quibla.net

   
 

Afrique, continent martyr

Pateras et Cayucos « made in France » ou les graves responsabilités françaises dans l'immigration de masse

Par Survie, 28 septembre 2006


-Maman, où est-ce qu’on va quand on meurt ?
- Ça dépend des courants, mon fils

Selon un sondage du 4 septembre dernier, l'immigration d’origine subsaharienne est devenue la première préoccupation des Espagnols, obligeant le gouvernement à prendre des mesures notamment diplomatiques avec les pays d’origine de ces migrants.

L'association Survie, qui milite en France pour une réforme de la politique de la France en Afrique, invite les Espagnols à chercher et à comprendre les causes, dans l’histoire des pays d’Afrique du Nord et d’Afrique subsaharienne, qui amènent ces personnes à quitter leurs pays d’origine.

Survie précise que les migrants qui échouent sur les côtes espagnoles fuient pour la plupart des régimes illégitimes et dictatoriaux ou la crise économique que connaissent leurs pays, résultat de politiques économiques axées sur la privatisation massive des services de base dans lesquelles les pays industrialisés ont une forte responsabilité (notamment à travers les Plans d’ajustement structurels).

Elle rappelle aussi que ces régimes sont intimement liés à la France depuis les indépendances des années 1960, permettant aux entreprises françaises de s’emparer de marchés considérables qui échappent aux entrepreneurs locaux, nuisant ainsi au développement du continent africain.

Alors que le gouvernement espagnol débloque un fond de 650 millions d'euros, son offensive diplomatique sans précédent ne tient pas compte que la France, à l’inverse, contribue activement à soutenir ces régimes claniques et violents (assistance militaire au Tchad en mai 2006, soutien au coup d'état constitutionnel et aux élections truquées au Togo en mai 2005), pour préserver, dans ses anciennes colonies, son influence géopolitique et ses intérêts économiques.
La France porte ainsi de lourdes responsabilités dans le maintien de la misère et dans le flux de migrants économiques et de réfugiés politiques qui en est la conséquence et qui frappe aujourd’hui l’Espagne et l’Europe en général.

Survie demande donc aux autorités espagnoles de faire preuve de fermeté à l'égard de leur partenaire français concernant les questions d'immigration. Si M. Rodriguez Zapatero entend, comme il l’a déclaré, lutter contre l'immigration clandestine en aidant les pays du Sud à se développer, il doit faire pression sur son voisin du nord afin que celui-ci mette en place, avec lui, une politique envers l’Afrique respectueusement des aspirations démocratiques et économiques des peuples africains.

Il est d’autant plus surprenant que Madrid ne tienne pas compte de ces faits que la France se défausse sur la politique de M. Zapatero et explique que "l'actuel afflux massif de clandestins subsahariens aux Canaries est dû à l'appel d'air provoqué par leur régularisation massive effectuée en 2005 par Madrid" (Nicolas Sarkozy, ministre français de l'Intérieur; Bruxelles, 8/09/2006).
Source : Survie

 

Ceuta et Melilla, un an après


Par Aminata Traoré


Préface au livre « Guerre aux migrants, Le livre noir de Ceuta et Melilla », Migreurop 2006 http://www.migreurop.org/IMG/pdf/livrenoir-ceuta.pdf
L’Europe qui vante les bienfaits de l’ouverture de toutes les frontières et qui s’immisce, sur cette base, dans chaque aspect de l’existence des peuples qu’elle domine, se barricade. Elle développe une conception de sa sécurité qui l’amène à externaliser ses frontières et à faire de la lutte contre l’immigration dite clandestine l’une des composantes de sa politique étrangère, dont la coopération avec l’Afrique. Cette réalité ouvre une nouvelle page, tragique, de l’histoire de ce continent pillé et meurtri dont les peuples croyaient révolues les pratiques de la traite négrière : chasse à l’homme, menottes (en remplacement des chaînes), coups et blessures, camps d’internement.
Les évènements dramatiques de Ceuta et Melilla et l’insupportable scénario des noyades de centaines de jeunes d’Afrique au large des côtes mauritaniennes, après le verrouillage de l’axe Maroc-Espagne, sont autant de faits qui mettent à nu non pas la pauvreté de l’Afrique et les conflits qui la déchirent, mais la poursuite du pillage qui l’appauvrit en sécrétant la peur et la haine dans les cœurs. L’ampleur actuelle des départs n’est que l’expression de l’aggravation de ce processus, à l’heure du libéralisme mondialisé.
Mais les causes historiques et macro-économiques du déracinement et de l’errance des milliers d’Africains, dans l’ensemble jeunes, continuent d’être occultées pour mieux justifier des réponses toutes faites – aide publique au développement, lutte contre la pauvreté, bonne gouvernance – qui sont conformes aux vues et aux intérêts des puissances occidentales riches et industrialisées.
Par leurs sacrifices, les jeunes qui partent et endurent les pires souffrances, quand ils ne meurent pas, interpellent plus que jamais l’Europe et l’Afrique. Ils auraient pu se battre autrement, chez eux, avec la même détermination, la même énergie s’ils avaient eu la chance, à l’instar de ceux de leur âge en Europe, de jouir d’une lecture plus complète de l’état de leurs pays d’origine et de la nature des rapports de force qui président aux politiques économiques.
L’immense service que l’Europe peut rendre à l’Afrique, qui a les « veines ouvertes », n’a strictement rien à voir avec l’augmentation d’une aide au développement dont elle dépensera elle-même une partie en consacrant l’autre à la corruption politique et idéologique des dirigeants africains. L’issue la plus honorable à l’impasse actuelle est dans un examen rigoureux de la relation entre accords de coopération, paupérisation et départs massifs des paysans, des pêcheurs, des artisans, des petits commerçants, des femmes etc. La même rigueur s’impose dans l’analyse de la relation entre ouverture économique au forceps, paupérisation et conflits armés. Ceux qui sont contraints à l’exil sont tantôt des demandeurs d’emploi, tantôt des demandeurs d’asile. Ces deux catégories de désespérés partagent le même sort, précisément parce que la mondialisation néolibérale est une guerre permanente contre les non possédants et les dépossédés. Avant d’envisager l’émigration, ils se sont souvent engagés dans la lutte pour des démocraties que l’Europe elle-même et les autres puissances mondiales réduisent à des élections bien organisées, en entravant l’information et le débat de fond sur la mainmise des grandes entreprises sur les richesses des pays d’origine.
Hommage aux associations des pays de transit et d’accueil qui ont largement contribué à lever le voile sur le sort des déshérités qui ne vont pas en Europe mais à la rencontre des Européens.

• Aminata Traoré, écrivaine, ancienne ministre malienne de la Culture, a lancé au mois de novembre 2005, en réaction aux événements de Ceuta et Melilla, l’initiative « Caravane de la dignité contre les barbelés de l’injustice et de l’indifférence », qui a débuté avec l’accueil, à l’aéroport de Bamako, des émigrés expulsés du Maroc et s’est prolongée par une tournée en Espagne, en Italie, en France, en Belgique et auprès de l’Union européenne. Elle dirige le Forum pour l’autre Mali, qui organise du 29 septembre au 7 octobre 2006 à Bamako des journées de commémoration des événements de Ceuta et Melilla.

 

06/09/06 – Rentrée françafricaine à l’Élysée



Par Survie, 4 septembre 2006
Précédant le "président" togolais Faure Gnassingbé, Idriss Déby, l’usurpateur du pouvoir tchadien, est reçu par le président de la République.


C’est un véritable défi au Droit des nations que Jacques Chirac lance en ce début de septembre. Le mercredi 7 septembre il reçoit en « visite officielle » le dictateur Faure Gnassingbé, qui s’est emparé en avril 2005 du pouvoir au Togo, dans la fraude et dans le sang de ses compatriotes.
Mais auparavant, le lundi 4 septembre, le président français reçoit, en « visite de travail », le dictateur Idriss Déby, qui vient d’être reconduit à la tête du Tchad, à coup de réforme constitutionnelle et de mascarade électorale, et avec l’appui vigilant de l’armée française.

Ces potentats représentent ce qu’il y a de plus scandaleusement criminel dans les pouvoirs africains qui bénéficient de l’appui de l’ex-puissance coloniale française. Idriss Déby, après avoir exercé comme bourreau au service de Hissène Habré, actuellement poursuivi pour crimes contre l’humanité, a renversé ce dernier et a tourmenté pour son propre compte les Tchadiens, au prix de dizaines de milliers de morts.
Idriss Déby refuse le dialogue qu’exigent la société civile tchadienne et les partis politiques de l’opposition avec la participation des groupes politico-militaires engagés sur le terrain. Quoiqu’ayant admis que les dispositifs électoraux devaient être réformés, Déby refuse également leur exigence qu’une élection présidentielle incontestable soit organisée à la suite d’un tel dialogue. Il n’y a pourtant pas d’autre voie vers la paix que les Tchadiens appellent de leurs vœux. C’est l’espoir qui est porté par le Comité de suivi de l’appel à la paix et à la réconciliation nationale au Tchad (CSAPR) auquel nous exprimons notre soutien.

C’est avec Idriss Déby cependant que, dans ce que le ministère des Affaires étrangères vient de nommer « le cadre rénové de notre coopération bilatérale avec ce pays », le Président et les principaux ministres de la République française vont discuter de l’avenir du Tchad - et de la région. Entendons-nous bien : il ne s’agit pas de l’avenir des Tchadiens, dont la volonté n’est pas prise en compte, mais de celui des affaires au Tchad – et au delà.

Ces Présidents, tout comme Paul Biya du Cameroun, en juillet, comme Omar Bongo du Gabon, en août, viennent en commis-voyageurs de la mise à l’encan des ressources africaines convoitées par les grandes puissances. Ils vendent, au profit d’eux-mêmes et de leur entourage, le sang et la vie de leurs frères, répondant à la demande insatiable des pays riches. La politique africaine de la France a rarement étalé plus impudemment son cynisme.

En ce qui concerne Idriss Déby, le pouvoir français l’a maintenu au pouvoir, puis l’a incité à un prétendu « dialogue » avec une « opposition » fantomatique, dont les vrais opposants sont exclus. Pourquoi cette démarche retorse ? Qu’est-ce qu’il y a à craindre d’une véritable élection ? Qui peut être dupe d’un tel déguisement ? Autant de questions qu’il faut poser. Il s’agit en fait de préserver les intérêts de la classe politico-affairiste, quitte à piétiner ceux des peuples africains. Il faut faire cesser cet état de choses, sinon nous porterons tous la responsabilité de l’enfer que vivent les populations africaines, spoliées de leurs ressources et de leurs droits.

Nous pensons que le plus élémentaire respect des droits de l’homme exige que soit déclaré persona non grata dans notre pays tout dictateur arrivé et maintenu au pouvoir par la violence faite aux populations et par la fraude électorale. Nos dirigeants déshonorent notre pays en passant outre à cette exigence, faisant passer leurs discours sur les droits humains pour une bouffonnerie.

31/07/06 - « Vous m'aviez promis » : Le nouvel album du rappeur sénégalais Didier Awadi encourage les jeunes à ne pas immigrer


Le chanteur sénégalais DJ AWADI, très engagé, dénonce à travers un duo avec le chanteur KIRIKOU à travers sa nouvelle production la détresse des clandestins africains confrontés aux problèmes de survie dans leurs pays respectifs et qui risquent leur vie pour arriver en Occident.
Depuis le début de l'année, de jeunes Africains débarquent par milliers sur les côtes de l'archipel espagnol, qui peine à les accueillir. Une arrivée mal vécue par la population.
Sur la route des Iles Canaries, 1500 clandestins sont morts noyés.
C'est un secret de polichinelle : de plus en plus de Sénégalais perdent la vie en voulant rejoindre l'Europe par les Iles Canaries. Mais ce que l'on ne sait pas, par contre, c'est le nombre de nos compatriotes morts noyés dans les eaux de la Méditerranée. Pour la Croix-rouge espagnole, depuis le début de l'année 2006, les eaux atlantiques qui séparent la côte ouest-africaine des Canaries, ont englouti plus de 1 500 jeunes subsahariens.
Combien de jeunes Sénégalais ont péri en mer en voulant se rendre en Europe? Mystère ! Car, jusqu'à présent, aucun chiffre officiel n'est disponible sur ce sujet. Aucun chiffre, aucune statistique n'étant disponible, les témoignages restent l'unique source d'information pour avoir une idée sur l'ampleur de ce drame des temps modernes', croit savoir Ibrahima Mbaye, le chargé des affaires sociales et culturelles de l'Association des Sénégalais de Fuerteventura. De ses explications, il ressort que souvent, ce sont les rescapés qui les renseignent sur la disparition de certains de leurs compagnons de traversée. Mais là où le bât blesse, c'est que les rescapés mettent toujours du temps avant de parler', se désole Ibrahima Mbaye . Et d'ajouter : C'est à croire qu'une fois sauvés par les garde-côtes espagnols, les jeunes Sénégalais candidats à l'émigration par la Méditerranée perdent la mémoire ou deviennent comme par enchantement aphones'. En tout cas, ils n'accepteront de verser dans les confidences qu'une fois la demande d'asile acceptée.
En attendant, ils sont plus de 1 500 Subsahariens à laisser leur vie dans les eaux atlantiques depuis le début de l'année 2006, selon la Croix rouge espagnole. Des morts parmi lesquels il y a bien sûr des Sénégalais, mais qu'on aura du mal à identifier car, avant d'embarquer dans les pirogues lothios, les passagers de nationalité sénégalaise sont obligés de déchirer leurs passeports et autres documents d'identification. Et pour cause : Ceux qui sortiront indemnes de la traversée, devront solliciter l'asile politique et comme le Sénégal ne figure pas sur la liste des pays éligibles, ses ressortissants ne peuvent pas bénéficier du statut de réfugié politique en Espagne. Alors, nos compatriotes déchirent leurs papiers et se prévalent d'une autre nationalité', explique une autorité consulaire.
Les candidats sénégalais à la traversée des côtes canariennes sont ainsi des anonymes que la mer peut engloutir sans que personne ne soit au courant. Sauf peut-être des compagnons d'infortune ou leur famille. Des familles qui ne sont pas souvent au courant des intentions de leur progéniture. Récemment, une famille restée sans nouvelle de leur fils pendant une longue période, nous a envoyé une photo de celui-ci. Et grâce à l'aide des autorités canariennes, nous avons pu identifier le corps du jeune homme, avant de procéder à son rapatriement', confie Alassane Cissé, Consul général du Sénégal à Madrid pour qui, il est très difficile d'avoir une idée exacte sur le nombre de jeunes sénégalais morts noyés. S'y ajoute que les corps qui échouent souvent sur les plages canariennes sont la plupart du temps dans un état de putréfact ion très avancé. Quoi qu'il en soit, ils sont de plus en plus nombreux à payer de leur vie leur désir d'évasion. Pour combien de temps encore ?

Refrain
Toutes vos belles paroles
Toutes vos belles promesses
On les attend toujours

AWADI :
Vous m'aviez promis que j'aurais du boulot
Vous m'aviez promis que je n'aurais plus jamais faim
Vous m'aviez promis de vraies occupations et un avenir
En vérité jusqu'ici je ne vois toujours rien
Voilà pourquoi j'ai décidé de fuir, voilà pourquoi je me casse en pirogue
Je le jure ! Je ne peux rester ici une seconde de plus.
Mieux vaut mourir que de vivre dans de telles conditions, dans cet enfer
Advienne que pourra
Je préfère encore mourir
Les journalistes politiques sont en prison ou à la DIC (Division Investigations Criminelles)
Les Opposants politiques sont en prison ou à la DIC.
Trop de sociétés sont en faillite
ICS, SONACOS sombrent toutes dans la faillite
Tous les jours vos scandales inondent nos radios
Le Vieux, son fils spirituel, le fils du Vieux
C'est devenu grave ce qui se passe au Sénégal
Les voleurs et les criminels sont libres ou relâchés et on trouve ça légal.

Refrain
Toutes vos belles paroles
Toutes vos belles promesses
On les attend toujours

KIRIKOU :
Qu'est devenu le travail que vous nous aviez promis ?
On ne voit toujours rien !
On attend depuis !
N'est ce pas vous qui aviez promis de nous sortir de la misère ?
En vérité tous les jours elle empire.
Tout ce chahut,
Ce n'est pas du tout ce que nous espérions
Si tout marchait bien , on ne s'embarquerait pas dans ces pirogues.
Tout ce chahut,
Ce n'est pas ce que nous espérions
Nos pirogues coulent et c'est nos gosses qui y laissent leur vie .

Refrain
Toutes vos belles paroles
Toutes vos belles promesses
On les attend toujours

AWADI :
Tu nous proposes ton U niversité du futur,
Mais nous on s'inquiète pour celle d'aujourd'hui
Les jeunes vivent dans l'inquiétude .
Coupures de courant à outrance à la SENELEC (électricité)
Résultat ? Personne ne peut bosser !
Pour l'eau , c'est pareil, ils passent leur temps à nous la couper
Et malgré tous ces désagréments ils te coupent le service si tu ne payes pas ta facture .
Ce n'est pas qu'on fasse de la politique ou qu'on veuille vous acculer
Mais ceci n'est que le triste récit de la réalité.
Nous acceptons certes vos réalisations et grands projets : routes, électrifications et ponts
Mais malheureusement l'homme ne se nourrit pas de goudron
Ce n'est point une gloire pour un menuisier de fabriquer une table, il a été payé pour, Il fait son job c'est tout
Un leader ne devrait pas crier victoire à chaque route construite.
Le peuple a voté et lui a donné un mandat et un budget pour.
Dieu ne se rend pas aux urnes , c'est le peuple qui vote !
Quand on est élu, soit on bosse soit on passe la main

Refrain
Toutes vos belles paroles
Toutes vos belles promesses
On les attend toujours
Source : http://www.studiosankara.com/sunugaal.html [cliquez sur ce lien pour regarder le clip sur les clandestins]