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Pakistan/Afghanistan/Iran Pachtounistan, Baloutchistan, Waziristan
La question n’est pas :
que sais-je ? mais : que fais-je de ce que je sais ? Josiah Gilbert Holland Les êtres humains ont différentes identités, et ces identités varient
au fil du temps. La famille, le clan, la tribu, l’État nation, la nationalité,
la religion sont diverses expressions de cette identité au fil de temps. Les identités peuvent être des groupes d’affinité, ou des groupes
distincts qui interagissent et parfois aussi entrent en conflit. Les
relations des tribus entre elles, l’accès aux ressources extérieures
et les relations avec le pouvoir central sont autant d’éléments-clés
des sociétés tribales. L’Inde moderne a acquis sa forme actuelle sous
la domination coloniale britannique. L’autorité centrale a eu la part
belle avec les tribus paysannes qui peuplaient les plaines, elle a pu
les faire passer sous sa domination au prix d’une modeste effusion de
sang. La centralisation de l’État à l’époque de la domination britannique
a eu des effets divers sur les structures tribales du sous-continent.
C’est surtout dans le centre de l’Empire que l’urbanisation et le rattachement
au pouvoir central ont affaibli les structures tribales. Pour les tribus
périphériques, en particulier les Baloutches et les Pachtounes, on a
choisi une autre démarche. Leur pays
au relief tourmenté ne
se prête pas à une production agricole à vaste échelle. Le pouvoir central
ne pouvait en espérer aucun profit valant d’y exercer un contrôle agressif.
Y maintenir d’importants contingents militaires pour tenir en échec
les tribus rebelles ne semblait pas une opération rentable sur le long
terme. L’administration centrale britannique préféra donc exercer un
contrôle indirect par l’intermédiaire des chefs de tribu et pour le
reste livrer celles-ci à elles-mêmes. De temps à autre on organisait
quelques expéditions militaires pour punir les criminels. Le Pakistan a pour l’essentiel poursuivi cette politique. Comme
tous les États post-coloniaux le Pakistan a cherché à se créer une identité
nationale à même de remplacer les autres identités (présentes sur son territoire), en premier lieu celles des tribus vivant
dans les zones frontalières. Ces tentatives ont connu des fortunes diverses
. L’État a réussi à gagner quelques
groupes tribaux au concept d’identité nationale par le biais d’un rattachement
à la structure étatique. Mais d’autres en revanche, qui n’étaient pas
bien vus ou se défendaient avec acharnement contre le rattachement à
un État centralisé se sont au mieux contentés de promesses toutes formelles
de loyauté envers l’État. Toutes les fois où l’État central s’est trouvé en difficulté,
ces derniers ont choisi l’affrontement. Les tribus aux marges des empires et des États-nations qui leur
succédèrent ont vécu durant des siècles du pillage des zones habitées
plus prospères situées à proximité et
d’alliances avec des armées qui traversaient leur domaine propre à la
recherche de richesses détenues par d’autres pays. Le tracé de frontières
définies fit de la contrebande l’une des principales sources de revenu pour
les tribus. Des cartels de contrebandiers
formés de membres des tribus
pratiquent la contrebande des produits de luxe, des alcools et des drogues
entre les États du Golfe, l’Iran, le Pakistan et l’Afghanistan - un
trafic qui brasse des millions de dollars. Avant l’indépendance les
tribus n’avaient pas le droit de contrôler les ressources des zones
plus prospères; leurs activités se limitaient donc à leur propre domaine
tribal. Les membres des tribus pouvaient servir dans les forces armées et
paramilitaires, et une fois le calme rétabli, ils revenaient sur les
terres de leurs ancêtres. Depuis 1947 cette situation a profondément
changé. Des institutions d’État, comme les écoles, les universités et
les hôpitaux ont contribué à renforcer les liens avec l’État central.
En outre, nombre de membres des tribus sont entrés au service de l’État,
à tous les échelons. Toute une série de hauts fonctionnaires et d’officiers
de l’armée issus des tribus ont occupé des positions élevées au sein
de l’État, ce qui a induit une fêlure. D’un côté les membres des tribus
cherchent à obtenir un maximum de l’État et tiennent à conserver leurs
chances de servir l’État et l’armée,
ainsi qu’à envoyer des représentants aux assemblées nationales et sénats.
D’autre part ils veulent garder leur indépendance et ne tolèrent aucune
ingérence étatique. Cela signifie que leurs représentants dans les Parlements
sont autorisés à débattre et à voter des lois, mais que ces mêmes lois
ne sont pas appliquées dans les districts qu’ils représentent. En conséquence
les fonctionnaires civils et militaires mettent en œuvre des lois dont
ils exceptent les territoires d’où ils sont eux-mêmes originaires. Il
arrive un moment où les sociétés tribales doivent s’affronter à ce hiatus.
Le choc entre les intérêts des classes vivant dans les zones urbaines
et (rurales) plus prospères et celles qui occupent
les zones tribales accentuera inévitablement les frictions dans l’ensemble
de la société. Peshawar,
janvier 2006 : le général de corps d’armée Orakzai (à g.) Lorsqu’en octobre 2001 les troupes US débarquent en Afghanistan,
des troupes paramilitaires et régulières pakistanaises y sont déjà stationnées.
Le commandant du corps d’armée l’époque, le général Ali Muhammad Jan
Orakzai (un Pachtoune, membre de la tribu des Orakzai,
et actuellement gouverneur
de Le gouvernement manquait de renseignements dans la région car les
habitants, par crainte de représailles exercées par les militants, ne
lui transmettaient plus aucune information d’ordre militaire. Mais en
l’absence de ces informations toute opération menée dans les zones tribales
est vouée à l’échec. Le général Musharaff s’en avisa rapidement,
ce qui joua un rôle déterminant dans sa décision de conclure un armistice avec les groupes locaux d’activistes.
C’était indispensable pour gagner du temps et permettre au gouvernement
de reconstruire son réseau d’informateurs. Mais la plus grande difficulté
était d’en convaincre les Usaméricains. Musharraf emmena avec lui en
visite à Washington le gouverneur de
La
bannière du « Pachtounistan »,
« le pays des Pachtounes », Washington souhaite que le Pakistan agisse rapidement, mais est
incapable de réaliser le dilemme qui se pose aux Pakistanais. Les forces
pakistanaises subissent des entraves lourdes de conséquences. En premier
lieu elles sont perçues comme agissant au service des intérêts des USA,
et non du Pakistan. Ni les officiers ni les troupes normales n’ont de
cœur à l’ouvrage et lorsque l’engagement se fait
plus actif, les effets s’en font sentir sur le moral et la discipline
des troupes. Quelques soldats et officiers ont fait l’objet de sanctions
disciplinaires pour avoir refusé de prendre part aux actions militaires
dans les zones tribales. Vu leurs faibles effectifs, les unités paramilitaires
sont plus que surmenées. Une grande partie des troupes frontalières
présente dans les zones frontalières du Nord-Ouest (recrutées dans les
zones tribales ; les officiers sont fournis par l’armée) sont stationnées
dans le Nord et le Sud du Waziristan ainsi que dans les deux districts
administratifs à problèmes de Khyber et Bajawar. Si d’aventure un autre
conflit éclatait dans une zone tribale quelconque (entre sectes ou dans
le cadre du maintien de l’ordre et de la loi), il serait difficile d’envoyer
dans cette région des troupes paramilitaires. Les troupes frontalières
(recrutées principalement dans les régions où le calme est revenu) sont
elles aussi surmenées. Ces troupes sont destinées d’une part au maintien
de l’ordre et de la loi dans les régions situées entre territoires tribaux
et régions pacifiées, dites régions frontalières, d’autre part servir
d’appoint aux forces de police dans les régions sécurisées. Plus des
deux tiers de ces troupes sont en poste hors des régions frontalières.
C’est pour cette raison, entre autres, que les militants ont pu étendre
leur influence dans les régions frontalières, lorsqu’on les
a mis sous pression dans les territoires tribaux. S’il survenait une
nouvelle crise, le gouvernement devra recourir aux troupes régulières.
En outre, un grand nombre de Pachtounes originaires des régions pacifiées
des districts frontaliers du Nord-Ouest sert dans le Corps frontalier
du Baloutchistan (une unité indépendante placée sous le commandement
d’un général de division.) Cérémonie funéraire au
Waziristan Divers groupes de militants locaux et étrangers agissant dans les
zones tribales se sont regroupés lorsque les forces de sécurité pakistanaises
ont lancé des opérations contre eux. Des militants étrangers (ouzbeks,
tchétchènes, Arabes) et leurs alliés tribaux locaux ont combattu les
unités pakistanaises. Des divergences entre ces groupes - idéologiques,
méthodologiques et surtout à propos des ressources financières - sont
inévitables et conduiront elles aussi à des chocs armés. À peine les
premiers coups de feu avaient-ils été tirés qu’un affrontement se déclencha
entre des membres des tribus et des militants étrangers (principalement
des Ouzbeks) et leurs alliés locaux, faisant en mars
2007 plus de 100 morts au Waziristan. On ne sait pas vraiment
si les combattants tribaux locaux sont entrés en conflit avec les combattants
étrangers pour des raisons propres ou s’ils ont agi sur ordre du gouvernement.
La difficulté pour Islamabad sera de maîtriser cette situation. Certains
penseront qu’il vaut mieux laisser les tribus régler leurs problèmes elles-mêmes
et ne pas y impliquer les troupes gouvernementales. D’autres
estimeront qu’il faut soutenir activement les combattants des tribus
locales contre les militants étrangers et leurs appuis locaux. Ces derniers pourraient essayer d’impliquer les forces de
sécurité pakistanaises dans leurs luttes et
de provoquer une violente réaction du gouvernement qui monterait les guerriers tribaux contre le
gouvernement. Forte sera la tentation pour Islamabad de lancer une vaste
opération militaire pour résoudre
une fois pour toutes le problème des militants étrangers. Toutefois
cette tentative pourrait échouer et faire basculer les guerriers tribaux
dans le camp des groupes extrémistes qui opèrent dans la région. À court
terme une soutien
clandestin avec fourniture de renseignements et d’armes joint à des
compensations financières pour les guerriers morts ou blessés sera plus
que suffisant. Mais il est plus important de réfléchir aux conséquences
à long terme. Même si les militants locaux étaient à même de résoudre
le problème des combattants étrangers, ce succès fortifierait inévitablement
leurs position dans la région et donc réduirait à néant l’autorité du
gouvernement et ouvrirait la voie à de nouveaux conflits armés entre
groupes militants. Le cas de l’Afghanistan est un exemple classique
de ce genre de querelles, qui, soutenues par une aide financière étrangère
et impliquant le gouvernement par le biais de milices locales continuent
à couver. Il y a en Afghanistan un grand nombre de raisons à l’escalade
de la violence. L’échec des USA sur les plans politique, militaire et
du renseignement ainsi que sur celui de la reconstruction constitue
un facteur déterminant. Il est invraisemblable que l’élimination des
combattants étrangers en Afghanistan mette un terme aux hostilités.
La seule voie praticable pour parvenir à la paix et à la stabilité dans la région réside
dans une stratégie ambitieuse ainsi que dans la coopération des principaux
partis en conflit pour trouver un accord viable. Il faudra du temps
et de la patience de tous les côtés pour rétablir l’équilibre entre
l’influence des chefs de tribu et l’autorité (restreinte) du gouvernement
dans les zones tribales. Il faudrait encourager les membres des tribus
à discuter des conséquences qu’auraient pour leur région les activités
incontrôlées de groupements militants en grand nombre. Islamabad devrait
se concentrer sur le problème des militants. Des changements fondamentaux
dans les structures tribales et le mode d’administration, qui auraient
dû être entrepris depuis longtemps, n’ont dans la conjoncture actuelle
aucune chance d’aboutir. Tous ceux que ces changements désavantageront
s’y opposeront et n’hésiteront pas à employer la force pour contrer
les tentatives du gouvernement. Cette violence ne relèvera que des affaires
locales, mais contribuera inévitablement à accroître l’instabilité générale
et offrira ainsi aux groupes extrémistes une occasion idéale d’élargir
leur influence. Un exemple montrera la complexité de la situation. En 1999, 25
localités ont été retirées de Les tentatives des USA, de l’Afghanistan et du Pakistan pour se
mettre d’accord n’ont pas abouti. Les USA organisèrent une commission
tripartite qui devait permettre aux militaires usaméricains, à l’Afghanistan
et au Pakistan de collaborer. En mars 2006 Washington envoya des militaires
pakistanais et afghans en Allemagne discuter de sécurité frontalière .
En 2006 le président afghan Hamid Karzai proposa d’inviter des anciens
des tribus pakistanaises et afghanes pour s’attaquer au problème de
la violence dans la région. Une délégation de neuf membres de la commission
de Les intérêts divergents des divers clans et tribus, les rivalités
internes des tribus, le caractère douteux de personnages-clés à l’échelon
des États nationaux ainsi que l’implication d’un grand nombre d’acteurs
rendront difficile, voire impossible, toute solution raisonnable. La
violence ne cessera pas dans les territoires tribaux tant que les gouvernements
pakistanais et afghan continueront de se prendre aux cheveux. Aussi
bien ces deux gouvernements que les USA seront fortement tentés de rechercher
leur propre intérêt en utilisant les groupes tribaux comme des marionnettes.
La conséquence en sera la poursuite de l’escalade de la violence dans
ces régions. Les tribus sont passées maîtresses dans l’art de tirer les marrons
du feu à chaque crise. À l’heure actuelle il y a de grosses sommes d’argent
en jeu, provenant de différentes sources. Les territoires tribaux reçoivent
de l’argent pour financer le Djihad, la guerre sainte, de la part des
États du Golfe et de l’argent de la part des USA, du Pakistan et de
l’Afghanistan pour combattre le Djihad, ainsi que de l’argent provenant
du trafic de la drogue et de la contrebande mafieuse - et les tribus
sont ravies de puiser à toutes les sources accessibles. Des membres
des tribus d’Islamabad s’adresseront à Kaboul tandis que d’autres, des
Afghans mécontents de Kaboul, s’adresseront à Islamabad.
Les anciens de tribus waziries ne sont pas allés à Kaboul présenter
leurs demandes. En mars 2001, environ 60 chefs de tribu se sont rendus en Afghanistan
où ils ont rencontré des officiels afghans. Ils ont demandé à l’OTAN et aux officiels afghans de négocier directement
avec eux sans passer par Islamabad. Le Pakistan joue le même jeu en
travaillant avec les tribus vivant derrière la ligne Durand (frontière
entre le Pakistan et l’Afghanistan.) Si l’on assiste à une escalade
de la violence et que le Pakistan perde toute autorité sur ses régions
frontalières il se peut que les USA soient obligés de revoir leur engagement
en Afghanistan. Les Afghans non Pachtounes n’attendent que cela. Ils
pourraient s’agiter plus tôt que prévu. Il peut s’ensuivre une partition
de l’Afghanistan, voulue ou non, qui suivrait les frontières ethniques
et établirait l’Hindoukouch comme frontière. Dans ce cas, l’État pakistanais serait
soumis à une énorme pression et
courrait un risque d’éclatement selon des lignes ethniques et idéologiques.
Les grands perdants seraient alors les Pachtounes, car l’essentiel
des violences se déroulerait inévitablement en territoire pachtoune
et leurs villes, villages et chaînes de montagne deviendraient un champ
de bataille. Nawab Akbar Khan
Bugti , « le Tigre du Baloutchistan » était le « tumandar »(chef
de clan) de la tribu baloutche Bugti. Tué à ll'âge de 80 ans par l’armée
pakistanaise le 26 août 2006 près de Tratani, dans le district de Kohlu, il est aujourd’hui
célébré par les Baloutches comme héros et martyr. Ses soixante ans de
carrière politique s’achevèrent en un « combat de l’ombre »
contre le régime Musharraf. La situation au Baloutchistan Au Baloutchistan, la situation est encore plus confuse. Nous avons
affaire ici à deux tribus distinctes aux motivations différentes :
les Baloutches et les Pachtounes. Les Baloutches constituent une unité
ethnique , leurs motivations
sont nationalistes. Ils sont en butte à des vexations de la part de
l’État et de la société pakistanais. Leur petit nombre et leur faible
représentation dans les diverses composantes de la société renforcent
encore leur marginalisation. Au cours des soixante dernières années
les Baloutches se sont soulevés plusieurs fois contre l’autorité centrale.
Depuis 2004 le Baloutchistan a connu une escalade considérable de la
violence. Des activistes baloutches ont attaqué les forces de sécurité
et commis des attentats contre d’importantes infrastructures , telles
que gazoducs et voies ferrées, auxquels les forces de sécurité ont répondu
en lançant des opérations contre les Baloutches. Des membres des trois
principaux clans, les Bugti, les Marri et les Mengals, sont en conflit
armé avec le gouvernement. Ce dernier tente de tirer parti des rivalités
et de la concurrence entre clans pour contrer discrètement les objectifs
des tribus hostiles. Un bon moyen de pérenniser l’instabilité. Il faudrait
au contraire faire des efforts sincères pour entamer un dialogue raisonnable
avec les Baloutches. Leurs plaintes doivent être prises en compte quand
elles sont justifiées et Islamabad doit mettre les Baloutches au courant
de tout ce qui concerne le développement de la province. Ni
les Pachtounes ni les Baloutches ne sont des blocs monolithiques. Non
seulement ce sont deux tribus distinctes, mais
ils ont aussi des visions politiques différentes. Dans les régions
du Baloutchistan à majorité pachtoune, les Pachtounes afghans ont pu
conserver une certaine influence. Des rebelles en lutte contre les unités
afghanes et les troupes de la coalition ont également trouvé un appui
chez ces Pachtounes. Ce soutien repose sur des liens religieux, ethniques
et tribaux. D’un autre côté, les nationalistes pachtounes considèrent
que les violences actuelles, dans lesquelles des Pachtounes périssent
dans les deux camps, sont contraires à leurs intérêts. Huile sur le feu au Baloutchistan iranien La situation à la frontière irano-pakistanaise continue elle
aussi à se dégrader. Il y a eu plusieurs échanges de tirs entre
des contrebandiers et autres fauteurs de troubles d’une part et les
forces de sécurité des deux pays d’autre part. En février 2007 les forces
de sécurité pakistanaises ont arrêté sept Iraniens qui tentaient de
passer au Pakistan. Les deux pays ont eu des divergences quant au pays
compétent pour les interroger et l’Iran a fermé ses frontières en signe
de protestation. Au début de 2007 un groupe sunnite du nom de Jundullah
a revendiqué la responsabilité des attaques contre les forces iraniennes
dans la région du Baloutchistan-Sistan (province située au Sud-Est de
l’Iran, NdT). L’Iran s’apprête à construire une barrière le long de
sa frontière avec l’Afghanistan, un motif de mécontentement pour les
Baloutches des deux pays. De plus, si l’Iran élève une barrière frontalière,
la contrebande en souffrira, ce qui amène les contrebandiers à contribuer
au financement des activités des rebelles baloutches des deux côtés
de la frontière. L’Iran, inquiet des intentions usaméricaines, voit
d’un œil méfiant la coopération usaméricano-pakistanaise et soupçonne
Washington et Islamabad de faire cause commune pour préparer un casse-tête
à Téhéran, en attisant les problèmes du Baloutchistan iranien. Quelques
émirats du Golfe, qui craignent que le port de Gwadar ne leur fasse
perdre une partie de leurs revenus, soutiennent eux aussi en sous-main
divers groupes armés baloutches. Ils pourraient considérer le renforcement
des Baloutches ethnicistes et nationalistes comme un bouclier contre
l’extrémisme religieux basé dans cette région. Ce projet pourrait aussi
être soutenu par l’Inde, trop heureuse de s’y impliquer. Celle-ci pourrait
en effet, à l’avenir, utiliser cette option comme un outil de marchandage
dans le différend au sujet du Cachemire. Le compromis pourrait être :
« Vous arrêtez de soutenir nos terroristes et vos combattants de
la liberté, et nous vous rendons la pareille. » Si l’instabilité
aux frontières de l’Afghanistan, du Pakistan et de l’Iran continue de
croître, les Baloutches pourraient être tentés de suivre l’exemple des
Kurdes irakiens et essayer de créer leur propre territoire autonome. Toutes les parties ont leur part de responsabilité dans la situation dangereuse qui règne actuellement dans cette région instable.
Washington est responsable par ses courtes vues, son arrogance,
son ignorance inquiétante des réalités locales et son refus de prendre
en compte les problèmes des autres. Les Afghans sont responsables par
leurs guerres de tranchées, leur penchant à sauter sur le premier train
qui passe, si cela sert leurs intérêts à court terme transformant ainsi
leur beau pays en un champ de décombres. L’Inde et le Pakistan sont
responsables parce qu’ils utilisent l’un comme l’autre les Afghans pour
promouvoir leurs propres intérêts et s’accommodent des pertes humaines
et matérielles sur le champ de bataille qu’ils ont choisi , ce qui est
révoltant. Au lieu d’utiliser leurs pétrodollars pour le développement
et le progrès, les Arabes ont choisi d’investir leur argent dans l’extrémisme
et la destruction. Maintenant tous déplorent les fruits amers qu’ils
récoltent et rejettent la faute sur les autres, fermant les yeux sur
leur propre rôle. Attendre que cesse la violence dans les territoires
tribaux est irréaliste. Tous les ingrédients sont présents pour
favoriser des conflits armés: l’amour des tribus pour leur indépendance,
leur méfiance ou hostilité envers un État central lointain et indifférent,
une région à la géographie tourmentée, l’accès aux armes les plus sophistiquées,
des intérêts financiers à la pelle, des rivalités entre tribus et un
redoutable entêtement idéologique ; leur réunion peut faire du
moindre incident le déclencheur de violences spontanées ou préparées.
Tous les efforts devraient viser à limiter
la violence au maximum. Tous les partis, en premier lieu les
États nationaux, devraient résister à la tentation d’utiliser les gens
des tribus pour servir leurs intérêts à court terme. La patience, une vertu essentielle dans un pareil contexte, n’a
jamais été le fort des Usaméricains. Les USA et l’OTAN doivent réorganiser
leurs priorités et accepter ce fait incontournable : espérer une
pacification de l’Afghanistan sans coopération dans la région, et sans
prise en compte des intérêts légitimes de l’Iran et du Pakistan est
et restera une chimère. L’Iran et le Pakistan, pour leur part, doivent
prendre acte des nouvelles réalités et cesser toute ingérence dans les
affaires intérieures afghanes. Non par égard pour l’Afghanistan, mais
dans la certitude que le feu qu’ils
attisent là-bas finira inévitablement par incendier leur propre maison.
Ils ont le droit de présenter leurs objections, mais il n’est pas dans
leur intérêt d’armer les Afghans pour pousser par procuration à une
solution violente. Ils devraient en cette occasion tirer la leçon des
échecs de leurs tentatives passées. Le gouvernement afghan, lui, devrait
reconnaître ses limites et ne pas chercher la confrontation avec ses
voisins. Dans la région, la coopération, en particulier entre le Pakistan,
l’Iran et l ‘Afghanistan, jouera un rôle décisif
dans l’apaisement des tensions dans les territoires tribaux frontaliers.
Si les gouvernements persistent dans leurs dissensions et leurs mutuelles accusations, ils ne feront que
faciliter la tâche aux acteurs non étatiques qui cherchent à étendre
leur influence aux dépens de l’autorité des États. Cela vaut pour tous
les pays : l’Afghanistan voit ses zones frontalières passer sous
le contrôle des rebelles, le Pakistan l’influence d’activistes armés
s’étendre dans des districts pacifiés et les activistes baloutches s’enhardir
de plus en plus, quant à l’Iran, il se trouve confronté à une rébellion
qui gagne rapidement du terrain dans la région du Baloutchistan-Sistan.
Les troupes des USA et de l’OTAN se retrouveront au centre de ce réseau
d’intrigues et de changement d’alliances permanent. Si la violence dépasse
un certain seuil et déploie des forces centrifuges, la puissance des
tribus dans la région pourrait jouer le rôle de catalyseur pour l’accroissement
de l’instabilité et même peut-être l’éclatement de trois grands États, l’Afghanistan,
le Pakistan et l’Iran. Au cours des 150 dernières années les représentants
d’une autorité centrale (d’abord les Britanniques, puis les autorités
pakistanaises) ont pénétré profondément dans les territoires des tribus
pour essayer de les contrôler et d’étendre l’autorité de l’État.
Toutes ces tentatives se sont terminées par une sorte de compromis avec
les chefs de tribu et un exercice indirect du pouvoir. Ironie du sort :
150 ans après, les successeurs du Raj (l’administration coloniale britannique
en Inde , NdT) ainsi que quelques nouveaux acteurs en font à nouveau
l’expérience. Fais attention aux discordes
non seulement présentes mais à venir…Si l’on attend qu’elles éclatent,
il sera trop tard pour administrer le remède car la maladie sera déjà
incurable. Original :
http://intellibriefs.blogspot.com/2007/03/back-in-game-tribes-and-society-in.html Les
enlèvements et les tortures par Par
Juan Gelman, 3 juin 2007 Les
attentats terroristes brutaux de Londres et de Madrid diluent, non sans
raison, un fait peu diffusé : l'immense majorité des attaques de cette
nature perpétrés dans les pays de l'Union Européenne (UE)-27 États,
y inclus Le
rapport d'Europol -organisme de renseignement créé en vertu du Traité
de Maastricht de 1992- établit qu'en « Le
terrorisme islamiste est clairement une priorité », souligne Max-Peter
Ratzel, directeur d'Europol, dans la préface du rapport. C'est pour
cela que sur ses 44 pages, neuf sont consacrées à l'analyse du terrorisme
islamique, cinq au terrorisme de l'ETA et de ses taldes Y (groupes
de réserve, NdT), du Front de Libération Nationale de Moins
de 10 pour cent des détenus en relation avec des attentats islamistes
sont suspectés de planifier ou de réaliser des opérations terroristes.
Devant l'absence de preuves de leur participation à de telles activités,
le rapport d'Europol se centre sur ce qu'il appelle des délits de propagande
et déplore l'absence de lois et de réglementations qui permettent de
les poursuivre et de les condamner. Il souligne que la propagande islamiste
est aujourd'hui « très raffinée, de meilleur qualité, plus professionnelle »,
que les vidéos des dirigeants d'Al Qaida et d'autres groupes terroristes
sont sous-titrées en anglais et que « ces faits peuvent indiquer
qu'on assiste à une offensive médiatique globale et coordonnée des terroristes
islamistes ». Il serait naturel que les agences de publicité s'occupent
de ces définitions, bien qu'il ne soient pas gênés par l'appui que les
grands médias usaméricains accordent au terrorisme que le gouvernement
Bush déploie, y inclus en Europe. Le
gouvernement d'Allemagne a demandé à Interpol, à la requête d'un juge
de Munich, la détention de 13 nord-américains soupçonnés d'avoir participé,
fin 2003, à l'enlèvement et au transport en Afghanistan, à la torture
et au viol du citoyen allemand Khaled El Masri. Le tribunal d'appel
usaméricain du circuit Le
Parlement Européen a accusé le Grande Bretagne, l'Italie, Original
: www.pagina12.com.ar/diario/contratapa/13-85939-2007-06-03.html Traduit de l'espagnol par Gérard
Jugant et révisé par Fausto
Giudice, membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs
pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour
tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition
d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs. |
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