16/06/06 - Gbagbo, l'historien qui
renie son histoire !
par Cheick AHMED, L'Opinion, Ouagadougou, 15 juin 2006.
Laurent K. GBAGBO, à la façon des Nazis, pour
servir sa cause politique na aucune honte à vouloir refaire
l'histoire de lAfrique.
Pour l'historien mu par ses convictions ivoiritaires, les Burkinabè
déportés ou ayant été Ivoiriens
par la volonté du colonisateur français ne peuvent
se prévaloir d'avoir travaillé pour la Côte
d'Ivoire ; ils l'ont plutôt simplement fait pour la France
de laquelle ils seraient bien fondés de réclamer
réparation et laisser son pays se développer tranquillement.
Si ce n'est pas du cynisme, ça y ressemble beaucoup.
Les Voltaïques, Burkinabè devenus, n'ont nullement
contribué à bâtir la Côte d'Ivoire
qui ne leur est donc redevable en quoi que ce soit ! Les propos
ne sont pas d'un « morpion » d'Ivoiritaire voulant
mettre en exergue un orgueil nationaliste de mauvais aloi mais
bien du premier Ivoirien. Oui, M. Laurent GBAGBO ne cessera
de nous surprendre. Le président par lequel la Côte
d'Ivoire connaît la page la plus sombre de son histoire
était-il vraiment lucide et en possession de ses facultés
ne serait-ce qu'intellectuelles, lorsque dans un entretien avec
des journalistes il soutenait de telles thèses, allant
jusquà dire des migrants quils ne participent pas au
développement de son pays parce qu'ils sont eux-mêmes
venus pour gagner leurs vies.
En tout cas, les développements quil a faits sur la
période coloniale connue par les deux pays, la Côte
d'Ivoire et le Burkina, laissent pantois quand on sait quils
sont dun enseignant dhistoire. On serait très intéressé
de savoir ce que le professeur GBAGBO disait à ses étudiants
lorsquil menait ses activités académiques, lui
lintellectuel progressiste que leur enseignait-il sur lesclavage,
sur la traite négrière, sur la colonisation ?
La politique doit-elle nous détourner des vérités
scientifiques ? En tout cas, Laurent K. GBAGBO, à la
façon des Nazis, pour servir sa cause politique na aucune
honte à vouloir refaire lhistoire de l'Afrique. Pour
lhistorien mu par ses convictions ivoiritaires, les Burkinabè
déportés ou ayant été Ivoiriens
par la volonté du colonisateur français ne peuvent
se prévaloir davoir travaillé pour la Côte
d'Ivoire ; ils lont plutôt simplement fait pour la France
de laquelle ils seraient bien fondés de réclamer
réparation et laisser son pays se développer tranquillement.
Si ce nest pas du cynisme, ça y ressemble beaucoup.
Un simple rappel historique montre cependant quun bout de temps,
par le fait du colonisateur français, les deux pays ont
été en partie en partie une même entité
territoriale. En effet, supprimée en 1932 la Haute-Volta
de lépoque, a été dépecée
et répartie entre le Soudan français (le Mali),
le Niger et la Côte d'Ivoire qui recevait la plus grande
portion. Ainsi avait-on une Côte d'Ivoire qui sétendait
jusquau delà de Ouagadougou.
De ce pays, il y avait ce grand Sud doté par la nature
mais ne disposant pas de ressources humaines nécessaires
pour son développement, quon appelait "Basse Côte
d'Ivoire" et ce grand Nord moins nanti en la matière
mais riche de ses hommes courageux et travailleurs, qui constituait
la "Haute Côte d'Ivoire". Le colonisateur a
alors organisé un vaste "transfert" de populations
du Nord vers le Sud pour la mise en valeur des énormes
potentialités qui sy trouvaient.
Pendant longtemps, les Voltaïques, Ivoiriens devenus à
leur corps défendant, séchineront même si
cela fut par la contrainte du colonisateur, sur les routes,
les chantiers, dans les plantations, etc là-bas au Sud.
Des villes seront pratiquement bâties de leurs mains,
le chemin de fer et des routes construits, des étendues
de forêts défrichées pour des plantations
de café, de cacao, etc. Au détriment de leur Nord
natal, la "Basse Côte d'Ivoire" sera "viabilisée",
dotée quelle sera par leur labeur des commodités
dignes de la modernité. Sans lapport de ces hommes, la
Côte d'Ivoire serait-elle cette puissance économique
sous-régionale quelle est devenue ? Rien nest moins sûr.
Cependant, fiers et dignes, les habitants du grand Nord ne
voudront pas perdre leur identité et vont batailler ferme
pour le rétablissement de la Haute Volta. Ce qui sera
fait en 1947. Ainsi une nouvelle situation juridique était
créée et pour le territoire et pour les hommes
et femmes qui y habitent ou qui en ont été déportés
vers le Sud, la Côte d'Ivoire. Une situation dailleurs
exploitée aujourdhui par les ivoiritaires pour créer
des misères à nombre dIvoiriens qui seraient dorigine
Burkinabè.
Si les dirigeants ivoiriens qui ont hérité de
lAdministration coloniale ont pu, même maladroitement,
gérer une situation délicate et éviter
ou contenir les conflits identitaires, laprès-Houphouët
BOIGNY verra la Côte d'Ivoire se déchirer par la
faute des politiciens crapules qui mettront dos-à-dos
des populations qui vivaient en parfaite intelligence.
Le propos ici nest pas dentrer dans les détails de cette
nébuleuse historique que fut la situation coloniale des
deux pays mais ce bref rappel historique permet de voir que,
quoi quon dise, les Burkinabè ont pendant la période
coloniale, plus travaillé pour la Côte d'Ivoire
que pour eux-mêmes. Si le politique GBAGBO récuse
la vérité historique, les Ivoiriens lucides savent
que même si le colonisateur a organisé la mise
en valeur de leur environnement pour ses propres besoins, matériellement
et humainement, leur pays en a tiré grand profit.
Lessor économique de la Côte d'Ivoire, pour ne
parler que de cela, doit beaucoup à laction de ces hommes
et femmes venus du grand Nord. Combien ont péri dans
cette contrée loin de leur terre natale ? On saura difficilement
le dire mais ce que lon sait, cest que leurs uvres nont été
rapatriées et que le territoire ivoirien qui les abrite
nest pas la France.
Alors...Cest à croire que Koudou GBAGBO a tout perdu
jusquà son histoire. Dans tous les cas lui au moins doit
à se pays qui la aidé à sauver sa vie à
un moment de sa petite histoire. Cest vraiment dommage quil
tombe aussi bas. En vérité a-t-il déjà
été plus haut que çà ? Cest à
voir !
Source : http://www.lefaso.net/article.php3?id_article=14514
Maintien en détention de l'un
des militaires soupçonnés du meurtre de Mahé
Le président de la chambre de l'instruction de la cour
d'appel de Paris a maintenu en détention vendredi un
militaire poursuivi pour "homicide volontaire" dans
l'affaire Firmin Mahé, un Ivoirien mort étouffé
en mai 2005, a-t-on appris de source proche du dossier.
Le magistrat, statuant en urgence sur "référé-détention",
a pris cette
décision en attendant l'examen du dossier par la chambre
de l'instruction en formation collégiale d'ici une dizaine
de jours.
Le juge des libertés et de la détention (JLD)
avait signé jeudi une
ordonnance de remise en liberté du brigadier-chef Johannes
Schnier, après une demande de mise en liberté
déposée par son avocat Me Jean Balan.
Le parquet avait immédiatement fait appel de cette décision
en déposant un "référé-détention"
qui suspendait les effets de l'ordonnance du JLD.
M. Schnier se trouvait à l'arrière du blindé
léger où a été tué Mahé
le 13
ami 2005 et aurait maintenu la victime pendant que l'adjudant-chef
Guy Raugel, qui se trouvait sur le siège avant, l'étouffait
avec un sac en plastique.
Les deux hommes sont mis en examen pour "homicide volontaire".
Par ailleurs, le conducteur du véhicule, le brigadier
Lianrifou Ben Youssouf poursuivi pour "complicité
d'homicide volontaire" n'est pas incarcéré.
Cette affaire a valu à leur supérieur hiérarchique,
le colonel Eric Burgaud,
et au général Henri Poncet qui commandait la force
Licorne en Côte d'Ivoire à l'époque des
faits, une mise en examen pour "complicité d'homicide
volontaire".
Les deux officiers ne sont pas incarcérés.
Pour Me Balan, "le maintien en détention dans cette
affaire de simples
soldats alors que les donneurs d'ordres sont laissés
en liberté est un scandale absolu".
Source : AFP, 7 avril 2006
Au pays du cynisme et de l'hypocrisie
?
Cher oncle,
Comme tu l'as vu à la télé, les Abidjanais
ont vécu lundi et mardi des journées d'émeutes
qui rappellent les heures sombres de la crise ivoirienne. Les
auteurs de cette flambée de la violence ne sont autres
que les "patriotes" de Blé Goudé, celui-là
même qui s'est auto-proclamé "ministre de
la rue".
Les partisans de Laurent Gbagbo manifestent ainsi contre la
décision du Groupe de travail international de prendre
acte de la fin du mandat des députés. Eux qui
prétendent être démocrates tout en vouant
les autres aux gémonies, je me demande pourquoi ils n'utilisent
pas les moyens légaux pour exprimer leurs revendications.
Et quand je vois que pendant ce temps Laurent Gbagbo et son
épouse rient à gorge déployée avec
Blaise Compaoré à Monrovia, à l'investiture
de Ellen Johnson-Sirleaf, je me dis que l'hypocrisie et le cynisme,
en politique, n'ont pas de limites.
Car sitôt après ce seront les accusations contre
le Burkina Faso, si ce ne sont les tracasseries contre ses ressortissants.
C'est pourquoi l'on vit, ici, la peur au ventre. Nul ne sait
de quoi demain sera fait. L'information selon laquelle le FPI
envisagerait de retirer ses ministres du gouvernement est encore
plus inquiétante. L'on n'est pas loin du point de rupture.
Cette situation de confusion créée et entretenue
par les proches du président, vise, bien sûr, à
bloquer le processus de paix, à défaut de pouvoir
le mener comme ils l'entendent.
Tout est "gnagami", comme on le dit en français
de la rue. Mais en croyants, nous prions tous pour que la raison
l'emporte sur la soif inextinguible du pouvoir. A bientôt,
avec peut-être l'espoir de t'annoncer des nouvelles plus
réjouissantes dans ma prochaine correspondance.
Ton neveu
Source : Le Pays, Ouagadougou, 18 janvier 2006
Gbagbo fait son beurre avec le cacao
par Thomas Hofnung, Libération, 18 janvier
2006
Un rapport de l'Union européenne accuse le clan du Président
de rançonner les planteurs à son profit.
Alors que les partisans de Laurent Gbagbo engagent un nouveau
bras de fer avec la communauté internationale, voilà
un rapport qui tombe mal pour le président ivoirien.
Commandé par l'Union européenne, l'audit juridique
de la filière cacao se révèle dévastateur
pour ceux qui la contrôlent.
Ce document de plus de 200 pages, que Libération s'est
procuré, décrit un secteur clé de l'économie
ivoirienne livré au règne de l'arbitraire, géré
en toute opacité. « Les structures actuelles ne
peuvent être que liquidées », concluent les
auteurs. Ils disent avoir eu toutes les peines du monde à
mener à bien leur mission. L'un d'entre eux, l'avocat
parisien Xavier Ghelber, a même été brièvement
enlevé en novembre 2004 à Abidjan par des hommes
en armes, avant d'être remis à des militaires français.
Ce rapport au vitriol pourrait affaiblir un peu plus Laurent
Gbagbo, dont le mandat, qui s'est formellement achevé
en octobre, a été prolongé d'un an par
la résolution 1633 de l'ONU. Le cacao, dont la Côte-
d'Ivoire est le premier producteur mondial, assure 15 % du produit
intérieur brut (PIB) du pays, et fournit du travail à
environ 6 millions de personnes. Il est aussi la principale
source de financement occulte du régime, notamment pour
ses achats d'armes.
Une filière hors la loi
Sous la pression de la Banque mondiale et des bailleurs de
fonds étrangers, la filière cacao a été
libéralisée à la fin des années
90. Avec pour objectifs de favoriser la concurrence entre producteurs,
de garantir la transparence de la filière, de promouvoir
les petites et moyennes entreprises et coopératives et
d'assurer un revenu minimal aux planteurs. En lieu et place
de la défunte Caisse de stabilisation du café-cacao
(Caistab, créée sous l'ex-président Félix
Houphouët-Boigny) a été mis en place, essentiellement
après l'élection de Laurent Gbagbo en octobre
2000, toute une série d'organismes : l'Autorité
de régulation et de contrôle du café-cacao
(ARCC), la Bourse du café et du cacao (BCC) et le Fonds
de régulation et de contrôle (FRC). Principal enseignement
du rapport : « Ces structures évoluent en dehors
de tout cadre légal. » Les qualifiant de «
monstres juridiques », les experts signalent qu'elles
se prévalent du statut « exorbitant » de
sociétés commerciales privées, tout en
fonctionnant exclusivement sur fonds publics grâce aux
taxes fiscales et parafiscales prélevées sur les
ventes de cacao, puis distribuées par l'Etat aux différents
organismes....
Une gestion opaque
Les auteurs du rapport soulignent qu'« aucune convention
de concession de service n'a été passée
avec l'Etat (...), aucun budget type n'a été établi
(...), aucun contrôle ne s'exerce sur l'engagement de
sommes considérables (...) » par ces organismes.
En octobre 2004, un comité de pilotage censé remettre
de l'ordre dans la filière a été créé
à l'initiative du ministre de l'Economie (un proche de
Gbagbo). « Présidé par une personnalité
proche de la présidence, mais étrangère
aux problèmes de la filière (...), ce comité
semblerait tendre à court-circuiter le comité
interministériel (chargé de la filière,
ndlr). » A plusieurs reprises dans leur rapport, les experts
dénoncent les effectifs pléthoriques des structures,
évoquant à mots couverts l'existence d'emplois
fictifs. Ils notent aussi l'absence de statistiques fiables
sur les volumes et les prix du cacao, ce qui autorise tous les
détournements possibles.
Des fonds détournés en toute impunité
En dehors de toute procédure de contrôle public,
les acteurs de la filière utilisent donc comme bon leur
semble les sommes qui leur sont allouées par l'Etat.
A propos de la Bourse du café-cacao (BCC), les experts
notent que « le montant de ses ressources disponibles
se révèle le plus souvent excédentaire
par rapport aux tâches à remplir. Ce qui conduit
parfois à engager des dépenses contestables ou
superflues, notamment en matière d'études sur
les questions les plus diverses et parfois les plus étrangères
à l'objet social de la BCC ».
Les experts évoquent par exemple l'achat d'une société
de production d'oeufs qui, notent-ils, « n'entretient
que des rapports lointains avec la promotion et le développement
des cultures du café et du cacao »... Gérée
par le Fonds de régulation et contrôle (FRC), la
Réserve de prudence, censée soutenir les cours
du cacao en faveur des petits producteurs a, entre autres, servi
à financer l'achat d'armes par le régime Gbagbo.
Au début du conflit, le FRC a octroyé à
cette Réserve près de 30 milliards de francs CFA,
sans même l'aval de son conseil d'administration.
Placé à l'origine sur un compte séquestre
à la Banque des Etats d'Afrique de l'Ouest, l'argent
de la Réserve a, par la suite, été transféré
à la Banque nationale d'investissement (BNI), établissement
commercial... géré par le clan Gbagbo. En septembre
2005, une mission conjointe du FMI et de la Banque mondiale
avait conclu que sur les 400 milliards de CFA prélevés
sur le dos des planteurs entre 2002 et 2004, seuls 130 milliards
avaient été dépensés au bénéfice
de la filière cacao....
Les multinationales étrangères prospèrent
La libéralisation de la filière a considérablement
fragilisé les petits producteurs qu'elle était
censée aider. Selon les experts, « elle a provoqué
une réduction notable du nombre des exportateurs, au
détriment des petites et moyennes entreprises ».
Entre 1997 et 2003, les multinationales étrangères
(américaine, hollandaise, etc.) ont vu leurs parts de
marché passer de 10 % à 30 %. « Ces grands
groupes n'ont jamais été aussi puissants et prospères
qu'aujourd'hui en Côte-d'Ivoire », note un observateur.
Théoriquement, les redevances versées aux organismes
de régulation devaient permettre d'assurer un prix minimum
aux paysans. Il n'en a rien été. Alors que les
cours mondiaux du cacao sont à la baisse depuis plusieurs
années, le niveau des prélèvements, inchangé,
incite les planteurs à écouler clandestinement
leurs productions au Ghana.
Des suites possibles
Notant ces multiples manquements, les auteurs du rapport évoquent
la mise en cause éventuelle de l'Etat ivoirien à
l'étranger. « Le statut privé, même
artificiel, des structures de la filière ne leur permet
pas d'invoquer une quelconque immunité », menacent-ils.
Parmi les sanctions possibles, le gel des avoirs détenus
par ces organismes à l'étranger. Dans un premier
temps, le rapport risque de repousser pour longtemps toute reprise
de la coopération entre les institutions financières
internationales et la Côte-d'Ivoire de Laurent Gbagbo.
Extraits choisis du rapport européen
« On avait assisté à la disparition de l'Etat
dans certains pays. Mais, dans le secteur de la filière
cacao, on voit un Etat qui ne liquide pas ses propres services
d'intérêt général, mais en organise
le transfert à des intérêts commerciaux.
Il ne s'agit plus de délégations de services publics,
mais de cession du service public, catégorie juridique
jusque-là inconnue du droit public (...).
Dans la pratique, dès 2003, lorsque les cours mondiaux
s'installaient dans une baisse durable, au détriment
des producteurs, les autorités n'ont pas mis en oeuvre
les instruments de régulation comme prévu par
les textes.
Depuis, les planteurs, dont la situation se détériore
non seulement à cause des conflits qui règnent
dans leur zone d'exploitation mais aussi à cause de la
baisse des revenus des récoltes, sont entrés dans
un cycle de revendication récurrent (...). Les commerçants
sont assujettis à de nombreux prélèvements
fiscaux, dont certains sont directement destinés à
garantir un prix minimum aux producteurs en adéquation
avec la fluctuation des cours mondiaux (...).
Mais les instruments financiers mis en place en contrepartie
des prélèvements ne sont pas utilisés pleinement
par les institutions en charge de leur collecte et de leur gestion
(...). Au total, si l'on disposait de tous les éléments,
l'examen du cadre juridique des organisations de la filière
cacao, par ses dysfonctionnements et surtout par ses incohérences
fondamentales, pourrait faire le bonheur d'une armée
de juristes. »
Source : www.liberation.fr
Cauchemar à Abidjan : le témoignage
de Samuel Sawadogo, rescapé d'une exécution extrajudiciaire
: « Ce sont des militaires qui ont assassiné mon
compagnon »
Propos recueillis par Jean-Claude Coulibaly, Le Patriote,
Abidjan, No. 1882 du 6 Janvier 2006
Propos du rescapé de la boucherie du Banco
"Ce sont des militaires qui ont assassiné mon compagnon"
Le Patriote a tendu son micro à Samuel Sawadogo, le rescapé
de la tuerie du Banco. Il raconte ici le calvaire dont il est
le seul rescapé.
Le Patriote : Qu'est-ce qui s'est passé ?
Samuel Sawadogo : Hier matin (ndlr : mercredi) aux environs
de 7h 30mn, on partait travailler au Plateau. Nous étions
quatre dans un taxi. Quatre passagers plus le chauffeur. Nous
avons été interceptés par trois hommes
en treillis. Ces derniers nous ont demandé de descendre
et nous ont embarqués dans un 4x4 noir bâché.
Ils ont embarqué sur le chemin, après, deux autres
personnes. Arrivés sur le pont De Gaulle, nous leur avons
demandé où ils nous emmenaient. Parce qu'ils ne
nous ont réclamé aucune pièce. Ils nous
ont tout simplement rétorqué qu'ils nous donneront
plus d'explication à destination. Ils nous ont emmené
dans la partie de la forêt du Banco située entre
Adjamé et Yopougon vers la station « Ancien Agip
». Dès notre arrivée dans la forêt,
ils ont commencé à nous battre. Nous leur avons
demandé pourquoi ils nous battaient. « Vous êtes
des rebelles », nous ont-ils répondu. Je leur ai
dit que je n'était pas un rebelle. Mais j'étais
un maçon. Et que je me rendais au Plateau, à mon
lieu de travail.
Ils n'ont rien voulu savoir et ils ont continué de nous
battre de plus belle. Entre deux moments de répit, j'ai
réussi à appeler ma patronne. Elle m'a donné
ce conseil : « Ne tente pas de fuir. Où ils t'emmènent,
vas avec eux », (Il marque un moment de silence, brusquement
rompue par un sanglot). Ils ont commencé par tirer sur
deux d'entre nous. Les deux ont été tués
sur le coup. Ils nous ont demandé de détourner
la tête pour ne pas voir les cadavres. Et pendant qu'on
le faisait, ils ont encore ouvert le feu sur deux autres d'entre
nous. Ensuite, ils nous ont abandonnés pour se retirer
à quelques mètres de nous. Couché sur le
ventre, j'ai profité de ce moment pour rappeler ma patronne.
Mais j'ai été surpris par l'un d'entre eux qui
a pris mon téléphone portable. Il y a eu une conversation
entre elle et l'un des militaires. Ce dernier est rentré
dans une colère noire et a jeté violemment mon
téléphone portable qui s'est retrouvé au
sol en pièces détachées. « La dame
dit qu'effectivement, tu travailles avec elle. Tu as la chance,
elle nous a suppliés de ne pas te tuer », s'est-il
adressé à moi. Toutes les cinq minutes, ils nous
battaient sur le corps avec les crosses de leurs kalachnikovs
et à coup de rangers. Aux environs de 13 heures, ils
sont venus chercher deux autres de mes compagnons d'infortune
pour les assassiner. Nous sommes restés deux. Aux environs
de 17 heures, ils ont tué mon dernier compagnon. Celui-ci,
avant de mourir a eu le temps de se confier à moi. Il
m'a dit que sa femme était enceinte de six mois. Au cas
où je restais en vie, il m'a chargé d'aller lui
rapporter ce qui s'est passé. C'est pendant qu'il se
confiait à moi qu'il a été mitraillé.
En ce moment, je ne savais plus où j'étais. Pour
moi, mes derniers instants sur terre étaient arrivés.
Comme j'ai réussi à avoir ma patronne, je pense
que c'est ce qui m'a sauvé. Les autres n'ont pas eu cette
chance. Mais, ils m'ont battu jusqu'à ce que je perde
connaissance.
Ils m'ont ensuite rembarqué dans la 4x4 et se sont débarrassés
de moi vers la corniche de Cocody. Il faisait nuit. Grâce
à Dieu, à cet endroit péniblement, j'ai
réussi à arrêter un taxi qui m'a conduit
à la maison.
L.P : Ils ne vous ont pas dit pourquoi ils se comportaient ainsi
?
S.S : Ils nous ont dit que c'est parce que nous sommes des rebelles.
Alors que depuis que je suis né, je n'ai jamais attrapé
un fusil. Depuis ma venue en Côte d'Ivoire, en 1990, j'ai
été d'abord gardien (ndlr : vigile). Quand j'ai
abandonné ce métier, je suis devenu maçon.
Je n'ai jamais appris à attraper un fusil. Donc, je suis
écoeuré qu'on me prenne pour un rebelle.
L.P : Combien étaient-ils ?
S.S : Ils étaient trois. Trois militaires.
L.P : Ils étaient armés de quoi?
S.S : De kalachnikovs et de pistolets.
L.P : Dans quel véhicule étaient-ils ?
S.S : Ils étaient dans un 4x4 noir. Un seul 4x4.
L.P : Vous n'avez pas pu relever le numéro d'immatriculation
?
S.S : Non, quand on a été pris, je n'ai pas eu
le temps de le faire. Tu regardes derrière, tu vas te
faire tuer. Nous, on pensait que c'était pour simplement
nous harceler. Alors que c'était pour nous assassiner.
Je connais deux d'entre les malheureux déeunts, il s'agit
de Abou Ouédraogo et Kaboré Daniel, respectivement
maçon et menuisier.
L.P : Comment tu te sens actuellement ?
S.S : Actuellement, je n'arrive pas à respirer correctement.
J'ai reçu beaucoup de coups de crosse de fusil sur la
poitrine. J'ai vraiment mal. Je ne sais pas si je vais pouvoir
survivre. C'est moi seul qui connais la douleur que je supporte.
Des camps militaires attaqués
à Abidjan
Des hommes armés non identifiés ont attaqué deux
camps militaires lundi matin à Abidjan, capitale économique
de la Côte d'Ivoire, déclare-t-on de source militaire
à Reuters.
Des tirs et des explosions ont retenti près des deux casernes
et, selon une autre source militaire, des tirs ont aussi eu lieu dans
le quartier de Cocody, où réside le président
Laurent Gbagbo.
Un soldat contacté par téléphone dans l'un des
camps a fait état de tirs à l'arme lourde et à
l'arme automatique mais sans pouvoir indiquer qui étaient les
attaquants. Les soldats ont organisé une riposte pour défendre
le camp, a-t-il ajouté.
Ces combats surviennent quelques jours après la présentation
par le Premier ministre Charles Konan Banny d'un gouvernement appelé
à conduire la Côte d'Ivoire jusqu'aux élections
prévues en octobre prochain aux termes d'un plan de paix de
l'Onu.
Début décembre, des hommes non identifiés avaient
attaqué une caserne de gendarmerie dans la banlieue d'Abidjan,
mais ils avaient été repoussés à l'issue
d'un bref combat.
Source : Reuters, 2 janvier 2006
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