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Afrique, continent martyr- - Côte d'Ivoire

16/06/06 - Gbagbo, l'historien qui renie son histoire !


par Cheick AHMED, L'Opinion, Ouagadougou, 15 juin 2006.

Laurent K. GBAGBO, à la façon des Nazis, pour servir sa cause politique na aucune honte à vouloir refaire l'histoire de lAfrique.

Pour l'historien mu par ses convictions ivoiritaires, les Burkinabè déportés ou ayant été Ivoiriens par la volonté du colonisateur français ne peuvent se prévaloir d'avoir travaillé pour la Côte d'Ivoire ; ils l'ont plutôt simplement fait pour la France de laquelle ils seraient bien fondés de réclamer réparation et laisser son pays se développer tranquillement. Si ce n'est pas du cynisme, ça y ressemble beaucoup.

Les Voltaïques, Burkinabè devenus, n'ont nullement contribué à bâtir la Côte d'Ivoire qui ne leur est donc redevable en quoi que ce soit ! Les propos ne sont pas d'un « morpion » d'Ivoiritaire voulant mettre en exergue un orgueil nationaliste de mauvais aloi mais bien du premier Ivoirien. Oui, M. Laurent GBAGBO ne cessera de nous surprendre. Le président par lequel la Côte d'Ivoire connaît la page la plus sombre de son histoire était-il vraiment lucide et en possession de ses facultés ne serait-ce qu'intellectuelles, lorsque dans un entretien avec des journalistes il soutenait de telles thèses, allant jusquà dire des migrants quils ne participent pas au développement de son pays parce qu'ils sont eux-mêmes venus pour gagner leurs vies.

En tout cas, les développements quil a faits sur la période coloniale connue par les deux pays, la Côte d'Ivoire et le Burkina, laissent pantois quand on sait quils sont dun enseignant dhistoire. On serait très intéressé de savoir ce que le professeur GBAGBO disait à ses étudiants lorsquil menait ses activités académiques, lui lintellectuel progressiste que leur enseignait-il sur lesclavage, sur la traite négrière, sur la colonisation ?

La politique doit-elle nous détourner des vérités scientifiques ? En tout cas, Laurent K. GBAGBO, à la façon des Nazis, pour servir sa cause politique na aucune honte à vouloir refaire lhistoire de l'Afrique. Pour lhistorien mu par ses convictions ivoiritaires, les Burkinabè déportés ou ayant été Ivoiriens par la volonté du colonisateur français ne peuvent se prévaloir davoir travaillé pour la Côte d'Ivoire ; ils lont plutôt simplement fait pour la France de laquelle ils seraient bien fondés de réclamer réparation et laisser son pays se développer tranquillement. Si ce nest pas du cynisme, ça y ressemble beaucoup.

Un simple rappel historique montre cependant quun bout de temps, par le fait du colonisateur français, les deux pays ont été en partie en partie une même entité territoriale. En effet, supprimée en 1932 la Haute-Volta de lépoque, a été dépecée et répartie entre le Soudan français (le Mali), le Niger et la Côte d'Ivoire qui recevait la plus grande portion. Ainsi avait-on une Côte d'Ivoire qui sétendait jusquau delà de Ouagadougou.

De ce pays, il y avait ce grand Sud doté par la nature mais ne disposant pas de ressources humaines nécessaires pour son développement, quon appelait "Basse Côte d'Ivoire" et ce grand Nord moins nanti en la matière mais riche de ses hommes courageux et travailleurs, qui constituait la "Haute Côte d'Ivoire". Le colonisateur a alors organisé un vaste "transfert" de populations du Nord vers le Sud pour la mise en valeur des énormes potentialités qui sy trouvaient.

Pendant longtemps, les Voltaïques, Ivoiriens devenus à leur corps défendant, séchineront même si cela fut par la contrainte du colonisateur, sur les routes, les chantiers, dans les plantations, etc là-bas au Sud. Des villes seront pratiquement bâties de leurs mains, le chemin de fer et des routes construits, des étendues de forêts défrichées pour des plantations de café, de cacao, etc. Au détriment de leur Nord natal, la "Basse Côte d'Ivoire" sera "viabilisée", dotée quelle sera par leur labeur des commodités dignes de la modernité. Sans lapport de ces hommes, la Côte d'Ivoire serait-elle cette puissance économique sous-régionale quelle est devenue ? Rien nest moins sûr.

Cependant, fiers et dignes, les habitants du grand Nord ne voudront pas perdre leur identité et vont batailler ferme pour le rétablissement de la Haute Volta. Ce qui sera fait en 1947. Ainsi une nouvelle situation juridique était créée et pour le territoire et pour les hommes et femmes qui y habitent ou qui en ont été déportés vers le Sud, la Côte d'Ivoire. Une situation dailleurs exploitée aujourdhui par les ivoiritaires pour créer des misères à nombre dIvoiriens qui seraient dorigine Burkinabè.

Si les dirigeants ivoiriens qui ont hérité de lAdministration coloniale ont pu, même maladroitement, gérer une situation délicate et éviter ou contenir les conflits identitaires, laprès-Houphouët BOIGNY verra la Côte d'Ivoire se déchirer par la faute des politiciens crapules qui mettront dos-à-dos des populations qui vivaient en parfaite intelligence.

Le propos ici nest pas dentrer dans les détails de cette nébuleuse historique que fut la situation coloniale des deux pays mais ce bref rappel historique permet de voir que, quoi quon dise, les Burkinabè ont pendant la période coloniale, plus travaillé pour la Côte d'Ivoire que pour eux-mêmes. Si le politique GBAGBO récuse la vérité historique, les Ivoiriens lucides savent que même si le colonisateur a organisé la mise en valeur de leur environnement pour ses propres besoins, matériellement et humainement, leur pays en a tiré grand profit.

Lessor économique de la Côte d'Ivoire, pour ne parler que de cela, doit beaucoup à laction de ces hommes et femmes venus du grand Nord. Combien ont péri dans cette contrée loin de leur terre natale ? On saura difficilement le dire mais ce que lon sait, cest que leurs uvres nont été rapatriées et que le territoire ivoirien qui les abrite nest pas la France.

Alors...Cest à croire que Koudou GBAGBO a tout perdu jusquà son histoire. Dans tous les cas lui au moins doit à se pays qui la aidé à sauver sa vie à un moment de sa petite histoire. Cest vraiment dommage quil tombe aussi bas. En vérité a-t-il déjà été plus haut que çà ? Cest à voir !

Source : http://www.lefaso.net/article.php3?id_article=14514

 

Maintien en détention de l'un des militaires soupçonnés du meurtre de Mahé


Le président de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a maintenu en détention vendredi un militaire poursuivi pour "homicide volontaire" dans l'affaire Firmin Mahé, un Ivoirien mort étouffé en mai 2005, a-t-on appris de source proche du dossier.
Le magistrat, statuant en urgence sur "référé-détention", a pris cette
décision en attendant l'examen du dossier par la chambre de l'instruction en formation collégiale d'ici une dizaine de jours.
Le juge des libertés et de la détention (JLD) avait signé jeudi une
ordonnance de remise en liberté du brigadier-chef Johannes Schnier, après une demande de mise en liberté déposée par son avocat Me Jean Balan.
Le parquet avait immédiatement fait appel de cette décision en déposant un "référé-détention" qui suspendait les effets de l'ordonnance du JLD.
M. Schnier se trouvait à l'arrière du blindé léger où a été tué Mahé le 13
ami 2005 et aurait maintenu la victime pendant que l'adjudant-chef Guy Raugel, qui se trouvait sur le siège avant, l'étouffait avec un sac en plastique.
Les deux hommes sont mis en examen pour "homicide volontaire".
Par ailleurs, le conducteur du véhicule, le brigadier Lianrifou Ben Youssouf poursuivi pour "complicité d'homicide volontaire" n'est pas incarcéré.
Cette affaire a valu à leur supérieur hiérarchique, le colonel Eric Burgaud,
et au général Henri Poncet qui commandait la force Licorne en Côte d'Ivoire à l'époque des faits, une mise en examen pour "complicité d'homicide volontaire".
Les deux officiers ne sont pas incarcérés.
Pour Me Balan, "le maintien en détention dans cette affaire de simples
soldats alors que les donneurs d'ordres sont laissés en liberté est un scandale absolu".
Source : AFP, 7 avril 2006

 

Au pays du cynisme et de l'hypocrisie ?


Cher oncle,
Comme tu l'as vu à la télé, les Abidjanais ont vécu lundi et mardi des journées d'émeutes qui rappellent les heures sombres de la crise ivoirienne. Les auteurs de cette flambée de la violence ne sont autres que les "patriotes" de Blé Goudé, celui-là même qui s'est auto-proclamé "ministre de la rue".
Les partisans de Laurent Gbagbo manifestent ainsi contre la décision du Groupe de travail international de prendre acte de la fin du mandat des députés. Eux qui prétendent être démocrates tout en vouant les autres aux gémonies, je me demande pourquoi ils n'utilisent pas les moyens légaux pour exprimer leurs revendications.
Et quand je vois que pendant ce temps Laurent Gbagbo et son épouse rient à gorge déployée avec Blaise Compaoré à Monrovia, à l'investiture de Ellen Johnson-Sirleaf, je me dis que l'hypocrisie et le cynisme, en politique, n'ont pas de limites.
Car sitôt après ce seront les accusations contre le Burkina Faso, si ce ne sont les tracasseries contre ses ressortissants. C'est pourquoi l'on vit, ici, la peur au ventre. Nul ne sait de quoi demain sera fait. L'information selon laquelle le FPI envisagerait de retirer ses ministres du gouvernement est encore plus inquiétante. L'on n'est pas loin du point de rupture.
Cette situation de confusion créée et entretenue par les proches du président, vise, bien sûr, à bloquer le processus de paix, à défaut de pouvoir le mener comme ils l'entendent.
Tout est "gnagami", comme on le dit en français de la rue. Mais en croyants, nous prions tous pour que la raison l'emporte sur la soif inextinguible du pouvoir. A bientôt, avec peut-être l'espoir de t'annoncer des nouvelles plus réjouissantes dans ma prochaine correspondance.
Ton neveu
Source : Le Pays, Ouagadougou, 18 janvier 2006

 

Gbagbo fait son beurre avec le cacao


par Thomas Hofnung, Libération, 18 janvier 2006
Un rapport de l'Union européenne accuse le clan du Président de rançonner les planteurs à son profit.
Alors que les partisans de Laurent Gbagbo engagent un nouveau bras de fer avec la communauté internationale, voilà un rapport qui tombe mal pour le président ivoirien. Commandé par l'Union européenne, l'audit juridique de la filière cacao se révèle dévastateur pour ceux qui la contrôlent.
Ce document de plus de 200 pages, que Libération s'est procuré, décrit un secteur clé de l'économie ivoirienne livré au règne de l'arbitraire, géré en toute opacité. « Les structures actuelles ne peuvent être que liquidées », concluent les auteurs. Ils disent avoir eu toutes les peines du monde à mener à bien leur mission. L'un d'entre eux, l'avocat parisien Xavier Ghelber, a même été brièvement enlevé en novembre 2004 à Abidjan par des hommes en armes, avant d'être remis à des militaires français.
Ce rapport au vitriol pourrait affaiblir un peu plus Laurent Gbagbo, dont le mandat, qui s'est formellement achevé en octobre, a été prolongé d'un an par la résolution 1633 de l'ONU. Le cacao, dont la Côte- d'Ivoire est le premier producteur mondial, assure 15 % du produit intérieur brut (PIB) du pays, et fournit du travail à environ 6 millions de personnes. Il est aussi la principale source de financement occulte du régime, notamment pour ses achats d'armes.


Une filière hors la loi

Sous la pression de la Banque mondiale et des bailleurs de fonds étrangers, la filière cacao a été libéralisée à la fin des années 90. Avec pour objectifs de favoriser la concurrence entre producteurs, de garantir la transparence de la filière, de promouvoir les petites et moyennes entreprises et coopératives et d'assurer un revenu minimal aux planteurs. En lieu et place de la défunte Caisse de stabilisation du café-cacao (Caistab, créée sous l'ex-président Félix Houphouët-Boigny) a été mis en place, essentiellement après l'élection de Laurent Gbagbo en octobre 2000, toute une série d'organismes : l'Autorité de régulation et de contrôle du café-cacao (ARCC), la Bourse du café et du cacao (BCC) et le Fonds de régulation et de contrôle (FRC). Principal enseignement du rapport : « Ces structures évoluent en dehors de tout cadre légal. » Les qualifiant de « monstres juridiques », les experts signalent qu'elles se prévalent du statut « exorbitant » de sociétés commerciales privées, tout en fonctionnant exclusivement sur fonds publics grâce aux taxes fiscales et parafiscales prélevées sur les ventes de cacao, puis distribuées par l'Etat aux différents organismes....


Une gestion opaque

Les auteurs du rapport soulignent qu'« aucune convention de concession de service n'a été passée avec l'Etat (...), aucun budget type n'a été établi (...), aucun contrôle ne s'exerce sur l'engagement de sommes considérables (...) » par ces organismes. En octobre 2004, un comité de pilotage censé remettre de l'ordre dans la filière a été créé à l'initiative du ministre de l'Economie (un proche de Gbagbo). « Présidé par une personnalité proche de la présidence, mais étrangère aux problèmes de la filière (...), ce comité semblerait tendre à court-circuiter le comité interministériel (chargé de la filière, ndlr). » A plusieurs reprises dans leur rapport, les experts dénoncent les effectifs pléthoriques des structures, évoquant à mots couverts l'existence d'emplois fictifs. Ils notent aussi l'absence de statistiques fiables sur les volumes et les prix du cacao, ce qui autorise tous les détournements possibles.


Des fonds détournés en toute impunité

En dehors de toute procédure de contrôle public, les acteurs de la filière utilisent donc comme bon leur semble les sommes qui leur sont allouées par l'Etat. A propos de la Bourse du café-cacao (BCC), les experts notent que « le montant de ses ressources disponibles se révèle le plus souvent excédentaire par rapport aux tâches à remplir. Ce qui conduit parfois à engager des dépenses contestables ou superflues, notamment en matière d'études sur les questions les plus diverses et parfois les plus étrangères à l'objet social de la BCC ».
Les experts évoquent par exemple l'achat d'une société de production d'oeufs qui, notent-ils, « n'entretient que des rapports lointains avec la promotion et le développement des cultures du café et du cacao »... Gérée par le Fonds de régulation et contrôle (FRC), la Réserve de prudence, censée soutenir les cours du cacao en faveur des petits producteurs a, entre autres, servi à financer l'achat d'armes par le régime Gbagbo. Au début du conflit, le FRC a octroyé à cette Réserve près de 30 milliards de francs CFA, sans même l'aval de son conseil d'administration.
Placé à l'origine sur un compte séquestre à la Banque des Etats d'Afrique de l'Ouest, l'argent de la Réserve a, par la suite, été transféré à la Banque nationale d'investissement (BNI), établissement commercial... géré par le clan Gbagbo. En septembre 2005, une mission conjointe du FMI et de la Banque mondiale avait conclu que sur les 400 milliards de CFA prélevés sur le dos des planteurs entre 2002 et 2004, seuls 130 milliards avaient été dépensés au bénéfice de la filière cacao....


Les multinationales étrangères prospèrent

La libéralisation de la filière a considérablement fragilisé les petits producteurs qu'elle était censée aider. Selon les experts, « elle a provoqué une réduction notable du nombre des exportateurs, au détriment des petites et moyennes entreprises ». Entre 1997 et 2003, les multinationales étrangères (américaine, hollandaise, etc.) ont vu leurs parts de marché passer de 10 % à 30 %. « Ces grands groupes n'ont jamais été aussi puissants et prospères qu'aujourd'hui en Côte-d'Ivoire », note un observateur.
Théoriquement, les redevances versées aux organismes de régulation devaient permettre d'assurer un prix minimum aux paysans. Il n'en a rien été. Alors que les cours mondiaux du cacao sont à la baisse depuis plusieurs années, le niveau des prélèvements, inchangé, incite les planteurs à écouler clandestinement leurs productions au Ghana.


Des suites possibles

Notant ces multiples manquements, les auteurs du rapport évoquent la mise en cause éventuelle de l'Etat ivoirien à l'étranger. « Le statut privé, même artificiel, des structures de la filière ne leur permet pas d'invoquer une quelconque immunité », menacent-ils. Parmi les sanctions possibles, le gel des avoirs détenus par ces organismes à l'étranger. Dans un premier temps, le rapport risque de repousser pour longtemps toute reprise de la coopération entre les institutions financières internationales et la Côte-d'Ivoire de Laurent Gbagbo.

Extraits choisis du rapport européen
« On avait assisté à la disparition de l'Etat dans certains pays. Mais, dans le secteur de la filière cacao, on voit un Etat qui ne liquide pas ses propres services d'intérêt général, mais en organise le transfert à des intérêts commerciaux. Il ne s'agit plus de délégations de services publics, mais de cession du service public, catégorie juridique jusque-là inconnue du droit public (...).
Dans la pratique, dès 2003, lorsque les cours mondiaux s'installaient dans une baisse durable, au détriment des producteurs, les autorités n'ont pas mis en oeuvre les instruments de régulation comme prévu par les textes.
Depuis, les planteurs, dont la situation se détériore non seulement à cause des conflits qui règnent dans leur zone d'exploitation mais aussi à cause de la baisse des revenus des récoltes, sont entrés dans un cycle de revendication récurrent (...). Les commerçants sont assujettis à de nombreux prélèvements fiscaux, dont certains sont directement destinés à garantir un prix minimum aux producteurs en adéquation avec la fluctuation des cours mondiaux (...).
Mais les instruments financiers mis en place en contrepartie des prélèvements ne sont pas utilisés pleinement par les institutions en charge de leur collecte et de leur gestion (...). Au total, si l'on disposait de tous les éléments, l'examen du cadre juridique des organisations de la filière cacao, par ses dysfonctionnements et surtout par ses incohérences fondamentales, pourrait faire le bonheur d'une armée de juristes. »
Source : www.liberation.fr

 

Cauchemar à Abidjan : le témoignage de Samuel Sawadogo, rescapé d'une exécution extrajudiciaire : « Ce sont des militaires qui ont assassiné mon compagnon »

Propos recueillis par Jean-Claude Coulibaly, Le Patriote, Abidjan, No. 1882 du 6 Janvier 2006

Propos du rescapé de la boucherie du Banco
"Ce sont des militaires qui ont assassiné mon compagnon"
Le Patriote a tendu son micro à Samuel Sawadogo, le rescapé de la tuerie du Banco. Il raconte ici le calvaire dont il est le seul rescapé.
Le Patriote : Qu'est-ce qui s'est passé ?
Samuel Sawadogo : Hier matin (ndlr : mercredi) aux environs de 7h 30mn, on partait travailler au Plateau. Nous étions quatre dans un taxi. Quatre passagers plus le chauffeur. Nous avons été interceptés par trois hommes en treillis. Ces derniers nous ont demandé de descendre et nous ont embarqués dans un 4x4 noir bâché. Ils ont embarqué sur le chemin, après, deux autres personnes. Arrivés sur le pont De Gaulle, nous leur avons demandé où ils nous emmenaient. Parce qu'ils ne nous ont réclamé aucune pièce. Ils nous ont tout simplement rétorqué qu'ils nous donneront plus d'explication à destination. Ils nous ont emmené dans la partie de la forêt du Banco située entre Adjamé et Yopougon vers la station « Ancien Agip ». Dès notre arrivée dans la forêt, ils ont commencé à nous battre. Nous leur avons demandé pourquoi ils nous battaient. « Vous êtes des rebelles », nous ont-ils répondu. Je leur ai dit que je n'était pas un rebelle. Mais j'étais un maçon. Et que je me rendais au Plateau, à mon lieu de travail.
Ils n'ont rien voulu savoir et ils ont continué de nous battre de plus belle. Entre deux moments de répit, j'ai réussi à appeler ma patronne. Elle m'a donné ce conseil : « Ne tente pas de fuir. Où ils t'emmènent, vas avec eux », (Il marque un moment de silence, brusquement rompue par un sanglot). Ils ont commencé par tirer sur deux d'entre nous. Les deux ont été tués sur le coup. Ils nous ont demandé de détourner la tête pour ne pas voir les cadavres. Et pendant qu'on le faisait, ils ont encore ouvert le feu sur deux autres d'entre nous. Ensuite, ils nous ont abandonnés pour se retirer à quelques mètres de nous. Couché sur le ventre, j'ai profité de ce moment pour rappeler ma patronne. Mais j'ai été surpris par l'un d'entre eux qui a pris mon téléphone portable. Il y a eu une conversation entre elle et l'un des militaires. Ce dernier est rentré dans une colère noire et a jeté violemment mon téléphone portable qui s'est retrouvé au sol en pièces détachées. « La dame dit qu'effectivement, tu travailles avec elle. Tu as la chance, elle nous a suppliés de ne pas te tuer », s'est-il adressé à moi. Toutes les cinq minutes, ils nous battaient sur le corps avec les crosses de leurs kalachnikovs et à coup de rangers. Aux environs de 13 heures, ils sont venus chercher deux autres de mes compagnons d'infortune pour les assassiner. Nous sommes restés deux. Aux environs de 17 heures, ils ont tué mon dernier compagnon. Celui-ci, avant de mourir a eu le temps de se confier à moi. Il m'a dit que sa femme était enceinte de six mois. Au cas où je restais en vie, il m'a chargé d'aller lui rapporter ce qui s'est passé. C'est pendant qu'il se confiait à moi qu'il a été mitraillé. En ce moment, je ne savais plus où j'étais. Pour moi, mes derniers instants sur terre étaient arrivés.
Comme j'ai réussi à avoir ma patronne, je pense que c'est ce qui m'a sauvé. Les autres n'ont pas eu cette chance. Mais, ils m'ont battu jusqu'à ce que je perde connaissance.
Ils m'ont ensuite rembarqué dans la 4x4 et se sont débarrassés de moi vers la corniche de Cocody. Il faisait nuit. Grâce à Dieu, à cet endroit péniblement, j'ai réussi à arrêter un taxi qui m'a conduit à la maison.
L.P : Ils ne vous ont pas dit pourquoi ils se comportaient ainsi ?
S.S : Ils nous ont dit que c'est parce que nous sommes des rebelles.
Alors que depuis que je suis né, je n'ai jamais attrapé un fusil. Depuis ma venue en Côte d'Ivoire, en 1990, j'ai été d'abord gardien (ndlr : vigile). Quand j'ai abandonné ce métier, je suis devenu maçon. Je n'ai jamais appris à attraper un fusil. Donc, je suis écoeuré qu'on me prenne pour un rebelle.
L.P : Combien étaient-ils ?
S.S : Ils étaient trois. Trois militaires.
L.P : Ils étaient armés de quoi?
S.S : De kalachnikovs et de pistolets.
L.P : Dans quel véhicule étaient-ils ?
S.S : Ils étaient dans un 4x4 noir. Un seul 4x4.
L.P : Vous n'avez pas pu relever le numéro d'immatriculation ?
S.S : Non, quand on a été pris, je n'ai pas eu le temps de le faire. Tu regardes derrière, tu vas te faire tuer. Nous, on pensait que c'était pour simplement nous harceler. Alors que c'était pour nous assassiner. Je connais deux d'entre les malheureux déeunts, il s'agit de Abou Ouédraogo et Kaboré Daniel, respectivement maçon et menuisier.
L.P : Comment tu te sens actuellement ?
S.S : Actuellement, je n'arrive pas à respirer correctement. J'ai reçu beaucoup de coups de crosse de fusil sur la poitrine. J'ai vraiment mal. Je ne sais pas si je vais pouvoir survivre. C'est moi seul qui connais la douleur que je supporte.

 

 

Des camps militaires attaqués à Abidjan


Des hommes armés non identifiés ont attaqué deux camps militaires lundi matin à Abidjan, capitale économique de la Côte d'Ivoire, déclare-t-on de source militaire à Reuters.
Des tirs et des explosions ont retenti près des deux casernes et, selon une autre source militaire, des tirs ont aussi eu lieu dans le quartier de Cocody, où réside le président Laurent Gbagbo.
Un soldat contacté par téléphone dans l'un des camps a fait état de tirs à l'arme lourde et à l'arme automatique mais sans pouvoir indiquer qui étaient les attaquants. Les soldats ont organisé une riposte pour défendre le camp, a-t-il ajouté.
Ces combats surviennent quelques jours après la présentation par le Premier ministre Charles Konan Banny d'un gouvernement appelé à conduire la Côte d'Ivoire jusqu'aux élections prévues en octobre prochain aux termes d'un plan de paix de l'Onu.
Début décembre, des hommes non identifiés avaient attaqué une caserne de gendarmerie dans la banlieue d'Abidjan, mais ils avaient été repoussés à l'issue d'un bref combat.
Source : Reuters, 2 janvier 2006