque propriétaire du navire, a confirmé que le bateau avait bien «vidangé» des déchets toxiques mais que cette opération était «légale» et les déchets confiés à une société ivoirienne.
Mercredi soir, la France a annoncé qu'elle apporterait une aide d'urgence pour lutter contre cette pollution environnementale et sanitaire, qu'elle a qualifiée de «catastrophe majeure». Une mission d'évaluation des risques de pollution sera «immédiatement» dépêchée à Abidjan.

400 tonnes de déchets toxiques déversés à Abidjan


Par Greenpeace, 6 septembre 2006
Abidjan, International — 06/09/2006 - Catastrophe écologique et sanitaire dans la capitale économique de la Côte d'Ivoire, où quatre cents tonnes de déchets hautement toxiques ont été déversés par le Probo Koala, navire russe battant pavillon panaméen et exploité par une société hollandaise. Bilan actuel : deux morts et des centaines de personnes intoxiquées.
Parti d'Espagne il y a plusieurs mois, le Probo Koala aurait longtemps navigué le long des côtes africaines avant d'accoster pour une vidange, le 19 août, au port d'Abidjan, le plus grand d'Afrique de l'Ouest. Le liquide à vidanger – des boues issues du raffinage pétrolier, riches en matière organique et en éléments soufrés très toxiques (hydrogène sulfuré, H2S et mercaptans) – aurait alors mystérieusement été notifié sous la qualification d'« eaux usées », ce qui permet de s'affranchir des exigences de traitement.

« Cette double violation fragrante du droit international transforme la Côte d'Ivoire en un pays-poubelle, déclare Yannick Vicaire, responsable de la campagne Toxiques de Greenpeace France. D'abord de la convention de Londres régissant l'immersion des déchets, et ensuite de la convention de Bâle, qui interdit le transfert des déchets dangereux entre pays de l'OCDE et pays non membres de l'OCDE. »

La toxicité des quatre cents tonnes de déchets ainsi déversées dans plusieurs quartiers d'Abidjan n'a été découverte qu'après le départ du bateau qui a quitté le pays sans être inquiété, en direction de l'Estonie. La dispersion quatre cents tonnes de produits hautement toxiques à Abidjan, commence à avoir de sérieuses répercussions sur la santé des habitants. Deux fillettes sont mortes et plus de 500 personnes se sont déjà présentées dans des hôpitaux, souffrant de diarrhées, de problèmes respiratoires, de maux de tête et de douleurs thoraciques.

« Nous menons des recherches afin de comprendre quand et comment ces déchets ont changés de qualification et quelles sont les responsabilités dans la cascade de sociétés et prestataires qui ont, un moment ou l'autre, pris en charge ces déchets, conclut Yannick Vicaire. Il semble néanmoins qu'aucune des parties en cause n'ignorait leur nature dangereuse. »

Greenpeace considère que c’est à l’Espagne, pays de l’OCDE d’où sont partis les déchets, d’assurer la décontamination des zones polluées.

 

Conseil extraordinaire des ministres à Yamoussoukro


: le Premier Ministre et son gouvernement démissionnent

La question de la pollution du district d’Abidjan par des déchets toxiques à forte teneur en hydrogène sulfuré (H2S) par un navire russe battant pavillon panaméen, a fini par emporter le Premier Ministre, Charles KONAN BANNY et son gouvernement. En effet, Charles KONAN BANNY a annoncé la démission de son gouvernement à l’issue du conseil extraordinaire des ministres qui a eu lieu ce mercredi 06 septembre 2006 à la Fondation Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la Paix de Yamoussoukro.
‘’Le caractère sérieux de cette situation ne devrait échapper à aucun responsable où qu’il soit. Dans cette ligne, je voudrais dire en tant Premier ministre, que je ne devrais pas échapper également à cette situation qui est sérieuse. Je voudrais à cet instant précis vous dire que je remets entre vos mains la démission du gouvernement’’, a affirmé Charles KONAN BANNY.
Tout en saluant le courage dont a fait montre le Premier Ministre, Le Président Laurent GBAGBO a accepté cette démission. Il lui a par ailleurs donné rendez-vous demain jeudi 07 septembre pour la formation d’un nouveau gouvernement.
Pour le Président Laurent GBAGBO, en pareille situation, des mesures urgentes devraient être prises. Des mesures à trois niveaux : politiques, administratives et pénales. Il a donné le ton en acceptant la démission du gouvernement. Cette décision politique sera accompagnée, a promis le chef de l’Etat, par des sanctions administratives et pénales de tous ceux qui ont trempé d’une manière ou d’une autre dans ce grave problème de santé politique ‘’ On n’est pas directeur ou chef de service pour ajouter un autre titre sur sa carte de visite (…) On ne peut pas tuer impunément des Ivoiriens ’’ a-t-il martelé pour justifier certainement les sanctions qui vont être prises à cet effet.
Reprenant la parole, le Premier Ministre a souhaité que les structures qui ont été impliquées dans cette affaire soient sanctionnées. Il a cité, entre autres, Le Port Autonome d’Abidjan, la Direction Générale des Douanes, le ministère du transport et le district d’Abidjan.
Au cours de ce conseil extraordinaire, Le porte-parole du gouvernement, M. Hubert OULAYE, a annoncé les mesures suivantes pour faire face au fléau : la création d’un fond spécial, l’élimination rapide des déchets, le recours à des experts internationaux, la création d’un système de surveillance médicale, la prise en charge gratuite des patients, etc.
Du 19 au 20 août dernier, un bateau russe battant pavillon panaméen déversait, 400 tonnes de déchets toxiques à Abidjan sur les sites de la décharge d’Akouédo, à la station de dépotage des eaux usées du Plateau-Dokui, dans les différentes canalisations de la zone du canal de Vridi. Ce sont plus de 500 m3 de produits hautement toxiques qui ainsi pollué le district d’Abidjan, selon une note du ministère de la Santé.
A ce jour, 1500 personnes ont été consultées, dix ont été hospitalisées dont 3 cas de décès. Devant ce sombre tableau, les populations continuent de manifester bruyamment et de multiplier des barrages sur certaines voies publiques.

Brigitte Girardin annonce une aide d’urgence de la France à la Côte d’Ivoire



Saisie par les autorités ivoiriennes d’une demande de coopération pour lutter dans l’urgence contre la pollution environnementale et sanitaire qui affecte la population d’Abidjan, la France a décidé l’envoi immédiat en Côte d’Ivoire d’une mission d’experts du BRGM.

Brigitte GIRARDIN, ministre de la Coopération, se rend à Abidjan le 8 septembre pour la réunion du GTI (Groupe de Travail International mis en place par les Nations Unies), et y sera accompagnée d’un premier expert-ingénieur, spécialisé dans le traitement des déchets.

Une deuxième équipe de 5 spécialistes du COGIC (Centre Opérationnel de Gestion Internationale des Crises), accompagnée de 400 kilos de matériel, la rejoindra sur place le vendredi après-midi.

Cette équipe d’experts restera sur les lieux le temps d’aider les autorités ivoiriennes à trouver les réponses appropriées pour circonscrire tout danger pour la population.

L’histoire d’un bateau qui traumatise


Par Jean-Roch Kirine, Fraternité-Matin, 8 septembre 2006. Source : http://www.fratmat.net/content/detail.php?cid=M8GD1WbWD5L

Plus de 528 m3 principalement d’hydrogène sulfuré (H2S), de la soude (NaOH) et du mercaptan, des produits très toxiques pouvant entraîner la mort, ont été déversés sur 7 sites répertoriés pour le moment à travers la ville d’Abidjan depuis le 19 août 2006. Ce sont la décharge d’Akouédo, le Plateau Dokui, Vridi canal, N’Dotré, proche du Banco, route d’Allépé après le corridor de la Gesco, et le bas-fond vers l’école de police.
Arrivée au Port autonome d’Abidjan (PAA), le vendredi 18 août 2006, au quai de la Pétroci, le navire russe battant pavillon panaméen, le «Probo Koala» a, durant plus de 30 heures, déchargé son contenu qu’il a dénommé «Slops» (eaux usées, contenant un peu de pétrole). Or, d’après les analyses réalisées par les laboratoires de la SIR pour le compte du CIAPOL, il s’agit bien d’hydrogène sulfuré, de soude et du mercaptan.
Le courrier électronique envoyé le 17 août 2006 au Capitaine N’Zi Kablan, donne quelques éléments de réponses quant au contenu du navire. Dans ce courrier, M. Jorge Marrero de la société Trafigura LTD, qui a affrété le navire, basée en Espagne, a précisé qu’il s’agissait de produits chimiques (Chimicals Slops). Il demandait par ailleurs au capitaine de prendre toutes les dispositions afin d’éviter tout problème environnemental.
L’affaire fait grand bruit aujourd’hui à tel point que M. Jean-Pierre Valentini, un des directeurs de la société Trafigura devrait fouler le sol ivoirien dans les toutes prochaines heures.
Le Centre ivoirien antipollution (CIAPOL) qui a pris connaissance de ce document a géré le transport des déchets. Un des plus proches collaborateurs de M. Doh André, directeur de ce centre, M. Bayé Etienne, inspecteur des installations classées, a assisté aux rotations des camions, le mercredi 23 août 2006, de 22 H à 3 H du matin. Et ce, malgré les réunions tenues au sein du CIAPOL, sur le déversement du produit toxique à travers la capitale économique. Le directeur du CIAPOL affirme n’avoir pas été, lors des réunions, informé de la teneur des produits disséminés à travers la ville. Or le 21 août 2006, M. Doh transmet par courrier N° 00261/MINEF/CIAPOL/DIR/Ads, «une mise en demeure» au commandant du navire «PROBO KOALA» lui demandant de rester à quai pour que ses services procèdent aux différents contrôles et examens du produit. A cette date, il reçoit les résultats d’analyse d’échantillon qui ont été prélevés à la décharge d’Akouédo, en provenance du navire. D’un côté, le CIAPOL joue la carte du protecteur et de l’autre il supervise les opérations de déversement à travers la ville, avec la société Tommy. Cette structure spécialisée dans le vidange des eaux usées des navires, détient un agrément probatoire délivré par le ministère des Transports, N° 169/MT/DGAMP/DTMSL du 12 juillet 2006 valable pour un an.
Le 21 août 2006, la société Tommy, par le biais des transporteurs qu’elle a sous-traité pour l’aider dans sa tâche s’est présenté à la décharge d’Akouédo avec un produit industriel, en provenance de Vridi. Et pour 500 000 F cfa, en fonction du tonnage, elle a déversé sa cargaison.
Bien qu’ayant reçu des informations sur les déchets toxiques, le district d’Abidjan a délivré des autorisations de déversement de ces types de produits à la décharge.
Selon un des transporteurs, M. Bayé Etienne, un autre responsable du CIAPOL, lui aurait demandé de verser du Grésil sur les lieux du déversement pour atténuer les odeurs. Le navire, le PROBO KOALA, aurait été refoulé avec son chargement dans cinq pays africains. Dont le dernier en date est le Nigeria. Après s’être débarrassé de sa cargaison en Côte d’Ivoire, il est en partance pour l’Estonie.
De sources informées, le navire aurait cherché pendant plus de huit mois un pays pour l’accueillir.
Le PAA, plus précisément la capitainerie, est garante des installations portuaires de la société WAIBS, consignataire du PROBO KOALA. C’est la capitainerie également qui autorise l’accostage et l’appareillage des navires. Le commandant du port, M. Bombo, qui a été entendu par la police, n’a pas plus été inquiété, même après avoir donné l’autorisation au navire de quitter le port. Malgré les courriers soupçonnant le navire d’avoir transporté des produits autres que des Slops (eaux usées).
Il faut savoir que dans le secteur industriel, l’hydrogène sulfuré intervient dans différents processus de production. Notamment dans la fabrication de fibres synthétiques ainsi que dans les cokeries et raffineries. L’hydrogène sulfuré obtenu lors du raffinage du gaz naturel est le plus souvent transformé immédiatement en soufre.
Sur le plan pathologique et toxicologique, surtout chez les hommes et les mammifères, le H2S est une substance irritante et un poison nerveux et cellulaire. Il provoque l’irritation des yeux ainsi que des organes respiratoires. L’inhalation prolongée de sulfure d’hydrogène peut causer la dégénérescence du nerf olfactif (rendant la détection du gaz impossible). L’inhalation du gaz, même en relativement faible quantité, peut entraîner une perte de connaissance. Des lésions au niveau des bronches, des nausées et, en forte concentration, des lésions des nerfs olfactifs, des convulsions, des engourdissements et finalement la mort par apnée. En général, les personnes atteintes sont par la suite allergiques au H2S. Les affections provoquées par le H2S font partie des maladies professionnelles à déclaration obligatoire dans les pays occidentaux. Chez les végétaux, les dommages sont peu importants. Les plantes utiles les plus sensibles à cette substance sont le navet, la tomate, le concombre et le soja.
Selon des études réalisées à la demande du ministère de la Santé français en 1981, et disponibles sur l’Internet «effets de l’hydrogène sulfuré sur l’homme (OMS 1981)», il existe deux seuils de toxicité des “seuils des effets létaux ” (S.E.L.) et des “seuils des effets irréversibles ”
Les résultats d’analyse montrent que les effets sont 8 à 10 fois supérieurs au seuil autorisé dans les deux cas.
Selon, les informations communiquées par le ministre de la Santé, il y a deux morts. Deux enfants d’une dizaine d’années.
D’un autre côté, il a fallu attendre cette catastrophe pour que la Société ivoirienne de raffinage (SIR) mette en place une nouvelle procédure d’enlèvement de Slops au quai PETROCI Holding. A savoir : la demande d’autorisation douanière comprenant une escorte douanière pour l’enlèvement des slops, le certificat d’origine du produit à enlever, le certificat de quantité délivré par un organisme agréé en Côte d’Ivoire. Et enfin, un document certifiant la destination finale des Slops et indiquant le nom de la société pour le compte de qui l’opération s’effectue.

Repères

Riposte. Dès les premiers instants, le Premier ministre a décidé de la mise en place d’un Comité interministériel qui s’est réuni le mercredi 30 août à la Primature sous la présidence du ministre d’Etat, ministre du Plan et du Développement, M. Paul-Antoine Bohoun Bouabré.
Interpellations. Une enquête judiciaire a déjà permis l’interpellation de six personnes. Ces objectifs sont de déterminer clairement les responsabilités.
Soins. Des dispositions sanitaires ont été prises pour accueillir les populations touchées dans les principaux centres de santé que sont le CHU de Treichville et le CHU de Cocody pour la prise en charge médicale des malades.

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