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Afrique, continent martyr

07/07/06 - "Migration et développement" Conférence ministérielle euro-africaine à Rabat, 10-11 juillet 2006


Pour connaître les objectifs et les participants à cette conférence, cliquer sur http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/europe_828/union-europeenne-monde_13399/politique-migratoire_14603/migration-developpement-rabat-10-11.07.06_38190.html

07/07/06 - Manifeste non gouvernemental euro-africain sur les migrations, les droits fondamentaux et la liberté de circulation


Adopté le 1er juillet 2006 à Rabat
Nous, acteurs des sociétés civiles d'Afrique subsaharienne, d'Afrique du Nord et d'Europe, réunis en Conférence non gouvernementale euro-africaine les 30 juin et 1er juillet 2006 à Rabat, indignés par la guerre aux migrants qui s'amplifie d'année en année le long des côtes méditerranéennes et atlantiques, refusons la division de l'humanité entre ceux qui peuvent circuler librement sur la planète et ceux à qui cela est interdit, refusons également de vivre dans un monde aux frontières de plus en plus militarisées qui segmentent nos continents et veulent transformer chaque groupe de pays en forteresse.
Considérant que le respect de ce droit fondamental qu'est la liberté de circulation telle qu'énoncée dans l'article 13-1 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1948 est une condition préalable à l'exercice des autres droits fondamentaux, et que cet article 13-1 posant comme un droit fondamental celui de pouvoir quitter son pays signifie nécessairement celui de pouvoir s'installer dans un autre pays ;
Considérant que les restrictions actuelles à la liberté de circulation restreignent uniquement celle des plus pauvres et reflètent non seulement la montée en puissance des nationalismes xénophobes mais aussi la peur élitiste des populations défavorisées ;
Considérant que, contrairement aux idées reçues, et comme l'a reconnu la CNUCED dans son rapport de 2004, c'est encore l'Afrique qui finance l'Europe alors que les écarts de revenus par habitants entre l'Europe et l'Afrique ne cessent de s'accroître ;
Considérant que les politiques sécuritaires font croire que les migrations sont un problème et une menace alors qu'elles constituent depuis toujours un phénomène naturel et que, loin d'être une calamité pour les pays développés, elles constituent un apport économique et culturel inestimable ;
Considérant que les mesures sécuritaires ne mettront pas fin aux flux migratoires, induits par de multiples facteurs, et que les expériences historiques de libre circulation des personnes ont montré que celle-ci ne limite ni la souveraineté ni la sécurité des Etats qui sont davantage menacées aujourd'hui par la libre circulation des capitaux ;
Considérant que le respect de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1948 demeure un objectif qui doit être poursuivi par l'adoption de mesures visant à instaurer la liberté de circulation et la réhabilitation du droit d'asile d'une part et le respect effectif du droit au développement d'autre part ;
Nous exigeons :
1) le renoncement à l'idéologie sécuritaire et répressive qui oriente aujourd'hui les politiques migratoires, notamment à « l'externalisation » de l'asile et des contrôles aux frontières, à la criminalisation des migrations, ainsi qu'à toute loi raciste, xénophobe ou discriminatoire ;
2) la refondation des politiques migratoires sur la base du respect des droits humains, d'une réelle égalité des droits des personnes vivant sur un même territoire et, dans l'immédiat, de la régularisation de tous les migrants sans papiers ;
3) la dépénalisation du délit de séjour irrégulier et de l'aide aux personnes contraintes à ce type de séjour ;
4) l'annulation des accords de réadmission de personnes expulsées et l'abandon de toute négociation en ce sens par les Etats ;
5) la suppression des visas de court séjour, de toutes les entraves posées à la sortie d'un territoire, et la justification détaillée et contrôlée des refus de visas d'établissement avec une stricte symétrie des conditions africaines et européennes de délivrance de ce type de visas ;
6) la fermeture de tous les lieux d'enfermement et autres dispositifs de blocage des personnes aux frontières ;
7) l'abolition de toutes les mesures faisant obstacle aux possibilités de regroupement familial ; 8) l'application complète et sincère de tous les instruments de protection internationale afin de ne pas réduire le droit d'asile à une simple fiction ;
9) l'octroi systématique à tous les réfugiés statutaires d'une complète liberté de circulation et d'installation et d'une protection à travers le monde ;
10) la refondation financière et juridique du HCR de manière à ce qu'il protège effectivement les demandeurs d'asile et réfugiés et non pas les intérêts des gouvernements qui le financent ;
11) la ratification de la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leurs famille, son intégration dans les lois nationales, la ratification des conventions de l'Organisation Internationale du Travail, et notamment les conventions 143 et 97 ainsi que leur mise en ¦uvre ;
12) que toute négociation euro-africaine repose sur le principe d'égalité des interlocuteurs et que les dirigeants africains, qui ont si peu défendu les intérêts de leurs populations, assument pleinement leurs responsabilités, tout particulièrement en remettant en cause les accords de partenariat euro-africains.
13) la mise en place de mécanismes de souveraineté alimentaire et la suppression des accords qui hypothèquent l'avenir de l'agriculture africaine ;
14) la suppression des conditionnalités imposées aux pays africains dans les négociations internationales, et tout particulièrement celle de la sous-traitance de la lutte contre les migrations ;
15) l'annulation inconditionnelle de la dette des pays du sud ainsi que le rapatriement de leurs avoirs placés dans des banques étrangères. Rabat, le 1er juillet 2006


Algérie CISP - SARP - Rencontre et développement - LADDH - RAJ
Allemagne Fluechtlingsrat Hamburg - Réseau Nolager
Belgique Association Internationale des Juristes Démocrates - CADRE - CIRE - Organisation des Exiles Politiques Ivoiriens - SOS Migrants
Bénin Ass. Interafricaine de promotion et défense des droits des réfugiés et demandeurs d'asile
Canada Action Canada for Population & Development
Cameroun AFVMC - Ass. des Réfugiés sans frontières
Congo RDC Entreprendre-Cedita - GRAPR/NAD - La voix des sans voix pour les Droits de l'Homme
Congo Brazzaville CEMIR International
Côte d'Ivoire FNDP - ROAD
Espagne APDH Andalucia. - Comisión Española de Ayuda al Refugiado -Confederación General del Trabajo - Un mundo sin fronteras
Europe Migreurop.- Plateforme non-gouvernementale Euromed
France AIDE Fédération - Ass. du Manifeste des libertés - ASDHOM - ATMF - ATTAC - Autre monde - CIMADE - Enfants du Monde Droits de l'Homme - IDD - IDF AMF - GISTI - IPAM - Médecins du Monde - PS-Section Lille - Réseau Terra
Guinée ONG-ADEG
Italie ARCI - ASGI - Partito di Rifondazione comunista - SINCOBAS
Libye Ligue Libyenne des Droits Humains
Luxembourg ASTI
Mali CADMali - Ass. des Maliens Expulsés - AIDE
Maroc ABCDS - AFVIC - Alterforum. - AMDH- Amnesty Maroc - AMERM - ANOLF - ARCOM - Ass.Africa Maghreb - Ass. Chouala Zaio Nador - Ass. Madinati Kenitra - ATTAC - Caritas - CEI - CESAM - CETASSO- Chabaka - CISS - Coll. des Réfugiés - Conseil des migrants subsahariens - Fondation F.Ebert - FMAS - Oxfam Intermon - Plateforme-migrants - Hommes et environnement - OMDH - Pateras de la vida - RESAQ - SRMIDI
Mauritanie AMDH
Niger Timidria - Réseau National Dette et développement - Alternative Espaces Citoyens
Pays-Bas Platform Buitenlanders Rijmond - The Hague Process on Refugees and Migration - KMAN - Plateforme Intercontinentale des MRE - EMCEMO
Pluri-national Nord/Sud XXI
Sénégal ANAFA - Union de la Solidarité et de l'Entraide
Tunisie CNLT - ATFD - LTDH -Ass. Tun.de Lutte contre le sida...


Source : http://www.migreurop.org/article926.html

 

17/06/06 - L'Afrique, terre de missions chinoises


par Joëlle GARRUS, AFP, 15 juin 2006


L'Afrique où se rendra le Premier ministre chinois Wen Jiabao à partir de samedi est plus que jamais une terre de missions pour les dirigeants chinois qui auront parcouru pas moins de quinze pays du continent depuis le début de l'année.
Deux mois après le voyage du président Hu Jintao au Maroc, au Nigeria et au Kenya, Wen Jiabao enchaînera du 17 et au 24 juin avec l'Egypte, le Ghana, le Congo, l'Angola, l'Afrique du Sud, la Tanzanie et l'Ouganda.
En janvier, le chef de la diplomatie Li Zhaoxing avait réservé à l'Afrique sa première tournée de l'année (Cap Vert, Sénégal, Mali, Liberia, Libye et,
déjà, Nigeria).
Les dirigeants chinois soignent leurs relations avec les économies riches en ressources naturelles qui semblent bénéficier de son essor, de ses investissements, de sa forte demande de matières premières et du démarrage récent des échanges commerciaux.
Ces derniers, quasiment inexistants il y a vingt ans (817 millions de dollars en 1977) ont entamé une courbe progressive dans les années 90 pour connaître une brusque accélération en 2000-2001.
Ils ont triplé entre 2001 et 2004 passant de 10,8 à 30 milliards de dollars, et auraient même atteint 39,5 milliards l'année dernière, selon des estimations chinoises.
Dans un sens sont importées des ressources, de l'autre des biens manufacturés, dont près de la moitié, affirment les douanes chinoises, sont désormais à haute valeur ajoutée.
La Chine fait venir d'Afrique près de 30% de ses importations de pétrole, 21% de son coton, un tiers de son manganèse.
Les relations Chine-Afrique, idéologiques dans les années 60-70, sont devenues pragmatiques, après un net tournant au début des années 90. La Chine est alors en plein activisme pour damer le pion à Taïwan sur le continent, stratégie qui culmine par l'établissement en 1997 de relations diplomatiques avec l'Afrique du Sud, le principal pays industrialisé qui entretenait encore des liens officiels avec l'ex-Formose.
Elle accroît sa coopération militaire, son aide, ses investissements via des compagnies d'Etat qui peuvent tabler sur le long terme, sans les impératifs de rentabilité des entreprises occidentales.
Les investissements sont dirigés tous azimuts: grands projets d'infrastructures, champs pétroliers au Soudan (l'un de ses premiers coups d'éclat dans le secteur pétrolier en Afrique, en 1997) ou raffinerie au Nigeria (décidée lors de la visite de Hu, qui a valu à la Chine de remporter quatre licences d'exploitation pétrolière), mais aussi fabrique de lotion capillaire en Sierra Leone ou production de soja au Mozambique.
Dans l'autre sens, le flot des FDI est restreint et principalement sud-africains, comme SABMiller entré au capital de nombreuses brasseries chinoises, ou SASOL intéressé par deux projets de liquéfaction du charbon.
La Chine donne et prête aussi, généreusement. Son rôle est parfois essentiel: elle est devenue le premier acteur de la reconstruction de l'Angola - qui lui vend 25% de son pétrole.
Au grand dam de la communauté internationale, elle n'hésite pas à entretenir des liens avec des Etats critiqués comme le Soudan (1er importateur de produits chinois d'Afrique sub-saharienne, 2e exportateur de pétrole) ou la République Démocratique du Congo (sa 1ère source africaine de métaux).
Ses amis africains apprécient sa "politique de non-ingérence dans les affaires intérieures" et la manne qui a aidé l'Afrique à connaître 5,5% de
croissance en 2005.
Certains commencent toutefois à se poser des questions. Si l'Afrique va tirer bénéfice du récent intérêt de la Chine pour ce continent, les deux parties doivent "discuter et définir" la nature de leurs relations économiques, estimait récemment le président sud-africain Thabo Mbeki.


17/06/06 - Première étape du voyage de Wen Jiabao : l'Égypte


par Jean-Marc MOJON, AFP, 15 juin 2006


Le Premier ministre chinois Wen Jiabao lance samedi en Egypte une tournée africaine, pour célébrer une amitié politique que la Chine veut conjuguer avec sa recherche stratégique de ressources naturelles.
L'Egypte a été le premier pays africain à établir des relations diplomatiques avec la Chine, le 30 mai 1956, et depuis les deux pays maintiennent de bonnes relations.
"Ces deux pays ont cette relation à coeur" a affirmé à l'AFP le directeur du département Asie au ministère égyptien des Affaires étrangères, Ali al-Hefny, en détaillant les cérémonies prévues pour l'occasion au pied des pyramides.
Les visites réciproques de hauts responsables sont régulières, le président égyptien Hosni Moubarak, qui s'est rendu en Chine six fois depuis son arrivée au pouvoir en 1981, étant attendu à Pékin avant la fin de l'année.
Durant la visite de 24 heures de M. Wen, pas moins de dix accords
bilatéraux, mémorandums et lettres d'intention doivent être signés. Les échanges entre les deux pays se sont élevés à 2,2 milliards USD en 2005, la balance penchant fortement en faveur de la Chine.
L'Egypte, dont la première source de revenus est le tourisme, cherche à attirer certains des 100 millions de touristes chinois qui devront voyager chaque année d'ici 2020.
"Environ 50.000 touristes chinois ont visité l'Egypte en 2005. Nous voulons augmenter ce chiffre", a ajouté M. Hefny, un ancien ambassadeur d'Egypte à Pékin.
Il a précisé que les deux parties discuteraient également des moyens de faire de l'Egypte une porte d'entrée du commerce chinois en Afrique.
"Ce qui est clair, c'est que l'Egypte joue un rôle important sur le continent et dans la région et est dans une position centrale dans le bassin
méditerranéen", a estimé l'économiste Nicolas Pinaud, de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
Selon lui, "il est envisageable pour l'Egypte de devenir un centre de réexportation" des produits chinois.
Mais le souci principal de la Chine, qui fait venir d'Afrique près de 30% de ses importations de pétrole, est de garantir assez de ressources naturelles pour son économie en pleine expansion, estiment des experts.
"Bien sûr qu'il y a des liens historiques entre la Chine et l'Egypte, mais admettons-le, il s'agit surtout du pétrole. L'arrêt au Caire donne à la tournée
une forme plus officielle et politique", a estimé un diplomate arabe, sous le couvert de l'anonymat.
M. Wen se rendra aussi au Ghana, au Congo, en Afrique du Sud, en Tanzanie, en Ouganda et en Angola, le deuxième fournisseur de pétrole à la Chine après l'Arabie saoudite.
"Il est critique pour la Chine de sécuriser le pétrole, les métaux, tout ce qui alimente une croissance très forte, en phase de décollage", a déclaré à l'AFP M. Pinaud.
Cette croissance est, selon lui, "très intensive en énergie puisqu'elle est une croissance essentiellement industrielle".
Les échanges commerciaux entre la Chine et l'Afrique ont été multipliés par quarante entre 1990 et 2004, a expliqué M. Pinaud, Pékin obtenant 15% de son pétrole de l'Angola et du Soudan.
Ces échanges ont atteint 39,5 milliards USD en 2005, selon des estimations chinoises.
La Chine cherche en outre, selon les analystes, à étendre son influence diplomatique en Afrique, dont les pays comptent lors des votes à l'Onu sur des affaires importantes comme celle de Taïwan, considéré par Pékin comme une province rebelle qu'elle menace de recours à la force en cas de scission.
"La Chine, l'un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, désire coordonner sa politique avec l'Egypte. Dans la plupart des cas, nous avons des points de vue identiques sur les affaires internationales", a assuré M. Hefny.
M. Wen ne visitera cependant pas le Soudan, qui lui dédie 80% de ses exportations de pétrole, ni le Zimbabwe, une décision que les analystes interprètent comme un moyen pour la Chine de montrer qu'elle est une puissance responsable en Afrique.

 

 

02/06/06 - Nouvelle loi sur limmigration en France : "Africains, la France nest ni votre père, ni votre mère"


par Amadou Simporé, ENAREF (Ecole nationale des régies financières), LObservateur Paalga, Ouagadougou, 1er juin 2006. Source :
http://www.lefaso.net/article.php3?id_article=14306&id_rubrique=21

Dans un langage simple qui a aussi lavantage dêtre direct, Amadou Simporé assène quelques vérités aux Africains qui rêvent dun Eldorado ailleurs, aux pays des Blancs. Pour lui, il ne faut surtout pas encourager les Africains à se faire humilier en Europe.

Le ministre français de lIntérieur, M. Nicolas Sankozy, était en tournée en Afrique la semaine dernière pour expliquer la nouvelle loi sur limmigration. Cette loi ne plaît pas aux Africains. Il y a eu des manifestations contre M. Sankozy. Africains, ressaisissons-nous. La France est un pays dont la souveraineté est indéniable.

Pourquoi les Africains veulent que la France vote des lois qui leur plaisent ? La France nest pas un Etat international et tant quelle ne vote pas une loi qui viole une convention internationale signée par elle, je pense quil ny a pas de problème. Ce qui est essentiel pour la France, comme pour tout autre pays, cest de voter des lois qui larrange.

Nallons pas nous faire honnir en Europe !

Je lisais dans un journal français, lExpress, que plus de 60% des jeunes français rêvent daller sétablir à létranger parce quils nont pas foi en lavenir chez eux. Jécoutais sur RFI que plus de 70% des Français sont pessimistes pour leur avenir. Sachons-le, Africains, la France est confrontée à des difficultés. Laissons-là en paix et nallons pas nous faire honnir en Europe. Pour un homme, la dignité doit importer plus que tout autre chose. LInde a été colonisée par la Grande-Bretagne, il y a tellement de pauvres en Inde, mais les Indiens ne vont pas se faire ridiculiser en Europe.

Certes, la France nous a colonisés, certes la France nous a exploités, mais sachons que la colonisation a également eu des aspects positifs. Cela est indéniable. Il se peut que les aspects négatifs aient dominé, mais ne nous attardons pas sur ça. La plupart des pays Africains ont proclamé leur indépendance en 1960 et lIndépendance est une responsabilité qui sassume. Soyons indépendants et laissons la France soccuper de ses problèmes. Vouloir expliquer sa loi aux Africains est peut-être une manière pour la France de les respecter puisquelle nest pas tenue dexpliquer sa loi à qui que ce soit, souveraineté faisant.

Si un Africain se rend dans une ambassade européenne pour chercher un visa et quon le lui refuse, où est le problème ? Si tu veux aller chez quelquun et il te dit de ne pas venir, reste chez toi et sois digne. Jécoutais le président de lAssociation des Sénégalais dAmérique sur RFI, qui disait que certains jeunes Sénégalais, qui étaient fonctionnaires au Sénégal, ont tout abandonné pour aller à laventure aux USA. Arrivés en Amérique, ce fut la désillusion. Certains étaient obligés de faire de petits boulots et ils nétaient même pas respectés. Avec le statut de fonctionnaire dans ton pays, tu abandonnes tout et tu pars te faire ridiculiser chez les Blancs.

Certains Africains continuent de penser que lEurope ou lAmérique, cest leldorado, et ils sont prêts à vendre leur âme au diable, à perdre toute leur dignité dhomme pour y aller. Pour aller ramasser lor, revenir construire des duplex et faire le malin devant leur compatriote. Nencourageons pas les Africains à aller se faire honnir en Europe ou en Amérique.

"Noubliez pas que des Africains chassent des Africains de chez eux"

Lan dernier, les Marocains ont chassé des Africains de chez eux et non contents de cela, ils les ont amenés dans le désert, comme pour dire : vous êtes des Noirs, vous nêtes rien, on sen fout de vous, mourez. Pourquoi ny avons-nous pas réagi ? La France nest pas notre frère ou notre mère. Ce que les Africains doivent faire, cest de sunir, former un ensemble fort, les USA dAfrique comme lont voulu Kwamé NKrumah, Cheick Anta Diop et bien dautres. LAfrique a de la potentialité, mais aucun Etat africain pris individuellement ne pourra sen sortir lui seul.

Les Africains nont pas besoin daller se faire maltraiter en Occident. Et ce ne sont pas les plus pauvres des Africains qui tentent laventure puisque beaucoup dépensent plusieurs centaines de mille voire le million pour se faire refouler comme de vulgaires individus. Avec ces sommes, il est possible dentreprendre en Afrique. Mais, ils pensent que cest facile de ramasser largent en Occident, chez les Blancs. Leur dignité, ils sen moquent. Cest dommage. Africains, ressaisissons-nous.

"Montrons que nous ne sommes pas maudits"

Lorsque je vois le triste spectacle et les vilaines images de ces Noirs qui veulent aller en Europe dans la clandestinité et qui meurent dans la Méditerranée ou dans lAtlantique ou quon refoule manu militari, cela me consterne. Quand je vois les images de ces Noirs qui brûlent en France, de ces Noirs quon tue en Russie, de ces Noirs quon enchaîne pour les renvoyer en Afrique, je dis aux Africains : restez chez vous ou restons chez nous, unissons-nous pour affronter ce monde globalisé. Je répète, lAfrique a des ressources, il reste à créer les USA dAfrique et à reconsidérer certaines valeurs que nous sommes en train de suivre actuellement, des valeurs importées qui ne nous ressemblent pas vraiment.

Amadou Kourouma a écrit dans son roman, Le soleil des indépendances : "Les indépendances ont trahi. Elles nont pas creusé les égouts quelles avaient promis. Elles ne le feront jamais. Des lacs deau continueront de croupir comme toujours. Et les nègres colonisés ou indépendants y pataugeront tant quAllah ne décollera pas la damnation qui pousse aux fesses du nègre". M. Kourouma a été extrémiste, mais je le comprends. Africains, montrons que nous ne sommes pas maudits. Montrons que nous avons de la valeur. Montrons également que nous pouvons nous en sortir sans la France.

 

27/05/06 - Sarkozy au Mali, au Bénin et au Maroc : « immigration choisie » ou esclaves choisis ?


par la Coordination nationale des sans papiers, Paris, 26 mai 2006
Les peuples du Mali et du Bénin ont exprimé à l'occasion de « la visite de travail » de Sarkozy sur la terre africaine toute leur colère contre l'infâme loi Ceseda et les insultes en guise de discours que ce dernier ne cesse de livrer contre les immigré(e)s, particulièrement les sans papiers. Les rues ont été envahies aux cris de : « Non à Sarko le fils d'immigré qui s'est renié », « Non au raciste Sarko le franco-hongrois », « Les tirailleurs morts ou sous payés n'étaient pas choisis pour libérer la France et l'Europe », « ta visite Sarko n'a pas été choisie », etc. Cette condamnation sans appel des peuples africains de la politique xénophobe et anti-africaine menée par Sarkozy a trouvé un écho jusqu'à l'intérieur de l'Assemblée Nationale du Mali où 20 députés de la région de Kayes ont lu une motion de protestation contre la venue du ministre de l'Intérieur.
Comme l'ont fait les population martiniquaises lorsque l'Assemblée Nationale française a voté comme une lettre à la poste l'affront incroyable en ce début du XXIéme siècle du « colonialisme positif », Sarkozy était le malvenu.
En guise de réponse Sarkozy dans le style du double langage dont il est coutumier à servi : « La France n'a pas sur le plan économique besoin de l'Afrique », « Il faut en finir avec la françafrique », « L'immigration choisie va bénéficier à la fois à la France et à l'Afrique ».
Sarkozy s'évertue vainement et faussement à brouiller les pistes sur sa politique lepénisée; le mensonge sur « la France n'a pas besoin économiquement de l'Afrique » doit être démasqué.
En effet, cette sortie démontre clairement que les prix des matières premières agricoles et minières sont bradées. Fixés à Paris, Londres et New York en vertu de « lois du marchés » prédatrices, le pétrole, le fer, la bauxite, le cuivre, le coton, les fruits dits « exotiques », le bois, etc coulent à flots pour faire tourner les industries de la France et de l'Europe. Sarkozy en bon marchand usurier-pilleur peut se permettre cette nouvelle insulte aux peuples africains condamner à suivre le chemin macabre que prend les matières premières agricoles et minières pour atterrir dans les usines modernes des Bolloré, Bouygues, Vivendi, Pechiney, etc.
Dans le monde exploiteur et saccageur de Sarkozy l'exploitation du « travail clandestin » par les patrons négriers non plus n'existe pas. Ces patrons voyous professionnels de la fraude fiscale, des salaires payés à la carte, à la tête du client sans papiers, et trop souvent tout simplement impayés n'existent que dans la propagande imaginaire des sans papiers en lutte pour les papiers.
Sarkozy brise le « consensus gaullien » en France. En effet, De Gaulle aussi avait une politique utilitariste dans la relation franco-africaine. Cela s'est traduit notamment par l'importation massive d'immigrés après 45 pour reconstruire la France et dans la période dite des « 30 glorieuses ». Mais De Gaulle, malgré sa politique utilitariste, reconnaissait la dette de sang et érigeait une ligne de démarcation entre Républicains de droite ou de gauche et l'extrême droite fasciste.
Sarkozy, c'est le gouvernement Brüning, c'est à dire un gouvernement qui fascise le pays, souille la République, dévoie ses valeurs et comme il le proclame lui même brouille les pistes, efface les différences. Sarkozy crédibilise en fait Le Pen, De Villiers et leurs sbires fascistes, racistes.
Comment s'étonner alors que le Député UMP MARIANI, dont Sarkozy se félicite de l'apport à l'Assemblée Nationale lors du débat sur la loi Ceseda, ait pu déclarer SON OPPOSITION AUX MARIAGES MIXTES; N'est-ce pas là la résurgence de la théorie fasciste de LA RACE PURE dont au 19éme siècle Gobineau s'est fait le chantre ?
Le délire sarkozien dans un « gant de velours » fait partie de sa stratégie pour devenir en 2007 président de la France. Mais l'hypothèse d'un second tour où Sarkozy se verrait éliminer au profit d'un Le Pen ne peut être exclue. Des électeurs en détresse sociale complètement trompés par le brouillage des pistes peuvent s'égarer dans un vote de protestation contre les « tous pourris » (affaire Claerstream) en plus de la partie raciste de l'électorat même, nous en sommes convaincus, minoritaire. Alors les 82% de Chirac au second tour le 5 mai 2002 peuvent se réduire sérieusement parce qu'une partie de l'électorat de droite rechignerait à voter pour un candidat PS. Ce scénario possible est dangereux, car il accroîtrait la pression fasciste et raciste sur la société; la République est en effet menacée par l'irresponsabilité politique d'une droite UMP sous la houlette de Sarkozy réduite à jouer au pyromane par calcul politique.
Les Sans Papiers en lutte lancent clairement cet avertissement et espèrent être entendus par les démocrates de ce pays pour barrer la route à la grave menace qui plane sur le pays berceau des droits de l'homme.


Dossier Quibla


L'immigration/émigration vers l'Europe vue du Sénégal


27/05/06 - Abdoulaye Wade fait la leçon à Nicolas Sarkozy


Le président sénégalais demande plus de concertation au sujet de la loi sur l'immigration choisie Le ministre français de l'Intérieur, qui s'était fait copieusement chahuter la semaine dernière au Mali et au Bénin sur cette affaire, évoque un « malentendu »
« Ce n'est pas honnête de vouloir prendre nos meilleurs fils (...) Je le lui ai bien fait comprendre » (à Nicolas Sarkozy, ndlr) : c'est ce qu'affirme le président sénégalais, Abdoulaye Wade, au sujet de la loi sur l'immigration choisie dans un entretien publié aujourd'hui par « Le Parisien ». Il dit attendre une lettre du ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, avec lequel il s'est longuement entretenu mercredi soir à Paris, « pour arriver à une conception commune de l'immigration ». Les deux pays auraient convenu « d'échanger deux délégations qui vont travailler sur le sujet ».

Affirmant qu'il « n'a pas pas à faire d'objection à une loi votée souverainement par la France car cela la regarde », il insiste : « Mais quand cela touche directement aux intérêts du Sénégal, je me dois d'intervenir. Nos deux pays doivent discuter et ne pas agir de manière unilatérale. Tout le monde sait que je suis contre l'émigration de mes compatriotes. Ce sont des ressources humaines que nous perdons, surtout les cadres. Les compétences et les talents du Sénégal, je veux les garder chez moi, en Afrique Tous les moyens sont bons pour créer des emplois (au Sénégal) et dissuader les Sénégalais de partir. »

Le ministre français de l'Intérieur, qui s'est fait copieusement chahuter la semaine dernière au Mali et au Bénin sur cette affaire, s'est aussitôt défendu, évoquant un « malentendu » avec Abdoulaye Wade. « Il ne s'agit pas, a t-il dit, de piller les élites des pays en voie de développement. Il s'agit d'accueillir en France les gens pour lesquels on a un travail et non pas des gens qui vont s'entasser (...) dans des taudis. »
Source : Libération, 26 mai 2006

 


27/05/06 - Fuir la misère


par Dié Maty FALL, SUD Quotidien, 27 mai 2006

La fête au village s'éteint. Les médailles de Me Wade, notre président bien aimé ont été exhibées sous l'arbre à palabres. Le bon peuple ou les centaines de figurants grassement payés par tête de pipe a applaudi l'exploit du Maître, chanté ses louanges et dansé comme seuls savent le faire les Africains dans les Républiques bananières. « Médaille du Maître, cha, cha ! Prix du Maître, oyé ! » De Paris à Dakar en passant par Genève, les veinards fêtards ont ambiancé jusqu'au milieu de la nuit, sous les cotillons aux couleurs du Parti Démocratique Sénégalais (PDS). Comme si cela ne suffisait pas, les autorités qui nous gouvernent autoritairement ont rajouté une louche de fiesta jeudi après-midi, en dépit des énormes difficultés d'immobilité urbaine que nous connaissons actuellement dans la capitale. A défaut de lui fournir les conditions d'exercer un travail et de gagner son pain, nos autorités ne sont jamais avares en jeu de cirque pour le peuple. Elles ne ratent aucune occasion de nous démontrer leur sens de la fête et du folklore délirant. Il y avait vraiment urgence à parader dans les rues de Dakar alors que nos compatriotes se ruent maladivement sur tout rafiot en partance improbable pour l'Espagne. Maintenant, il ne reste plus qu'à faire comme les « driankés » oisives qui ne savent que faire de leurs dix doigts : refaire la teuf de la teuf. Ou en wolof, faire le « raxass » de la réception déjà passée.

Il est temps de revenir aux choses sérieuses. Me Wade, notre président bien aimé qui nous néglige pour ses voyages et ses médailles à l'étranger a du pain sur la planche, plus que d'habitude. Réglera-t-il nos problèmes en reprenant les airs, mettant autant de kilomètres possibles entre nos soucis et lui ? Restera-t-il enfin au Sénégal pour écouter son peuple qui crie famine et désespoir, pour prendre à bras le corps les difficultés des citoyens qui l'avaient élu à cet effet, pour donner une direction au bateau Sénégal ivre qui affronte seul la houle ? Notre pays est confronté avec des tourments, se vide de sa jeunesse, vit dans la misère pour la majorité de nos compatriotes et notre président bien aimé ne pense pas à accourir pour se pencher sur nos misères. Le sort de nos jeunes concitoyennes ne vaut pas mieux que celui des jeunes citoyens qui vont se suicider aux frontières liquides de l'Europe. La prostitution clandestine est l'activité la mieux partagée parmi la gent féminine. Faute de mieux, nos jeunes s¦urs sans formation, sans financement public, sans aide étatique ou simplement sans travail tombent dans les filets des proxénètes lorsqu'elles ne travaillent pas à leur compte. Les faits divers des journaux nous édifient à longueur de colonnes sur la prostitution par Internet qui se déroule dans les cybercafés, sur les réseaux d'industrie pornographique qui se tournent dans nos murs à l'insu de la police. Et n'importe quel chauffeur de taxi peut vous renseigner sur ces drôles de clients qui louent leurs services pour une semaine de tourisme sexuel entre un vieux barbon Blanc et une donzelle Noire à peine affranchie.

En dehors des cas de prostitution professionnelle avérée, la plupart de ces jeunes filles se donnent à ces vieux dégoûtants pour se sortir de la misère ambiante. Que font nos autorités pour donner à ces citoyennes les mêmes chances de s'en sortir qu'elles donnent à leurs propres rejetons ? Evidemment, Me Wade, notre président bien aimé, n'a pas créé la misère au Sénégal. Il n'est pas non plus responsable à titre individuel de la déviance des jeunes Sénégalaises. Mais il est responsable à un moment ou à un autre de ne pas leur avoir donné l'espoir qu'il avait suscité en elles en 2000. Me Wade est également responsable d'avoir suscité l'espoir de nos jeunes concitoyens, toujours en 2000, en leur promettant du travail à chacun, c'est-à-dire la lune. Aujourd'hui déçus, leur espoir brisé, ils veulent tous partir by any means necessary, par tous les moyens possibles. Au prix de leur vie et de leur sécurité.

Seulement, si les boat people Asiatiques attiraient autrefois la compassion et l'aide agissante des dirigeants et des peuples occidentaux pour des raisons historiques, ce n'est plus le cas avec les boat people Africains dans cette Europe en crise identitaire. Après avoir accueilli les dernières générations d'Africains peu qualifiés, les Européens ont opté souverainement pour une émigration sélective et des émigrants avec une qualification pointue. Qui peut le leur reprocher ? La crise économique fait que même les Français de souche ne rechignent plus aux travaux pénibles et dévalorisants, autrefois réservés aux émigrés du Continent. Notre président bien aimé avait inscrit sa magistrature sous le signe de l'indépendance et de l'autonomie par rapport à la France, ancienne puissance colonisatrice de notre pays. Nous ne comprenons pas pourquoi, dans le même temps, cette noble velléité qui n'est pas allée bien loin, n'avait pas été accompagnée par les mesures qu'elle appelait. L'indépendance ne se décrète pas un beau jour, notre président bien aimé qui connaît bien la France et l'adore, le savait bien. C'était sans doute encore un discours à usage purement et simplement local, pour les badauds esbaudis de la Wademania d'autrefois.

A l'arraché, c'est encore et toujours la France qui vient à notre secours chaque fois que nous sommes dans l'embarras, comme ce fût le cas avec la crise énergétique des mois derniers. Au niveau des populations aussi, lorsque nous voulons fuir la misère, c'est encore vers la France et l'Europe que nous émigrons. Quarante-six ans après notre accession à la souveraineté internationale, il semble que nous ayons raté une étape importante de notre développement. C'est comme si nous marchions à reculons. Nous sommes bien obligés de considérer que quelque chose ne tourne pas rond et que nous allons allégrement dans le mur. Me Wade, notre président bien aimé, n'a pas les moyens de nous convaincre qu'il nous faut choisir de rester vivre dans notre pays, de nous battre à l'intérieur de nos frontières pour progresser et sortir par nous-mêmes de la misère, au lieu d'aller assiéger des pays qui doivent d'abord venir en aide à leur prolétariat national. Il n'en a ni les moyens intellectuels ni l'envie car il est toujours en voyage hors de son pays.

 

 

27/05/06 - Emigration clandestine : des morts, des disparus, des centaines de familles en deuil, la République en fête


par Paul MENDY, journaliste, Wal Fadjri, 27 mai 2006

Sur la route des îles Canaries, 1500 clandestins sont morts par noyade'. Cete terrible information a barré mercredi la Une' d'un quotidien. Et comme pour reprendre la terrible question que tout le monde ose à peine se poser, le journal ajoute : Combien de Sénégalais parmi les morts ?'.

Oui, les Sénégalais ont besoin de savoir. A l'image de cette dame d'une cinquante d'années en quête d'informations concernant son fils aîné Modou. Ce brave garçon de 26 ans s'est engagé dans la traversée fort périlleuse sans demander l'avis de sa chère maman. Modou a épousé sa cousine il y a tout juste 18 mois. Il est père d'une innocente petite fille. Depuis son mariage, le seul objectif de ce garçon jardinier de formation, demeure de trouver les moyens d'entretenir un tant soit peu sa famille. Chaque jour est un éternel recommencement dans sa quête pour la survie de ses proches. Et ce qui devait arriver, arriva.

Face à l'immensité du grand bleu, mère Sokhna fixe le vide de ses yeux rougis par les pleurs et les nuits d'insomnie. Elle veut tout juste savoir : Pourquoi mon fils a choisi cette voie ? Je sais que son obsession était de me sortir de ce quotidien à la limite de la dignité humaine. Modou supportait très mal ce tableau noir qui s'offrait à lui presque chaque nuit : ses frères et s¦urs entassés sur un matelas à même le sol, dorment repliés sur eux-mêmes comme pour résister à la fin qui leur tenaille le ventre. Mais cette aventure était-elle la meilleure voie pour nous sortir de cette situation ? Son défunt père qui était très proche de lui, aurait peut-être pu percevoir cette tentation et le dissuader d'aller vers l'inconnu'.

Modou avait-il vraiment le choix ? Le triste spectacle de la misère qui frappe sa famille persistant, les pires questions trottaient sûrement dans sa tête : Fallait-il continuer à survivre ainsi sans rien tenter ? Fallait-il rester sans réagir ?' La seule réponse qui s'imposait terriblement à lui, Modou l'a prise, dans le secret de la véranda qui lui servait de chambre à coucher. Les pirogues vers les îles canaries sont la voie du salut. Modou n'a pas les moyens de payer pour faire partie de ces boat people' d'un nouveau genre, mais il a une idée tenace. Il en parle à son jeune cousin et confident, en le priant de garder le secret et de n'avertir sa maman et son épouse qu'au bout de 48 heures. Quarante-huit heures sont très longues pour une maman à la recherche de son enfant, mais c'est le temps qu'il faut à Modou pour trouver son visa' pour les pirogues du désespoir'.

Il est parti. Dix longs jours sont passés et aucun signe de vie de Modou. Sa maman le pleure déjà, sa jeune épouse a un mauvais pressentiment. Et depuis le départ de son papa, la fille de Modou ne dort pas la nuit. Comme une complainte, les pleurs continus de la fille brisent la nuit. La chaleur de son père lui fait-elle cruellement défaut, ou est-ce que ces pleurs sont annonciateurs de la terrible nouvelle à laquelle la famille ne veut penser ? Modou est parti conscient du risque qu'il prenait. Mais comme le dit son épouse, s'il y avait une seule chance sur mille pour arriver à bon port, il la tenterait. Vous ne pouvez imaginer jusqu'où le désespoir peut mener un homme qui veut tout tenter pour garder un semblant de dignité. Chaque fois qu'il revenait à la maison sans un sou après des heures d'errance à la recherche du plus petit boulot, mon mari répétait le même refrain : Ce n'est pas une vie. Si je dois mourir en essayant de trouver le salut pour mes proches, je suis prêt à donner ma vie'.

Entre deux sanglots, Sokhna lance cette phrase terrible : S'il gît aujourd'hui au fond de l'eau loin de sa maman qu'il chérissait tant, de ses frères et s¦urs, de sa fille et de son épouse, Modou peut reposer en paix. Il ne se sera pas suicidé, il s'est sacrifié pour nous. Je suis convaincue d'une chose, grâce à Allah Le Tout-Puissant son sacrifice ne sera pas vain'.

La tragédie de cette famille est partagée aujourd'hui par des milliers d'autres Sénégalais. Quelqu'un disait que les quartiers et certains villages de pêcheurs du Sénégal sont envahis par des tentes, signes de funérailles de naufragés des pirogues du désespoir. Quelle pire preuve de l'ampleur de la catastrophe ?

Une vieille dame disait que ce qui se passe depuis quelques semaines lui rappelle le douloureux souvenir du naufrage du bateau Le Joola. Selon elle, comme une malédiction, la mer continue de prendre par centaines les bras valides du Sénégal'.

La tristesse de cette vieille femme est doublée d'une colère qu'elle a du mal à dissimuler. Est-il normal que la République fasse ripaille à Paris alors que ces jeunes qui sont la sève nourricière de la fameuse Alternance, meurent ou disparaissent par centaines ? Une ou deux médailles, quel que soit leur symbolisme, valent-elles la vie de centaines de jeunes Sénégalais ? Toute affaire cessante, le président de République du Sénégal et tous ses ministres devaient revenir au pays pour prendre cette dramatique affaire à bras-le-corps et exprimer officiellement leur soutien aux familles touchées'. Tel est le cri du c¦ur d'une Sénégalaise qui partage le deuil de ces familles. Elle partage la douleur de ses voisins qui sont sans nouvelle d'un des leurs parti dans ces pirogues du désespoir' sans crier gare. Elle pleure parce qu'elle sait que d'autres jeunes en proie au chômage, vont tenter d'autres aventures périlleuses à la recherche de l'illusion d'un ailleurs meilleur. Elle pleure parce que, dit-elle, la République festoie et refuse d'ouvrir les yeux sur ces drames qui se nouent dans le silence de la mer'.

M. le Premier ministre, vous l'avez dit : vous avez toujours la confiance du président. C'est tout à votre honneur. Mais avez-vous la confiance de ces familles endeuillées que votre appel à la mobilisation pour accueillir le président de la République, perturbe au plus haut point. M. Sall, ne pensez-vous qu'il aurait été plus sage, plus raisonnable de préparer pour le président de la République, des visites des zones les plus touchées par le phénomène des départs risqués vers les îles Canaries ? Vous avez toujours la confiance du président, méritez sa confiance en lui donnant des idées à même de le rapprocher du peuple.

Monsieur le Président de l'Assemblée nationale et maire de Dakar, comme promis, vous avez dégagé les moyens pour louer des centaines de cars rapides' et drainer le plus possible de militants à l'accueil du maître. Chapeau pour la mobilisation, mais une seule question avec votre permission Monsieur le maire : avez-vous pensé à ces Sénégalais qui, faute de moyens de transport, n'ont pu partager le deuil des familles qui ont perdu un proche dans la course à l'eldorado' espagnol ?

 

27/05/06 - Miguel Angel MORATINOS (Ministre des affaires étrangères d'Espagne) : "Tous les clandestins seront rapatriés"


Propos recueillis par Ibrahima Khalil WADE (Correspondant à Madrid) , Wal Fadjri, 27 mai 2006

L'adhésion de l'Espagne à l'Union européenne n'a pas seulement apporté au royaume une économie florissante et un certain prestige. Séparée de l'Afrique du Nord par 15 kilomètres d'un Détroit aux eaux dangereuses, l'Espagne a aussi attiré sur ses côtes africaines (Iles Canaries) une horde d'émigrés venant de tous les coins d'Afrique. Mais pour le ministre espagnol des Affaires étrangères, tous ces émigrés seront rapatriés. Miguel Àngel Moratinos qui présidait, hier, l'ouverture de la table ronde ministérielle de Madrid contre le terrorisme, a réaffirmé la volonté de son gouvernement de procéder au rapatriement de ceux qui sont entrés en Espagne de manière illégale.
Wal Fadjri : Avez-vous déjà signé un accord de rapatriement avec le Sénégal ?

Miguel Àngel Moratinos : Comme vous le savez, une délégation espagnole est en ce moment au Sénégal. Nous y travaillons mais, pour le moment, rien n'a été encore signé. Nous sommes en train de discuter sur tous les points ayant trait à l'émigration clandestine et à l'émigration tout court d'une manière générale. C'est dire qu'il ne s'agit pas seulement de dialoguer sur un accord de réadmission. On ne peut pas voir l'émigration seulement sous l'angle des rapatriements. C'est un problème complexe qu'il faut prendre dans sa globalité. Ce qui implique des discussions dans des domaines certes variés, mais liés comme la coopération policière, la sécurité des frontières, le partenariat économique et financier et l'aide au développement. C'est sur tous ces éléments que nous sommes en train d'échanger aussi bien avec le Sénégal qu'avec des pays comme le Mali, le Niger et d'autres pays subsahariens, afin de déboucher sur un accord global. Lequel accord nous permettra de contrôler les flux migratoires dans le respect strict des droits humains des candidats à l'émigration clandestine. Et nous pensons atteindre cet objectif avec l'aide de nos partenaires africains aux rangs desquels le Sénégal figure en bonne place.

Wal Fadjri : Est-il vrai que le président du Sénégal Abdoulaye Wade vous a posé des conditions économiques, avant de parapher un accord de rapatriement ?

Miguel Àngel Moratinos : J'ai eu l'occasion de discuter avec le président Wade à Paris lorsqu'il recevait le prix Houphouët Boigny pour la paix. Il a fait montre d'une volonté manifeste de trouver une solution à ce drame qui frappe non seulement le Sénégal, mais beaucoup de pays subsahariens. Cette volonté de coopération est aussi manifeste chez mon collègue des Affaires étrangères du Sénégal. Un pays qui a toujours fait partie des priorités du Royaume d'Espagne en matière de coopération bilatérale. N'empêche que nous allons augmenter la part de l'aide au développement allouée au Sénégal, pour qu'ensemble nous puissions assister à son développement économique, synonyme de meilleures opportunités et de perspectives économiques heureuses pour sa jeunesse.

Wal Fadjri : Que comptez-vous faire de ces milliers d'émigrés qui continuent d'arriver sur les côtes canariennes ?

Miguel Àngel Moratinos : Ces émigrés, qu'ils soient Maliens, Nigériens, Mauritaniens ou Sénégalais seront rapatriés. Il faut qu'on soit clair sur cette question : tous ceux qui entrent illégalement en Espagne, seront expulsés. Comme vous le savez, les Sénégalais qui vivent en Espagne, ont eu à bénéficier des bienfaits du dernier procesus de régularisation des sans-papiers. Ils vivent dignement dans notre pays et donnent entière satisfaction aux entreprises qui les emploient. Mais une fois de plus, je tiens à affirmer que tous ceux qui sont arrivés en Espagne d'une manière illégale seront retournés à leur pays d'origine, tout en tenant compte de leurs droits en tant qu'individus.

 

27/05/06 - Témoignages : Mamadou NDOYE (clandestin) : "L'Europe, c'est pas ça, on y crève de faim"


par Ibrahima Khalil WADE, Wal Fadjri, 27 mai 2006
Si c'était à refaire, il ne serait pas de l'aventure. Arrivé en Espagne au mois de mars dernier à l'aide d'une pirogue, Mamadou Ndoye n'a pas mis du temps pour découvrir les rigueurs de la vie en Europe. Aussi demande-t-il à ses jeunes compatriotes obnubilés par le désir de partir, de ne pas prendre le large. Car pour lui, l'Europe, c'est un mirage. Faute de travail et de papiers, on y crève de faim.
(Correspondant particulier à Madrid) - Le regard lointain, la mine triste, l'esprit ailleurs, Mamadou Ndoye a encore du mal à réaliser qu'il se trouve en Europe, plus précisément à Madrid. Des années durant, il n'a fait que rêver d'Europe, synonyme de vie meilleure et de réussite sociale. Mais aujourd'hui que son rêve de fouler le sol européen est devenu réalité, le jeune Mamadou à le mal du pays, un pincement de regret au c¦ur. Quid des énormes sacrifices consentis pour se retrouver enfin à Madrid, la capitale espagnole ? "C'est vrai que j'ai bravé la mort pour venir, mais franchement, ça n'en vaut pas la peine", regrette-t-il entre deux gorgées de café. Et d'ajouter : "L'Europe est un véritable mirage, j'ai l'impression d'être dans un autre continent."

En fait, depuis son arrivée en Espagne au mois de mars dernier, après avoir navigué pendant sept jours en mer, Mamadou Ndoye a encore du mal à voir le bout du tunnel. Libéré le 14 avril dernier suite à 40 jours de détention dans le centre d'accueil de Fuerteventura, il ne sait plus à quel saint se vouer. "En débarquant à l'aéroport de Madrid, je pensais que les soucis étaient derrière moi. Malheureusement, tel n'est pas le cas. En l'espace d'un mois, j'ai été hébergé à trois reprises par des gens différents. Au début on s'occupe bien de toi, mais après trois jours, on te fait savoir qu'il n'y a plus de place libre et te prie gentillement d'aller voir ailleurs", se désole-t-il.

N'ayant pas de parents en Espagne, encore moins d'amis et sans le moindre sou, Mamadou est obligé de se débrouiller comme un diable pour se nourrir. Un jour, il a eu même à passer la nuit à la belle étoile. Et dire qu'il a beaucoup d'amis en France. "J'ai appelé des copains pour leur demander de m'aider à les rejoindre à Paris, mais ils ont tous refusé prétexant du fait que je serais refoulé au premier contrôle policier. Sans carte de séjour ni permis de travail, c'est très dur de se faire un trou ici. S'y ajoute que je ne connais rien de la vente ambulante et j'ai peur de jouer à cache-cache avec la police municipale". Que faire alors ?

L'histoire de Mamadou, une histoire sans futur - pour le moment - mais une histoire avec un passé. Un passé fait de longs séjours en mer à la recherche de poissons devenus de plus en plus rares sur les côtes sénégalaises. Oui, Mamadou Ndoye est pêcheur. Et c'est de son statut de pêcheur que tout est parti : "Lorsque j'ai eu écho que des jeunes pêcheurs de Guet Ndar et de Thiaroye-sur-mer partaient depuis la Mauritanie, via les côtes de Nouadhibou, pour rejoindre les Iles Canaries, je me suis dit sur le coup, pourquoi pas moi". L'idée de prendre le large en tête, Mamadou s'en ouvre à certains de ses compagnons de travail. Et avec l'aide d'un commerçant baol baol qui a pignon sur rue au marché Sandaga, lui et ses amis recruteront 40 candidats au voyage moyennant chacun 400 000 F Cfa.

"Nous travaillions pour un patron véreux qui nous payait quand cela lui enchantait. Aussi avions-nous décidé de voler la pirogue avec laquelle nous faisions la pêche. Toutefois, pour mieux préparer le voyage et suivant les conseils de ceux qui avaient déjà réussi l'aventure, il nous fallait acheter deux moteurs flambant neuf, des gilets de sauvetage, des vivres, du carburant et deux appareils Gps pour l'orientation". Ces dépenses furent possibles grâce au pactole versé au commerçant baol baol par les 40 passagers recrutés. "Ces gens étaient tous des vendeurs à la sauvette entre Pompidou, Lamine Guèye et Colobane. Ils rêvaient tous de voyager. Certains avaient même réussi à épargner plus de 4 millons de francs Cfa rien que pour se procurer un visa. Par conséquent, nous n'avons eu aucun mal à les convaincre de faire le voyage avec nous, tout en gardant le silence". Un silence qui sera brisé uniquement pour demander les bénédictions des marabouts pour la réussite et le succès de la traversée.

Les sacrifices faits, les prières dites, Ndoye et ses amis attendent que la lune soit pleine, la mer calme, pour enfin effectuer le voyage avec majuscule. Ce voyage, ils l'ont réussi sans grande difficulté. "Le plus dur de la traversée, cest la posture. C'est à peine si nous parvenions à bouger nos jambes". Pas étonnant donc qu'ils débarquent au port de Los Cristianos, en Tenerife, les jambes ankylosées, sous le regard des curieux, les flash et les projecteurs des caméras.

En se remémorant de ces différentes étapes de son périple, Mamadou Ndoye, le lébou de Yarakh qui a voulu se faire passer pour Isaac Fofana, un persécuté de Trecheville en Côte d'Ivoire, a la gorge nouée par l'émotion. Sa demande d'asile non prise en compte, le délai de quinze jours pour sortir du territoire espagnol expiré, il s'interroge toujours sur son futur. "Quand on est l'aîné d'une famille et qu'on voit tous les jours ses parents se décarcasser dans des dificultés énormes, on n'hésite pas de prendre certains risques. Pourvu que cela vous aide à les sortir de la pauvreté, voire de la misère tout court", professe-t-il sur un ton émouvant. A la fois soucieux et inquiet de son avenir en Europe, il confesse : "Je suis déjà en Europe, je ne peux plus faire marche arrière même si, de temps à autre, l'idée de demander à être rapatrié m'effleure l'esprit".

Sa décision est donc prise. En dépit des nombreuses dificultés auxquelles il continue de faire face, Mamadou Ndoye tiendra le coup. "Si j'abdique, notre famille sera la risée de tout le quartier."

A l'endroit de ces nombreux jeunes sénégalais pour qui, le temps s'est arrêté depuis longtemps, les jours, les semaines, les mois et les années chaque fois plus énormes, et qui voient en Europe l'unique bouée de sauvetage, le jeune Ndoye avertit : "L'Europe c'est pas ce que nous croyions. Ici, c'est le chacun pour soi. Sans papiers et sans travail on y crève de faim et passe la nuit à la belle étoile. Cela ne vaut pas la peine de se suicider en voulant la rejoindre par la mer."

Un message on ne peut plus clair. Mais sera-t-il entendu ? Rien n'est moins sûr.

 

27/05/06 - Effets de l'émigration clandestine : Le médicament contre le mal de mer se fait rare à Saint-Louis


par Gabriel BARBIER, Wal Fadjri, 27 mai 2006


L'émigration clandestine continue de développer ses effets pervers à Saint-Louis. Où, en plus du dépeuplement de Guet-Ndar, les pharmacies sont prises d'assaut par les candidats à l'émigration. Conséquence : le médicament contre le mal de mer se raréfie sur le marché.
(Correspondance) - Les problèmes liés à l'émigration clandestine sont toujours au c¦ur des débats dans la capitale du Nord. Malgré les mesures draconiennes prises par les autorités administratives pour faire face à ce fléau pernicieux qui perturbe l'activité des pêcheurs au niveau de la langue de Barbarie, les jeunes de Saint-Louis continuent toujours de peaufiner des stratégies pour se rendre en Europe. Du côté des pouvoirs publics, l'on réfléchit aussi sur des stratagèmes en vue de prendre les dispositions sécuritaires nécessaires pour barrer la route à ces candidats à l'émigration clandestine.

Le fait nouveau, c'est que ces derniers, se bornant à vouloir, vaille que vaille, quitter le pays, ont pris d'assaut toutes les pharmacies de la commune de Saint-Louis et environ, dans l'optique de se procurer le médicament (la Nautamine) qui devrait leur permettre, une fois à bord de leur embarcation, de supporter le mal de mer. De ce fait, ce produit pharmaceutique, fort prisé actuellement par les jeunes candidats à l'émigration n'est plus disponible dans le Nord du pays où les pharmaciens nous ont fait comprendre que c'est un médicament qui se vend sans ordonnance et à un prix accessible à toutes les bourses.

Les praticiens du droit, également, ne se tournent pas les pouces. Etant entendu qu'ils sont régulièrement sollicités pour des affaires liées à cette fameuse émigration clandestine. Chaque semaine, ils sont tenus de vider, au moins, deux ou trois dossiers de voyageurs clandestins rattrapés sur la route de l'Espagne. Mais ce qui alimente réellement les causeries, c'est la ferme détermination et la farouche volonté de ces jeunes d'aller en Europe. Ce qui est encore préoccupant, c'est de voir certaines femmes, veuves, divorcées ou célibataires, entourées de leur progéniture, qui s'activent énergiquement pour encourir le risque de se lancer dans cette aventure migratoire. Interrogées, ces dernières nous ont donné l'impression d'ignorer le mal de mer qui est pourtant, outre les attaques des requins et autres chavirements de pirogues, une des principales causes de pertes en vies humaines enregistrées à l'occasion de cette traversée de l'Atlantique. Le mal de mer est, en effet, à l'origine des vomissements, de la déshydratation et des évanouissements. Il convient de retenir cependant que ces braves femmes, la plupart ménagères et analphabètes, n'en ont cure.

 

 

25/05/06 - Attention, Sarko débarque !


par Élise Colette, www.jeuneafrique.com, 21 mai 2006

Au lendemain de ladoption par le Parlement français dune nouvelle loi - très contestée - sur limmigration, la visite à Bamako et à Cotonou du ministre français de lIntérieur a suscité quelques turbulences.

« Permettez-moi de vous parler très franchement, comme on ne le fait sans doute pas assez souvent entre Français et Africains », sest exclamé Nicolas Sarkozy au Palais des congrès de Cotonou, le 19 mai, devant un parterre de responsables béninois, lors de la deuxième étape de sa tournée africaine du 17 au 19 mai.

Pour sa troisième visite en Afrique subsaharienne (il sétait déjà rendu au Mali, en février 2003, puis au Sénégal, en décembre de la même année), le ministre français de lIntérieur na pas dérogé à ses habitudes et joué dans son registre de prédilection : provocation, franc-parler, discours de rupture et rhétorique sécuritaire. Venu pour « expliquer aux Africains » sa loi sur limmigration non plus désormais « choisie » mais « concertée » avec les gouvernements des pays démigration (voir encadré p. 14), il en a profité pour décrire à grands traits la politique africaine de la France. Comprenez : celle quil mènera sil remporte la course à lÉlysée.

Se référant tour à tour au discours de François Mitterrand à La Baule (1990), aux « qualités visionnaires du général de Gaulle » et au « courage » dÉdouard Balladur lors de lintervention française au Rwanda (1994), il a soigneusement évité dévoquer la politique africaine menée depuis dix ans par Jacques Chirac. Pis, en rendant hommage « aux Béninois, aux Maliens et Ghanéens qui ont donné une solide leçon à tous ceux qui répètent que la démocratie nest pas faite pour les Africains », il a sciemment pris le contre-pied dune déclaration du chef de lÉtat français datant de 1986 (« Les Africains ne sont pas mûrs pour la démocratie »). Morceau choisi : « Il nous faut débarrasser la relation Afrique-France des réseaux dun autre temps, des émissaires officieux qui nont dautre mandat que celui quils sinventent. Il faut définitivement tourner la page des complaisances, des secrets et des ambiguïtés. »

Tout le périple sarkozien a été parsemé de « petites phrases » assassines, du genre : « la France na pas besoin économiquement de lAfrique » ; ou « faisons de la discrimination positive à la française, en naidant pas de la même manière les démocraties et les régimes dictatoriaux » ; ou encore : « Africains, vous avez une responsabilité dans léchec économique de votre continent ». Bref, le ministre sest exprimé comme sil était déjà le chef de lÉtat. Par ses propos aux antipodes du discours diplomatiquement correct tenu dordinaire par les responsables français, il a pris le risque de déplaire et de mettre en péril son capital-confiance, déjà bien écorné, sur le continent. Les présidents du Mali et du Bénin se sont dailleurs gardés de tout commentaire public à lissue des discussions. Après tout, il nest encore « que » ministre dÉtat...

Au palais présidentiel de Koulouba, à Bamako, le 18 mai, Sarkozy a reçu des mains dAmadou Toumani Touré, en guise de cadeau de bienvenue, une porte dogon. « Cette porte, on peut louvrir ou la fermer, on est libre de la franchir », a expliqué le chef de lÉtat au ministre français de lIntérieur. Lallusion au durcissement des conditions dimmigration en France - qui concerne au premier chef les Africains et, tout particulièrement, les Maliens - était trop tentante pour que ATT y résiste. La veille, sur les ondes de Radio France internationale, il avait déjà expliqué que « lhospitalité malienne nest pas choisie ou sélective », référence au terme employé depuis plusieurs mois par Sarkozy pour qualifier sa nouvelle politique dimmigration.

Après la polémique déclenchée par le Sénégalais Abdoulaye Wade à propos du pillage des élites africaines, le mécontentement à légard des idées et du personnage même de « Sarko » sest largement exprimé, de Bamako à Cotonou.

Pourtant, ce voyage prévu de longue date - que les lenteurs parlementaires ont malencontreusement fait coïncider avec ladoption de la nouvelle loi sur limmigration - avait pour but essentiel, à moins dun an de la présidentielle, de conforter la stature internationale de Sarkozy. Officiellement, il a porté son choix sur le Mali et le Bénin parce que ces deux pays constituent à ses yeux des réussites démocratiques. Mais le fait quà linstar du Liberia, de lAfrique du Sud ou de la RD Congo - pays où il devait initialement se rendre - ils ne fassent pas partie de la « chasse gardée » du président Jacques Chirac ny est peut-être pas tout à fait étranger. « Voici quatre ans que Sarkozy est invité par Omar Bongo Ondimba, explique-t-on dans lentourage du président de lUMP. Sil ne sest toujours pas rendu au Gabon, ce nest pas de son fait. » Quand on connaît la proximité des présidents gabonais et français, tout est dit.

Mais finalement, même sil ne lavait pas prémédité, Sarkozy nest peut-être pas si mécontent que son périple africain ait tourné au débat - animé ! - sur limmigration. Car la fronde africaine légitime aux yeux dun certain nombre de Français la sévérité de sa politique en ce domaine. À le voir transpirer dans la touffeur ouest-africaine, certains feignaient malicieusement de sinterroger : pourquoi le ministre de lIntérieur parcourt-il tant de kilomètres pour, finalement, ne sadresser quaux électeurs français ?

À lambassade de France à Bamako, Nicolas Sarkozy a prononcé un discours devant une centaine de ses compatriotes installés au Mali - et naturellement inscrits sur les listes électorales, en France. « Jaurai besoin de vous », leur a-t-il lancé en riant. Sans doute avait-il à lesprit que les voix des Italiens de létranger ont assuré sur le fil la victoire de Romano Prodi, au mois davril? Et dajouter, comme pour sexcuser davoir confisqué au profit du candidat la tribune offerte par lambassadeur au ministre dÉtat : « Si je ne lavais pas dit, vous mauriez reproché de faillir à ma réputation. » En Afrique, en tout cas, sa réputation nest désormais plus à faire.

 

19/05/06 - Camp de refugiés en Afrique : Aide humanitaire ou chantage sexuellement transmissible ?


par Le Pays, Ouagadougou, 15 mai 2006.

L'ONG britannique, Save the children (Sauver les enfants), vient de publier un rapport accablant sur le comportement de ceux qui sont chargés d'apporter une assistance humanitaire aux populations déplacées ou réfugiées, désespérément démunies, du fait des différents conflits et autres atrocités qui frappent l'Afrique.

Le scandale a été découvert grâce à un travail de fourmi fait par cette ONG dans des camps installés au Liberia pour soulager des populations, notamment des femmes et des enfants en détresse. En fait, une population fragilisée par la guerre civile qui a ravagé ce pays.

Malheureusement, ces nobles intentions se sont vite transformées en cauchemar pour cette composante de la population. Fonctionnaires de l'ONU et Casques bleus se sont vite convertis en touristes sexuels qui usent et abusent de leur force de frappe financière (1 000 dollars par mois) pour appâter leurs cibles préférées, les populations vulnérables, veuves d'horizon et en quête du minimum vital.

Si l'on en croit cette ONG, tout se résumerait en ce terrible marchandage et ce troc sexuellement indigestes que que proposeraient ces "humanistes" à leurs clientes obligées, car réduites à vendre leur corps moyennant quelques bols de riz. "Ton sexe contre la nourriture". Un marchangade plus cynique que celui de "pétrole contre nourriture" proposé aux Irakiens.

Ce n'est pas la première fois que des humanitaires et des Casques bleus sont pris en flagrant délit d'entorse et de négation à leur mission de pompiers dans des régions où ils sont censés sécuriser les populations. En 2003 déjà, en RDC, des cas similaires avaient fait la une des médias et le tour de toutes les chancelleries. Le secrétaire général de l'ONU s'en était ému et avait ordonné des enquêtes pour sanctionner les coupables. Mais apparemment, il s'agit d'un coup d'épée dans cet océan d'inhumanisme dans la mesure où jusqu'à présent, une opacité totale entoure les résultats de ces enquêtes. On peut y voir là, une prime à l'encouragement puisque ces dérives sont récurrentes.

Plus grave, on assiste à un ensevelissement de l'humanitaire sous les gravats des crimes de toutes sortes. Ainsi, au nom de l'humanitaire, la communauté internationale finance des projets et paye des hommes pour déshumaniser des populations dont le tort est d'être victimes de la sécheresse de coeur de leurs semblables. Certes, certains pays originaires des Casques bleus avaient pris des mesures énergiques en sanctionnant des éléments de leurs contingents.

C'est le cas du Nigeria qui avait infligé une sanction collective à des policiers servant la mission de l'ONU en RDC. Mais d'une manière générale, l'on se contente de renvoyer les fautifs dans leur pays d'origine. Quand on sait que sous nos tropiques, l'impunité dont peut jouir un individu est à la hauteur de l'épaisseur de son portefeuille, il est évident qu'un Casque bleu, grassement prayé, a tous les arguments convaincants pour échapper aux griffes des juridictions nationales.

Du reste, le choix de ces Casques bleus par leur hiérarchie ne se fait pas toujours dans la transparence. Pourquoi ne pas alors envisager de faire juger ces hommes qui foulent aux pieds les règles élémentaires de la morale et de l'éthique de leur mission par des juridictions internationales, sous l'égide de l'ONU ? Cela éviterait de discréditer l'ONU.

En attendant, que vont devenir les victimes de cette bestialité ? Il s'agit de ces enfants conçus dans la clandestinité (monnayant un oeuf ou un dollar selon le constat des différents rapports), après des rapports non consentants, nés dans la douleur, abâtardis et qui vont se retrouver dans un univers hostile dû aux pesanteurs socioculturelles. Il s'agit enfin de ces malheureuses mineures dont le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elles peuvent se retrouver avec des maladies sexuellement transmissibles.

Loin de refuser à ces délinquants et déviants sexuels leur droit de se défouler, ils auraient dû se contenter des possibilités qu'offre le plus vieux métier du monde plutôt que d'être la honte de toute l'humanité. Il est temps de mettre un frein à cette pratique éhontée et permanente consistant à exploiter la misère de ceux qui étaient en droit d'attendre des humanitaires des messagers de la reconquête de leur dignité perdue plutôt que des assassins de leur droit à être des êtres au sens plein du terme.
Source : http://www.lefaso.net/article.php3?id_article=14051

 

 

L'argent sale du bois tropical


Le bûcheronnage, un secteur économique qui compte de nombreux acteurs sans aucun scrupule
Global Witness, partie civile au procès du négociant néerlandais Guus Kouwenhoven à La Haye, dénonce l'exploitation criminelle des ressources naturelles et leur lien avec les atteintes aux droits de l'homme. Alex Yearsley est coordinateur de programmes au sein de l'ONG.

Pourquoi l'exploitation du bois tropical peut-elle être dangereuse ?
Le bûcheronnage est un secteur économique qui compte de nombreux acteurs sans aucun scrupule. Ils sont là pour couper le plus de bois possible, le plus vite possible et pour le moins cher possible. Cela ne nourrit pas seulement les conflits comme ce fut le cas au Liberia. Il y a la corruption, le trafic d'armes... Des sociétés d'exploitation ont des liens avec des réseaux de blanchiment d'argent de la drogue. Ils ne replantent pas, ils n'exploitent pas la ressource de manière raisonnée. Le bilan environnemental est catastrophique.

Comment peuvent agir les pays consommateurs ?
Il faut un système international garantissant l'origine du bois et les conditions d'exploitation. Il faut aussi mettre fin au système des concessions, qui ne vise que des bénéfices rapides. Malheureusement, la Banque mondiale croit que la réponse aux problèmes d'un pays à peine sorti de la guerre est d'ouvrir tous les secteurs à l'exploitation commerciale.

Quels sont les pays les plus menacés aujourd'hui ?
Nous sommes très inquiets pour la république démocratique du Congo. Il y a des zones forestières immenses prêtes à être divisées entre les sociétés de bûcheronnage, des millions de personnes dépendent de la forêt pour leur subsistance, et la Banque mondiale pousse à l'exploitation commerciale. Nous sommes aussi très préoccupés par le rôle que joue la Chine. Où que l'on aille en Afrique, en ce moment, on voit des Chinois tenter de passer des accords sur les ressources naturelles.

Propos recueillis par AFP, 24 avril 2006

 

Alpha Oumar Konaré dénonce la traite des cerveaux


L'Afrique est victime de "la traite des cerveaux" qui pénalise ses efforts de développement, a déclaré lundi à Alger le président de la Commission de l'Union africaine (UA) Alpha Oumar Konaré.
Dans son allocution prononcée à la cérémonie d'ouverture d'une réunion d'experts africains sur la migration, M. Konaré a critiqué la politique d'"immigration sélective" des pays développés. "De façon unilatérale, on décide de piller et de pomper les pays africains de leurs cerveaux", a-t-il indiqué.
Selon le président de la Commission de l'UA, plus de 25 000 diplômés dans tous les domaines partent de l'Afrique chaque année.
Il a comparé cette nouvelle "traite des cerveaux" à celle des esclaves africains aux 17ème et 18ème siècles, en la qualifiant d' "inacceptable et extrêmement grave".
"Nous ne sommes pas contre la circulation (des personnes), qui est en soi quelque chose d'enrichissant, mais la réalité aujourd'hui, c'est que l'Afrique, jadis privée de bras, est maintenant privée de cerveaux", a-t-il poursuivi.
L'Afrique fait appel actuellement à des milliers de coopérants étrangers dans les domaines concernés par cette fuite des cerveaux,ce qui coûte au continent "plus de 4 milliards de dollars annuellement", a révélé M. Konaré.
En adoptant des politiques qui incitent les scientifiques et les ingénieurs africains immigrés à s'établir durablement dans les pays développés, "on empêche le décollage économique de l'Afrique", a dit M. Konaré, tout en souhaitant discuter avec les pays développés de ce problème.
Lors de cette réunion de trois jour à Alger qui a pour thème "Migration et développement" et "Position africaine commune sur la migration et le développement", les participants travailleront sur la base d'un document élaboré par la Commission africaine, dans le but de parvenir à une feuille de route africaine sur la migration, en perspective d'une réunion ministérielle avec l'Union européenne qui se tiendrait avant fin 2006.
Source : Xinhuanet, 3 avril 2006

 

Journée de l'Enfant Africain : pour Boubacar et Mohamed

par Claire Aymes, Collectif Actions pour les Victimes Anonymes du Dakar (CAVAD)

Personne n'en a parlé. Manifestations anti-CPE oblige. Le 19 mars était la Journée de l' Enfant Africain. Elle est passée totalement inaperçue mais existe-t-il une journée pour l'enfant européen ou asiatique ? Pas à notre connaissance.

Cette journée occultée est-elle suffisante pour enrayer ces millions de morts et les 12 millions de ces enfants atteints du SIDA ? Pas vraiment.

Mais cette journée oubliée, nous la dédieront pourtant à Boubacar Diallo et Mohamed Ndaw, victimes 2006 du rallye Dakar. Nous souhaitons rappeler les règles de droit qui garantissent la protection des enfants. « Les enfants sont notre avenir, protégeons-les » : tel est le message que les organismes internationaux proclament afin d'attirer l'attention sur les épreuves qu'endure cette catégorie de la population. En ce 19 mars 2006, Nous pensons aux enfants soldats dans les régions en proie aux conflits armés.

A l'absence de protection pour les mineurs étrangers isolés, désireux d'obtenir le statut de réfugiés, détenus des zones d'attente et autres centres de rétention. A la législation et à la pratique en matière d'arrestation et de détention de mineurs étrangers. Aux efforts à fournir également en matière de lutte contre la maltraitance (esclavage, tourisme sexuel...)

Nous pensons à la discrimination dont sont victimes les enfants africains du fait de leur origine. Aux conditions de logement souvent difficiles pour leurs familles (insalubrité, saturnisme...)

A l'inéluctable retour au travail de ces enfants. A la présence de plus en plus d' enfants vivant dans la rue avec leurs mères sans-papiers en difficulté ou comme à Marseille, à ces enfants débarquant des ferries chassés par les guerres, les persécutions ou la misère.

Et plus concrètement, beaucoup plus près de nous, nous pensons déjà aux prochains enfants africains sacrifiés au cours de la fête annuelle si médiatique du rallye Dakar. La mort inopinée d'un enfant est toujours un drame. Son assassinat programmé est un crime.

En nous taisant, nous serons tous complices. Pour Boubacar et Mohamed, nous pouvons mettre un terme à la honte et à l'insupportable en réclamant la suppression du rallye Dakar. http://www.gopetition.com/online/7725.html Et cette journée du 19 mars 2006 n'aura peut-être pas existé pour rien. Source : http://www.stop-rallyedakar.com/

 

 

Aggravation de la situation des droits de l'Homme dans des pays d'Afrique


La situation pour les défenseurs des droits de l'Homme en Afrique "s'est tout particulièrement aggravée en 2005 en République démocratique du Congo, en Ethiopie, au Soudan ou encore au Togo", souligne le rapport annuel publié mercredi par la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH) et l'Organisation mondiale contre la torture (OMCT).
"Mauvais traitements et actes de violence ont été relevés au Niger, en
Ouganda, au Soudan, en Tanzanie, au Tchad, au Togo et au Zimbabwe, allant parfois jusqu'à l'assassinat (RDC, Sierra Leone)", relève le rapport.
Il cite des "poursuites judiciaires et arrestations arbitraires" dans onze
pays, dont le Cameroun, Djibouti, l'Erythrée, le Kenya, la Mauritanie, le Niger.
Menaces, campagnes de diffamation et autres formes de harcèlement ont
également été utilisés pour dissuader les défenseurs des droits de l'Homme de poursuivre leur action au Sénégal, en Somalie, au Congo-Brazzaville, en Côte d'Ivoire et au Nigeria.
"En 2005, les libertés de réunion, de manifestation et de rassemblement
pacifique restent largement bafouées sur l'ensemble du continent", déclare le rapport qui cite notamment le Cameroun, la Côte d'Ivoire, le Kenya et la RDC où plusieurs manifestants ont trouvé la mort en juin dernier.
Au Zimbabwe, ces libertés sont "systématiquement violées" et Fatimata Mbaye, vice-présidente de la FIDH et présidente de l'Association mauritanienne des droits de l'Homme a souligné que la seule possibilité de réunion étaient les funérailles.
Elle a dénoncé "1.300 cas de viols en Centrafrique", les qualifiant de
"crimes de guerre". Quant à "la tragédie du Darfour (Soudan), c'est une
situation génocidaire en raison de l'odeur du pétrole dans cette zone", a dit M. Sidiki Kaba, président de la FIDH, en présentant ce rapport.
Au Togo, à la suite des élections présidentielles d'avril 2005, et de
l'élection contestée de Faure Gnassingbé, les violences et la répression des manifestations ont fait quelque 500 morts, selon les Nations Unies.
"Au plus fort des violations, les autorités ont tout fait pour faire taire
les dénonciations" à ce sujet, souligne le rapport.
Même situation en Ethiopie, où 75 personnes ont été tuées lors des
manifestations contestant les résultats des élections. Les militants "qui
tentaient de dénoncer ces violations ont été victimes de graves représailles", la situation de plusieurs "reste inconnue", selon la FIDH.
Journalistes et syndicalistes sont particulièrement visés. En Sierra Leone,
Harry Yansaneh, membre d'Amnesty International et de la Ligue des droits de l'Homme, a été attaqué dans les locaux de son journal à Freetown et est mort des suites de ses blessures.
La tragédie des émigrants qui périssent en tentant de gagner l'Europe a par ailleurs été évoquée par Driss El Yazami, secrétaire général de la FIDH qui a condamné "les assassinats" dont certains, selon lui, ont été victimes à Ceuta et Melilla. "La responsabilité du Maroc et de l'Espagne est engagée à l'évidence", a-t-il dit, précisant que la FIDH préparait des missions d'enquête en Espagne, au Maroc, en Algérie et au Mali.
Source : AFP, 22 mars 2006

 

Immigration clandestine : Trêve de lamentations !


par Le Pays, Ouagadougou, 20 mars 2006.

"Voir l’Occident et mourir". Tel pourrait être le titre d’un film. Pas un film de fiction, mais tiré des mésaventures des jeunes Africains qui, contre vents et marées, ne rêvent que d’Occident, même au prix de leur vie.

Il serait indigeste et nauséabond de revenir sur ces images macabres de jeunes dont certains n’auront jamais de sépulture, parce que, même refoulés par les vagues et ignorés des requins saturés de chair humaine, ils seront livrés aux charognards. Ni l’Occident humaniste et généreux, ni l’Afrique hospitalière et respectueuse des morts n’aura d’égards pour eux.

Pour l’Occident en tout cas, si l’Histoire peut parfois se répéter, il n’est pas question d’accepter l’histoire de cette colonisation à rebours. Si hier, de même dans une certaine mesure aujourd’hui, les colons n’ont pas eu besoin du moindre papier pour débarquer en Afrique, il n’en est pas de même pour les Africains en partance pour l’Occident.

Non content d’ériger des "murs de Berlin" et des barbelés pour verrouiller ses frontières et contenir cette vague déferlante et menaçante, l’Occident s’est doté d’arsenaux juridico-administratifs pour endiguer ce flux migratoire. Si, tant bien que mal, il a réussi à décourager et limiter les vocations à l’immigration à partir des côtes marocaines, l’appel du grand large s’est déporté sur les côtes mauritaniennes.

Mais au-delà des accusations mutuelles, n’y a-t-il pas lieu que chacun fasse son examen de conscience afin de trouver des remèdes au phénomène migratoire ? Plutôt que de voir dans le comportement actuel des dirigeants occidentaux, l’_expression d’une négrophobie ou d’une afrophobie, les gouvernements africains auraient intérêt à reconnaître leurs propres torts.

On le voit aujourd’hui. Face à cette tragédie, l’Afrique consentante accepte d’offrir son sol pour l’érection d’enclos de lamentations, de véritables points de triage, qui rappellent cette tristement célèbre Ile de Gorée, en vue de parquer dans des conditions humiliantes, des candidats à l’immigration.

L’argument simpliste qui consiste à accuser la colonisation de tous les maux dont souffre actuellement l’Afrique empêche toute analyse froide et objective. Il ne s’agit pas d’innocenter l’Occident car, de toute évidence, sa prédation sur l’Afrique a laissé des séquelles indélébiles sur le terrain. Et si aujourd’hui on parle de réparation, ce n’est que justice à rendre. Malheureusement, aucun Africain n’a réussi, jusqu’à ce jour, à comptabiliser de tels dégâts. C’est ainsi qu’on parle aujourd’hui, plus de réparation morale que matérielle ou financière.

Sur ce point, même si les initiatives sont individuelles, certains pays occidentaux reconnaissent aujourd’hui que la traite négrière et la colonisation ont été des crimes contre l’humanité. La dernière reculade de la France à propos des bienfaits de la colonisation constitue une avancée en matière de devoir de mémoire.

Sans le crier sur tous les toits, l’Occident, à travers son aide à l’Afrique, estime avoir rempli son contrat avec l’Afrique et continue à le faire. Même si on peut épiloguer sur la manière dont cette aide est octroyée, on ne peut nier que depuis les indépendances, les pays européens, parmi lesquels certains n’ont pas de passé colonial, ont déversé des montagnes d’argent sur l’Afrique en vue de financer son développement.

Aujourd’hui, le bilan de cette intervention semble mitigé. Non seulement elle n’a pas atteint sa finalité (la fin de l’aide), mais également on voit difficilement son impact sur le terrain en termes de réduction de la pauvreté, un thème à la mode aujourd’hui. Le seul reproche qu’on pourrait faire à l’Occident, c’est d’avoir mis tous ces paquets d’argent entre les mains de dirigeants cupides, plus soucieux de leur propre développement que des légitimes aspirations du plus grand nombre laissé sur le quai du progrès.

Certains dirigeants africains, insensibles à la clameur de leurs citoyens, se sont transformés en coffres-forts ambulants avec l’argent de l’aide, des sous provenant du portefeuille du contribuable occidental qui exige de ses dirigeants des comptes. De sorte que l’Occident, à force de pomper son argent, se trouve aujourd’hui à bout de souffle.

En plus, il doit faire face à ses propres urgences socio-économiques. On ne saurait demander, par exemple à la France, qui n’a pas encore fini d’exorciser la crise des banlieues et qui vient d’engager un bras de fer avec les étudiants à propos du fameux CPE (Contrat première embauche) d’être plus royaliste que les Africains en ouvrant ses frontières à cette horde, la plupart sans qualification, pour exercer un travail dans un pays où les postes d’emploi sont de plus en plus automatisés. Aujourd’hui, les problèmes soulevés par l’immigration clandestine doivent dépasser les sentiments et être conçus en termes d’offre et de demande.

En effet, l’Occident n’a plus rien à proposer à nos citoyens qui n’ont pas toujours les qualifications requises pour prétendre à un emploi. D’ailleurs, l’Afrique ne donne pas le bon exemple de libre circulation des personnes et des biens. On ne saurait compter le nombre d’expulsions dont ont été victimes des Africains en Afrique.

L’Afrique ne devrait pas être fière de voir ses enfants mourir à ses portes. Elle doit cesser de pointer un doigt accusateur sur les Européens. Elle doit faire son mea-culpa et réfléchir sur ses propres stratégies d’éradication de ce phénomène dégradant. Ce ne serait certainement pas à coups de discours et de larmes (de crocodile ?), mais en s’engageant dans des politiques de réinsertion qui ne discriminent personne. Quand on imagine que les sommes épargnées dans la douleur par ces candidats à l’immigration pour entreprendre ces voyages et qui se terminent la plupart du temps par la mort pourraient servir à monter de petits projets sur place, on mesure la profondeur du manque d’inspiration de nos dirigeants, sclérosés par la routine.

Quoi qu’il en soit, l’Afrique doit craindre l’effet boomerang. Le jour où l’Occident parviendra à endiguer complètement le mouvement de ces affamés, leur reflux sera source de déstabilisation pour les pays africains.
Source : http://www.lefaso.net/article.php3?id_article=13069

 

 

Jean-Philippe Omotunde, historien des peuples noirs, animateur de l'Institut Africamaat


Source : http://bcdlabel.com/ilsnousfontavancer.php, Paris, 10 mars 2006

Jean-Philippe OMOTUNDE a répondu à nos questions : il est notre septième invité et nous le remercions de s'être prêté au jeu.
Exceptionnellement, il a répondu à 12 questions au lieu des 10 initialement prévues. Courageux, précis, décidé.

1 Bonjour, pourriez-vous vous présenter aux internautes de BCDLABEL.COM ? (Origine, situation familiale, depuis quand vivez-vous en France et surtout à Paris)

Hotep (paix) à tous. Je suis originaire d'une terre kamite nommée Karukéra par les Indiens premiers habitants de l'île (paix à leurs âmes), puis Guadeloupe par les Européens. Je suis venu à Paris dans les années 80 pour y faire des études en marketing et en communication. Par la suite, j'ai décidé de réaliser mon vieux projet d'adolescent : étudier notre histoire !

2 Qu'est ce qui vous a le plus marqué en arrivant à Paris ?

J'ai été surpris de découvrir que les jeunes français n'avaient aucune appréciation exacte des anciennes colonies françaises. Pour eux, situer la Guadeloupe sur un globe terrestre relevait de l'exploit. En cours, on me demandait par exemple, si nous vivions encore dans les arbres ( ?). Paradoxalement, j'ai pris conscience que nous n'avions, qu'une vision très superficielle de notre histoire africaine et panafricaine. Inconsciemment durant notre enfance, nous avions été déconnecté de notre histoire et ceci est très grave.

3 Vous êtes le boss de l'excellent site africamaat.com, comment avez-vous débuté ?
Après avoir étudié l'histoire africaine durant près d'une dizaine années au CERVA et à l'IECA, Abdoulaye un ami webmaster, m'a proposé en 2003 la création d'un site web pour promouvoir les travaux du professeur Cheikh Anta Diop. Notre souhait étant d'être le plus technique et précis que possible dans divers domaines, nous avons donc formé une équipe pluridisciplinaire de spécialistes en égyptologie, en historiographie des religions et en histoire de civilisations africaines. J'ai donc sollicité René Louis Etilé et Pierre Nillon pour que nous lancions ensemble le projet sous le nom d'agorafrica.com pour finalement changer en africamaat.com. D'autres chercheurs résidant en métropole ou ailleurs sont alors venus renforcer l'équipe initiale, comme Mubabinge Bilolo, Jean Paul Mbelek, Bwemba Bong, Doumbi Fakoly, Pharaon Seti, et bien d'autres sans oublier Salomon et Olivier notre webmaster actuel sans qui l'aventure serait déjà terminée. Notre souhait reste d'offrir à la jeunesse panafricaine, une vision claire et précise de son patrimoine historico-culturel, de la préhistoire à nos jours.

Au-delà, nous avons crée depuis 2 ans l'Institut Africamaat qui dispense des cours sur l'histoire de l'Afrique antique, sans oublier la géopolitique africaine. Nous avons aussi lancé le journal Afrik@raïbes mag aux éditions Menaibuc, pour promouvoir l'histoire scientifique du Monde Noir. Bref, on est finalement assez actif.

4 Vous êtes l'auteur d'un certain nombre d'ouvrages, pouvez-vous nous en parler ?

J'ai publié aux éditions Menaibuc trois ouvrages, L'origine négro-africaine du savoir grec, Les racines africaines de la civilisation européenne et La traite négrière européenne : vérité et mensonges (cf. menaibuc.com). Mes deux premiers ouvrages s'appuient sur le testament historique des grecs anciens qui rend caduque la thèse du « Miracle grec ». Ces derniers ont de leurs propres aveux, largement puisés en Afrique noire, les fondements de leur civilisation (architecture, spiritualité, sciences, philosophie, lois..). Pour le dernier sur la traite européenne, je dirai que c'est l'antidote du poison de la grenouille empêtrée.

Très bientôt, je vais de nouveau publier deux autres ouvrages. Pour les jeunes de 4 à 14 ans, j'ai confectionné un ouvrage didactique qui leur présentera leurs Humanités Classiques Africaines de façon ludique. Et le second concernera la philosophie de l'Afrocentricité qui est à mes yeux la plus judicieuse. Il fallait un éditeur pragmatique, visionnaire, artisan de la Renaissance Africaine et prêt à certains sacrifices pour arriver à dynamiser les travaux des chercheurs panafricains suivant les pas du professeur Cheikh Anta Diop, d'où mon choix des éditions Menaibuc. Rien n'est facile ou acquis d'entrée mais je crois que c'est ensemble que l'on forme une équipe formidable.

5 Chercheur en histoire, spécialiste en communication, enseignant à l'Institut Africamaat. Qu'est ce que vous enseignez exactement ?

Je mets l'accent sur « La transmission du savoir à l'époque de l'Afrique pharaonique » afin d'apprécier la vision de nos ancêtres kamits, d'encourager la comparaison avec l'époque actuelle et enfin, de démontrer qu'il est vital dans le Monde Noir, de bâtir un corpus pédagogique reposant sur nos Humanités Classiques Africaines. Notre principal problème vient du peu d'importance que nous accordons à l'éducation et à la formation de notre jeunesse. Vous savez, l'éducation est une chose sacrée.

En Guadeloupe par exemple, une responsable d'un grand lycée m'avouait en 2004 qu'elle formait les jeunes pour qu'ils aillent travailler en métropole. Ce qui relève d'une entreprise de déformation mentale est appelé ici une formation, cherchez l'erreur !

Nous avons délégué notre responsabilité en matière d'éducation scolaire et spirituelle à