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Afrique, continent martyr- - Benin

 
 

Le banquier Boni Yayi élu président


La grande pluie qui tombait depuis hier à l’aube sur Cotonou s’est arrêtée aux environs de 14 heures, comme si Dame Nature savait que la CENA allait délivrer les Béninois à ce qui s’apparentait à un suspens. En tout cas, 6h après soit à 20h GMT, la structure a livré les résultats provisoires qui donnent sans surprise Yayi Boni vainqueur avec 74,51% contre 25,49% pour son challenger Adrien Houngbedji.
Pour une cérémonie brève, c’en était une, celle consacrant la proclamation des résultats provisoires de la présidentielle du Bénin.
En effet, alors que dès 19h, la cour de la CENA grouillait de monde, la cérémonie ne débutera exactement qu’à 19h 55, et prendra fin à... 20h, soit exactement 5 petites minutes, pour proclamer de façon provisoire certes, la consécration de Yayi Boni.
Entouré donc de 24 autres membres de la CENA, son président Sylvain Messan Nouwatin a déclaré avant de livrer les résultats : "Je remercie tous ceux qui ont contribué à la tenue de cette présidentielle... ma gratitude va bien sûr d’abord au gouvernement beninois et à ses services de sécurité pour son talent qu’ils ont déployés à l’occasion des deux tours de ce scrutin...
Je remercie tous les partenaires au développement pour leur soutien combien précieux pour la réussite de cette élection. Mes remerciements vont à toutes les autorités religieuses du Bénin... surtout le peuple béninois pour son patriotisme, son calmen, son soutien lors de ce scrutin, preuves de son attachement à la démocratie".
Puis il livrera les tendances générales sur la base d’un taux de dépouillement de 97,20% :
Yayi Boni : 1 969 308 voix, soit 74,51% de suffrages exprimés ;
Adrien Houngbédji : 673763 voix, soit 25,49%.
L’ex-président de la BOAD sera donc le successeur du général Mathieu Kérékou, car les 2,80% qui restent à dépouiller ne changeront rien à la donne.
La CENA confirme donc les tendances qui se dégageaient et que relayait la presse. La tache revient maintenant à Mme Conception Denise Ouinsou, la présidente de la Cour constitutionnelle de statuer sur ces résultats pour marquer un terme à cette présidentielle qui va encore, on s’en doute, faire couler beaucoup d’encre et de salive.
Source : Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana à Cotonou, Sidwaya, Ouagadougou, 23 mars 2006

 

 

Qui est le nouveau président ?


Boni Thomas Yayi est né en 1952 à Tchaourou (nord du Bénin)
Études
1972 : BAC série C au lycée Mathieu Bouké de Parakou

1976 - Licence en sciences économiques de l'Université Nationale du Bénin.
1980 - Diplôme d'Etudes Supérieures de Banque (DESB) du Centre Ouest-Africain de formation et d'Etudes Bancaires (COFEB) de la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) Dakar.
1981 - Diplôme d'Etudes Approfondies de l'Université de Dakar 1977 - Maîtrise ès-Sciences Economiques de l'Université Nationale du Bénin.
1986 - Doctorat de 3ème cycle de l'Université d'Orléans (France).
1991 - Doctorat ès-Sciences Economiques de l'Université de Paris IX Dauphine (France).

Parcours professionnel
1980 - 1988: Fondé de Pouvoirs à la Direction Centrale du Crédit BCEAO Siège - Dakar (Sénégal).
1988 - 1991 : Sous-Directeur à la Direction Centrale de la Formation Professionnelle, chargé du cours sur "Analyse et politiques financières" au Centre Ouest-Africain de Formation et d'Etudes Bancaires (COFEB) - Dakar (Sénégal).
1992 - 1994:
Chargé de Mission du Président de la République du Bénin aux Affaires Monétaires et Bancaires.
Membre de la Cellule Macroéconomique de la Présidence de la République.
Sous-Directeur à la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) depuis 1988.
1994 :
Président de la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) ;
Président du Conseil d'Administration de la BOAD ;
Président du Conseil d'Administration de la Société Régionale de Capital Risque (Cauris-SA) ;
Président Intérimaire du Conseil d'Administration du Fonds de Garantie des Investissements Privés en Afrique de l'Ouest (Fonds GARI).
Marié, père de 5 enfants.

 

En attendant les résultats de l'élection présidentielle - Une nouvelle page s'écrit


par Daouda Emile OUEDRAOGO (ouedro1@yahoo.fr), Sidwaya, Ouagadougou, 22 mars 2006.

Le Bénin, par l'organisation de l'élection présidentielle de 2006 est en train d'écrire une nouvelle page de son histoire. Le deuxième tour du scrutin qui a opposé Yayi Boni à Adrien Houngbédji illustre que le Bénin s'inscrit dans l'ancrage de la démocratie.

Mathieu Kérékou avait jeté un pavé dans la mare en « criant » à la fraude à l'issue du premier tour du scrutin présidentiel béninois. Si les premières tendances qui donnent Yayi Boni en bonne position pour être le vainqueur de l'élection présidentielle se confirment, l'ancien banquier « criera » à n'en point douter, qu'il faut écrire une nouvelle page économique du Bénin.

Le moins qu'il faut souligner ce sont les leçons que la Commission électorale nationale autonome (CENA) a tirées de l'organisation du premier tour du scrutin.

En effet, aux imperfections liées à l'ouverture tardive des bureaux de vote, à la non disponibilité du matériel électoral a succédé le déroulement dans de « bonnes conditions du deuxième tour du scrutin ». Ainsi, la CENA a su prendre ses responsabilités en ¦uvrant à réussir l'organisation du deuxième tour « dans le calme et la sérénité ». Seul grain de sable dans la machine, le taux de participation qui serait inférieur à celui du premier tour.

Selon les premières estimations, ce taux est inférieur à celui de 75% comme ce fut le cas au premier « round ». De cette élection présidentielle, l'heureux gagnant reste sans conteste le président sortant Mathieu Kérékou. Sa grandeur d'esprit, sa force de caractère, son courage de ne pas briguer un nouveau mandat, prouve s'il en était besoin, qu'il reste le premier démocrate du Bénin à 72 ans révolus.

Source : http://www.lefaso.net/article.php3?id_article=13134

 

 

De nombreux défis pour le futur élu


par Le Pays, Ouagadougou, 22 mars 2006.

Les Béninois attendent toujours de connaître le vainqueur du second tour de l'élection présidentielle du 5 mars 2006. Depuis la fin des opérations de vote, le dimanche dernier, la Commission électorale nationale autonome (CENA) s'active à centraliser les résultats.

Mais en attendant l'issue définitive du scrutin, l'on peut déjà tirer des enseignements relatifs notamment aux conditions du déroulement des deux tours, au comportement des acteurs politiques, et envisager les défis aucquels doit faire face le futur président. D'une manière générale, l'on note que les opérations électorales se sont bien déroulées, au 1er comme au 2e tour.

En tout cas, c'est l'avis de nombreux observateurs. Pourtant, les difficultés étaient au rendez-vous. En effet, de nombreuses incertitudes ont plané sur la tenue de l'élection. Se fondant sur les problèmes financiers de la CENA, nombreux sont ceux qui n'excluaient pas un report des échéances. Même en matière d'urnes, la commission électorale nationale béninoise n'en avait pas assez, à quelques jours du début des votes du premier tour. Cette pénurie d'urnes a été comblée, in extremis grâce à la solidarité de pays frères de la sous-région (Burkina, Mali). "Plus de peur que de mal", est - on aujourd'hui tenté de dire.

A part l'ouverture tardive des bureaux de vote lors du 1er tour et la tenue plus tôt que prévue du 2e tour (n'eût été le décret du président Kérékou, il devrait normalement se tenir ce mercredi), rien de grave pouvant entacher la régularité de l'élection n'a été relevé par les observateurs. Ailleurs, ces difficultés auraient donné lieu à toutes sortes de dérives et de manoeuvres frauduleuses. Le peuple béninois lui, a fait preuve de responsabilité en se comportant dignement lors de cette consultation, confirmant ainsi toute sa maturité politique.

Même le raccourcissement par décret présidentiel de la date du second tour du scrutin ne lui a pas fait perdre sa volonté d'alternance pacifique à la tête de l'Etat. Ce besoin de changement, les Béninois l'ont clairement exprimé lors du 1er tour en portant majoritairement leur choix sur le candidat Yayi Boni, le nouveau venu en politique.

Dans leur décision de soutenir au 2e tour l'ex- président de la BOAD , les faiseurs de roi que sont Bruno Amoussou et Lehady Soglo, arrivés respectivement 3e et 4e, n'ont certainement pas voulu courir le risque d'aller contre la volonté populaire. Même s'il est vrai aussi que ce genre de ralliement reste sous - tendu par d'autres motivations. Réunis avec d'autres présidentiables dans une large coalition de soutien à Boni dénommée "Alliance Wologuèdè", ils justifient en effet l'option de la carte - Boni par leur volonté de répondre aux attentes de changement de leurs concitoyens.

Bref, il faut dire que le Bénin, avec le soutien massif à Yayi Boni (un présidentiable sans parti), est en passe d'administrer une autre leçon de démocratie à plusieurs Etats du continent : l'importance de l'ouverture du jeu politique quand il est verrouillé et pris en otage par de vieux routiers parfois incapables de donner du sang neuf à la gestion des affaires de l'Etat. Les compétitions électorales ne sauraient être l'unique affaire des hommes et femmes issus des rangs des formations politiques, les candidatures indépendantes pouvant se révéler plus porteuses .

Si l'élection annoncée de Boni se confirme, cela constituerait un précédent non seulement pour la classe politique du pays , mais aussi pour celle des Etats africains qui hésitent encore à admettre les candidatures indépendantes dans les consultations électorales. Si cette avancée démocratique du Bénin peut s'expliquer par la vitalité des institutions du pays (à l'image de la CENA), il ne faut toutefois pas exclure l'action de certains acteurs politiques de premier plan, dont le président Kérékou.

Malgré ce que d'aucuns peuvent avoir à lui reprocher, le "Caméléon" a, d'une manière ou d'une autre, contribué au bon déroulement des opérations. Ceci étant, quelle sera la marge de manoeuvre de Yayi Boni, une fois élu ? Si le Bénin a des institutions qui fonctionnent bien, son économie se porte par contre mal. Sur ce point, Boni ne doit pas s'attendre à un état de grâce. Les Béninois attendent beaucoup du futur président pour améliorer leurs conditions de vie sans cesse dégradantes. Ce qui explique peut - être cette sorte de vote-sanction à l'encontre de ses adversaires du 1er tour. Dans cette mission délicate, l'expérience professionnelle peut être un atout pour Yayi Boni.

Mais il doit faire preuve de prudence. La gestion de l'Etat est fondamentalement différente de celle d'une banque, fût - elle régionale. En plus de ses compétences de banquier, il doit avoir un certain flair politique. Pour ce faire, il a intérêt à éviter de tomber dans le piège de ses alliés circonstanciels qui ne feront pas que tirer la corde dans son sens. Car, derrière leur volonté affichée d'oeuvrer à la satisfaction des aspirations du peuple béninois, peuvent se cacher des arrière-pensées égoïstes.
Source : http://www.lefaso.net/article.php3?id_article=13148

 

 

L'atmosphère dans les 2 états-majors


par Z. Dieudonné Zoungrana à Cotonou, Sidwaya, Ouagadougou, 22 mars 2006.

La vie a repris ses droits à Cotonou, après le second tour du scrutin présidentiel du 19 mars dernier. Les yeux des Béninois sont rivés sur la CENA qui promet de livrer les résultats provisoires au plus tard demain jeudi 23 mars. Les observateurs internationaux ont aussi donné de la voix sur le déroulement du vote.

Deux diplomates (usaméricains et français) qui sont allés déjà féliciter Boni Yayi. Mais quelle est l'atmosphère dans les 2 états-majors dans l'attente du grand soir ? Nous y avons fait un tour. Ambiance.

Satisfecit pour la mission d'observation de la CEDEAO, à l'issue de ce scrutin. Par la voix de son chef, Bitokotipou Yagninim, ces observateurs affirment qu'ils n'ont eu la confirmation de la tenue du scrutin que le 18 mars, la veille donc. Par conséquent, les représentants de la CEDEAO n'ont pu être sur toute l'étendue du territoire.

Seuls le Littoral (Cotonou), l'Ouemé (Porto-Novo) et l'Atlantique (Abomey-Calavi) ont reçu la visite de ces observateurs de la CEDEAO. La mission félicite Mathieu Kérékou et la CENA pour avoir organisé le vote dans des conditions acceptables, et invite "les deux candidats à beaucoup d'humilité et à accepter le verdict des urnes", a confié le porte-parole qui a rencontré la presse à l'hôtel Croix du Sud de Cotonou le 20 mars.

Même sentiment de la part de la Coordination des observateurs indépendants ; seul le GERDES-Afrique a dénoncé, dans un communiqué, des "errements... ainsi que les marchandages mercantiles des partis politiques, les nombreuses improvisations et la résignation commune à l'acceptation d'élections approximatives et sans campagne électorale effective et préalable".

Le lendemain du scrutin a été aussi marqué par la visite, au domicile de Boni Yayi, des ambassadeurs des USA et de France. Neil Wayne l'Américain et Christian Daziano le Français sont allés féliciter l'ex-président de la BOAD et surtout le futur locataire du palais de la Marina. Du reste, les USA ont fait savoir qu'ils se tiennent prêts à collaborer avec le prochain président.

Hadja Yassarath "pleure" Kérékou

Seule fausse note dans ce lendemain de vote, la sortie calamiteuse de Hadja Yassarath, la présidente d'une association de bienfaisance. Cette dame bien connue au Bénin n'a pas trouvé mieux à faire que de convoyer des centaines de personnes par cars depuis Porto-Novo jusqu'aux portes de la présidence du Bénin pour faire... un sit-in pour que le général Mathieu Kérékou reste à son poste.

Pour elle, il faut annuler les scrutins, car "le Caméléon a toujours les clés de la Marina en main et c'est à lui que doit revenir le dernier mot...". Le président Kérékou a envoyé son conseiller à la communication prendre acte des doléances de Mme Yassarath et de ses ouailles qui se sont dispersés rapidement.

Mais quelle est l'atmosphère dans les Q.G. des deux challengers de ce second tour ?

Le siège national du docteur Yayi Thomas Boni, situé au quartier Batido, est une grande villa à un niveau. Devant la demeure, on peut lire, sur une grande pancarte : "Siège national du Dr Yayi Boni. Ça va changer".

A l'intérieur grouille du monde. Dès l'entrée, une dame vous propose des pins à l'effigie de celui qui est donné vainqueur à ce vote. "C'est à porter le jour de l'investiture", dit-elle en vous tendant l'objet qui coûte 1 000 CFA l'unité.

Les murs sont tapissés de posters estampillés Boni Yayi, ainsi que des 12 commandements de la vie électorale signés par les 26 candidats à la présidentielle et les membres du cadre de concertation pour la gouvernance politique. En fait, une charte de bonne conduite avant, pendant et après le scrutin.

On spécule, çà et là, sur le scénario de l'investiture, si ce n'est sur la lenteur de la CENA qui, "avec 26 candidats, a pris 72 heures pour publier les résultats, donc avec 2 candidats, ça doit aller rapidement". Ici foi des Yayistes, les tendances donnant Boni Yayi vainqueur sont le reflet de l'envergure et des espoirs qu'incarne l'enfant de Tchaourou. Quid du climat au siège national du Parti du renouveau démocratique (PRD) de Me Adrien Houngbedji ?

C'est un Q.G. situé au 2e étage d'un immense du quartier Joncquet. Dans le saint des saints de la campagne du PRD, on fustige d'abord le comportement des observateurs internationaux, "frappés souvent de cécité", et "n'observant rien du tout".

On cite l'exemple de la présidentielle du 24 avril 2005 à Lomé où les observateurs se sont, encore une fois, disqualifiés en donnant un blanc-seing à ce scrutin.

"Des observateurs sont venus pour rencontrer notre champion, Adrien Houngbedji, qui a refusé, en leur disant : j'aurai besoin de vous plus tard", a déclaré Ahmed Gourou, un collaborateur d'Houngbedji. De même on n'est pas tendre envers tous les ralliés à Yayi Boni, qui "ont accepté de s'aligner derrière un outsider...

Car il savait qu'Houngbedji incarnait la ligne de la rigueur...", renchérit Romain Kiki, un autre Houngbedjiste. On avance même le chiffre de 7 milliards dont Yayi Boni aurait arrosé son électorat pour provoquer ce qu'il est convenu d'appeler un séisme politique au Bénin.

"Vous savez que Kérékou a limogé, le 8 mars, le DG de la Radio télé du Bénin (Fidèle Aikué) ainsi que le SG Julien Apakaki, car ils ont basculé dans le camp Yayi et ont refusé de diffuser un reportage montrant des gens en train de corrompre des réfugiés togolais pour voter Yayi... l'attelage Yayi-Wologodè ne tiendra pas longtemps", ajoute un autre du PRD. L'avenir nous le dira.
Source : http://www.lefaso.net/

 

Présidentielle : Vers un plébiscite de Yayi, colère chez Houngbédji


par Z. Dieudonné Zoungrana à Cotonou, L'Observateur, Ouagadougou, 21 mars 2006.

En attendant les résultats provisoires de la CENA concernant le second tour de la présidentielle béninoise, les grandes tendances donnent entre 65 et 70% des suffrages à l'ex-banquier Yayi Boni contre 30 à 35% à l'avocat Adrien Houngbédji. Le taux de participation est estimé à environ 65%.

Un scrutin qui s'est déroulé, dans l'ensemble, dans le calme, excepté Porto-Novo où des échauffourées auraient causé la mort d'une personne. Sauf tremblement de terre donc, l'ex-patron de la BOAD s'installera, le 7 avril prochain, à la Présidence, tandis que son malheureux challenger se muera en opposant. Ce dernier n'a pas manqué de condamner ceux qui ont rallié Yayi.

Ironie de la politique, celui qui a brigué la présidence du Bénin sans parti politique se retrouve, au lendemain du second tour, avec une kyrielle de formations politiques chevillées au corps.

Après donc le ralliement des alevins, tels Lazare Sehoueto de Force clé et Sévérin Adjovi du Rassemblement des libéraux-démocrates (RDL), le 15 mars dernier, voici que, tard dans la nuit du 17 au 18 mars, de gros poissons, au regard de leurs scores au premier tour, font chorus derrière Boni Yayi. Il s'agit principalement de l'alliance "Wologuèdè". Ce groupe est formé de trois (3) partis, qui sont : "L'Alliance Bénin nouveau",

"La Renaissance du Bénin" (R.B.) de Lehady Soglo, et le Mouvement africain pour la démocratie et le progrès (MADEP) de Antoine Idji Kolawolé. L'Alliance Wologuèdè, à elle seule, totalise 30% des voix, ce qui va peser lourd dans la balance de ce second tour. En tout cas, ces ralliés expliquent leur geste par leur volonté de suivre le changement voulu par le peuple béninois. Le porte-parole de ces mouvanciers, Bruno Amoussou, a déclaré : "Le groupe a reçu tour à tour les deux candidats.

Il a examiné leurs visions, leurs programmes politiques et leur aptitude à prendre en compte les aspirations profondes du peuple béninois pour un réel changement, ainsi que leur capacité à respecter effectivement les engagements pris.

A l'issue de cet exercice et après avoir recueilli les avis exprimés par nos différentes bases, et décrypté les sentiments profonds qui animent notre peuple en ce moment, notre groupe a décidé, en toute connaissance de cause et en toute responsabilité, de porter notre choix sur le candidat Boni Yayi".

Une justification que ne partage pas le challenger du probable vainqueur, Me Adrien Houngbédji, qui, avec un verbe acéré, s'est insurgé contre "les mangeurs". Ainsi a-t-il affirmé dans son fief, à Porto-Novo, au sortir du bureau de votre : "Il paraît que la nuit a été longue, plus longue encore que la nuit du 4 au 6 mars dans les proportions afférentes.

C'est dommage pour la démocratie, car moi je n'ai pas voulu acheter de soutien à coût de milliards... car il faut les rembourser après et on rembourse toujours sur le dos du peuple, avec l'argent du peuple, d'une manière ou d'une autre...

Ce que je constate, c'est que de l'autre côté, ils se sont alignés eux tous qui ont contribué pendant dix ans à ruiner le pays. Ce sont eux qui sont là-bas pour faire le changement.

Alors qui va changer qui ? Qui a changé quoi ?

si eux tous ont contribué à ruiner le pays. Est-ce que vous avez jamais appris quelque part que moi, j'ai volé ou j'ai détourné un centime du pays ?". On l'aura compris, le plus que probable perdant aurait voulu dire que Boni Yayi a acheté son électorat à coup de milliards, qu'il ne s'y serait pas pris autrement.

De même, il fustige ceux qui ont rejoint son concurrent, qui sont tous des "has been" et qui auraient trempé pendant dix ans les moustaches dans des affaires louches. Lui, Adrien Houngbédji, est au contraire, comme la femme de César, au-dessus de tout soupçon !

Une sortie qui, naturellement, a été appréciée modérément par les uns et les autres.

Pour les adversaires du patron du Parti du Renouveau démocratique (PRD), l'esseulement d'Adrien Houngbédji s'explique. Pour eux, en quinze ans de vie politique, l'homme a été tellement versatile que toutes les tentatives pour le saisir dans une logique univoque ont échoué. Tantôt mouvancier, tantôt opposant, le patron des "technocrates" a récolté ce qu'il a semé.

Cependant, on susurre que Boni Yayi a promis gros pour susciter cet ersatz, notamment 10 ministères (sur une vingtaine que va compter son gouvernement) au front "Wologuèdè", 50% des directions générales des grandes sociétés, sans oublier les postes de commandement au niveau de l'armée et de la police.

Une offre qui, à l'évidence, a payé, même si des partisans de Yayi murmurent également que les promesses électorales n'engagent que ceux qui y croient. En tout cas, ce vote plébiscite de Yayi Boni sonne comme un chant du cygne pour la vieille classe politique, en même temps que comme l'affirmation d'un besoin : celui d'un nouveau paradygme dans la gestion de l'Etat.

Source : http://www.lefaso.net/article.php3?id_article=13115

 

Élection présidentielle : l’ambiance hier à Cotonou


par Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana , L’Observateur Paalga, Ouagadougou, 20 mars 2006.

Les 3 917 865 personnes que constitue le corps électoral béninois se sont rendus hier aux urnes pour le second tour de la présidentielle. Les bureaux de vote se sont ouverts de 7h à 16h (soit 6h à 15h GMT) avec quelques retards constatés ici et là.

Les deux candidats qui se disputent la location du palais de la Marina, à savoir Boni Yayi et Adrien Houngbédji, restent sereins, avec un tout petit dépit pour le second, compréhensible du reste, les autres challengers du 1er tour s’étant ralliés au premier.

"Vous savez que le président Mathieu Kérékou a, par décret, convoqué le corps électoral pour le 19 mars .... nous sommes donc obligés d’organiser le vote ce jour... nous avons le dos au mur...", propos du président de la CENA, Sylvain Nouwatin, au J.T. de 22h, le samedi 18 mars. Réponse du berger à la bergère ? En tout cas, le lendemain, hier donc, après avoir voté vers 8h en compagnie de son épouse, Marguerite Kérékou, le chef de l’Etat sortant (sorti ?) s’est fendu d’une réponse sur le maintien de la date du 19 mars, alors que la Cour constitutionnelle, sur demande de la CENA, avait demandé de reporter le vote au 22 mars.

Le Caméléon a déclaré donc : "Si la CENA avait insisté pour tenir le scrutin le 22 mars, on serait dans une impasse constitutionnelle... J’invite les Béninois à sortir massivement pour voter... ils ne votent pas pour de l’argent... car personne ne voudrait que l’histoire retienne que les Béninois ont vendu le Bénin pour de l’argent...". N’empêche, les débats sur le fait que Kérékou a foulé aux pieds l’article 114 de la Constitution (qui dispose que la Cour constitutionnelle est la haute juridiction de l’Etat en matière constitutionnelle) alimentent la polémique.

En tout cas, au siège de la CENA, situé au quartier Ganhi, où nous nous sommes rendu sur le coup de 10 heures GMT, c’était l’effervescence, comme en de pareils cas. Fortuitement, nous sommes tombé sur le patron des lieux, qui revenait de sa tournée dans les bureaux de vote. C’est un Sylvain Nouwatin, téléphone portable collé à l’oreille, donnant des instructions par-ci par-là, qui nous a accordé, "debout" comme on dit, quelques renseignements, que nous compléterons avec le président de la Commission Communication, Méré Aimé Touré.

Selon la structure chargée de cette présidentielle, on a pu parer au plus pressé. Dans les bureaux de vote, il y a l’essentiel du matériel pour que tout se déroule dans les règles de l’art. Les bulletins de vote de ce second tour, confectionnés au pas de charge, les feuilles de dépouillement, les enveloppes ainsi que l’encre indélébile, ont été acheminés dans le Bénin profond par des véhicules légers. En ce qui concerne les grandes villes comme Cotonou, Porto-Novo, tout a été apprêté. Néanmoins, dans certaines localités, les bureaux de vote se sont ouverts avec quelquefois une heure de retard.

A Cotonou, nous avons fait la ronde de quelques bureaux de vote. Premier constat : la plupart ont ouvert à 7h, exceptés certains, dont le retard n’a pas excédé 30 mn. "C’est une prouesse, commente un président de bureau, car au premier tour, le 5 mars dernier, presque tous les bureaux ont ouvert vers 10h". Ainsi, au bureau de vote n°1 situé à l’école primaire publique de Placodji B, on a commencé à voter à 7h 28 ; au bureau de vote 20HEE, sis à l’école primaire publique René Pleven, l’élection a débuté à 7h 12 ; tandis que c’est à 7h pile que l’opération a commencé aux bureaux de vote n°1 (poste 2) et n°1 (poste 1) de l’école primaire publique Fifatin.

Qui remportera cette ultime manche et remplacera Kérékou pour un bail de 5 ans ? Comme mentionné plus haut, tous les candidats, en tout cas ceux qui ont fait un score important, ont rejoint l’ex-patron de la BOAD avec armes et bagages, multipliant de ce fait les chances de ce dernier d’accéder à la magistrature suprême.

Si donc les militants de ces "faiseurs de roi", (_expression très prisée à Cotonou), suivent la consigne donnée dans la nuit du vendredi au samedi par leurs leaders lors d’une conférence de presse, alors Boni Yayi sera le prochain président des Béninois. Exit donc le scénario libérien ayant opposé George Weah à Ellen Sirleaf ? Vraisemblablement oui ! Perspective qui doit faire monter la moutarde au nez à Me Adrien Houngbedji, qui voit s’éloigner ce rêve (demain président) qui était pourtant si près.

Au moment où nous traçons ces lignes, les bureaux de vote sont fermés, sauf ceux ouverts en retard. Il reste maintenant à centraliser ces résultats selon le processus suivant : les bureaux de vote envoient leurs résultats aux Commissions électorales des arrondissements (CEA) qui les acheminent à leur tour vers les Commissions électorales communales (CEC), d’où ils prendront la direction des Commissions électorales des départements (CED), pour parvenir enfin devant la CENA. Tous ces résultats seront acheminés dans des cantines, contrairement aux scrutins passés, dont les résultats étaient envoyés par fax. Selon certaines indiscrétions, les résultats sont attendus aujourd’hui lundi 20 mars 2006.
Source : http://www.lefaso.net/article.php3?id_article=13071

 

Second tour au forceps


par Observateur Paalga, 20 mars 2006.

"Il ne sera jamais dit que le Bénin a organisé l’élection présidentielle dans les ténèbres" ; ainsi vociférait Mathieu Kérékou à la sortie de l’isoloir, le dimanche 5 mars 2005, après avoir décrié le manque de transparence et les fraudes qui auraient émaillé l’organisation du scrutin ; mais visiblement, il était écrit que l’élection se déroulerait dans le bordel et un cafouillis indescriptible.

La faute, en grande partie, incombe au président sortant qui, comme pour confirmer son sobriquet de caméléon, aura constamment changé de couleur et brouillé les cartes. On en était encore à se demander quelle mouche, au besoin, a bien pu piquer le général, qui promettait de compter les voix pendant trois à quatre mois "comme aux Etats-Unis", lorsqu’il fit de nouveau parler de lui sitôt les résultats définitifs du premier tour proclamés par la Cour constitutionnelle.

Pour des raisons organisationnelles évidentes, beaucoup de gens, à commencer sans doute par les deux finalistes, pensaient en effet que le duel au sommet aurait lieu au moins une dizaine de jours après le verdict de la haute juridiction. Mais le toujours maître de Cotonou en a décidé autrement. Ainsi, à l’issue d’un Conseil extraordinaire des ministres, il a convoqué le corps électoral, à la surprise général, pour le dimanche 19 mars.

Nous étions le jeudi 16. Le lendemain pourtant, la Cour constitutionnelle autorisait le gouvernement à convoquer les électeurs pour le 22 mars, afin d’accorder à la Commission électorale nationale autonome (CENA) plus de temps pour bien faire les choses, et aux candidats, de disposer de quelques jours de campagne.

Tout portait donc à croire que c’est cette date qui serait finalement retenue quand, dans cette pitoyable cacophonie entre le premier magistrat du pays et les grands juges, le premier passa outre l’avis des seconds et resta sur sa chaise de fer. Le samedi 18, soit 24 heures avant, c’était décidé : on ira voter le lendemain. Incroyables péripéties d’un vaudeville électoral dont le vieux metteur en scène semble éprouver quelques difficultés à quitter les planches, et qui a obligé les organisateurs à mettre les bouchées doubles pour acheminer le matériel électoral dans les endroits les plus reculés du territoire et à passer en boucle des informations à la télévision pour rattraper ce qui pouvait encore l’être.

Quant aux deux challengers, ils n’ont bien sûr pas eu droit à une quelconque campagne, pourtant bien utile dans l’entre-deux-tours, et les marchandages politiques auxquels donne lieu cette période ont dû être conclus à la hâte. Pour le peaufinage, on repassera. Que de précipitation ! Que de précipitation ! Il est vrai que le mandat du président sortant expire le 6 avril et qu’il tient à passer la main dans les délais constitutionnels, mais cela ne saurait être une excuse absolutoire.

C’est donc dans ces conditions que les 4 millions d’électeurs ont décidé, hier, qui de Yayi Boni et d’Adrien Houngbédji allait présider, les 5 prochaines années, aux destinées de ce qui était jadis le quartier latin de l’Afrique occidentale française. Pour mémoire, ils sont arrivés respectivement premier et deuxième avec 35,6% et 24,1% des suffrages.

Pour de nombreux observateurs et les différents analystes, cette arrivée surprise de l’ancien président de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), candidat indépendant et nouveau venu sur l’échiquier politique où il est pratiquement vierge, traduit, à l’évidence, le besoin de changement de ses compatriotes et un désavœu cinglant de la classe politique traditionnelle qui, non contente de ne pas apporter de réponses conséquentes à leurs préoccupations, s’enlise dans la luxure.

Reste à savoir s’il transformera l’essai du 5 mars, à l’image d’un Nicéphore Soglo qui, au début du processus démocratique, était descendu de la galaxie de la haute finance internationale pour mettre Kérékou en réserve de la République ; ou si on assistera à un scénario à la libérienne, où la professionnelle de la politique, Ellen Johnson-Sirleaf, avait, in fine, eu raison de la virginité d’un Georges Weah, renvoyé à ses chères études politiques.

Mathématiquement, la balance devrait pencher en faveur du banquier de 54 ans puisque les deux principaux faiseurs de roi, Bruno Amoussou et Léhady Soglo, arrivés 3e et 4e avec 17% et 8% des voix, roulent pour lui et ont appelé leurs militants à le voter. Mais, c’est bien connu, en bonne démocratie, les consignes de vote ne sont pas toujours respectées à la lettre et le report des voix n’est pas mécanique. Rien n’est de ce fait totalement acquis et si tout se passe bien, on devrait apercevoir, dans les 48 prochaines heures, les premiers traits du futur chef de l’Etat béninois.

En attendant, on ne peut que regretter les récents égarements de Kérékou, qui aura un peu raté sa sortie avec ses déclarations tonitruantes et ses décisions à l’emporte-pièce, alors que, marxiste-léniniste pur et dur reconverti à l’économie de marché et à la démocratie pluraliste, il devait quitter la scène par la grande porte après avoir totalisé 28 années à la tête du pays. Lui qui avait d’abord laissé planer le doute sur son départ avant de trancher dans le vif - ce qui est tout à son honneur - semble, maintenant que la fin est vraiment prochaine et certaine, éprouver quelques regrets, comme si le caméléon avait quelque difficulté à quitter la branche à laquelle il est agrippé depuis trois bonnes décennies.
Source : http://www.lefaso.net/article.php3?id_article=13072

 

 
 


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