07/07/06 - "Migration
et développement" Conférence ministérielle
euro-africaine à Rabat, 10-11 juillet 2006
Pour connaître les objectifs et les participants à cette
conférence, cliquer sur http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/europe_828/union-europeenne-monde_13399/politique-migratoire_14603/migration-developpement-rabat-10-11.07.06_38190.html
07/07/06 - Manifeste non gouvernemental euro-africain
sur les migrations, les droits fondamentaux et la liberté de
circulation
Adopté le 1er juillet 2006 à Rabat
Nous, acteurs des sociétés civiles d'Afrique subsaharienne,
d'Afrique du Nord et d'Europe, réunis en Conférence non
gouvernementale euro-africaine les 30 juin et 1er juillet 2006 à
Rabat, indignés par la guerre aux migrants qui s'amplifie d'année
en année le long des côtes méditerranéennes
et atlantiques, refusons la division de l'humanité entre ceux
qui peuvent circuler librement sur la planète et ceux à
qui cela est interdit, refusons également de vivre dans un monde
aux frontières de plus en plus militarisées qui segmentent
nos continents et veulent transformer chaque groupe de pays en forteresse.
Considérant que le respect de ce droit fondamental qu'est la
liberté de circulation telle qu'énoncée dans l'article
13-1 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1948
est une condition préalable à l'exercice des autres droits
fondamentaux, et que cet article 13-1 posant comme un droit fondamental
celui de pouvoir quitter son pays signifie nécessairement celui
de pouvoir s'installer dans un autre pays ;
Considérant que les restrictions actuelles à la liberté
de circulation restreignent uniquement celle des plus pauvres et reflètent
non seulement la montée en puissance des nationalismes xénophobes
mais aussi la peur élitiste des populations défavorisées
;
Considérant que, contrairement aux idées reçues,
et comme l'a reconnu la CNUCED dans son rapport de 2004, c'est encore
l'Afrique qui finance l'Europe alors que les écarts de revenus
par habitants entre l'Europe et l'Afrique ne cessent de s'accroître
;
Considérant que les politiques sécuritaires font croire
que les migrations sont un problème et une menace alors qu'elles
constituent depuis toujours un phénomène naturel et que,
loin d'être une calamité pour les pays développés,
elles constituent un apport économique et culturel inestimable
;
Considérant que les mesures sécuritaires ne mettront pas
fin aux flux migratoires, induits par de multiples facteurs, et que
les expériences historiques de libre circulation des personnes
ont montré que celle-ci ne limite ni la souveraineté ni
la sécurité des Etats qui sont davantage menacées
aujourd'hui par la libre circulation des capitaux ;
Considérant que le respect de la Déclaration Universelle
des Droits de l'Homme de 1948 demeure un objectif qui doit être
poursuivi par l'adoption de mesures visant à instaurer la liberté
de circulation et la réhabilitation du droit d'asile d'une part
et le respect effectif du droit au développement d'autre part
;
Nous exigeons :
1) le renoncement à l'idéologie sécuritaire et
répressive qui oriente aujourd'hui les politiques migratoires,
notamment à « l'externalisation » de l'asile et des
contrôles aux frontières, à la criminalisation des
migrations, ainsi qu'à toute loi raciste, xénophobe ou
discriminatoire ;
2) la refondation des politiques migratoires sur la base du respect
des droits humains, d'une réelle égalité des droits
des personnes vivant sur un même territoire et, dans l'immédiat,
de la régularisation de tous les migrants sans papiers ;
3) la dépénalisation du délit de séjour
irrégulier et de l'aide aux personnes contraintes à ce
type de séjour ;
4) l'annulation des accords de réadmission de personnes expulsées
et l'abandon de toute négociation en ce sens par les Etats ;
5) la suppression des visas de court séjour, de toutes les entraves
posées à la sortie d'un territoire, et la justification
détaillée et contrôlée des refus de visas
d'établissement avec une stricte symétrie des conditions
africaines et européennes de délivrance de ce type de
visas ;
6) la fermeture de tous les lieux d'enfermement et autres dispositifs
de blocage des personnes aux frontières ;
7) l'abolition de toutes les mesures faisant obstacle aux possibilités
de regroupement familial ; 8) l'application complète et sincère
de tous les instruments de protection internationale afin de ne pas
réduire le droit d'asile à une simple fiction ;
9) l'octroi systématique à tous les réfugiés
statutaires d'une complète liberté de circulation et d'installation
et d'une protection à travers le monde ;
10) la refondation financière et juridique du HCR de manière
à ce qu'il protège effectivement les demandeurs d'asile
et réfugiés et non pas les intérêts des gouvernements
qui le financent ;
11) la ratification de la Convention internationale sur la protection
des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leurs
famille, son intégration dans les lois nationales, la ratification
des conventions de l'Organisation Internationale du Travail, et notamment
les conventions 143 et 97 ainsi que leur mise en ¦uvre ;
12) que toute négociation euro-africaine repose sur le principe
d'égalité des interlocuteurs et que les dirigeants africains,
qui ont si peu défendu les intérêts de leurs populations,
assument pleinement leurs responsabilités, tout particulièrement
en remettant en cause les accords de partenariat euro-africains.
13) la mise en place de mécanismes de souveraineté alimentaire
et la suppression des accords qui hypothèquent l'avenir de l'agriculture
africaine ;
14) la suppression des conditionnalités imposées aux pays
africains dans les négociations internationales, et tout particulièrement
celle de la sous-traitance de la lutte contre les migrations ;
15) l'annulation inconditionnelle de la dette des pays du sud ainsi
que le rapatriement de leurs avoirs placés dans des banques étrangères.
Rabat, le 1er juillet 2006
Algérie CISP - SARP - Rencontre et développement - LADDH
- RAJ
Allemagne Fluechtlingsrat Hamburg - Réseau Nolager
Belgique Association Internationale des Juristes Démocrates -
CADRE - CIRE - Organisation des Exiles Politiques Ivoiriens - SOS Migrants
Bénin Ass. Interafricaine de promotion et défense des
droits des réfugiés et demandeurs d'asile
Canada Action Canada for Population & Development
Cameroun AFVMC - Ass. des Réfugiés sans frontières
Congo RDC Entreprendre-Cedita - GRAPR/NAD - La voix des sans voix pour
les Droits de l'Homme
Congo Brazzaville CEMIR International
Côte d'Ivoire FNDP - ROAD
Espagne APDH Andalucia. - Comisión Española de Ayuda al
Refugiado -Confederación General del Trabajo - Un mundo sin fronteras
Europe Migreurop.- Plateforme non-gouvernementale Euromed
France AIDE Fédération - Ass. du Manifeste des libertés
- ASDHOM - ATMF - ATTAC - Autre monde - CIMADE - Enfants du Monde Droits
de l'Homme - IDD - IDF AMF - GISTI - IPAM - Médecins du Monde
- PS-Section Lille - Réseau Terra
Guinée ONG-ADEG
Italie ARCI - ASGI - Partito di Rifondazione comunista - SINCOBAS
Libye Ligue Libyenne des Droits Humains
Luxembourg ASTI
Mali CADMali - Ass. des Maliens Expulsés - AIDE
Maroc ABCDS - AFVIC - Alterforum. - AMDH- Amnesty Maroc - AMERM - ANOLF
- ARCOM - Ass.Africa Maghreb - Ass. Chouala Zaio Nador - Ass. Madinati
Kenitra - ATTAC - Caritas - CEI - CESAM - CETASSO- Chabaka - CISS -
Coll. des Réfugiés - Conseil des migrants subsahariens
- Fondation F.Ebert - FMAS - Oxfam Intermon - Plateforme-migrants -
Hommes et environnement - OMDH - Pateras de la vida - RESAQ - SRMIDI
Mauritanie AMDH
Niger Timidria - Réseau National Dette et développement
- Alternative Espaces Citoyens
Pays-Bas Platform Buitenlanders Rijmond - The Hague Process on Refugees
and Migration - KMAN - Plateforme Intercontinentale des MRE - EMCEMO
Pluri-national Nord/Sud XXI
Sénégal ANAFA - Union de la Solidarité et de l'Entraide
Tunisie CNLT - ATFD - LTDH -Ass. Tun.de Lutte contre le sida...
Source : http://www.migreurop.org/article926.html
17/06/06 - L'Afrique, terre de missions chinoises
par Joëlle GARRUS, AFP, 15 juin 2006
L'Afrique où se rendra le Premier ministre chinois Wen Jiabao
à partir de samedi est plus que jamais une terre de missions
pour les dirigeants chinois qui auront parcouru pas moins de quinze
pays du continent depuis le début de l'année.
Deux mois après le voyage du président Hu Jintao au Maroc,
au Nigeria et au Kenya, Wen Jiabao enchaînera du 17 et au 24 juin
avec l'Egypte, le Ghana, le Congo, l'Angola, l'Afrique du Sud, la Tanzanie
et l'Ouganda.
En janvier, le chef de la diplomatie Li Zhaoxing avait réservé
à l'Afrique sa première tournée de l'année
(Cap Vert, Sénégal, Mali, Liberia, Libye et,
déjà, Nigeria).
Les dirigeants chinois soignent leurs relations avec les économies
riches en ressources naturelles qui semblent bénéficier
de son essor, de ses investissements, de sa forte demande de matières
premières et du démarrage récent des échanges
commerciaux.
Ces derniers, quasiment inexistants il y a vingt ans (817 millions de
dollars en 1977) ont entamé une courbe progressive dans les années
90 pour connaître une brusque accélération en 2000-2001.
Ils ont triplé entre 2001 et 2004 passant de 10,8 à 30
milliards de dollars, et auraient même atteint 39,5 milliards
l'année dernière, selon des estimations chinoises.
Dans un sens sont importées des ressources, de l'autre des biens
manufacturés, dont près de la moitié, affirment
les douanes chinoises, sont désormais à haute valeur ajoutée.
La Chine fait venir d'Afrique près de 30% de ses importations
de pétrole, 21% de son coton, un tiers de son manganèse.
Les relations Chine-Afrique, idéologiques dans les années
60-70, sont devenues pragmatiques, après un net tournant au début
des années 90. La Chine est alors en plein activisme pour damer
le pion à Taïwan sur le continent, stratégie qui
culmine par l'établissement en 1997 de relations diplomatiques
avec l'Afrique du Sud, le principal pays industrialisé qui entretenait
encore des liens officiels avec l'ex-Formose.
Elle accroît sa coopération militaire, son aide, ses investissements
via des compagnies d'Etat qui peuvent tabler sur le long terme, sans
les impératifs de rentabilité des entreprises occidentales.
Les investissements sont dirigés tous azimuts: grands projets
d'infrastructures, champs pétroliers au Soudan (l'un de ses premiers
coups d'éclat dans le secteur pétrolier en Afrique, en
1997) ou raffinerie au Nigeria (décidée lors de la visite
de Hu, qui a valu à la Chine de remporter quatre licences d'exploitation
pétrolière), mais aussi fabrique de lotion capillaire
en Sierra Leone ou production de soja au Mozambique.
Dans l'autre sens, le flot des FDI est restreint et principalement sud-africains,
comme SABMiller entré au capital de nombreuses brasseries chinoises,
ou SASOL intéressé par deux projets de liquéfaction
du charbon.
La Chine donne et prête aussi, généreusement. Son
rôle est parfois essentiel: elle est devenue le premier acteur
de la reconstruction de l'Angola - qui lui vend 25% de son pétrole.
Au grand dam de la communauté internationale, elle n'hésite
pas à entretenir des liens avec des Etats critiqués comme
le Soudan (1er importateur de produits chinois d'Afrique sub-saharienne,
2e exportateur de pétrole) ou la République Démocratique
du Congo (sa 1ère source africaine de métaux).
Ses amis africains apprécient sa "politique de non-ingérence
dans les affaires intérieures" et la manne qui a aidé
l'Afrique à connaître 5,5% de
croissance en 2005.
Certains commencent toutefois à se poser des questions. Si l'Afrique
va tirer bénéfice du récent intérêt
de la Chine pour ce continent, les deux parties doivent "discuter
et définir" la nature de leurs relations économiques,
estimait récemment le président sud-africain Thabo Mbeki.
17/06/06 - Première étape du voyage
de Wen Jiabao : l'Égypte
par Jean-Marc MOJON, AFP, 15 juin 2006
Le Premier ministre chinois Wen Jiabao lance samedi en Egypte une tournée
africaine, pour célébrer une amitié politique que
la Chine veut conjuguer avec sa recherche stratégique de ressources
naturelles.
L'Egypte a été le premier pays africain à établir
des relations diplomatiques avec la Chine, le 30 mai 1956, et depuis
les deux pays maintiennent de bonnes relations.
"Ces deux pays ont cette relation à coeur" a affirmé
à l'AFP le directeur du département Asie au ministère
égyptien des Affaires étrangères, Ali al-Hefny,
en détaillant les cérémonies prévues pour
l'occasion au pied des pyramides.
Les visites réciproques de hauts responsables sont régulières,
le président égyptien Hosni Moubarak, qui s'est rendu
en Chine six fois depuis son arrivée au pouvoir en 1981, étant
attendu à Pékin avant la fin de l'année.
Durant la visite de 24 heures de M. Wen, pas moins de dix accords
bilatéraux, mémorandums et lettres d'intention doivent
être signés. Les échanges entre les deux pays se
sont élevés à 2,2 milliards USD en 2005, la balance
penchant fortement en faveur de la Chine.
L'Egypte, dont la première source de revenus est le tourisme,
cherche à attirer certains des 100 millions de touristes chinois
qui devront voyager chaque année d'ici 2020.
"Environ 50.000 touristes chinois ont visité l'Egypte en
2005. Nous voulons augmenter ce chiffre", a ajouté M. Hefny,
un ancien ambassadeur d'Egypte à Pékin.
Il a précisé que les deux parties discuteraient également
des moyens de faire de l'Egypte une porte d'entrée du commerce
chinois en Afrique.
"Ce qui est clair, c'est que l'Egypte joue un rôle important
sur le continent et dans la région et est dans une position centrale
dans le bassin
méditerranéen", a estimé l'économiste
Nicolas Pinaud, de l'Organisation de coopération et de développement
économiques (OCDE).
Selon lui, "il est envisageable pour l'Egypte de devenir un centre
de réexportation" des produits chinois.
Mais le souci principal de la Chine, qui fait venir d'Afrique près
de 30% de ses importations de pétrole, est de garantir assez
de ressources naturelles pour son économie en pleine expansion,
estiment des experts.
"Bien sûr qu'il y a des liens historiques entre la Chine
et l'Egypte, mais admettons-le, il s'agit surtout du pétrole.
L'arrêt au Caire donne à la tournée
une forme plus officielle et politique", a estimé un diplomate
arabe, sous le couvert de l'anonymat.
M. Wen se rendra aussi au Ghana, au Congo, en Afrique du Sud, en Tanzanie,
en Ouganda et en Angola, le deuxième fournisseur de pétrole
à la Chine après l'Arabie saoudite.
"Il est critique pour la Chine de sécuriser le pétrole,
les métaux, tout ce qui alimente une croissance très forte,
en phase de décollage", a déclaré à
l'AFP M. Pinaud.
Cette croissance est, selon lui, "très intensive en énergie
puisqu'elle est une croissance essentiellement industrielle".
Les échanges commerciaux entre la Chine et l'Afrique ont été
multipliés par quarante entre 1990 et 2004, a expliqué
M. Pinaud, Pékin obtenant 15% de son pétrole de l'Angola
et du Soudan.
Ces échanges ont atteint 39,5 milliards USD en 2005, selon des
estimations chinoises.
La Chine cherche en outre, selon les analystes, à étendre
son influence diplomatique en Afrique, dont les pays comptent lors des
votes à l'Onu sur des affaires importantes comme celle de Taïwan,
considéré par Pékin comme une province rebelle
qu'elle menace de recours à la force en cas de scission.
"La Chine, l'un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité,
désire coordonner sa politique avec l'Egypte. Dans la plupart
des cas, nous avons des points de vue identiques sur les affaires internationales",
a assuré M. Hefny.
M. Wen ne visitera cependant pas le Soudan, qui lui dédie 80%
de ses exportations de pétrole, ni le Zimbabwe, une décision
que les analystes interprètent comme un moyen pour la Chine de
montrer qu'elle est une puissance responsable en Afrique.
02/06/06 - Nouvelle loi sur limmigration en
France : "Africains, la France nest ni votre père, ni votre
mère"
par Amadou Simporé, ENAREF (Ecole nationale des régies
financières), LObservateur Paalga, Ouagadougou, 1er juin 2006.
Source :
http://www.lefaso.net/article.php3?id_article=14306&id_rubrique=21
Dans un langage simple qui a aussi lavantage dêtre direct, Amadou
Simporé assène quelques vérités aux Africains
qui rêvent dun Eldorado ailleurs, aux pays des Blancs. Pour lui,
il ne faut surtout pas encourager les Africains à se faire humilier
en Europe.
Le ministre français de lIntérieur, M. Nicolas Sankozy,
était en tournée en Afrique la semaine dernière
pour expliquer la nouvelle loi sur limmigration. Cette loi ne plaît
pas aux Africains. Il y a eu des manifestations contre M. Sankozy. Africains,
ressaisissons-nous. La France est un pays dont la souveraineté
est indéniable.
Pourquoi les Africains veulent que la France vote des lois qui leur
plaisent ? La France nest pas un Etat international et tant quelle ne
vote pas une loi qui viole une convention internationale signée
par elle, je pense quil ny a pas de problème. Ce qui est essentiel
pour la France, comme pour tout autre pays, cest de voter des lois qui
larrange.
Nallons pas nous faire honnir en Europe !
Je lisais dans un journal français, lExpress, que plus de 60%
des jeunes français rêvent daller sétablir à
létranger parce quils nont pas foi en lavenir chez eux. Jécoutais
sur RFI que plus de 70% des Français sont pessimistes pour leur
avenir. Sachons-le, Africains, la France est confrontée à
des difficultés. Laissons-là en paix et nallons pas nous
faire honnir en Europe. Pour un homme, la dignité doit importer
plus que tout autre chose. LInde a été colonisée
par la Grande-Bretagne, il y a tellement de pauvres en Inde, mais les
Indiens ne vont pas se faire ridiculiser en Europe.
Certes, la France nous a colonisés, certes la France nous a
exploités, mais sachons que la colonisation a également
eu des aspects positifs. Cela est indéniable. Il se peut que
les aspects négatifs aient dominé, mais ne nous attardons
pas sur ça. La plupart des pays Africains ont proclamé
leur indépendance en 1960 et lIndépendance est une responsabilité
qui sassume. Soyons indépendants et laissons la France soccuper
de ses problèmes. Vouloir expliquer sa loi aux Africains est
peut-être une manière pour la France de les respecter puisquelle
nest pas tenue dexpliquer sa loi à qui que ce soit, souveraineté
faisant.
Si un Africain se rend dans une ambassade européenne pour chercher
un visa et quon le lui refuse, où est le problème ? Si
tu veux aller chez quelquun et il te dit de ne pas venir, reste chez
toi et sois digne. Jécoutais le président de lAssociation
des Sénégalais dAmérique sur RFI, qui disait que
certains jeunes Sénégalais, qui étaient fonctionnaires
au Sénégal, ont tout abandonné pour aller à
laventure aux USA. Arrivés en Amérique, ce fut la désillusion.
Certains étaient obligés de faire de petits boulots et
ils nétaient même pas respectés. Avec le statut
de fonctionnaire dans ton pays, tu abandonnes tout et tu pars te faire
ridiculiser chez les Blancs.
Certains Africains continuent de penser que lEurope ou lAmérique,
cest leldorado, et ils sont prêts à vendre leur âme
au diable, à perdre toute leur dignité dhomme pour y aller.
Pour aller ramasser lor, revenir construire des duplex et faire le malin
devant leur compatriote. Nencourageons pas les Africains à aller
se faire honnir en Europe ou en Amérique.
"Noubliez pas que des Africains chassent des Africains de chez
eux"
Lan dernier, les Marocains ont chassé des Africains de chez
eux et non contents de cela, ils les ont amenés dans le désert,
comme pour dire : vous êtes des Noirs, vous nêtes rien,
on sen fout de vous, mourez. Pourquoi ny avons-nous pas réagi
? La France nest pas notre frère ou notre mère. Ce que
les Africains doivent faire, cest de sunir, former un ensemble fort,
les USA dAfrique comme lont voulu Kwamé NKrumah, Cheick Anta
Diop et bien dautres. LAfrique a de la potentialité, mais aucun
Etat africain pris individuellement ne pourra sen sortir lui seul.
Les Africains nont pas besoin daller se faire maltraiter en Occident.
Et ce ne sont pas les plus pauvres des Africains qui tentent laventure
puisque beaucoup dépensent plusieurs centaines de mille voire
le million pour se faire refouler comme de vulgaires individus. Avec
ces sommes, il est possible dentreprendre en Afrique. Mais, ils pensent
que cest facile de ramasser largent en Occident, chez les Blancs. Leur
dignité, ils sen moquent. Cest dommage. Africains, ressaisissons-nous.
"Montrons que nous ne sommes pas maudits"
Lorsque je vois le triste spectacle et les vilaines images de ces Noirs
qui veulent aller en Europe dans la clandestinité et qui meurent
dans la Méditerranée ou dans lAtlantique ou quon refoule
manu militari, cela me consterne. Quand je vois les images de ces Noirs
qui brûlent en France, de ces Noirs quon tue en Russie, de ces
Noirs quon enchaîne pour les renvoyer en Afrique, je dis aux Africains
: restez chez vous ou restons chez nous, unissons-nous pour affronter
ce monde globalisé. Je répète, lAfrique a des ressources,
il reste à créer les USA dAfrique et à reconsidérer
certaines valeurs que nous sommes en train de suivre actuellement, des
valeurs importées qui ne nous ressemblent pas vraiment.
Amadou Kourouma a écrit dans son roman, Le soleil des indépendances
: "Les indépendances ont trahi. Elles nont pas creusé
les égouts quelles avaient promis. Elles ne le feront jamais.
Des lacs deau continueront de croupir comme toujours. Et les nègres
colonisés ou indépendants y pataugeront tant quAllah ne
décollera pas la damnation qui pousse aux fesses du nègre".
M. Kourouma a été extrémiste, mais je le comprends.
Africains, montrons que nous ne sommes pas maudits. Montrons que nous
avons de la valeur. Montrons également que nous pouvons nous
en sortir sans la France.
27/05/06 - Sarkozy au Mali, au Bénin
et au Maroc : « immigration choisie » ou esclaves choisis
?
par la Coordination nationale des sans papiers, Paris, 26 mai 2006
Les peuples du Mali et du Bénin ont exprimé à l'occasion
de « la visite de travail » de Sarkozy sur la terre africaine
toute leur colère contre l'infâme loi Ceseda et les insultes
en guise de discours que ce dernier ne cesse de livrer contre les immigré(e)s,
particulièrement les sans papiers. Les rues ont été
envahies aux cris de : « Non à Sarko le fils d'immigré
qui s'est renié », « Non au raciste Sarko le franco-hongrois
», « Les tirailleurs morts ou sous payés n'étaient
pas choisis pour libérer la France et l'Europe », «
ta visite Sarko n'a pas été choisie », etc. Cette
condamnation sans appel des peuples africains de la politique xénophobe
et anti-africaine menée par Sarkozy a trouvé un écho
jusqu'à l'intérieur de l'Assemblée Nationale du
Mali où 20 députés de la région de Kayes
ont lu une motion de protestation contre la venue du ministre de l'Intérieur.
Comme l'ont fait les population martiniquaises lorsque l'Assemblée
Nationale française a voté comme une lettre à la
poste l'affront incroyable en ce début du XXIéme siècle
du « colonialisme positif », Sarkozy était le malvenu.
En guise de réponse Sarkozy dans le style du double langage dont
il est coutumier à servi : « La France n'a pas sur le plan
économique besoin de l'Afrique », « Il faut en finir
avec la françafrique », « L'immigration choisie va
bénéficier à la fois à la France et à
l'Afrique ».
Sarkozy s'évertue vainement et faussement à brouiller
les pistes sur sa politique lepénisée; le mensonge sur
« la France n'a pas besoin économiquement de l'Afrique
» doit être démasqué.
En effet, cette sortie démontre clairement que les prix des matières
premières agricoles et minières sont bradées. Fixés
à Paris, Londres et New York en vertu de « lois du marchés
» prédatrices, le pétrole, le fer, la bauxite, le
cuivre, le coton, les fruits dits « exotiques », le bois,
etc coulent à flots pour faire tourner les industries de la France
et de l'Europe. Sarkozy en bon marchand usurier-pilleur peut se permettre
cette nouvelle insulte aux peuples africains condamner à suivre
le chemin macabre que prend les matières premières agricoles
et minières pour atterrir dans les usines modernes des Bolloré,
Bouygues, Vivendi, Pechiney, etc.
Dans le monde exploiteur et saccageur de Sarkozy l'exploitation du «
travail clandestin » par les patrons négriers non plus
n'existe pas. Ces patrons voyous professionnels de la fraude fiscale,
des salaires payés à la carte, à la tête
du client sans papiers, et trop souvent tout simplement impayés
n'existent que dans la propagande imaginaire des sans papiers en lutte
pour les papiers.
Sarkozy brise le « consensus gaullien » en France. En effet,
De Gaulle aussi avait une politique utilitariste dans la relation franco-africaine.
Cela s'est traduit notamment par l'importation massive d'immigrés
après 45 pour reconstruire la France et dans la période
dite des « 30 glorieuses ». Mais De Gaulle, malgré
sa politique utilitariste, reconnaissait la dette de sang et érigeait
une ligne de démarcation entre Républicains de droite
ou de gauche et l'extrême droite fasciste.
Sarkozy, c'est le gouvernement Brüning, c'est à dire un
gouvernement qui fascise le pays, souille la République, dévoie
ses valeurs et comme il le proclame lui même brouille les pistes,
efface les différences. Sarkozy crédibilise en fait Le
Pen, De Villiers et leurs sbires fascistes, racistes.
Comment s'étonner alors que le Député UMP MARIANI,
dont Sarkozy se félicite de l'apport à l'Assemblée
Nationale lors du débat sur la loi Ceseda, ait pu déclarer
SON OPPOSITION AUX MARIAGES MIXTES; N'est-ce pas là la résurgence
de la théorie fasciste de LA RACE PURE dont au 19éme siècle
Gobineau s'est fait le chantre ?
Le délire sarkozien dans un « gant de velours » fait
partie de sa stratégie pour devenir en 2007 président
de la France. Mais l'hypothèse d'un second tour où Sarkozy
se verrait éliminer au profit d'un Le Pen ne peut être
exclue. Des électeurs en détresse sociale complètement
trompés par le brouillage des pistes peuvent s'égarer
dans un vote de protestation contre les « tous pourris »
(affaire Claerstream) en plus de la partie raciste de l'électorat
même, nous en sommes convaincus, minoritaire. Alors les 82% de
Chirac au second tour le 5 mai 2002 peuvent se réduire sérieusement
parce qu'une partie de l'électorat de droite rechignerait à
voter pour un candidat PS. Ce scénario possible est dangereux,
car il accroîtrait la pression fasciste et raciste sur la société;
la République est en effet menacée par l'irresponsabilité
politique d'une droite UMP sous la houlette de Sarkozy réduite
à jouer au pyromane par calcul politique.
Les Sans Papiers en lutte lancent clairement cet avertissement et espèrent
être entendus par les démocrates de ce pays pour barrer
la route à la grave menace qui plane sur le pays berceau des
droits de l'homme.
Dossier Quibla
L'immigration/émigration vers l'Europe
vue du Sénégal
27/05/06 - Abdoulaye Wade fait la leçon
à Nicolas Sarkozy
Le président sénégalais demande plus de concertation
au sujet de la loi sur l'immigration choisie Le ministre français
de l'Intérieur, qui s'était fait copieusement chahuter
la semaine dernière au Mali et au Bénin sur cette affaire,
évoque un « malentendu »
« Ce n'est pas honnête de vouloir prendre nos meilleurs
fils (...) Je le lui ai bien fait comprendre » (à Nicolas
Sarkozy, ndlr) : c'est ce qu'affirme le président sénégalais,
Abdoulaye Wade, au sujet de la loi sur l'immigration choisie dans un
entretien publié aujourd'hui par « Le Parisien ».
Il dit attendre une lettre du ministre de l'Intérieur, Nicolas
Sarkozy, avec lequel il s'est longuement entretenu mercredi soir à
Paris, « pour arriver à une conception commune de l'immigration
». Les deux pays auraient convenu « d'échanger deux
délégations qui vont travailler sur le sujet ».
Affirmant qu'il « n'a pas pas à faire
d'objection à une loi votée souverainement par la France
car cela la regarde », il insiste : « Mais quand cela touche
directement aux intérêts du Sénégal, je me
dois d'intervenir. Nos deux pays doivent discuter et ne pas agir de
manière unilatérale. Tout le monde sait que je suis contre
l'émigration de mes compatriotes. Ce sont des ressources humaines
que nous perdons, surtout les cadres. Les compétences et les
talents du Sénégal, je veux les garder chez moi, en Afrique
Tous les moyens sont bons pour créer des emplois (au Sénégal)
et dissuader les Sénégalais de partir. »
Le ministre français de l'Intérieur,
qui s'est fait copieusement chahuter la semaine dernière au Mali
et au Bénin sur cette affaire, s'est aussitôt défendu,
évoquant un « malentendu » avec Abdoulaye Wade. «
Il ne s'agit pas, a t-il dit, de piller les élites des pays en
voie de développement. Il s'agit d'accueillir en France les gens
pour lesquels on a un travail et non pas des gens qui vont s'entasser
(...) dans des taudis. »
Source : Libération, 26 mai 2006
27/05/06 - Fuir la misère
par Dié Maty FALL, SUD Quotidien, 27 mai 2006
La fête au village s'éteint. Les médailles
de Me Wade, notre président bien aimé ont été
exhibées sous l'arbre à palabres. Le bon peuple ou les
centaines de figurants grassement payés par tête de pipe
a applaudi l'exploit du Maître, chanté ses louanges et
dansé comme seuls savent le faire les Africains dans les Républiques
bananières. « Médaille du Maître, cha, cha
! Prix du Maître, oyé ! » De Paris à Dakar
en passant par Genève, les veinards fêtards ont ambiancé
jusqu'au milieu de la nuit, sous les cotillons aux couleurs du Parti
Démocratique Sénégalais (PDS). Comme si cela ne
suffisait pas, les autorités qui nous gouvernent autoritairement
ont rajouté une louche de fiesta jeudi après-midi, en
dépit des énormes difficultés d'immobilité
urbaine que nous connaissons actuellement dans la capitale. A défaut
de lui fournir les conditions d'exercer un travail et de gagner son
pain, nos autorités ne sont jamais avares en jeu de cirque pour
le peuple. Elles ne ratent aucune occasion de nous démontrer
leur sens de la fête et du folklore délirant. Il y avait
vraiment urgence à parader dans les rues de Dakar alors que nos
compatriotes se ruent maladivement sur tout rafiot en partance improbable
pour l'Espagne. Maintenant, il ne reste plus qu'à faire comme
les « driankés » oisives qui ne savent que faire
de leurs dix doigts : refaire la teuf de la teuf. Ou en wolof, faire
le « raxass » de la réception déjà
passée.
Il est temps de revenir aux choses sérieuses.
Me Wade, notre président bien aimé qui nous néglige
pour ses voyages et ses médailles à l'étranger
a du pain sur la planche, plus que d'habitude. Réglera-t-il nos
problèmes en reprenant les airs, mettant autant de kilomètres
possibles entre nos soucis et lui ? Restera-t-il enfin au Sénégal
pour écouter son peuple qui crie famine et désespoir,
pour prendre à bras le corps les difficultés des citoyens
qui l'avaient élu à cet effet, pour donner une direction
au bateau Sénégal ivre qui affronte seul la houle ? Notre
pays est confronté avec des tourments, se vide de sa jeunesse,
vit dans la misère pour la majorité de nos compatriotes
et notre président bien aimé ne pense pas à accourir
pour se pencher sur nos misères. Le sort de nos jeunes concitoyennes
ne vaut pas mieux que celui des jeunes citoyens qui vont se suicider
aux frontières liquides de l'Europe. La prostitution clandestine
est l'activité la mieux partagée parmi la gent féminine.
Faute de mieux, nos jeunes s¦urs sans formation, sans financement
public, sans aide étatique ou simplement sans travail tombent
dans les filets des proxénètes lorsqu'elles ne travaillent
pas à leur compte. Les faits divers des journaux nous édifient
à longueur de colonnes sur la prostitution par Internet qui se
déroule dans les cybercafés, sur les réseaux d'industrie
pornographique qui se tournent dans nos murs à l'insu de la police.
Et n'importe quel chauffeur de taxi peut vous renseigner sur ces drôles
de clients qui louent leurs services pour une semaine de tourisme sexuel
entre un vieux barbon Blanc et une donzelle Noire à peine affranchie.
En dehors des cas de prostitution professionnelle avérée,
la plupart de ces jeunes filles se donnent à ces vieux dégoûtants
pour se sortir de la misère ambiante. Que font nos autorités
pour donner à ces citoyennes les mêmes chances de s'en
sortir qu'elles donnent à leurs propres rejetons ? Evidemment,
Me Wade, notre président bien aimé, n'a pas créé
la misère au Sénégal. Il n'est pas non plus responsable
à titre individuel de la déviance des jeunes Sénégalaises.
Mais il est responsable à un moment ou à un autre de ne
pas leur avoir donné l'espoir qu'il avait suscité en elles
en 2000. Me Wade est également responsable d'avoir suscité
l'espoir de nos jeunes concitoyens, toujours en 2000, en leur promettant
du travail à chacun, c'est-à-dire la lune. Aujourd'hui
déçus, leur espoir brisé, ils veulent tous partir
by any means necessary, par tous les moyens possibles. Au prix de leur
vie et de leur sécurité.
Seulement, si les boat people Asiatiques attiraient
autrefois la compassion et l'aide agissante des dirigeants et des peuples
occidentaux pour des raisons historiques, ce n'est plus le cas avec
les boat people Africains dans cette Europe en crise identitaire. Après
avoir accueilli les dernières générations d'Africains
peu qualifiés, les Européens ont opté souverainement
pour une émigration sélective et des émigrants
avec une qualification pointue. Qui peut le leur reprocher ? La crise
économique fait que même les Français de souche
ne rechignent plus aux travaux pénibles et dévalorisants,
autrefois réservés aux émigrés du Continent.
Notre président bien aimé avait inscrit sa magistrature
sous le signe de l'indépendance et de l'autonomie par rapport
à la France, ancienne puissance colonisatrice de notre pays.
Nous ne comprenons pas pourquoi, dans le même temps, cette noble
velléité qui n'est pas allée bien loin, n'avait
pas été accompagnée par les mesures qu'elle appelait.
L'indépendance ne se décrète pas un beau jour,
notre président bien aimé qui connaît bien la France
et l'adore, le savait bien. C'était sans doute encore un discours
à usage purement et simplement local, pour les badauds esbaudis
de la Wademania d'autrefois.
A l'arraché, c'est encore et toujours la France
qui vient à notre secours chaque fois que nous sommes dans l'embarras,
comme ce fût le cas avec la crise énergétique des
mois derniers. Au niveau des populations aussi, lorsque nous voulons
fuir la misère, c'est encore vers la France et l'Europe que nous
émigrons. Quarante-six ans après notre accession à
la souveraineté internationale, il semble que nous ayons raté
une étape importante de notre développement. C'est comme
si nous marchions à reculons. Nous sommes bien obligés
de considérer que quelque chose ne tourne pas rond et que nous
allons allégrement dans le mur. Me Wade, notre président
bien aimé, n'a pas les moyens de nous convaincre qu'il nous faut
choisir de rester vivre dans notre pays, de nous battre à l'intérieur
de nos frontières pour progresser et sortir par nous-mêmes
de la misère, au lieu d'aller assiéger des pays qui doivent
d'abord venir en aide à leur prolétariat national. Il
n'en a ni les moyens intellectuels ni l'envie car il est toujours en
voyage hors de son pays.
27/05/06 - Emigration clandestine
: des morts, des disparus, des centaines de familles en deuil, la République
en fête
par Paul MENDY, journaliste, Wal Fadjri, 27 mai 2006
Sur la route des îles Canaries, 1500 clandestins
sont morts par noyade'. Cete terrible information a barré mercredi
la Une' d'un quotidien. Et comme pour reprendre la terrible question
que tout le monde ose à peine se poser, le journal ajoute : Combien
de Sénégalais parmi les morts ?'.
Oui, les Sénégalais ont besoin de savoir.
A l'image de cette dame d'une cinquante d'années en quête
d'informations concernant son fils aîné Modou. Ce brave
garçon de 26 ans s'est engagé dans la traversée
fort périlleuse sans demander l'avis de sa chère maman.
Modou a épousé sa cousine il y a tout juste 18 mois. Il
est père d'une innocente petite fille. Depuis son mariage, le
seul objectif de ce garçon jardinier de formation, demeure de
trouver les moyens d'entretenir un tant soit peu sa famille. Chaque
jour est un éternel recommencement dans sa quête pour la
survie de ses proches. Et ce qui devait arriver, arriva.
Face à l'immensité du grand bleu, mère
Sokhna fixe le vide de ses yeux rougis par les pleurs et les nuits d'insomnie.
Elle veut tout juste savoir : Pourquoi mon fils a choisi cette voie
? Je sais que son obsession était de me sortir de ce quotidien
à la limite de la dignité humaine. Modou supportait très
mal ce tableau noir qui s'offrait à lui presque chaque nuit :
ses frères et s¦urs entassés sur un matelas à
même le sol, dorment repliés sur eux-mêmes comme
pour résister à la fin qui leur tenaille le ventre. Mais
cette aventure était-elle la meilleure voie pour nous sortir
de cette situation ? Son défunt père qui était
très proche de lui, aurait peut-être pu percevoir cette
tentation et le dissuader d'aller vers l'inconnu'.
Modou avait-il vraiment le choix ? Le triste spectacle
de la misère qui frappe sa famille persistant, les pires questions
trottaient sûrement dans sa tête : Fallait-il continuer
à survivre ainsi sans rien tenter ? Fallait-il rester sans réagir
?' La seule réponse qui s'imposait terriblement à lui,
Modou l'a prise, dans le secret de la véranda qui lui servait
de chambre à coucher. Les pirogues vers les îles canaries
sont la voie du salut. Modou n'a pas les moyens de payer pour faire
partie de ces boat people' d'un nouveau genre, mais il a une idée
tenace. Il en parle à son jeune cousin et confident, en le priant
de garder le secret et de n'avertir sa maman et son épouse qu'au
bout de 48 heures. Quarante-huit heures sont très longues pour
une maman à la recherche de son enfant, mais c'est le temps qu'il
faut à Modou pour trouver son visa' pour les pirogues du désespoir'.
Il est parti. Dix longs jours sont passés et
aucun signe de vie de Modou. Sa maman le pleure déjà,
sa jeune épouse a un mauvais pressentiment. Et depuis le départ
de son papa, la fille de Modou ne dort pas la nuit. Comme une complainte,
les pleurs continus de la fille brisent la nuit. La chaleur de son père
lui fait-elle cruellement défaut, ou est-ce que ces pleurs sont
annonciateurs de la terrible nouvelle à laquelle la famille ne
veut penser ? Modou est parti conscient du risque qu'il prenait. Mais
comme le dit son épouse, s'il y avait une seule chance sur mille
pour arriver à bon port, il la tenterait. Vous ne pouvez imaginer
jusqu'où le désespoir peut mener un homme qui veut tout
tenter pour garder un semblant de dignité. Chaque fois qu'il
revenait à la maison sans un sou après des heures d'errance
à la recherche du plus petit boulot, mon mari répétait
le même refrain : Ce n'est pas une vie. Si je dois mourir en essayant
de trouver le salut pour mes proches, je suis prêt à donner
ma vie'.
Entre deux sanglots, Sokhna lance cette phrase terrible
: S'il gît aujourd'hui au fond de l'eau loin de sa maman qu'il
chérissait tant, de ses frères et s¦urs, de sa
fille et de son épouse, Modou peut reposer en paix. Il ne se
sera pas suicidé, il s'est sacrifié pour nous. Je suis
convaincue d'une chose, grâce à Allah Le Tout-Puissant
son sacrifice ne sera pas vain'.
La tragédie de cette famille est partagée
aujourd'hui par des milliers d'autres Sénégalais. Quelqu'un
disait que les quartiers et certains villages de pêcheurs du Sénégal
sont envahis par des tentes, signes de funérailles de naufragés
des pirogues du désespoir. Quelle pire preuve de l'ampleur de
la catastrophe ?
Une vieille dame disait que ce qui se passe depuis
quelques semaines lui rappelle le douloureux souvenir du naufrage du
bateau Le Joola. Selon elle, comme une malédiction, la mer continue
de prendre par centaines les bras valides du Sénégal'.
La tristesse de cette vieille femme est doublée
d'une colère qu'elle a du mal à dissimuler. Est-il normal
que la République fasse ripaille à Paris alors que ces
jeunes qui sont la sève nourricière de la fameuse Alternance,
meurent ou disparaissent par centaines ? Une ou deux médailles,
quel que soit leur symbolisme, valent-elles la vie de centaines de jeunes
Sénégalais ? Toute affaire cessante, le président
de République du Sénégal et tous ses ministres
devaient revenir au pays pour prendre cette dramatique affaire à
bras-le-corps et exprimer officiellement leur soutien aux familles touchées'.
Tel est le cri du c¦ur d'une Sénégalaise qui partage
le deuil de ces familles. Elle partage la douleur de ses voisins qui
sont sans nouvelle d'un des leurs parti dans ces pirogues du désespoir'
sans crier gare. Elle pleure parce qu'elle sait que d'autres jeunes
en proie au chômage, vont tenter d'autres aventures périlleuses
à la recherche de l'illusion d'un ailleurs meilleur. Elle pleure
parce que, dit-elle, la République festoie et refuse d'ouvrir
les yeux sur ces drames qui se nouent dans le silence de la mer'.
M. le Premier ministre, vous l'avez dit : vous avez
toujours la confiance du président. C'est tout à votre
honneur. Mais avez-vous la confiance de ces familles endeuillées
que votre appel à la mobilisation pour accueillir le président
de la République, perturbe au plus haut point. M. Sall, ne pensez-vous
qu'il aurait été plus sage, plus raisonnable de préparer
pour le président de la République, des visites des zones
les plus touchées par le phénomène des départs
risqués vers les îles Canaries ? Vous avez toujours la
confiance du président, méritez sa confiance en lui donnant
des idées à même de le rapprocher du peuple.
Monsieur le Président de l'Assemblée
nationale et maire de Dakar, comme promis, vous avez dégagé
les moyens pour louer des centaines de cars rapides' et drainer le plus
possible de militants à l'accueil du maître. Chapeau pour
la mobilisation, mais une seule question avec votre permission Monsieur
le maire : avez-vous pensé à ces Sénégalais
qui, faute de moyens de transport, n'ont pu partager le deuil des familles
qui ont perdu un proche dans la course à l'eldorado' espagnol
?
27/05/06 - Miguel Angel MORATINOS
(Ministre des affaires étrangères d'Espagne) : "Tous
les clandestins seront rapatriés"
Propos recueillis par Ibrahima Khalil WADE (Correspondant à Madrid)
, Wal Fadjri, 27 mai 2006
L'adhésion de l'Espagne à l'Union européenne
n'a pas seulement apporté au royaume une économie florissante
et un certain prestige. Séparée de l'Afrique du Nord par
15 kilomètres d'un Détroit aux eaux dangereuses, l'Espagne
a aussi attiré sur ses côtes africaines (Iles Canaries)
une horde d'émigrés venant de tous les coins d'Afrique.
Mais pour le ministre espagnol des Affaires étrangères,
tous ces émigrés seront rapatriés. Miguel Àngel
Moratinos qui présidait, hier, l'ouverture de la table ronde
ministérielle de Madrid contre le terrorisme, a réaffirmé
la volonté de son gouvernement de procéder au rapatriement
de ceux qui sont entrés en Espagne de manière illégale.
Wal Fadjri : Avez-vous déjà signé un accord de
rapatriement avec le Sénégal ?
Miguel Àngel Moratinos : Comme vous le savez,
une délégation espagnole est en ce moment au Sénégal.
Nous y travaillons mais, pour le moment, rien n'a été
encore signé. Nous sommes en train de discuter sur tous les points
ayant trait à l'émigration clandestine et à l'émigration
tout court d'une manière générale. C'est dire qu'il
ne s'agit pas seulement de dialoguer sur un accord de réadmission.
On ne peut pas voir l'émigration seulement sous l'angle des rapatriements.
C'est un problème complexe qu'il faut prendre dans sa globalité.
Ce qui implique des discussions dans des domaines certes variés,
mais liés comme la coopération policière, la sécurité
des frontières, le partenariat économique et financier
et l'aide au développement. C'est sur tous ces éléments
que nous sommes en train d'échanger aussi bien avec le Sénégal
qu'avec des pays comme le Mali, le Niger et d'autres pays subsahariens,
afin de déboucher sur un accord global. Lequel accord nous permettra
de contrôler les flux migratoires dans le respect strict des droits
humains des candidats à l'émigration clandestine. Et nous
pensons atteindre cet objectif avec l'aide de nos partenaires africains
aux rangs desquels le Sénégal figure en bonne place.
Wal Fadjri : Est-il vrai que le président du
Sénégal Abdoulaye Wade vous a posé des conditions
économiques, avant de parapher un accord de rapatriement ?
Miguel Àngel Moratinos : J'ai eu l'occasion
de discuter avec le président Wade à Paris lorsqu'il recevait
le prix Houphouët Boigny pour la paix. Il a fait montre d'une volonté
manifeste de trouver une solution à ce drame qui frappe non seulement
le Sénégal, mais beaucoup de pays subsahariens. Cette
volonté de coopération est aussi manifeste chez mon collègue
des Affaires étrangères du Sénégal. Un pays
qui a toujours fait partie des priorités du Royaume d'Espagne
en matière de coopération bilatérale. N'empêche
que nous allons augmenter la part de l'aide au développement
allouée au Sénégal, pour qu'ensemble nous puissions
assister à son développement économique, synonyme
de meilleures opportunités et de perspectives économiques
heureuses pour sa jeunesse.
Wal Fadjri : Que comptez-vous faire de ces milliers
d'émigrés qui continuent d'arriver sur les côtes
canariennes ?
Miguel Àngel Moratinos : Ces émigrés,
qu'ils soient Maliens, Nigériens, Mauritaniens ou Sénégalais
seront rapatriés. Il faut qu'on soit clair sur cette question
: tous ceux qui entrent illégalement en Espagne, seront expulsés.
Comme vous le savez, les Sénégalais qui vivent en Espagne,
ont eu à bénéficier des bienfaits du dernier procesus
de régularisation des sans-papiers. Ils vivent dignement dans
notre pays et donnent entière satisfaction aux entreprises qui
les emploient. Mais une fois de plus, je tiens à affirmer que
tous ceux qui sont arrivés en Espagne d'une manière illégale
seront retournés à leur pays d'origine, tout en tenant
compte de leurs droits en tant qu'individus.
27/05/06 - Témoignages
: Mamadou NDOYE (clandestin) : "L'Europe, c'est pas ça,
on y crève de faim"
par Ibrahima Khalil WADE, Wal Fadjri, 27 mai 2006
Si c'était à refaire, il ne serait pas de l'aventure.
Arrivé en Espagne au mois de mars dernier à l'aide d'une
pirogue, Mamadou Ndoye n'a pas mis du temps pour découvrir les
rigueurs de la vie en Europe. Aussi demande-t-il à ses jeunes
compatriotes obnubilés par le désir de partir, de ne pas
prendre le large. Car pour lui, l'Europe, c'est un mirage. Faute de
travail et de papiers, on y crève de faim.
(Correspondant particulier à Madrid) - Le regard lointain, la
mine triste, l'esprit ailleurs, Mamadou Ndoye a encore du mal à
réaliser qu'il se trouve en Europe, plus précisément
à Madrid. Des années durant, il n'a fait que rêver
d'Europe, synonyme de vie meilleure et de réussite sociale. Mais
aujourd'hui que son rêve de fouler le sol européen est
devenu réalité, le jeune Mamadou à le mal du pays,
un pincement de regret au c¦ur. Quid des énormes sacrifices
consentis pour se retrouver enfin à Madrid, la capitale espagnole
? "C'est vrai que j'ai bravé la mort pour venir, mais franchement,
ça n'en vaut pas la peine", regrette-t-il entre deux gorgées
de café. Et d'ajouter : "L'Europe est un véritable
mirage, j'ai l'impression d'être dans un autre continent."
En fait, depuis son arrivée en Espagne au mois
de mars dernier, après avoir navigué pendant sept jours
en mer, Mamadou Ndoye a encore du mal à voir le bout du tunnel.
Libéré le 14 avril dernier suite à 40 jours de
détention dans le centre d'accueil de Fuerteventura, il ne sait
plus à quel saint se vouer. "En débarquant à
l'aéroport de Madrid, je pensais que les soucis étaient
derrière moi. Malheureusement, tel n'est pas le cas. En l'espace
d'un mois, j'ai été hébergé à trois
reprises par des gens différents. Au début on s'occupe
bien de toi, mais après trois jours, on te fait savoir qu'il
n'y a plus de place libre et te prie gentillement d'aller voir ailleurs",
se désole-t-il.
N'ayant pas de parents en Espagne, encore moins d'amis
et sans le moindre sou, Mamadou est obligé de se débrouiller
comme un diable pour se nourrir. Un jour, il a eu même à
passer la nuit à la belle étoile. Et dire qu'il a beaucoup
d'amis en France. "J'ai appelé des copains pour leur demander
de m'aider à les rejoindre à Paris, mais ils ont tous
refusé prétexant du fait que je serais refoulé
au premier contrôle policier. Sans carte de séjour ni permis
de travail, c'est très dur de se faire un trou ici. S'y ajoute
que je ne connais rien de la vente ambulante et j'ai peur de jouer à
cache-cache avec la police municipale". Que faire alors ?
L'histoire de Mamadou, une histoire sans futur - pour
le moment - mais une histoire avec un passé. Un passé
fait de longs séjours en mer à la recherche de poissons
devenus de plus en plus rares sur les côtes sénégalaises.
Oui, Mamadou Ndoye est pêcheur. Et c'est de son statut de pêcheur
que tout est parti : "Lorsque j'ai eu écho que des jeunes
pêcheurs de Guet Ndar et de Thiaroye-sur-mer partaient depuis
la Mauritanie, via les côtes de Nouadhibou, pour rejoindre les
Iles Canaries, je me suis dit sur le coup, pourquoi pas moi". L'idée
de prendre le large en tête, Mamadou s'en ouvre à certains
de ses compagnons de travail. Et avec l'aide d'un commerçant
baol baol qui a pignon sur rue au marché Sandaga, lui et ses
amis recruteront 40 candidats au voyage moyennant chacun 400 000 F Cfa.
"Nous travaillions pour un patron véreux
qui nous payait quand cela lui enchantait. Aussi avions-nous décidé
de voler la pirogue avec laquelle nous faisions la pêche. Toutefois,
pour mieux préparer le voyage et suivant les conseils de ceux
qui avaient déjà réussi l'aventure, il nous fallait
acheter deux moteurs flambant neuf, des gilets de sauvetage, des vivres,
du carburant et deux appareils Gps pour l'orientation". Ces dépenses
furent possibles grâce au pactole versé au commerçant
baol baol par les 40 passagers recrutés. "Ces gens étaient
tous des vendeurs à la sauvette entre Pompidou, Lamine Guèye
et Colobane. Ils rêvaient tous de voyager. Certains avaient même
réussi à épargner plus de 4 millons de francs Cfa
rien que pour se procurer un visa. Par conséquent, nous n'avons
eu aucun mal à les convaincre de faire le voyage avec nous, tout
en gardant le silence". Un silence qui sera brisé uniquement
pour demander les bénédictions des marabouts pour la réussite
et le succès de la traversée.
Les sacrifices faits, les prières dites, Ndoye
et ses amis attendent que la lune soit pleine, la mer calme, pour enfin
effectuer le voyage avec majuscule. Ce voyage, ils l'ont réussi
sans grande difficulté. "Le plus dur de la traversée,
cest la posture. C'est à peine si nous parvenions à bouger
nos jambes". Pas étonnant donc qu'ils débarquent
au port de Los Cristianos, en Tenerife, les jambes ankylosées,
sous le regard des curieux, les flash et les projecteurs des caméras.
En se remémorant de ces différentes étapes
de son périple, Mamadou Ndoye, le lébou de Yarakh qui
a voulu se faire passer pour Isaac Fofana, un persécuté
de Trecheville en Côte d'Ivoire, a la gorge nouée par l'émotion.
Sa demande d'asile non prise en compte, le délai de quinze jours
pour sortir du territoire espagnol expiré, il s'interroge toujours
sur son futur. "Quand on est l'aîné d'une famille
et qu'on voit tous les jours ses parents se décarcasser dans
des dificultés énormes, on n'hésite pas de prendre
certains risques. Pourvu que cela vous aide à les sortir de la
pauvreté, voire de la misère tout court", professe-t-il
sur un ton émouvant. A la fois soucieux et inquiet de son avenir
en Europe, il confesse : "Je suis déjà en Europe,
je ne peux plus faire marche arrière même si, de temps
à autre, l'idée de demander à être rapatrié
m'effleure l'esprit".
Sa décision est donc prise. En dépit
des nombreuses dificultés auxquelles il continue de faire face,
Mamadou Ndoye tiendra le coup. "Si j'abdique, notre famille sera
la risée de tout le quartier."
A l'endroit de ces nombreux jeunes sénégalais
pour qui, le temps s'est arrêté depuis longtemps, les jours,
les semaines, les mois et les années chaque fois plus énormes,
et qui voient en Europe l'unique bouée de sauvetage, le jeune
Ndoye avertit : "L'Europe c'est pas ce que nous croyions. Ici,
c'est le chacun pour soi. Sans papiers et sans travail on y crève
de faim et passe la nuit à la belle étoile. Cela ne vaut
pas la peine de se suicider en voulant la rejoindre par la mer."
Un message on ne peut plus clair. Mais sera-t-il entendu
? Rien n'est moins sûr.
27/05/06 - Effets de l'émigration
clandestine : Le médicament contre le mal de mer se fait rare
à Saint-Louis
par Gabriel BARBIER, Wal Fadjri, 27 mai 2006
L'émigration clandestine continue de développer ses effets
pervers à Saint-Louis. Où, en plus du dépeuplement
de Guet-Ndar, les pharmacies sont prises d'assaut par les candidats
à l'émigration. Conséquence : le médicament
contre le mal de mer se raréfie sur le marché.
(Correspondance) - Les problèmes liés à l'émigration
clandestine sont toujours au c¦ur des débats dans la capitale
du Nord. Malgré les mesures draconiennes prises par les autorités
administratives pour faire face à ce fléau pernicieux
qui perturbe l'activité des pêcheurs au niveau de la langue
de Barbarie, les jeunes de Saint-Louis continuent toujours de peaufiner
des stratégies pour se rendre en Europe. Du côté
des pouvoirs publics, l'on réfléchit aussi sur des stratagèmes
en vue de prendre les dispositions sécuritaires nécessaires
pour barrer la route à ces candidats à l'émigration
clandestine.
Le fait nouveau, c'est que ces derniers, se bornant
à vouloir, vaille que vaille, quitter le pays, ont pris d'assaut
toutes les pharmacies de la commune de Saint-Louis et environ, dans
l'optique de se procurer le médicament (la Nautamine) qui devrait
leur permettre, une fois à bord de leur embarcation, de supporter
le mal de mer. De ce fait, ce produit pharmaceutique, fort prisé
actuellement par les jeunes candidats à l'émigration n'est
plus disponible dans le Nord du pays où les pharmaciens nous
ont fait comprendre que c'est un médicament qui se vend sans
ordonnance et à un prix accessible à toutes les bourses.
Les praticiens du droit, également, ne se tournent
pas les pouces. Etant entendu qu'ils sont régulièrement
sollicités pour des affaires liées à cette fameuse
émigration clandestine. Chaque semaine, ils sont tenus de vider,
au moins, deux ou trois dossiers de voyageurs clandestins rattrapés
sur la route de l'Espagne. Mais ce qui alimente réellement les
causeries, c'est la ferme détermination et la farouche volonté
de ces jeunes d'aller en Europe. Ce qui est encore préoccupant,
c'est de voir certaines femmes, veuves, divorcées ou célibataires,
entourées de leur progéniture, qui s'activent énergiquement
pour encourir le risque de se lancer dans cette aventure migratoire.
Interrogées, ces dernières nous ont donné l'impression
d'ignorer le mal de mer qui est pourtant, outre les attaques des requins
et autres chavirements de pirogues, une des principales causes de pertes
en vies humaines enregistrées à l'occasion de cette traversée
de l'Atlantique. Le mal de mer est, en effet, à l'origine des
vomissements, de la déshydratation et des évanouissements.
Il convient de retenir cependant que ces braves femmes, la plupart ménagères
et analphabètes, n'en ont cure.
25/05/06 - Attention, Sarko débarque
!
par Élise Colette, www.jeuneafrique.com, 21
mai 2006
Au lendemain de ladoption par le Parlement français dune nouvelle
loi - très contestée - sur limmigration, la visite à
Bamako et à Cotonou du ministre français de lIntérieur
a suscité quelques turbulences.
« Permettez-moi de vous parler très franchement, comme
on ne le fait sans doute pas assez souvent entre Français et
Africains », sest exclamé Nicolas Sarkozy au Palais des
congrès de Cotonou, le 19 mai, devant un parterre de responsables
béninois, lors de la deuxième étape de sa tournée
africaine du 17 au 19 mai.
Pour sa troisième visite en Afrique subsaharienne (il sétait
déjà rendu au Mali, en février 2003, puis au Sénégal,
en décembre de la même année), le ministre français
de lIntérieur na pas dérogé à ses habitudes
et joué dans son registre de prédilection : provocation,
franc-parler, discours de rupture et rhétorique sécuritaire.
Venu pour « expliquer aux Africains » sa loi sur limmigration
non plus désormais « choisie » mais « concertée
» avec les gouvernements des pays démigration (voir encadré
p. 14), il en a profité pour décrire à grands traits
la politique africaine de la France. Comprenez : celle quil mènera
sil remporte la course à lÉlysée.
Se référant tour à tour au discours de François
Mitterrand à La Baule (1990), aux « qualités visionnaires
du général de Gaulle » et au « courage »
dÉdouard Balladur lors de lintervention française au Rwanda
(1994), il a soigneusement évité dévoquer la politique
africaine menée depuis dix ans par Jacques Chirac. Pis, en rendant
hommage « aux Béninois, aux Maliens et Ghanéens
qui ont donné une solide leçon à tous ceux qui
répètent que la démocratie nest pas faite pour
les Africains », il a sciemment pris le contre-pied dune déclaration
du chef de lÉtat français datant de 1986 (« Les
Africains ne sont pas mûrs pour la démocratie »).
Morceau choisi : « Il nous faut débarrasser la relation
Afrique-France des réseaux dun autre temps, des émissaires
officieux qui nont dautre mandat que celui quils sinventent. Il faut
définitivement tourner la page des complaisances, des secrets
et des ambiguïtés. »
Tout le périple sarkozien a été parsemé
de « petites phrases » assassines, du genre : « la
France na pas besoin économiquement de lAfrique » ; ou
« faisons de la discrimination positive à la française,
en naidant pas de la même manière les démocraties
et les régimes dictatoriaux » ; ou encore : « Africains,
vous avez une responsabilité dans léchec économique
de votre continent ». Bref, le ministre sest exprimé comme
sil était déjà le chef de lÉtat. Par ses
propos aux antipodes du discours diplomatiquement correct tenu dordinaire
par les responsables français, il a pris le risque de déplaire
et de mettre en péril son capital-confiance, déjà
bien écorné, sur le continent. Les présidents du
Mali et du Bénin se sont dailleurs gardés de tout commentaire
public à lissue des discussions. Après tout, il nest encore
« que » ministre dÉtat...
Au palais présidentiel de Koulouba, à Bamako, le 18 mai,
Sarkozy a reçu des mains dAmadou Toumani Touré, en guise
de cadeau de bienvenue, une porte dogon. « Cette porte, on peut
louvrir ou la fermer, on est libre de la franchir », a expliqué
le chef de lÉtat au ministre français de lIntérieur.
Lallusion au durcissement des conditions dimmigration en France - qui
concerne au premier chef les Africains et, tout particulièrement,
les Maliens - était trop tentante pour que ATT y résiste.
La veille, sur les ondes de Radio France internationale, il avait déjà
expliqué que « lhospitalité malienne nest pas choisie
ou sélective », référence au terme employé
depuis plusieurs mois par Sarkozy pour qualifier sa nouvelle politique
dimmigration.
Après la polémique déclenchée par le Sénégalais
Abdoulaye Wade à propos du pillage des élites africaines,
le mécontentement à légard des idées et
du personnage même de « Sarko » sest largement exprimé,
de Bamako à Cotonou.
Pourtant, ce voyage prévu de longue date - que les lenteurs
parlementaires ont malencontreusement fait coïncider avec ladoption
de la nouvelle loi sur limmigration - avait pour but essentiel, à
moins dun an de la présidentielle, de conforter la stature internationale
de Sarkozy. Officiellement, il a porté son choix sur le Mali
et le Bénin parce que ces deux pays constituent à ses
yeux des réussites démocratiques. Mais le fait quà
linstar du Liberia, de lAfrique du Sud ou de la RD Congo - pays où
il devait initialement se rendre - ils ne fassent pas partie de la «
chasse gardée » du président Jacques Chirac ny est
peut-être pas tout à fait étranger. « Voici
quatre ans que Sarkozy est invité par Omar Bongo Ondimba, explique-t-on
dans lentourage du président de lUMP. Sil ne sest toujours pas
rendu au Gabon, ce nest pas de son fait. » Quand on connaît
la proximité des présidents gabonais et français,
tout est dit.
Mais finalement, même sil ne lavait pas prémédité,
Sarkozy nest peut-être pas si mécontent que son périple
africain ait tourné au débat - animé ! - sur limmigration.
Car la fronde africaine légitime aux yeux dun certain nombre
de Français la sévérité de sa politique
en ce domaine. À le voir transpirer dans la touffeur ouest-africaine,
certains feignaient malicieusement de sinterroger : pourquoi le ministre
de lIntérieur parcourt-il tant de kilomètres pour, finalement,
ne sadresser quaux électeurs français ?
À lambassade de France à Bamako, Nicolas Sarkozy a prononcé
un discours devant une centaine de ses compatriotes installés
au Mali - et naturellement inscrits sur les listes électorales,
en France. « Jaurai besoin de vous », leur a-t-il lancé
en riant. Sans doute avait-il à lesprit que les voix des Italiens
de létranger ont assuré sur le fil la victoire de Romano
Prodi, au mois davril? Et dajouter, comme pour sexcuser davoir confisqué
au profit du candidat la tribune offerte par lambassadeur au ministre
dÉtat : « Si je ne lavais pas dit, vous mauriez reproché
de faillir à ma réputation. » En Afrique, en tout
cas, sa réputation nest désormais plus à faire.
19/05/06 - Camp de refugiés en Afrique
: Aide humanitaire ou chantage sexuellement transmissible ?
par Le Pays, Ouagadougou, 15 mai 2006.
L'ONG britannique, Save the children (Sauver les enfants), vient de
publier un rapport accablant sur le comportement de ceux qui sont chargés
d'apporter une assistance humanitaire aux populations déplacées
ou réfugiées, désespérément démunies,
du fait des différents conflits et autres atrocités qui
frappent l'Afrique.
Le scandale a été découvert grâce
à un travail de fourmi fait par cette ONG dans des camps installés
au Liberia pour soulager des populations, notamment des femmes et des
enfants en détresse. En fait, une population fragilisée
par la guerre civile qui a ravagé ce pays.
Malheureusement, ces nobles intentions se sont vite
transformées en cauchemar pour cette composante de la population.
Fonctionnaires de l'ONU et Casques bleus se sont vite convertis en touristes
sexuels qui usent et abusent de leur force de frappe financière
(1 000 dollars par mois) pour appâter leurs cibles préférées,
les populations vulnérables, veuves d'horizon et en quête
du minimum vital.
Si l'on en croit cette ONG, tout se résumerait
en ce terrible marchandage et ce troc sexuellement indigestes que que
proposeraient ces "humanistes" à leurs clientes obligées,
car réduites à vendre leur corps moyennant quelques bols
de riz. "Ton sexe contre la nourriture". Un marchangade plus
cynique que celui de "pétrole contre nourriture" proposé
aux Irakiens.
Ce n'est pas la première fois que des humanitaires
et des Casques bleus sont pris en flagrant délit d'entorse et
de négation à leur mission de pompiers dans des régions
où ils sont censés sécuriser les populations. En
2003 déjà, en RDC, des cas similaires avaient fait la
une des médias et le tour de toutes les chancelleries. Le secrétaire
général de l'ONU s'en était ému et avait
ordonné des enquêtes pour sanctionner les coupables. Mais
apparemment, il s'agit d'un coup d'épée dans cet océan
d'inhumanisme dans la mesure où jusqu'à présent,
une opacité totale entoure les résultats de ces enquêtes.
On peut y voir là, une prime à l'encouragement puisque
ces dérives sont récurrentes.
Plus grave, on assiste à un ensevelissement
de l'humanitaire sous les gravats des crimes de toutes sortes. Ainsi,
au nom de l'humanitaire, la communauté internationale finance
des projets et paye des hommes pour déshumaniser des populations
dont le tort est d'être victimes de la sécheresse de coeur
de leurs semblables. Certes, certains pays originaires des Casques bleus
avaient pris des mesures énergiques en sanctionnant des éléments
de leurs contingents.
C'est le cas du Nigeria qui avait infligé une
sanction collective à des policiers servant la mission de l'ONU
en RDC. Mais d'une manière générale, l'on se contente
de renvoyer les fautifs dans leur pays d'origine. Quand on sait que
sous nos tropiques, l'impunité dont peut jouir un individu est
à la hauteur de l'épaisseur de son portefeuille, il est
évident qu'un Casque bleu, grassement prayé, a tous les
arguments convaincants pour échapper aux griffes des juridictions
nationales.
Du reste, le choix de ces Casques bleus par leur hiérarchie
ne se fait pas toujours dans la transparence. Pourquoi ne pas alors
envisager de faire juger ces hommes qui foulent aux pieds les règles
élémentaires de la morale et de l'éthique de leur
mission par des juridictions internationales, sous l'égide de
l'ONU ? Cela éviterait de discréditer l'ONU.
En attendant, que vont devenir les victimes de cette
bestialité ? Il s'agit de ces enfants conçus dans la clandestinité
(monnayant un oeuf ou un dollar selon le constat des différents
rapports), après des rapports non consentants, nés dans
la douleur, abâtardis et qui vont se retrouver dans un univers
hostile dû aux pesanteurs socioculturelles. Il s'agit enfin de
ces malheureuses mineures dont le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elles
peuvent se retrouver avec des maladies sexuellement transmissibles.
Loin de refuser à ces délinquants et
déviants sexuels leur droit de se défouler, ils auraient
dû se contenter des possibilités qu'offre le plus vieux
métier du monde plutôt que d'être la honte de toute
l'humanité. Il est temps de mettre un frein à cette pratique
éhontée et permanente consistant à exploiter la
misère de ceux qui étaient en droit d'attendre des humanitaires
des messagers de la reconquête de leur dignité perdue plutôt
que des assassins de leur droit à être des êtres
au sens plein du terme.
Source : http://www.lefaso.net/article.php3?id_article=14051
L'argent sale du bois tropical
Le bûcheronnage, un secteur économique qui compte de nombreux
acteurs sans aucun scrupule
Global Witness, partie civile au procès du négociant néerlandais
Guus Kouwenhoven à La Haye, dénonce l'exploitation criminelle
des ressources naturelles et leur lien avec les atteintes aux droits
de l'homme. Alex Yearsley est coordinateur de programmes au sein de
l'ONG.
Pourquoi l'exploitation du bois tropical peut-elle
être dangereuse ?
Le bûcheronnage est un secteur économique qui compte de
nombreux acteurs sans aucun scrupule. Ils sont là pour couper
le plus de bois possible, le plus vite possible et pour le moins cher
possible. Cela ne nourrit pas seulement les conflits comme ce fut le
cas au Liberia. Il y a la corruption, le trafic d'armes... Des sociétés
d'exploitation ont des liens avec des réseaux de blanchiment
d'argent de la drogue. Ils ne replantent pas, ils n'exploitent pas la
ressource de manière raisonnée. Le bilan environnemental
est catastrophique.
Comment peuvent agir les pays consommateurs ?
Il faut un système international garantissant l'origine du bois
et les conditions d'exploitation. Il faut aussi mettre fin au système
des concessions, qui ne vise que des bénéfices rapides.
Malheureusement, la Banque mondiale croit que la réponse aux
problèmes d'un pays à peine sorti de la guerre est d'ouvrir
tous les secteurs à l'exploitation commerciale.
Quels sont les pays les plus menacés aujourd'hui
?
Nous sommes très inquiets pour la république démocratique
du Congo. Il y a des zones forestières immenses prêtes
à être divisées entre les sociétés
de bûcheronnage, des millions de personnes dépendent de
la forêt pour leur subsistance, et la Banque mondiale pousse à
l'exploitation commerciale. Nous sommes aussi très préoccupés
par le rôle que joue la Chine. Où que l'on aille en Afrique,
en ce moment, on voit des Chinois tenter de passer des accords sur les
ressources naturelles.
Propos recueillis par AFP, 24 avril 2006
Alpha Oumar Konaré dénonce la
traite des cerveaux
L'Afrique est victime de "la traite des cerveaux" qui pénalise
ses efforts de développement, a déclaré lundi à
Alger le président de la Commission de l'Union africaine (UA)
Alpha Oumar Konaré.
Dans son allocution prononcée à la cérémonie
d'ouverture d'une réunion d'experts africains sur la migration,
M. Konaré a critiqué la politique d'"immigration
sélective" des pays développés. "De façon
unilatérale, on décide de piller et de pomper les pays
africains de leurs cerveaux", a-t-il indiqué.
Selon le président de la Commission de l'UA, plus de 25 000 diplômés
dans tous les domaines partent de l'Afrique chaque année.
Il a comparé cette nouvelle "traite des cerveaux" à
celle des esclaves africains aux 17ème et 18ème siècles,
en la qualifiant d' "inacceptable et extrêmement grave".
"Nous ne sommes pas contre la circulation (des personnes), qui
est en soi quelque chose d'enrichissant, mais la réalité
aujourd'hui, c'est que l'Afrique, jadis privée de bras, est maintenant
privée de cerveaux", a-t-il poursuivi.
L'Afrique fait appel actuellement à des milliers de coopérants
étrangers dans les domaines concernés par cette fuite
des cerveaux,ce qui coûte au continent "plus de 4 milliards
de dollars annuellement", a révélé M. Konaré.
En adoptant des politiques qui incitent les scientifiques et les ingénieurs
africains immigrés à s'établir durablement dans
les pays développés, "on empêche le décollage
économique de l'Afrique", a dit M. Konaré, tout en
souhaitant discuter avec les pays développés de ce problème.
Lors de cette réunion de trois jour à Alger qui a pour
thème "Migration et développement" et "Position
africaine commune sur la migration et le développement",
les participants travailleront sur la base d'un document élaboré
par la Commission africaine, dans le but de parvenir à une feuille
de route africaine sur la migration, en perspective d'une réunion
ministérielle avec l'Union européenne qui se tiendrait
avant fin 2006.
Source : Xinhuanet, 3 avril 2006
Journée de l'Enfant Africain : pour Boubacar
et Mohamed
par Claire Aymes, Collectif Actions pour les Victimes Anonymes du
Dakar (CAVAD)
Personne n'en a parlé. Manifestations anti-CPE oblige. Le 19
mars était la Journée de l' Enfant Africain. Elle est
passée totalement inaperçue mais existe-t-il une journée
pour l'enfant européen ou asiatique ? Pas à notre connaissance.
Cette journée occultée est-elle suffisante pour enrayer
ces millions de morts et les 12 millions de ces enfants atteints du
SIDA ? Pas vraiment.
Mais cette journée oubliée, nous la dédieront
pourtant à Boubacar Diallo et Mohamed Ndaw, victimes 2006 du
rallye Dakar. Nous souhaitons rappeler les règles de droit qui
garantissent la protection des enfants. « Les enfants sont notre
avenir, protégeons-les » : tel est le message que les organismes
internationaux proclament afin d'attirer l'attention sur les épreuves
qu'endure cette catégorie de la population. En ce 19 mars 2006,
Nous pensons aux enfants soldats dans les régions en proie aux
conflits armés.
A l'absence de protection pour les mineurs étrangers isolés,
désireux d'obtenir le statut de réfugiés, détenus
des zones d'attente et autres centres de rétention. A la législation
et à la pratique en matière d'arrestation et de détention
de mineurs étrangers. Aux efforts à fournir également
en matière de lutte contre la maltraitance (esclavage, tourisme
sexuel...)
Nous pensons à la discrimination dont sont victimes les enfants
africains du fait de leur origine. Aux conditions de logement souvent
difficiles pour leurs familles (insalubrité, saturnisme...)
A l'inéluctable retour au travail de ces enfants. A la présence
de plus en plus d' enfants vivant dans la rue avec leurs mères
sans-papiers en difficulté ou comme à Marseille, à
ces enfants débarquant des ferries chassés par les guerres,
les persécutions ou la misère.
Et plus concrètement, beaucoup plus près de nous, nous
pensons déjà aux prochains enfants africains sacrifiés
au cours de la fête annuelle si médiatique du rallye Dakar.
La mort inopinée d'un enfant est toujours un drame. Son assassinat
programmé est un crime.
En nous taisant, nous serons tous complices. Pour Boubacar et Mohamed,
nous pouvons mettre un terme à la honte et à l'insupportable
en réclamant la suppression du rallye Dakar. http://www.gopetition.com/online/7725.html
Et cette journée du 19 mars 2006 n'aura peut-être pas existé
pour rien. Source : http://www.stop-rallyedakar.com/
Aggravation de la situation des droits de l'Homme
dans des pays d'Afrique
La situation pour les défenseurs des droits de l'Homme en Afrique
"s'est tout particulièrement aggravée en 2005 en
République démocratique du Congo, en Ethiopie, au Soudan
ou encore au Togo", souligne le rapport annuel publié mercredi
par la Fédération internationale des droits de l'Homme
(FIDH) et l'Organisation mondiale contre la torture (OMCT).
"Mauvais traitements et actes de violence ont été
relevés au Niger, en
Ouganda, au Soudan, en Tanzanie, au Tchad, au Togo et au Zimbabwe, allant
parfois jusqu'à l'assassinat (RDC, Sierra Leone)", relève
le rapport.
Il cite des "poursuites judiciaires et arrestations arbitraires"
dans onze
pays, dont le Cameroun, Djibouti, l'Erythrée, le Kenya, la Mauritanie,
le Niger.
Menaces, campagnes de diffamation et autres formes de harcèlement
ont
également été utilisés pour dissuader les
défenseurs des droits de l'Homme de poursuivre leur action au
Sénégal, en Somalie, au Congo-Brazzaville, en Côte
d'Ivoire et au Nigeria.
"En 2005, les libertés de réunion, de manifestation
et de rassemblement
pacifique restent largement bafouées sur l'ensemble du continent",
déclare le rapport qui cite notamment le Cameroun, la Côte
d'Ivoire, le Kenya et la RDC où plusieurs manifestants ont trouvé
la mort en juin dernier.
Au Zimbabwe, ces libertés sont "systématiquement
violées" et Fatimata Mbaye, vice-présidente de la
FIDH et présidente de l'Association mauritanienne des droits
de l'Homme a souligné que la seule possibilité de réunion
étaient les funérailles.
Elle a dénoncé "1.300 cas de viols en Centrafrique",
les qualifiant de
"crimes de guerre". Quant à "la tragédie
du Darfour (Soudan), c'est une
situation génocidaire en raison de l'odeur du pétrole
dans cette zone", a dit M. Sidiki Kaba, président de la
FIDH, en présentant ce rapport.
Au Togo, à la suite des élections présidentielles
d'avril 2005, et de
l'élection contestée de Faure Gnassingbé, les violences
et la répression des manifestations ont fait quelque 500 morts,
selon les Nations Unies.
"Au plus fort des violations, les autorités ont tout fait
pour faire taire
les dénonciations" à ce sujet, souligne le rapport.
Même situation en Ethiopie, où 75 personnes ont été
tuées lors des
manifestations contestant les résultats des élections.
Les militants "qui
tentaient de dénoncer ces violations ont été victimes
de graves représailles", la situation de plusieurs "reste
inconnue", selon la FIDH.
Journalistes et syndicalistes sont particulièrement visés.
En Sierra Leone,
Harry Yansaneh, membre d'Amnesty International et de la Ligue des droits
de l'Homme, a été attaqué dans les locaux de son
journal à Freetown et est mort des suites de ses blessures.
La tragédie des émigrants qui périssent en tentant
de gagner l'Europe a par ailleurs été évoquée
par Driss El Yazami, secrétaire général de la FIDH
qui a condamné "les assassinats" dont certains, selon
lui, ont été victimes à Ceuta et Melilla. "La
responsabilité du Maroc et de l'Espagne est engagée à
l'évidence", a-t-il dit, précisant que la FIDH préparait
des missions d'enquête en Espagne, au Maroc, en Algérie
et au Mali.
Source : AFP, 22 mars 2006
Immigration clandestine : Trêve
de lamentations !
par Le Pays, Ouagadougou, 20 mars 2006.
"Voir l’Occident et mourir". Tel pourrait être
le titre d’un film. Pas un film de fiction, mais tiré des
mésaventures des jeunes Africains qui, contre vents et marées,
ne rêvent que d’Occident, même au prix de leur vie.
Il serait indigeste et nauséabond de revenir
sur ces images macabres de jeunes dont certains n’auront jamais
de sépulture, parce que, même refoulés par les vagues
et ignorés des requins saturés de chair humaine, ils seront
livrés aux charognards. Ni l’Occident humaniste et généreux,
ni l’Afrique hospitalière et respectueuse des morts n’aura
d’égards pour eux.
Pour l’Occident en tout cas, si l’Histoire
peut parfois se répéter, il n’est pas question d’accepter
l’histoire de cette colonisation à rebours. Si hier, de
même dans une certaine mesure aujourd’hui, les colons n’ont
pas eu besoin du moindre papier pour débarquer en Afrique, il
n’en est pas de même pour les Africains en partance pour
l’Occident.
Non content d’ériger des "murs de
Berlin" et des barbelés pour verrouiller ses frontières
et contenir cette vague déferlante et menaçante, l’Occident
s’est doté d’arsenaux juridico-administratifs pour
endiguer ce flux migratoire. Si, tant bien que mal, il a réussi
à décourager et limiter les vocations à l’immigration
à partir des côtes marocaines, l’appel du grand large
s’est déporté sur les côtes mauritaniennes.
Mais au-delà des accusations mutuelles, n’y
a-t-il pas lieu que chacun fasse son examen de conscience afin de trouver
des remèdes au phénomène migratoire ? Plutôt
que de voir dans le comportement actuel des dirigeants occidentaux,
l’_expression d’une négrophobie ou d’une afrophobie,
les gouvernements africains auraient intérêt à reconnaître
leurs propres torts.
On le voit aujourd’hui. Face à cette tragédie,
l’Afrique consentante accepte d’offrir son sol pour l’érection
d’enclos de lamentations, de véritables points de triage,
qui rappellent cette tristement célèbre Ile de Gorée,
en vue de parquer dans des conditions humiliantes, des candidats à
l’immigration.
L’argument simpliste qui consiste à accuser
la colonisation de tous les maux dont souffre actuellement l’Afrique
empêche toute analyse froide et objective. Il ne s’agit
pas d’innocenter l’Occident car, de toute évidence,
sa prédation sur l’Afrique a laissé des séquelles
indélébiles sur le terrain. Et si aujourd’hui on
parle de réparation, ce n’est que justice à rendre.
Malheureusement, aucun Africain n’a réussi, jusqu’à
ce jour, à comptabiliser de tels dégâts. C’est
ainsi qu’on parle aujourd’hui, plus de réparation
morale que matérielle ou financière.
Sur ce point, même si les initiatives sont individuelles,
certains pays occidentaux reconnaissent aujourd’hui que la traite
négrière et la colonisation ont été des
crimes contre l’humanité. La dernière reculade de
la France à propos des bienfaits de la colonisation constitue
une avancée en matière de devoir de mémoire.
Sans le crier sur tous les toits, l’Occident,
à travers son aide à l’Afrique, estime avoir rempli
son contrat avec l’Afrique et continue à le faire. Même
si on peut épiloguer sur la manière dont cette aide est
octroyée, on ne peut nier que depuis les indépendances,
les pays européens, parmi lesquels certains n’ont pas de
passé colonial, ont déversé des montagnes d’argent
sur l’Afrique en vue de financer son développement.
Aujourd’hui, le bilan de cette intervention semble
mitigé. Non seulement elle n’a pas atteint sa finalité
(la fin de l’aide), mais également on voit difficilement
son impact sur le terrain en termes de réduction de la pauvreté,
un thème à la mode aujourd’hui. Le seul reproche
qu’on pourrait faire à l’Occident, c’est d’avoir
mis tous ces paquets d’argent entre les mains de dirigeants cupides,
plus soucieux de leur propre développement que des légitimes
aspirations du plus grand nombre laissé sur le quai du progrès.
Certains dirigeants africains, insensibles à
la clameur de leurs citoyens, se sont transformés en coffres-forts
ambulants avec l’argent de l’aide, des sous provenant du
portefeuille du contribuable occidental qui exige de ses dirigeants
des comptes. De sorte que l’Occident, à force de pomper
son argent, se trouve aujourd’hui à bout de souffle.
En plus, il doit faire face à ses propres urgences
socio-économiques. On ne saurait demander, par exemple à
la France, qui n’a pas encore fini d’exorciser la crise
des banlieues et qui vient d’engager un bras de fer avec les étudiants
à propos du fameux CPE (Contrat première embauche) d’être
plus royaliste que les Africains en ouvrant ses frontières à
cette horde, la plupart sans qualification, pour exercer un travail
dans un pays où les postes d’emploi sont de plus en plus
automatisés. Aujourd’hui, les problèmes soulevés
par l’immigration clandestine doivent dépasser les sentiments
et être conçus en termes d’offre et de demande.
En effet, l’Occident n’a plus rien à
proposer à nos citoyens qui n’ont pas toujours les qualifications
requises pour prétendre à un emploi. D’ailleurs,
l’Afrique ne donne pas le bon exemple de libre circulation des
personnes et des biens. On ne saurait compter le nombre d’expulsions
dont ont été victimes des Africains en Afrique.
L’Afrique ne devrait pas être fière
de voir ses enfants mourir à ses portes. Elle doit cesser de
pointer un doigt accusateur sur les Européens. Elle doit faire
son mea-culpa et réfléchir sur ses propres stratégies
d’éradication de ce phénomène dégradant.
Ce ne serait certainement pas à coups de discours et de larmes
(de crocodile ?), mais en s’engageant dans des politiques de réinsertion
qui ne discriminent personne. Quand on imagine que les sommes épargnées
dans la douleur par ces candidats à l’immigration pour
entreprendre ces voyages et qui se terminent la plupart du temps par
la mort pourraient servir à monter de petits projets sur place,
on mesure la profondeur du manque d’inspiration de nos dirigeants,
sclérosés par la routine.
Quoi qu’il en soit, l’Afrique doit craindre
l’effet boomerang. Le jour où l’Occident parviendra
à endiguer complètement le mouvement de ces affamés,
leur reflux sera source de déstabilisation pour les pays africains.
Source : http://www.lefaso.net/article.php3?id_article=13069
Jean-Philippe Omotunde, historien
des peuples noirs, animateur de l'Institut Africamaat
Source : http://bcdlabel.com/ilsnousfontavancer.php,
Paris, 10 mars 2006
Jean-Philippe OMOTUNDE a répondu à nos
questions : il est notre septième invité et nous le remercions
de s'être prêté au jeu.
Exceptionnellement, il a répondu à 12 questions au lieu
des 10 initialement prévues. Courageux, précis, décidé.
1 Bonjour, pourriez-vous vous présenter aux
internautes de BCDLABEL.COM ? (Origine, situation familiale, depuis
quand vivez-vous en France et surtout à Paris)
Hotep (paix) à tous. Je suis originaire d'une
terre kamite nommée Karukéra par les Indiens premiers
habitants de l'île (paix à leurs âmes), puis Guadeloupe
par les Européens. Je suis venu à Paris dans les années
80 pour y faire des études en marketing et en communication.
Par la suite, j'ai décidé de réaliser mon vieux
projet d'adolescent : étudier notre histoire !
2 Qu'est ce qui vous a le plus marqué en arrivant
à Paris ?
J'ai été surpris de découvrir
que les jeunes français n'avaient aucune appréciation
exacte des anciennes colonies françaises. Pour eux, situer la
Guadeloupe sur un globe terrestre relevait de l'exploit. En cours, on
me demandait par exemple, si nous vivions encore dans les arbres ( ?).
Paradoxalement, j'ai pris conscience que nous n'avions, qu'une vision
très superficielle de notre histoire africaine et panafricaine.
Inconsciemment durant notre enfance, nous avions été déconnecté
de notre histoire et ceci est très grave.
3 Vous êtes le boss de l'excellent site africamaat.com,
comment avez-vous débuté ?
Après avoir étudié l'histoire africaine durant
près d'une dizaine années au CERVA et à l'IECA,
Abdoulaye un ami webmaster, m'a proposé en 2003 la création
d'un site web pour promouvoir les travaux du professeur Cheikh Anta
Diop. Notre souhait étant d'être le plus technique et précis
que possible dans divers domaines, nous avons donc formé une
équipe pluridisciplinaire de spécialistes en égyptologie,
en historiographie des religions et en histoire de civilisations africaines.
J'ai donc sollicité René Louis Etilé et Pierre
Nillon pour que nous lancions ensemble le projet sous le nom d'agorafrica.com
pour finalement changer en africamaat.com. D'autres chercheurs résidant
en métropole ou ailleurs sont alors venus renforcer l'équipe
initiale, comme Mubabinge Bilolo, Jean Paul Mbelek, Bwemba Bong, Doumbi
Fakoly, Pharaon Seti, et bien d'autres sans oublier Salomon et Olivier
notre webmaster actuel sans qui l'aventure serait déjà
terminée. Notre souhait reste d'offrir à la jeunesse panafricaine,
une vision claire et précise de son patrimoine historico-culturel,
de la préhistoire à nos jours.
Au-delà, nous avons crée depuis 2 ans
l'Institut Africamaat qui dispense des cours sur l'histoire de l'Afrique
antique, sans oublier la géopolitique africaine. Nous avons aussi
lancé le journal Afrik@raïbes mag aux éditions Menaibuc,
pour promouvoir l'histoire scientifique du Monde Noir. Bref, on est
finalement assez actif.
4 Vous êtes l'auteur d'un certain nombre d'ouvrages,
pouvez-vous nous en parler ?
J'ai publié aux éditions Menaibuc trois
ouvrages, L'origine négro-africaine du savoir grec, Les racines
africaines de la civilisation européenne et La traite négrière
européenne : vérité et mensonges (cf. menaibuc.com).
Mes deux premiers ouvrages s'appuient sur le testament historique des
grecs anciens qui rend caduque la thèse du « Miracle grec
». Ces derniers ont de leurs propres aveux, largement puisés
en Afrique noire, les fondements de leur civilisation (architecture,
spiritualité, sciences, philosophie, lois..). Pour le dernier
sur la traite européenne, je dirai que c'est l'antidote du poison
de la grenouille empêtrée.
Très bientôt, je vais de nouveau publier
deux autres ouvrages. Pour les jeunes de 4 à 14 ans, j'ai confectionné
un ouvrage didactique qui leur présentera leurs Humanités
Classiques Africaines de façon ludique. Et le second concernera
la philosophie de l'Afrocentricité qui est à mes yeux
la plus judicieuse. Il fallait un éditeur pragmatique, visionnaire,
artisan de la Renaissance Africaine et prêt à certains
sacrifices pour arriver à dynamiser les travaux des chercheurs
panafricains suivant les pas du professeur Cheikh Anta Diop, d'où
mon choix des éditions Menaibuc. Rien n'est facile ou acquis
d'entrée mais je crois que c'est ensemble que l'on forme une
équipe formidable.
5 Chercheur en histoire, spécialiste en communication,
enseignant à l'Institut Africamaat. Qu'est ce que vous enseignez
exactement ?
Je mets l'accent sur « La transmission du savoir
à l'époque de l'Afrique pharaonique » afin d'apprécier
la vision de nos ancêtres kamits, d'encourager la comparaison
avec l'époque actuelle et enfin, de démontrer qu'il est
vital dans le Monde Noir, de bâtir un corpus pédagogique
reposant sur nos Humanités Classiques Africaines. Notre principal
problème vient du peu d'importance que nous accordons à
l'éducation et à la formation de notre jeunesse. Vous
savez, l'éducation est une chose sacrée.
En Guadeloupe par exemple, une responsable d'un grand
lycée m'avouait en 2004 qu'elle formait les jeunes pour qu'ils
aillent travailler en métropole. Ce qui relève d'une entreprise
de déformation mentale est appelé ici une formation, cherchez
l'erreur !
Nous avons délégué notre responsabilité
en matière d'éducation scolaire et spirituelle à
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