Les Européens
empêtrés dans les guerres impériales en Irak et en Afghanistan
L’Italien Mastrogiacomo libéré après 15 jours de séquestration en Afghanistan,
l’Allemand Dieter Rübling assassiné en Afghanistan, l’Allemande Marianne
Krause et son fils enlevés en Irak : mais qu’allaient-ils donc
faire dans cette galère yankee ? Lire nos articles
Afghanistan
En guerre, les joies
sont de courte durée
Le journaliste italien Daniele Mastrogiacomo a été
libéré en Afghanistan, mais…
Par
Gorka Larrabeiti, 20 mars 2007
Après quinze
jours de séquestration, le journaliste italien de La Repubblica Daniele
Mastrogiacomo a été libéré. En échange, le mollah Dadullah a obtenu
la libération de cinq Taliban : Ustad Yasir (chef du secteur culturel
des Taliban), le mufti Latifullah Hakimi (anicen porte-parole), Mansur
Ahmad (frère de Dadullah) et les deux commandants Hafiz Hamdullah et
Abdul Ghaffar [i] . L’agence Afghan
Islamic Press affirme que l’Italie donnera six millions d’Euro pour
la réforme de la justice [ii] . Sayed Agha,
le chauffeur de Mastrogiacomo, a été égorgé avant-hier, en présence
de Mastrogiacomo, car, selon le commandant taliban Ibrahim Hanifi, “il
avait été prouvé qu’il était un espion des forces militaires étrangères
” [iii]. Sans que l’on ait des nouvelles précises sur
la situation de l’interprète du journaliste italien, une séquestration
de deux semaines prend ainsi fin. Mais la guerre globale permanente
continue. Il n’y a pas de date prévue pour la fin de l’opération Aigles,
la plus grande offensive de l’OTAN en Afghanistan, dont un des objectifs
stratégiques, à en croire le colonel Tom Collins, porte-parole de l’ISAF,
serait la construction du barrage Kayaki sur le fleuve Helmand [iv] .
Mastrogiacomo
a été libéré mais il ne reste plus de journalistes sur place pour informer
sur les pertes occasionnées par
cette opération. Les informations parviennent grâce aux hôpitaux d’urgence
de l’ONG Emergency [v] , qui reçoivent des blessés de tous bords; à
travers l’agence Pajhwok (Nouvelles d’hier
: voiture piégée à Balj, 7 prisonniers libérés à Bagram, mort de 16
personnes dans une avalanche dans deux provinces occidentales, des centaines
de maisons sont emportées par des inondations dans le
Helmand, deux policiers tués dans une attaque à Farah, assassinat
d’un fonctionnaire à Herat) ainsi que du commandement de l’ISAF, qui
n’informe pas sur les victimes civiles, mais uniquement sur celles de
l’ISAF [vi] .
Son dernier reportage, Mastrogiacomo l’avait
envoyé de Kandahar: il s’agissait d’un terrible communiqué de guerre
dans lequel il rapportait les protestations populaires provoquées dans
tout le pays par la tuerie de Jalalabad (16 civils tués, 24 blessés).
Après l’explosion précoce d’une voiture piégée avant d’atteindre son
objectif , ce que les US ont défini une “embuscade complexe”, a été
racontée ainsi par le porte-parole du gouvernement afghan : “ Ils ont
tiré comme des fous. Ça a été une réaction disproportionnée.”. Dans
ce même reportage, Mastrogiacomo rapportait les propos de paysans et
de bergers qui parlaient de “dizaines de victimes” civiles suite à des
bombardements de l’OTAN sur le district de
Sanguin.
Mastrogiacomo a été libéré, mais nous n’avons pas pu voir les scènes
enregistrées par les journalistes d’Associated Press à Jalalabad,
puisque les soldats ont détruit tout leur matériel. Il n’y a pas non
plus d’images des 9 civils tués par un bombardement de l’ OTAN au nord
de Kabul [vii] .
Mastrogiacomo
a été libéré. Le lendemain de la tuerie de civils rapportée par lui,
l’
la UNAMA (Misión d’assistance
des Nations unies en Afganistán) a appelé “la population civile à garder
son calme ” [viii] .
Mastrogiacomo
avait été capturé dans une zone de culture du pavot, unique source de
revenus pour une population qui ne tolèrera pas que l’on arrache ses
cultures: “Pour les gens d’ici, l’opium n’est pas le diable, le mal,
mais l’unique bonne chose, l’unique source de subsistance [...] Nous
risquerons notre vie pour défendre nos champs. Total: s’ils nous enlèvent
même ça, nous mourrons de toute façon, mais de faim!” [ix] .
Mastrogiacomo
a été libéré mais sur l’Afghanistan on ne négocie pas. Le premier des
douze points “non négociables” rendus publics par Prodi après la crise
de gouvernement en Italie est celui-ci: “Respect des engagements internationaux
pour la paix. Appui constant aux initiatives de politique extérieure
et de défense établies dans le cadre de l’ONU et à nos engagements internationaux
découlant de notre appartenance à l’Union européenne et à l’Alliance
atlantique, en référence également à notre engagement actuel dans la
mission en Afghanistan” [x] .
Mastrogiacomo
a été libéré. L’agence Afgha informe que dans la province de Farah,
jouxtant au sud celle d’ Hérat, destination
de 1600 soldats italiens et espagnols de l’ISAF, les embuscades, les
attentats et les assassinats s’intensifient. Pendant la première semaine
de la séquestration de Mastrogiacomo, le nombre de sorties aériennes
de l’aviation US en Afghanistan (330) a dépassé celui des sorties en
Irak (327).
Le soupir de soulagement pour la libération Mastrogiacomo est coupé
net lorsque l’on sait qu’il y a eu depuis le début de l’année 2007 722
morts, dont 223 civils et 349 Taliban ou présumés, 128 militaires afghans
et 22 soldats de l’OTAN [xii] . Mastrogiacomo
a été libéré, mais comme on le sait, en guerre les joies sont de courte
durée.
Notes:
[i] http://www.pajhwak.com/viewstory.asp?lng=eng&id=33476
[ii] http://www.afghanislamicpress.com/site/home%5Cdefault.asp (19-3-07)
[iii] http://194.244.5.200/site/notizie/awnplus/italia/news/2007-03-16_11664583.html
[iv] http://www2.hq.nato.int/isaf/update/press_releases/newsrelease/2007/pr070306-151.htm
[v] http://www.peacereporter.net/dettaglio_articolo.php?idart=7501
[vi] http://www2.hq.nato.int/ISAF/Update/media_press.htm
[vii] http://www.peacereporter.net/dettaglio_articolo.php?idpa=&idc=2&ida=&idt=&idart=7444
[viii] http://www.un.org/spanish/News/fullstorynews.asp?newsID=8952&criteria=Afganistan=criteria2=
[ix] http://www.peacereporter.net/dettaglio_articolo.php?iddos=7459&idc=6&ida=&idt=&idart=5256
[x] http://www.corriere.it/Primo_Piano/Politica/2007/02_Febbraio/22/punti.html
[xi] http://www.afgha.com/?q=node/2282
[xii] http://www.peacereporter.net/dettaglio_articolo.php?idc=&idart=7547
Source : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=2253&lg=es
Gorka Larrabeiti est membre de Tlaxcala.
Traduit de l'espagnol par Fausto Giudice, membre
de Tlaxcala, le réseau de traducteurs
pour la diversité linguistique. Cette traduction est
en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction,
à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et
auteurs.
URL de cet article : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=2255&lg=fr
Terminus : le cimetière - Pour le business, l’Allemagne
risque la vie de ses ressortissants en Afghanistan et en Irak
par
german-foreign-policy.com, 16 mars 2007
Dieter Rübling (à g.) :
ingénieur hydraulicien allemand tué au cours d’une mission de consultant
auprès de l’organisation Deutsche Welthungerhilfe, dans le nord de l’Afghanistan
le 8 mars 2007. Marianne Krause et son fils (à dr.) ont été enlevés
le 10 mars à Bagdad, par les « Flèches de la justice », qui
menacent de les tuer si les troupes allemandes ne se retirent pas d’Afghanistan.
HAMBOURG-BAGDAD-KABOUL (Compte-rendu de la rédaction) - En dépit du risque de
mort qu’elle fait courir aux otages détenus en Irak le gouvernement
fédéral intensifie la participation de ses troupes à l’occupation du
pays, mettant ainsi en danger
d’autres vies humaines. Un appel à
une prochaine conférence économique invite des firmes allemandes et leurs collaborateurs
à accroître leur engagement dans les régions en guerre. Bien que les
risques mortels encourus en Irak s’accroissent chaque jour, le gouvernement
fédéral fait miroiter aux yeux des entrepreneurs allemands des « potentialités»
considérables sur le « marché le plus porteur de la région »
s’ils acceptent de coopérer avec l’administration imposée à Bagdad.
Du prix élevé qu’ont déjà dû payer dans le passé les collaborateurs
de ces firmes, pas un mot. Quant aux aspects militaires liés aux prétendus
engagements civils des techniciens et auxiliaires allemands,
voici ce qu’en révèle le « concept de sécurité » d’une organisation
d’aide allemande. Ses activités dans le nord de l’Afghanistan -l’une
des zones occupées les plus calmes- ne sont plus possibles qu’à l’intérieur
de périmètres fortifiés pourvus d’un « cordon de sécurité de l’OTAN »
et d’un « plan d’évacuation ». L’OTAN subira le même sort
en Afghanistan que l’Union Soviétique et la puissance coloniale qui
l’avait précédée, la Grande-Bretagne, prédit Walther Stützle, ex-secrétaire
d’Etat à la
Défense, aujourd’hui à la retraite.
Le Bundestag, la totalité des partis d’opposition incluse, soutient
la stratégie du gouvernement allemand : plutôt accepter la mort
des otages allemands que renégocier
les opérations militaires allemandes en Afghanistan(1). On se « montrera
très ferme » (2) et l’on « ne cédera pas au chantage »(2),
selon Eckhart von Klaeden (CDU), un spécialiste chrétien des Affaires
Étrangères. Le porte-parole pour les Affaires étrangères de l’opposition
de gauche, Wolfgang Gehrke, se dit confiant
dans la tactique « fiable et réfléchie » du Ministre fédéral
des Affaires Étrangères(4). La presse allemande aussi
leur emboîte le pas comme un seul homme ; elle en est déjà
à publier des condoléances prématurées, bien que les otages soient encore
en vie. Elle « adresse tous
ses vœux » aux « proches
des personnes enlevées » et les assure qu’elle «partage leur
peine », termes employés dans l’éloge funèbre destiné à la famille
de l’Allemand liquidé récemment en Afghanistan (6).
Rapatriement du corps d'un des quatre soldats allemands tués
en Afghanistan en juin 2003
Accès
au marché
En dépit du risque de mort auquel sont exposés de toute évidence
les étrangers dans les régions en guerre
âprement disputées, le gouvernement fédéral ne rappelle pas ses
ressortissants présents dans les zones de combat, bien au contraire :
il les pousse à prendre part aux activités économiques locales. Dans
cette optique des rencontres sont organisées entre
délégués de firmes allemandes et représentants de l’administration
imposée à Bagdad. Ce parti de la guerre (« les décideurs politiques
et économiques irakiens »)
doit promouvoir le « succès à long terme des entreprises allemandes
en Irak » - c’est la réclame que lui fait le ministère
allemand de l’Industrie et des Techniques dans son appel à tenir en
juin une « Conférence économique germano-irakienne»(7). Les organisateurs
en sont la
Chambre allemande de commerce et d’industrie (DIHK),
l’Union pour le Proche et Moyen-Orient (NUMoV) ainsi que la Chambre de commerce de Hambourg.
Les appâts : les « grandes
richesses du sous-sol », et « l’énorme besoin de modernisation »
de l’un des « marchés potentiellement les plus porteurs au monde»
(9). Le risque considérable que prennent les employés des firmes en
acceptant de se rendre dans les zones de combat est évoqué de manière
abstraite : « L’accès des
entreprises allemandes » est « rendu plus difficile» par une
« situation instable sur le plan de la sécurité. »
Indice
Bien que le retrait de cet appel puisse peser dans les négociations
visant à sauver les otages, le ministère allemand de l’Économie continue
à laisser courir son « annonce préliminaire » - un indice
de la fiabilité des propos officieux selon lesquels « tout
sera tenté » pour sauver les prisonniers.
Au
quotidien
Dans quelle mesure des civils allemands sont-ils impliqués dans la
guerre en général ? C’est ce que nous révèle le « système de sécurité » de la DWHH (Deutsche Welthungerhilfe,
Action contre la faim dans le monde, section allemande), une prétendue
« organisation non gouvernementale », basée dans le nord de
l’Afghanistan (11). Sur place la
DWHH appointe plusieurs personnels de sécurité, qui
utilisent un réseau de connexion à haut débit ainsi que plusieurs
téléphones par satellite Thraya,
fort chers (6500 € la pièce) pour communiquer avec « la police, la Security et les ministères
» ainsi que le « Governor » (12). Lorsqu’on se rend « sur
le terrain » on doit utiliser des véhicules « peints en civil » et qui se déplacent obligatoirement
par deux. « Le véhicule à protéger
passe devant » pour empêcher que « des motards s’approchent à la faveur du nuage de poussière
à l’arrière » et attaquent les étrangers. Toutes les agences sont
« entourées d’un mur avec porte verrouillable (…) L’agence
régionale à Sheberghan est de plus protégée par un barbelé de l’OTAN
posé au sommet du mur.» Dans les « agences de terrain » sont
employés des opérateurs radios, et plusieurs gardes, travaillant par
équipes qui se relaient sept jours sur sept, 24 heures sur 24 (…) Pour
transmettre les informations (…) on utilise des codes (chiffrés) (…)Depuis
les actes terroristes de ces dernières semaines, la peur fait partie
de notre quotidien. » En dépit de toutes les mesures de sécurité
Dieter Rübling, un des employés de la DWHH, a été liquidé la semaine
dernière lors d’une « mission sur le terrain. »

Un "pacificateur" allemand en Afghanistan
À la fin
C’est un avis d’expert que nous fournit Walter Stützle, ex-secrétaire
d’État, dans une interview à la radio. Stützle, qui travaillait au ministère
de la Défense
à l’époque de Rudolf Scharping, met aujourd’hui fortement en doute le
succès de l’intervention militaire en Afghanistan. Pour lui, il
s’agit là d’un « engagement militaire » alors que l’issue
n’est pas d’ordre militaire. À la fin l’OTAN
« subira (sans doute) le même sort que tous ceux qui ont
essayé de prendre le contrôle de l’Afghanistan. L’Union Soviétique a
essayé, les Anglais ont essayé. Tous ont échoué. Et rien n’indique que l’Alliance atlantique fera mieux. »
Un
danger pour la vie des gens
Face à une telle issue l’inexorable entêtement de Berlin à maintenir
ses troupes n’est pas seulement absurde : pour la vie de Marianne
Krause (61ans) et de son fils de 20 ans, de tous les otages à venir,
des soldats de la
Bundeswehr stationnés en Afghanistan et surtout enfin
de la population civile autochtone, la politique allemande constitue
une menace.
Pour Dieter Rübling le terminus a été le cimetière.
Lire aussi Hass und Kriegsbereitschaft (Haine et bellicisme), Hundert Prozent (Cent pour
cent) et Rebuild the Gulf (Reconstruire
le Golfe).
Notes
[1] voir : Tödliches Versprechen (Une promesse
qui tue)
[2] Il faut être ferme envers les preneurs d’otages allemands en Irak;
Netzeitung 11.03.2007
[3] Klaeden, le spécialiste des Affaires Etrangères à la CDU défend notre engagement en
Afghanistan, dépêche du 13/03/2007
[4], [5] Libération immédiate des otages irakiens; communiqué de presse
de Wolfgang Gehrcke, le 12.03.2007
[6] " Nos pensées vont à la famille et aux amis du mort".
Wieczorek-Zeul au Bundestag: Deuil du travailleur humanitaire en Afghanistan;
Communiqué de presse du Ministère fédéral pour la Coopération économique
et le Développement, le 09/03/2007
[7] Annonce. Troisième Conférence économique
germano-irakienne du 19 au 20
juin 2007 à Hambourg organisée
par le Ministère fédéral de l’Industrie et des Techniques, le 22/12/2006 et 15/03/2007
[8] voir aussi Hohes Niveau (Un niveau
élevé)
[9] Troisième Conférence économique germano-irakienne , IHK Süd-Thüringen
(Thuringe-Sud) le 15/03/2007
[10] Frank-Walter Steinmeier. Otages allemands en Irak: les preneurs menacent de les exécuter;
zdfheute.de, le 10/03/2007
[11] voir Fünfhundert Ziele
(Cinq cents objectifs)
[12] Kurt Rudolf: le système de sécurité mis en œuvre au GAA à l’agence
régionale de Sheberghan Nord Afghanistan, le 15/06/2006
[13] NDR Info Streitkräfte und Strategien, (NDR information sur les
forces combattantes et les stratégies, le 10/03/2007
Original : http://www.german-foreign-policy.com/de/fulltext/56782
Traduit de l’allemand par Michèle Mialane et
révisé par Fausto Giudice, membres de
Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est
en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction,
à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et
auteurs.
URL de cet article : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=2257&lg=fr
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