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Afrique, continent martyr

Littérature sahélienne : Des hommes de lettres se penchent sur les nouveaux concepts


par Privat OUEDRAOGO , Sidwaya, Ouagadougou, 22 février 2006. http://www.lefaso.net/article.php3?id_article=12562


Un colloque international consacré aux études littéraires africaines se tient du lundi 20 au vendredi 24 février 2006, à l'université de Ouagadougou. Organisé par le Réseau d'études littéraires sahéliennes (RELIS). Ce colloque va permettre à des hommes de lettres d'Afrique, d'Europe, et d'Amérique, de mener des réflexions sur les nouveaux concepts de la littérature sahélienne.

« Emergence et espaces littéraires : le Sahel centre de création et de production littéraire. » C'est ce thème qui retient l'attention des participants à ce sixième colloque international de littérature de Ouagadougou, réunissant des personnalités du monde des lettres du Bénin, du Burkina, de la Côte d'Ivoire, du Gabon, du Mali, du Sénégal, du Ghana, du Niger, de la France et du Canada (Québec).

Les études littéraires africaines des dernières décennies du XXe siècle ont intégré une nouvelle terminologie et de nouveaux concepts pour mieux présenter la réalité de cette littérature. Ces nouvelles approches bien qu'ils enrichissent la théorie littéraire post-coloniale, doivent également amener les chercheurs à avoir une même compréhension du phénomène, et la manière de se les approprier et les appliquer. Les analystes de la création littéraire en Afrique se voient de plus en plus imposer le concept de littératures émergentes pour mieux cerner les conditions de son existence.

Le Sahel étant un espace géographique caractérisé par un climat chaud et semi-aride, il est composé de pays, d'Etats-Nations émergents, dans lesquels la création littéraire est en pleine expansion et où les champs littéraires sont en train de se constituer. Le directeur de l'UFR/LAC, M. Bapio Rosaire Bama a situé l'importance du thème de ce colloque.

« Vos conclusions permettront sans doute de comprendre comment une réalité physique comme le Sahel tend à devenir en Afrique de l'Ouest non seulement une entité géographique, une entité politique à travers le CILSS, mais aussi une entité culturelle et littéraire transnationale », a-t-il souligné.

La présidente de l'université de Ouagadougou, Mme Odile Nacoulma a surtout relevé que les six colloques passés, ont permis de dégager des pistes dont l'approfondissement permettra de convaincre, qu'au delà de l'aridité de son climat, le Sahel peut participer au développement car il influe sur le mental des hommes, leur créativité, leur culture. Pour le ministre des Enseignements secondaire, supérieur et de la Recherche scientifique M. Joseph Paré, ces retrouvailles sont la preuve que la littérature, les recherches littéraires peuvent contribuer à unir des chercheurs venus d'horizons divers autour d'une thématique comme le Sahel.

En choisissant de vous retrouver autour du thème : « Emergence et Espace littéraire : Le Sahel, centre de création et de production littéraire, vous considérez l'espace comme un objet de recherche pour les études littéraires, notamment en Afrique », a-t-il fait remarquer.

Cette rencontre de quatre jours s'articulera autour de plusieurs axes de communications comme : les aspects méthodologiques, l'analyse des ¦uvres et la réception littéraire.

 

 

Lutte contre la pauvreté en Afrique Subsaharienne : Les batailles ciblées de l'Union européenne


par Théodore ZOUNGRANA
(tzoungrana@yahoo.fr), L'Hebdo, Ougadougou, 18 février 2006. Source : http://www.lefaso.net/article.php3?id_article=12491

En dépit des multiples efforts qui sont déployés tant par la volonté politique des gouvernants que par l'abnégation des populations, l'Afrique subsaharienne a toujours du chemin à faire pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).

Toutefois par le biais de son partenariat avec l'Union européenne (UE), de meilleures perspectives de progrés s'ouvrent à l'horizon. Car dans son engagement d'aide au développement, l'Union accorde une priorité exceptionnelle à l'Afrique.

Pour preuve on notera que l'UE (Commission + Etats membres) représente à présent 55 % de l'aide mondiale au développement des pays pauvres.

Intégrer l'économie africaine à la dynamique de l'économie mondiale, favoriser l'émergence de la bonne gouvernance, la démocratie et lutter contre le VIH/Sida etc, sont désormais les batailles que l'UE a engagées sous la direction de son président, M. José Manuel Barroso pour vaincre la pauvreté sur le continent africain.

L'UE a toujours cru aux valeurs cardinales de la paix, de l'intégration économique et, la cohésion sociale comme des facteurs déterminants de la prospérité des nations. Riche de cette expérience d'une quarantaine d'années, elle s'engage maintenant à partager les fruits de l'Union dans la diversité avec les peuples défavorisés dans un esprit de solidarité.

L'Afrique subsaharienne est un partenaire privilégié.

Cela paraît se justifier car cette région du continent a toujours tenté de s'organiser au sein de regroupements telles : l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), la Communauté de développement de l'Afrique australe (SDAC), la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC) afin d'emprunter les voies de succés de l'UE.

Aujourd'hui au-delà de l'engagement, l'Union est à pied d'¦uvre dans la lutte contre la pauvreté sur tous les fronts stratégiques.

Quand l'Afrique trace le chemin de son développement

Pour tout progrés, il faut croire prioritairement en ses propres forces et ses propres options. Cela dans l'optique d'assumer son devenir et l'Afrique a de plus en plus conscience de la nécessité de cet élan.

En effet, si la décennie 1990 fut synonyme pour le continent africain de perte de tout son intérêt géographique, de baisse sensible de l'aide au développement et de multiplication des conflits, ces derniéres années laissent transparaître une volonté de la part des leaders africains de surmonter leurs difficultés et de progresser sur les chemins de la sécurité et du développement. Cet espoir repose sur la transformation de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) en Union africaine (UA), l'abandon de son principe de non-intervention et l'adoption en octobre 2001 du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD).

Fortement soutenue par les multiples partenaires, l'Union européenne en premiére ligne, cette nouvelle dynamique s'appuie sur le renforcement des schémas de l'intégration régionale en Afrique. Les multiples guerres ont eu des répercussions néfastes tant sur les économies nationales que régionales.

C'est pour juguler les désastres socio-économiques qui ont porté un coup de frein au progrés, que les leaders africains ont pris conscience de la nécessité d'assurer la stabilité à leurs frontiéres et d'intervenir dans les tensions survenant dans leur entourage. De là est née une nouvelle volonté de gérer les crises, de plusieurs communautés économiques régionales.

Progressivement l'esprit d'intégration suit son chemin. Le consensus est général maintenant en Afrique pour considérer la régionalisation comme une étape essentielle de l'insertion des pays dans le commerce international. C'est ainsi que les intégrations régionales sont conçues dans la perspective d'élargir des marchés nationaux trop segmentés, de procéder à des économies d'échelle, d'harmoniser les politiques économiques et les cadres institutionnels et de constituer de puissants leviers de développement afin d'éradiquer la pauvreté extrême.

Au regard de cette détermination de l'Afrique à relever les défis du développement, l'Union européenne qui est manifestement le premier promoteur du régionalisme apporte son soutien à l'édification des plans stratégiques de lutte contre la pauvreté.

L'Union européenne dans l'action

Un front commun dans la lutte contre la pauvreté a pris corps. L'Europe s'est mobilisée à côté de l'Afrique pour combattre les maux qui entravent le développement économique et l'épanouissement social des populations. A savoir :

aider le continent à poursuivre le processus de démocratisation, gage de liberté, de respect des opinions,

asseoir une bonne gouvernance dans la gestion des biens publics et du financement,

assurer le développement des infrastructures socioéconomiques de base (école, centre de santé primaire, eau potable...),

éveiller les consciences des populations au sujet des droits humains,

enfin la mise sur pied d'un plan de prévention et de traitement des maladies tels : le paludisme, la tuberculose et le VIH/Sida qui déciment les bras valides et compromettent le devenir économique du continent.

Ces préoccupations de l'UE se situent au c¦ur des nouveaux défis que l'Afrique cherche à résoudre.

En effet, depuis 1990, qui a vu l'amorce du processus démocratique, l'Afrique a toujours besoin d'être épaulée dans sa mise en ¦uvre et le respect des schémas classiques de cette démocratie qui sont : le respect de la constitution, l'organisation d'élections libres et transparentes, la lutte contre la corruption et l'acceptation de l'alternance démocratique.

Si dans certains pays des efforts louables sont à noter (Sénégal, Ghana, Bénin, Afrique du Sud...), par contre d'autres pays demeurent soit en marge de ce processus (Côte d'Ivoire, Togo, le Soudan...) soit dans le refus obstiné de l'alternance.

Ce tâtonnement nécessite le soutien des partenaires au développement notamment l'UE pour parfaire le processus démocratique et les bases d'une économie intégrée véritable.

Dans son allocution prononcée à Bruxelles le 29 septembre dernier devant les parlementaires européens, M. Louis Michel, Commissaire en charge du développement et de l'aide humanitaire souligne que l'Union doit veiller :

au renforcement du Haut-commissariat aux droits de l'Homme ,

à la création d'un systéme mondial d'alerte rapide en cas de catastrophes naturelles,

à la mobilisation des ressources supplémentaires pour la lutte contre le VIH/Sida, la tuberculose et le paludisme. Il a insisté sur le fait qu'une focalisation sur l'Afrique est indispensable. Cette attention particuliére que l'UE attache à l'Afrique subsaharienne, est justifiée par le fait que cette région connaît un spectaculaire enchaînement de circonstances défavorables : Sida, recrudescence du paludisme, diminution de la production vivriére par personne, détérioration des conditions de logement et dégradation de l'environnement, de sorte que la plupart des pays de la région ne pensent pas pouvoir atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD).

D'autres fléaux tenaillent cette partie de l'Afrique notamment la sous-alimentation, le faible taux de scolarisation à l'école primaire, la pandémie du VIH/Sida et les guerres civiles sont autant de catastrophes qui pourraient empêcher d'atteindre les OMD sans l'aide soutenue de l'UE et d'autres partenaires au développement.

Aussi pour accélérer le développement de l'Afrique, l'UE dans son appui ciblera ses actions dans des domaines bien définis. Notamment la gouvernance, l'interconnexion et l'équité. Dans ce volet, l'Union s'activera à faciliter la stabilité et la paix en dotant l'Union africaine et les organisations sous-régionales des moyens financiers nécessaires pour résoudre les conflits du continent.

En ce qui concerne l'interconnexion des réseaux et des échanges en Afrique, un partenariat euro-africain est envisageable pour mettre en place des infrastructures transfrontaliéres durables indispensables à l'interconnexion du continent.

Par-dessus tout, l'UE veut aussi éradiquer la pauvreté en Afrique en stimulant une croissance durable. Et cela passera par l'accés à des services de base stables, au plein emploi et à des emplois productifs. En effet, le chômage des jeunes et des femmes engendre de nos jours l'exode rural et de surcroît l'immigration sans issue d'un grand nombre d'Africains vers l'Europe où ils espérent s'affranchir de la précarité et s'intégrer socialement dans la vie active.

Pour pallier cette désillusion de l'exode, l'UE intégrera dans ces actions, des mesures incitatives pour promouvoir l'émergence de société équitable dans un cadre de développement durable en Afrique.

Selon le commissaire Louis Michel, le sens de cet engagement est de parvenir à "honorer les Objectifs du Millénaire pour le développement que tous les membres de l'ONU se sont engagés à réaliser d'ici à 2015".

C'est pour donner davantage un coup d'accélérateur à ce pari, qu'à partir de 2010, l'UE consacrera au développement une enveloppe supplémentaire de vingt milliards d'euros chaque année. Mais surtout en faisant de la lutte contre le VIH/Sida l'épicentre de la lutte contre la pauvreté.

L'UE face au VIH/Sida en Afrique

L'équation du développement ne peut être résolue sans au préalable songer à l'existence d'une population saine. Cette logique implacable pousse l'UE à agir de façon plus efficace, plus active et plus rapide, afin de concrétiser son défi dans la lutte contre la pauvreté en Afrique. D'ailleurs selon le commissaire Louis Michel "Le VIH/Sida, le paludisme et la tuberculose représentent les principales maladies mortelles qui sévissent dans de nombreux pays d'Afrique subsaharienne et d'Asie, ainsi que le principal obstacle au développement".

Pour cette raison, la Commission opte pour une série d'actions concrétes et peu coûteuses, tout en étant efficace. Parmi ces actions, nous pouvons citer :

la distribution gratuite de moustiquaires et de contraceptifs ;

l'accés gratuit aux services de consultation et de dépistage volontaires du VIH/Sida.

En collaboration avec les partenaires mondiaux tels que l'Organisation mondiale de la santé (OMS), ce programme d'action de la Commission cherche à renforcer les réseaux régionaux en vue de promouvoir l'accés à des médicaments sûrs et d'un prix abordable. De même, elle vise également à renforcer les capacités de réglementation des pays partenaires et de soutenir de nouveaux travaux de recherche.

Pour plus de conscientisation, le programme d'action ¦uvrera dans chaque pays à l'organisation d'un dialogue politique sur les problémes de stigmatisation et de discrimination.

Ainsi que sur les droits de l'Homme, les préoccupations liées aux catégories vulnérables, comme les orphelins et les enfants. La communication propose aussi de rechercher des synergies avec des programmes connexes en ce qui concerne par exemple, l'hygiéne sexuelle et la santé génétique. Actuellement, l'Union fournit à elle seule une contribution de 239,02 millions d'euros par an (moyenne annuelle 2003-2006) à la lutte contre le VIH/Sida, le paludisme et la tuberculose. Une part importante de cette somme alimente le Fonds mondial dont l'UE est le deuxiéme donateur.

Soutenir la production locale des antrirétroviraux (ARV) en Afrique

L'Action de prévention ira de pair avec l'accés des malades à des soins appropriés grâces aux ARV. Le constat alarmant qui s'impose est que les malades du VIH/Sida sont au Sud tandis que les médicaments se trouvent au Nord.

Les statistiques montrent que dans les pays en développement, seuls 2 % des patients dans le besoin ont accés à des traitements antirétroviraux. L'Afrique à elle seule compte 70 % des personnes affectées et infectées, seulement 12 % des patients ont accés au ARV.

Cela est tristement lourd de conséquences. Là encore, la Commission européenne s'est engagée à mettre sur pied un programme destiné à soutenir des initiatives visant à promouvoir la production locale de préservatifs, de moustiquaires traités aux insecticides à longue rémanence, d'antirétroviraux, de thérapies à base d'antimisinine et de médicaments contre la tuberculose. Malgré la chute drastique des prix de 10 000 à 30 euros grâce à l'association des molécules de traitement de premiére intention, l'accés aux ARV échappe toujours au plus grand nombre.

Car sur les 4,3 millions de malades que compte l'Afrique subsaharienne, seule 12 % en bénéficie.

La riposte doit être de taille. C'est pourquoi dans l'aide au développement 2008-2013, le Conseil européen a arrêté l'enveloppe financiére à 22,7 milliards d'euros pour le dixiéme Fonds européen de développement (FED) contre auparavant 13,5 millions d'euros pour le neuviéme FED qui couvre 2003-2007. Cette augmentation de l'assiette financiére pour l'appui au développement a été louée par le commissaire Louis Michel "Aujourd'hui l'Europe met plus que jamais le partenariat au centre de son action".

 

 

Larba Nadiéba, administrateur IT* en Allemagne : « Il faut croire à la contribution des ingénieurs africains à la technologie »


Alex Moussa Sawadogo, Correspondant à Berlin (Allemagne), Lefaso.net , 13 février 2006. Source : http://www.lefaso.net/article.php3?id_article=12352

Lorsque les nouvelles technologies de l'information sont rentrées dans leur phase de vulgarisation, certains pays occidentaux ont ouvert leurs portes à de nombreux techniciens et ingénieurs des pays de l'Est et de l'Asie. Le continent noir et sa population, comme à l'accoutumée, ont été une fois de plus considérés comme incapables d'apporter leur pierre au développement de cet outil précieux.

Pourtant, « décrypter les mystères des nouvelles technologies de l'information et de la communication n'est pas un apanage des Occidentaux » rappelle Larba Nadieba, un ingénieur en télécommunication et en informatique aujourd'hui très en vue en Allemagne. Arrivé en Allemagne il y a une dizaine d'année, il s'est fait une place et un nom dans un domaine ou être « noir » peut limiter les chances de se trouver un emploi qualifié.

Le jeune burkinabé, à sa sortie de l'université polytechnique de Nuremberg, est embauché comme Directeur technique et chef du département informatique et des télécommunications de la multinationale germano-française Funkwerk Communications.

Ce géant européen est le deuxième leader sur son marché en terme de technologie pour les systèmes professionnels de télécommunications, utilisés par les constructeurs automobiles, les sociétés de transports, et les institutions et est un des principaux fournisseurs européens de solutions de communication basées sur Internet et de solutions professionnelles pour les réseaux sans fil.

« L'une de mes activités principales consiste à accompagner la direction générale dans la mise en place des stratégies globales de la société en apportant la contribution technique. Mon travail consiste en outre à faciliter l'intégration technique d'autres entreprises similaires que nous rachetons et la conception ou l'adaptation de l'infrastructure NTIC**. En tant que premier client, je mets en place les différents scénarios d'exploitation de nos produits. Un mauvais calcul de ma part pourrait nuire á l'image et la marque de l'entreprise et entraîner sa faillite. Je suis donc en perpétuel défi ».

Lorsque Bill Gates, Microsoft et sa fondation ont eu l'idée de mettre à la disposition des pays pauvres des ordinateurs à moins de 100 Dollars, leur ambition était de permettre aux régions reculées de ces pays de prendre le train de la technologie et de lutter contre la pauvreté et surtout de se rapprocher des autres parties du monde comme l'a souhaité le britannique Tim Berners-Lee, l'inventeur du World Wide Web.

Notre ingénieur en télécommunications conscient, de cette situation pense que les NTIC sont un outil efficace pour la lutte contre la pauvreté en Afrique et que leur utilisation intelligente permettrait à l'Afrique de faire un grand bond en avant à la suite d'autres pays de l'Europe de l'Est et de l'Asie tels que la Lettonie et l'Inde. Cette conviction de Larba Nadieba , élu administrateur IT du 1er Trimestre 2005 par des journaux professionnels allemands, est pertinente si toutefois l'Internet en Afrique n'est pas seulement réservé a s'écrire des e-mails, à « chatter » et surtout à l'escroquerie.

Larba Nadieba, auparavant ingénieur développeur en Réseaux sécurisés dans une société allemande et à ce sujet co-auteur d'un logiciel de sécurisation basé sur les Réseaux Privés Virtuels pour le parlement allemand, souligne que l'accélération et la fiabilité des réseaux ont changé la manière de communiquer, d'étudier, d'acheter, de s'informer, de se distraire, de s'organiser, de se cultiver et de travailler. Mais ce formidable chambardement, constate-t-il avec tristesse, profite surtout aux pays les plus avancés, déjà bénéficiaires des précédentes révolutions industrielles, et aggrave ce qu'on appelle « la fracture numérique ».

Afin de contribuer à mettre fin à cet abîme qui se creuse entre les nantis en technologies de l'information et tous ceux, les plus nombreux, qui en sont dépourvus, le directeur technique de Funkwerk, très attaché à son pays le Burkina Faso, a réalisé gracieusement pour l'ambassade du Burkina à Berlin et pour de nombreuses associations qui ¦uvrent pour son pays des sites d'Internet. Il a aussi réussi à mettre en place, avec d'autres experts et ingénieurs burkinabé et maliens, une société de consulting et d'ingénierie dans les domaines de l'informatique et des télécommunications au Burkina Faso. L'une des forces de cette ingénierie est la conception et l'assistance dans la mise en place et la gestion d'infrastructures NTIC fiables, adaptées aux sociétés, aux institutions tout en prenant en compte l'aspect sécurisation.

En attendant que Tony Blair et Bob Geldof se prononcent peut-être un jour pour un plan Marshall technologique pour l'Afrique, il est temps que les entreprises africaines tiennent comptent des jeunes africains dotés d'une excellente formation en numérique qui font la fierté des entreprises occidentales. Cette ressource humaine doublée d'une culture africaine et occidentale serait salutaire pour le continent si le transfert des compétences étaient pris en compte. A ce sujet, M. Nadiéba évoque le manque de liberté dont les ingénieurs ne disposent pas dans leurs activités, l'incapacité de former leur propre équipe de travail et surtout de mettre en place leur méthode de travail. « En temps que directeur technique et administrateur de mon département chez Funkwerk, j'ai ici la liberté de choisir mon équipe de travail d'une part et de faire une proposition de budget de recherche qui permettra à mon équipe, soit en Allemagne, en France ou dans d'autres pays où nous intervenons, d'être compétitifs ».

Larba Nadieba, qui fait parallèlement un MBA en stratégie et développement des entreprises, note que le management à l'africaine doit changer et laisser place au cybermanagement où la seule revendication d'appartenance à un pays pauvre n'a plus de raison d'être. Seules devront compter la performance et l'efficacité.
* IT = Technologies de l'Information
** NTIC = nouvelles technologies de l'information et de la communication

 

 

Tchad-Banque mondiale : l'ogre et l'idiot


par Luc NANA, L'Hebdo, Ouagdougou, 11 février 2006



Le 29 décembre 2005, les députés tchadiens votaient à une écrasante majorité (119 voix contre 13 et une abstention) la modification de la fameuse loi dite 001 qui prévoyait notamment que 10 % des revenus pétroliers soit affecté à un compte bloqué dit pour les générations futures, 80 % serve à financer des projets de développement socioéconomiques, 5 % consacré à la région de Doba et 5 % au gouvernement tchadien.

La nouvelle loi supprime le fonds pour les générations futures et porte en outre de 15 à 30 % la part de revenus pétroliers utilisable par le gouvernement sans le moindre contrôle. Depuis lors, c'est le désamour complet entre le Tchad et la Banque mondiale dont aucun des deux n'a la décence de se préoccuper du sort des véritables victimes de ce bras de fer que sont les populations.

Pays pauvre et enclavé, le Tchad produit du pétrole depuis 2003, pétrole acheminé par un oléoduc long de 1070 km et qui relie les 300 puits de pétrole de la région de Doba (Sud du Tchad) au terminal d'exportation de brut de Kribi sur la côte camerounaise. Avec des gisements prévus pour générer 225 000 barils de pétrole par jour, le Tchad était parti pour une période de prospérité et les populations touchées par le tracé de l'oléoduc étaient certaines de voir leurs conditions améliorées par les retombées de la manne pétrolière. C'est avec cette vision prometteuse (on le suppose) que la Banque mondiale a donné son aval à ce projet financé en grande partie par le consortium pétrolier Exxon Mobil, Chevron-Petronas.

Les concepts-clés de ce projet avaient de quoi séduire ; transparence, éthique, contrôle des mouvements d'argent, participation et consultation de la population, lutte contre la pauvreté, respect de l'environnement.

Avec de telles balises, toutes les garanties des bénéfices et du bon déroulement du projet sont présentes. La réalité sur le terrain allait être différente de ce panorama idyllique et le Tchad, alléché par les premiers dividendes n'allait pas tarder à dénoncer les accords le liant à la Banque mondiale ajoutant la confession là où s'installait déjà le désordre. En effet, selon l'organisation écologique, "les amis de la terre", l'oléoduc sème "misère et dévastation". Contrairement aux prévisions de la Banque mondiale, des milliers de Tchadiens et de Camerounais ont été expropriés de leur terre, les cultures et les végétations détruites, les réserves d'eau et des écosystèmes de grands fleuves pollués tandis que les compensations se révélaient insuffisantes. Concernant les emplois, sur les 5000 promis aux populations locales, la plupart ont échu à des étrangers. La migration sur les lieux de travail a provoqué des troubles sociaux dans les communautés, une recrudescence de l'alcoolisme et de maladies sexuellement transmissibles et attiré de jeunes prostituées venues de tout le pays.

Une aubaine et malgré tout un avenir hypothéqué

Du côté financier, le premier versement de 5,6 millions de dollars a, selon des observateurs, été utilisé par les autorités tchadiennes à l'achat de matériel militaire et le FMI annonce que 9,3 autres millions n'ont pas été "justifiés". On patauge vraiment dans du brut. Il est vrai que les autorités tchadiennes prétextant le caractère absolu de la souveraineté nationale, ont fait voter une loi élargissant les secteurs auxquels seront consacrés les revenus pétroliers par l'ajout de ceux administratifs et sécuritaires et surtout qui mettait un terme à cette absurdité qu'est le Fonds bloqué dit pour les générations futures. Toutefois, il n'est pas moins vrai non plus que c'est sous la pression de cette même Banque mondiale et de compagnies internationales que le parlement tchadien avait adopté en 1999 cette même loi relative à la gestion des revenus pétroliers.

A l'époque, le souci principal était de voir aboutir le projet et comme parfois il faut faire l'âne pour avoir le foin, l'"idiot" tchadien a plié l'échine devant des exigences de l'ogre Banque mondiale. Aujourd'hui, le projet est une réalité et, se sentant enfin lésé, l'idiot d'antan décide à présent d'y remédier.

Dans tous les cas, les infrastructures sont déjà là, que la Banque vienne les enlever si elle le veut, ce sont les populations qui de toutes façons paieront les pots cassés. C'est ainsi que, fidèle à son habitude, la Banque mondiale vient encore, dans ce bourbier tchadien, de passer à côté des objectifs annoncés.

D'ailleurs, un programme d'étude du Centre des droits de l'Homme de l'université du Minnesota dénonce ce rôle restrictif en particulier la tyrannie engendrée par les "ajustements structurels" qu'impose la Banque mondiale aux pays en développement en échange de financements. Ces ajustements induisent qu'il faille réduire les dépenses des Etats, anéantir des organes publics, dévaluer des devises et privatiser des entreprises publiques. Un désastre social et humain qui s'ajoute aux dégâts environnementaux inhérents aux projets de la Banque mondiale.

Si donc les bases méthodologiques et idéologiques de la Banque mondiale ne participent pas au respect des droits de l'Homme et de son environnement, pourquoi ne pas transformer profondément l'ensemble du système international ? Si le partenariat Tchad - Banque mondiale vient à être enterré, ses conséquences seront désastreuses pour le pays, en premier lieu les populations mais cela est-il vraiment une préoccupation pour qui que ce soit ? Toujours demander plus et toujours s'oublier plus, ainsi se font chaque fois reconnaître l'ogre ou l'idiot.
Source : http://www.lefaso.net/article.php3?id_article=12346

 

 

Fermiers et militants anti-mondialisation manifestent contre l’importation de poulets congelés

par IRIN, YAOUNDE , 17 janvier 2006

Des milliers de fermiers et de militants anti-mondialisation venus d’Afrique et d’Europe se sont retrouvés mardi 17 janvier àYaoundé, la capitale camerounaise pour exiger la fin des importations des poulets congelés, qui selon les fermiers et les consommateurs menacent la santé des camerounais et leurs revenus. Près de 6 000 personnes s’étaient réunies pour manifester devant les bureaux de l’Association citoyenne de défense des intérêts collectifs (ACDIC), - qui a organisé l’évènement - après que les autorités aient, à la dernière minute, interdit toute manifestation dans le centre ville.

Les manifestants arboraient des banderoles sur lesquelles ont pouvait lire « Les poulets congelés - une catastrophe pour les producteurs camerounais » et « Importer ce que nous produisons ? Quel crime pour notre économie locale ! ».

L’importation de poulets congelés étaient l’un des nombreux griefs évoqués par les pays africains lors de la conférence de l’Organisation mondiale du commerce qui s’est tenue le mois dernier à Honk Kong, et où les pays en développement ont à plusieurs reprises critiqué les subventions agricoles et les autres politiques commerciales qui, selon eux, favorisent les industrialisés au détriment des pays pauvres.

Dans le secteur de l’importation des poulets congelés, l’action des fermiers camerounais a connu quelques succès ces dernières années ; le pays a importé 5 000 tonnes de poulet congelé en 2005 contre 22 500 tonnes en 2003, selon l’ACDIC.

Mais les manifestants veulent un embargo sur ce type d’importation, et la décision du gouvernement d’autoriser l’importation massive de poulets étrangers durant la période des fêtes a vivement été décriée, en raison surtout des risques sanitaires liés à la grippe aviaire et de l’impact de ces pratiques sur les revenus des citoyens. José Bové, le célèbre militant anti-mondialisation français a pris part à la manifestation de Yaoundé, de même que des militants du Burkina Faso et de la République démocratique du Congo. « L’importation de poulets est un crime contre les fermiers camerounais, un crime contre l’économie camerounaise », à déclaré mardi M. Bové à IRIN.

Selon M. Bové, au lieu d’autoriser l’importation des poulets, le gouvernement camerounais devrait élaborer un programme permettant aux fermiers locaux d’optimiser leur production. « Laissez le gouvernement camerounais soutenir ses fermiers et assurer l’indépendance alimentaire, car sans les fermiers il n’y a pas de Cameroun ».

S’adressant aux manifestants, Bernard Njonga, le président de l’ACDIC a déclaré que « la raison de notre présence ici est que nous condamnons fermement l’importation de poulets venant du monde entier et d’Europe où sévit la grippe aviaire. En important des poulets congelés [le gouvernement nous montre qu’il] ne se soucie pas de la santé et du bien-être de ses citoyens ». M. Njonga a également critiqué le gouvernement pour avoir interdit la manifestation qui devait partir du centre ville pour arriver au ministère de l’Agriculture, devant lequel ils comptaient brûler des morceaux de poulet congelé. « Mais cela n’a pu avoir lieu car notre manifestation a été interdite, nous privant ainsi de nos droits », a-t-il ajouté. Selon l’ACDIC, le principe de la manifestation a été décidé fin novembre, lorsque les autorités camerounaises ont autorisé l’importation de 2 650 tonnes de poulet congelé jusqu’à la fin du mois de janvier - une mesure prise une semaine après que le gouvernement ait annoncé qu’il interdisait ces importations en raison de la grippe aviaire.

Pour l’association, l’argument du gouvernement selon lequel cette mesure visait à éviter une pénurie pendant la période des fêtes – était totalement infondé. « Il n’y a pas de pénurie ou d’inflation sur les marchés durant les fêtes de fin d’année, et… l’offre était supérieure à la demande », a déclaré l’association dans un communiqué. L’ACDIC craint que les importateurs ne fassent entrer le double du volume autorisé en raison de l’insuffisance des mesures de contrôle et de la corruption.

Selon Christian Penda Ekoka, économiste et membre du Mouvement démocratique du peuple, le parti au pouvoir, les manifestants ne devaient pas s’arrêter à un embargo sur l’importation des poulets, mais devraient exiger du gouvernement qu’il aide les fermiers à développer des techniques de conservation.

« Le gouvernement camerounais doit mettre en place un mécanisme permettant d’assurer un suivi efficace entre la production et la consommation, sinon, il y aura un vide que la population locale ne sera pas en mesure de combler ». > Pour lire le rapport "Exportations de poulets : l'Europe plume l'Afrique" d'Agir Ici-CCFD-CFSI-GRESEA-GRET-SOS Faim, cliquer ici : pouletsEuropeAfrique.pdf

 

 

Fracture numérique : une association apporte le téléphone aux villages africains


par Myriam Berber (RFI), 6 janvier 2006.
A force de parler de la pénurie d’équipement Internet sur le continent africain, on a tendance par oublier l’essentiel : le téléphone. Lui aussi fait défaut dans les zones rurales. Les projets se multiplient pour raccorder les populations locales. Parmi les initiatives déjà engagées, celle d’une association française le CSD-PTT (Coopération-Solidarité-Développement aux PTT) qui ¦uvre au développement des télécommunications en Afrique.
L’Afrique des villages est bel et bien absente des télécommunications. Dans le sud ouest du Burkina Faso, la population parcourt des distances moyennes de 35 kilomètres pour téléphoner. Dans ce pays situé au centre de l’Afrique de l’Ouest, on peut estimer à 450 000 le nombre de personnes possédant des téléphones fixes et mobiles. Mais l’accès à ce service universel de communication ne profite qu’à une partie relativement limitée de la population, celle qui vit dans les centres urbains. Dans la plupart des zones rurales, le téléphone reste inaccessible.
Outre le manque d’infrastructures, les villages souffrent le plus souvent d’un enclavement en terme de télécommunications et en matière d’énergie. Sur cette base, le CSD-PTT (Coopération-Solidarité-Développement aux PTT) -une association créée par des professionnels de La Poste et de France Télécom- qui est fortement engagée dans la coopération avec des pays africains, a lancé des projets de téléphonie rurale. « La téléphonie dans les villages enclavés, c’est l’idée de base de notre association qui répond ainsi à une très forte demande de la population », rappelle à ce propos Bruno Jaffré, l’ancien président et fondateur de cette ONG.
Après le téléphone, l’Internet
Au Burkina Faso, par exemple, le projet piloté par le CSD-PTT en collaboration avec l’Onatel, l’opérateur national a permis l’implantation de cabines téléphoniques dans quatre localités (Biba, Koin, Nimina et Yaba) de la province du Nayala dans la région de Toma, ainsi que dans le village de Sérékéni dans la province Kénédougou près de la frontière malienne. Dans ces zones au réseau filaire très pauvre, le choix technique s’est porté sur un système de liaison téléphonique radio, la technologie la plus adaptée dans les régions reculées comme l’explique Bruno Jaffré : « On a eu l’opportunité de récupérer du matériel déclassé dans les montagnes en France. Il restait donc à trouver de l’électricité. Des dispositifs alimentés par l’énergie solaire ont été mis en place pour assurer des situations d’indépendance énergétique aux installations ». Résultat, une technologie à coût relativement bas à la fois en terme d’investissement sur place d’une part, et d’exploitation et de maintenance d’autre part.
Le principe est simple. Chacune des localités est équipée d’une cabine comprenant un téléphone installé sur une table à côté d’un cahier où sont consignés les appels et d’un compteur accroché au mur. « Ce sont les villageois qui réalisent les abris à leurs frais. Ils assurent également l’exploitation des liaisons et la sécurité des équipements. En effet, les panneaux solaires font l’objet de beaucoup de vols », explique Bruno Jaffré.

Par ailleurs, l’organisation qui apporte le savoir-faire n’entend pas financer seule ces projets. Elle compte sur la contribution des opérateurs nationaux, notamment pour l’achat du matériel très cher comme les panneaux solaires. Dans ce schéma d’organisation, « la liaison avec les populations sur place se fait grâce à des ONG locales. L’Ader qui est dirigé par des membres actifs de la communauté malienne en France a, par exemple, financé la première mission d’étude dans la région du Guidimakha au Mali », commente Bruno Jaffré. Et de rappeler que « l’association n’est qu’un aiguillon. L’objectif final est que ces projets continuent sans le CSD-PTT ». Sur ce point, la réussite est totale au Burkina Faso. En effet, le président de l’ONG Sodepostel (Solidarité développement dans les Postes et télécommunications), El Hadj Mousbila Sankara, vole désormais de ses propres ailes. Avec l’opérateur national burkinabé, il a mené tout seul des projets de raccordement de téléphones dans la région de Toma Bokin, ce qui a permis à l’association française de s’investir dans d’autres pays.
Au Mali, une opération du même genre qui vise à raccorder de nombreux villages dans la région de Mopti-Sévéré et au Pays Dogon, a ainsi été monté en partenariat avec la Sotelma, l’opérateur national et l’Association des Volontaires pour le Développement des Télécommunications au Mali. Au Niger, le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) qui a été l’origine des premières radios rurales, travaille également sur des projets d’accès au réseau de télécommunication par village : téléphone mais également accès Internet.
Le site de CSDPTT : http://csdptt.org/

 

Le spectre de la famine rôde à nouveau


Nouvelle famine en Afrique orientale : le Kénya, la Somalie et l'Éthiopie sont touchées
Ces dernières semaines, au moins 40 personnes, majoritairement des enfants, sont mortes de faim et de maladies liées au manque de nourriture, dans le nord-est du Kenya, en proie à l'une des pires sécheresses de son histoire. Dans cette région, les pluies sont quasi-inexistantes depuis plus de deux ans. Ses habitants, principalement des éleveurs nomades somali dont l'alimentation dépend directement des troupeaux de bovins, ont été touchés de plein fouet par la mort de faim et de soif de centaines de têtes de bétail.
"De plus de plus de décès sont rapportés", indique la Croix-Rouge, qui avertit que des centaines d'autres personnes pourraient mourir de faim ces prochaines semaines. Au total, quelque 2,5 millions de personnes sont menacées de famine dans le nord-est, l'est et les régions côtières du pays.
L'organisation humanitaire a besoin de 7,1 millions d'euros pour financer ses opérations dans les 21 districts les plus touchés.
Un groupe pour la sécurité alimentaire du Kenya - qui comprend plusieurs organisations humanitaires, des donateurs et des responsables du gouvernement kényan - , a qualifié mercredi la situation de "grave crise alimentaire". "Nous déclenchons l'alarme maintenant car les indicateurs d'alerte montrent tous une situation qui se détériore rapidement", a pour sa part déclaré Tesema Negash, directeur du Programme alimentaire mondial (PAM) au Kenya, affirmant "qu'une action immédiate" était nécessaire.


6,5 MILLIONS DE PERSONNES SONT MENACÉES
Dimanche, le président kényan Mwai Kibaki a qualifié cette famine de "catastrophe nationale", en appelant à des dons d'un montant de 84 millions d'euros pour faire face à cette situation."En ce moment, nous faisons tout notre possible pour faire en sorte que plus aucune personne ne meure de faim dans le pays", a déclaré le colonel Shem Amadi, chef du Centre des opérations nationales (NOC) du pays. "Mais nous admettons que notre travail est énorme", a-t-il commenté.
Cette situation de grave sécheresse affecte non seulement le Kenya, mais aussi le sud de la Somalie et le sud-est de l'Ethiopie, a annoncé la semaine dernière un organisme gouvernemental américain d'alerte en matière de famine (FEWS). Au total, 6,5 millions de personnes sont menacées par la famine dans ces pays, selon cet organisme.
Source : AFP, 4 janvier 2006

Le Kenya a faim et cherche des moyens


La famine menace le nord du pays, où la sécheresse a fait une trentaine de victimes.
par Hilaire AVRIL, Libération, 5 janvier 2006
Nairobi correspondance
«Famine»... Le président du Kenya, Mwai Kibaki, a lâché le mot lors de ses voeux télévisés, le 1er janvier. Il cherche 150 millions de dollars pour nourrir 2,5 millions de ses citoyens. Si la crise n'est pas aussi sévère qu'au Niger cet été, la pénurie alimentaire reste grave. Depuis 2003, les pluies qui fertilisent le Kenya en avril et novembre ont évité le nord du pays. Le gouvernement a déjà compté plus de trente victimes de la faim à Mandera, Wajir, Garissa, et Marsabit, des districts où la Croix-Rouge qualifie la situation de «particulièrement alarmante». Le bétail souffre aussi. Jusqu'à 30 % de certains cheptels ont déjà disparu. Or, dans ces régions arides qui avoisinent la Somalie et l'Ethiopie, les populations sont nomades et vivent exclusivement de l'élevage des vaches, des chèvres et des chameaux. Le bétail y est source d'alimentation et de revenu, mais aussi monnaie d'échange, plan d'épargne, et symbole essentiel de statut social...
Là-haut, loin de la capitale verdoyante, les bergers ont un dicton : «Si ma femme meurt, je suis triste ; mais si ma vache meurt, je pleure...» La formule choque, mais elle peint la réalité locale : quand le bétail disparaît, c'est le clan tout entier qui risque de mourir. Aujourd'hui, les herbages ne sont plus qu'un tapis de poussière jaune, et les puits sont quasiment tous asséchés.

Soutien des prix. Certains ont commencé à migrer plus loin que d'habitude, s'aventurant jusqu'en Somalie, en dépit d'une guerre civile qui n'en finit pas. Le gouvernement a donc mobilisé l'armée pour distribuer des milliers de sacs de riz, maïs ou manioc. Il rachète le bétail à des prix artificiellement soutenus, l'abat, puis distribue la viande. Contrairement aux simples distributions de vivres qui rendent les populations dépendantes de la charité, ces rachats maintiennent un semblant de tissu économique dans la région.
C'est trop peu, trop tard, selon certains. Voilà des mois que des agences humanitaires annoncent la crise. Le département météorologique du Kenya avait déjà fait part de ses angoisses en janvier 2005. L'Unicef et le Programme alimentaire mondial de l'ONU ont lancé plusieurs appels, en septembre et octobre notamment. Tous restés sans suite. Selon ces critiques, le gouvernement a tardé à réagir, étant exclusivement préoccupé par le projet présidentiel de nouvelle Constitution. Un texte que les Kenyans ont pourtant rejeté en masse lors du référendum du 21 novembre, car il amplifiait les pouvoirs d'un exécutif corrompu et déjà gargantuesque. Il aura ainsi fallu des photos d'enfants émaciés au ventre ballonné à la une des quotidiens de Noël pour que le gouvernement prenne l'initiative. Pourtant, les vivres ne manquent pas. Les pluies ont été abondantes sur les hauts plateaux du centre du pays. La récolte de thé dont le Kenya est un grand producteur devrait même être un record, cette année.

Attaques de convois. Le premier obstacle, c'est la logistique : l'acheminement des marchandises par camions tout-terrain sur les rares pistes cabossées qui marbrent les quasi-déserts du Nord est long et coûteux. De plus, l'opération est dangereuse. L'accès à certaines de ces régions est interdit si l'on ne dispose pas d'une escorte armée de la police. L'insécurité augmentant avec la faim, les attaques de convois marchands ou humanitaires sont de plus en plus fréquentes. Les bandits, armés de fusils d'assaut achetés de l'autre côté des frontières poreuses, tirent et pillent ensuite. En juillet, des tensions entre tribus se disputant des points d'eau se sont soldées par le massacre de plus de 70 personnes, dont de nombreux enfants. Il n'a pas plu une goutte depuis.


À lire
Après la famine au Niger... Quelles actions de lutte et de recherche contre l'insécurité alimentaire au Sahel ?, un rapport du Comité permanent inter-Etats de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS) et du CIRAD. Cliquer ici : famine_niger.pdf