14/01/05
- Mais ils n'ont qu'à financier leurs élections avec l'opium
!
Karzaï et sa bande de corrompus ne manquent pas d'air. Après
le "succès" foudroyant de l'élection présidentielle
du 9 octobre - à laquelle ont même paricipé 850
000 des 3 millions et demi de réfugiés en Iran et au Pakistan
-, ils vont remettre ça du 21 avril au 21 mai, avec des élections
législatives qui complèteront el dispositiif "démocratique".
il faut dire, qu'en matière de "démocratie",
le "nouvel" Afghanistan se pose un peu là : on compte
désormais pas moins de 50 partis dans le pays. il faut dire qu'il
est facile de créer un parti en Afghanistan, le pays des douze
tribus : il suffit qu'un chef de clan claque des doigts et tous les
membres du clan se rangeront derière lui. Karzaï, disions-nous,
ne manque pas d'air : selon Jean Arnault, le représentant personnel
de Kofi Annan pour l'Afghanistan, le gouvernement de Kaboul estime que
ces élections lui coûteront entre 120 et 150 millions de
$ , et il demande cette somme aux donateurs internationaus, entendez
les "pays amis". C'est réellement incroyable : la prochaine
récolte de pavot, qui devrait donner 5 000 tonnes d'opium, rapportera
aux grands commerçants, les barons du commerce d'opium, d'héroïne
et de morphine, la coquette somme de 3 milliards de dollars. Si l'on
évalue les commissions touchées par Karzaï et sa
bande sur ce pactole à 10%, cela fait 300 millions de dollars.
Pourquoi n'utilisent-ils donc pas cet argent pour financer leurs élections
"démocratiques". Ils préfèrent le stocker
au Luxembourg, en Suisse et aux Bahamas, en prévision du jour
où ils reprendront le chemin de l'exil ? Mais non,voyons, vous
n'y êtes pas du tout. Karzaï vient de déclarer sans
rire, le 7 décembre, que les priorités de son gouvernement
étaient le" "combat contre le trafic de drogue"
et contre les "seigneurs de guerre" C'est ce que disent aussi
les généraux colombiens ou thaïlandais, les policiers
mexicains et marocains...
Le
pénitentier de Mazar-i-Sharif transformé en bordel
Les femmes détenues à la prison de Mazar-i-Sharif vivent
un enfer : les gardiens , pratiquement pas payés, les livrent
aux appétits de clients affamés de chaîr fraîche,
qui viennent régulièrement les violer à l'intérieur
même de la prison. La Commission afghane des droits de l'homme
enquête. On dit que les femmes sont enchaînées dans
leurs cellules. bref, l'horreur. Vive la démocratie ! Vive BHL
!
27
décembre 1979 : Il y a 25 ans, le début d'une guerre qui
a changé la face du monde
Le 27 décembre 1979, les troupes soviétiques prenaient
d'assaut le palais présidentiel de Kaboul et assassinaient le
président afghan Hafizullah Amin, déclenchant un conflit
de dix ans aux répercussions mondiales.
Le renversement par des officiers proches de l'Union soviétique,
en avril 1978, du président afghan Daoud, trop indépendant,
n'avait pas suffi à Moscou: le régime communiste est déjà
défié par les moudjahidine.
Le 27 décembre 1979, une gigantesque rotation aérienne
déverse des milliers de soldats soviétiques sur ce petit
pays musulman du coeur de l'Asie cerné de montagnes désertiques.
A Kaboul, de premiers combats interviennent et Amin est éliminé
par les commandos spéciaux soviétiques, les "spetsnatzs".
"Nous pensions que c'en était fini de l'Afghanistan, absorbé
par l'Union soviétique. L'Armée rouge (...) n'avait jamais
été vaincue", témoigne le général
Mohammad Zaher Azimi, ancien combattant anti-soviétique, actuel
porte-parole du ministère de la Défense.
Peu à peu toutefois, le moral des résistants se raffermit,
encouragé par la mobilisation internationale.
Armés par les Américains, financés par les Soudiens
et assistés logistiquement par le Pakistan, la résistance
se renforce et le jihad (guerre sainte) attire des combattants musulmans
du monde entier.
Alors que Moscou pense remporter une victoire aisée, l'Union
soviétique s'enlise dans un conflit de dix ans, perdant 15.000
soldats et tuant près d'un 1,3 millions d'Afghans.
Jamais les Soviétiques ne réussiront à rompre les
lignes d'approvisionnement de la résistance. L'"enfer"
où sont envoyés quelque 620.000 soldats avant le retrait
de 1989, participe à la chute de l'URSS, aux finances exangues
et à l'opinion démoralisée.
Le 27 décembre 1991, douze ans jour pour jour après l'invasion,
le drapeau rouge descend du haut du Kremlin.
Ruiné, l'Afghanistan est aussi plus fracturé que jamais
et la guerre civile ne tarde pas à éclater (1992-1996)
entre factions ethniques. Il ne s'est plus jamais remis de ce sanglant
conflit qui a fait fuir ses élites, créé six millions
de réfugiés et détruit toutes ses infrastructures.
Au-delà de ses frontières, le mythe de l'invincible Armée
rouge est mort, vaincu par le mythe ben Laden.
Arrivé parmi des milliers de combattants musulmans pour soutenir
la résistance, le Saoudien Oussama Ben Laden est "très
charismatique", se souvient le général Azimi, qui
l'a croisé à deux reprises en 1989.
"Quelque soit le commandant qu'il rencontrait, il lui donnait de
l'argent", ajoute-t-il en se remémorant une réunion
qu'il a quittée avec un demi-million de roupies pakistanaises
(7.000 euros) en poche. "Il était respecté par le
Pakistan et les Etats-Unis et surtout, il prenait lui-même part
aux combats personnellement", se rappelle-t-il.
La guerre s'achève et les jihadistes rentrent au pays avec une
"idéologie extrémiste" et la "certitude
qu'ils peuvent vaincre n'importe quelle armée", explique
le général.
C'est ainsi qu'au fil des années 1990 se répand leur soif
de guerre sainte, d'abord à l'intérieur des Etats arabes
puis hors de leurs frontières, jusqu'aux attentats du 11 septembre
2001 aux Etats-Unis commandités par Oussama ben Laden depuis
l'Afghanistan où le régime fondamentaliste des talibans
instauré en 1996 l'a accueilli.
Le 7 octobre 2001, les Etats-Unis bouclent la boucle de l'Histoire,
déclenchant l'Opération "Enduring Freedom" contre
ben Laden et ses alliés talibans.
Aujourd'hui, l'Afghanistan, espère que les "kharajis"
(étrangers en dari) qui se sont tant déchirés autour
de ce pays enclavé, maintiendront la présence et l'aide
indispensables à sa reconstruction balbutiante.
Source : AFP, 27 décembre 2004
MAM
à Kaboul pour la Saint-Sylvestre
Michèle Alliot-Marie, la “dame d’acier”, ministre
de la défense française, fêtera le Nouvel An, comme
c’est devenu son habitude, à Kaboul, auprès des
900 militaires français du Corps européen de l’ISAF,
qui compte en tout 8 400 hommes et femmes. MAM passera deux jours en
Afghanistan, le 30 et le 31 décembre. La dernière fois
qu’elle s’y était rendue, c’était en
septembre. Décidément, elle y a pris goût à
la popote afghane.
25/12/04
- Hamid Karzaï a constitué son gouvernement de diplômés
...et de chefs de guerre
Deux mois après avoir remporté le premier scrutin au suffrage
universel de l’histoire de l’Afghanistan, Hamid Karzaï
a annoncé jeudi la composition de son cabinet qui devra être
confirmé au printemps prochain par l’Assemblée nationale.
Conformément à ses promesses électorales et par
souci d’efficacité, le nombre de ministères a été
réduit, il est désormais de 27 au lieu de 30. Des ministères
ont disparu (ministères des Afghans de la diaspora, de la Reconstruction,
de l’Industrie légère, de la Ville, des Affaires
sociales, de l’Environnement et de l’irrigation, de l’Aviation
civile et du tourisme et de la Planification), leurs attributions ayant
été confiées à d’autres ministères.
D'autres ont été créés : ministère
du Travail, de l’Économie, de la Lutte antidrogue et des
Transports).
Toutefois, la mise à l’écart des ministres issus
du Front uni antitaliban est le fait le plus marquant. En effet, exit
le Maréchal Fahim, Arif Nourzaï, Sayyed Moustafa Kazemi
et Sayyed Hussain Anwari. Ces hommes ont combattu les taliban à
la tête de milices privées qui n’ont pas toutes été
démobilisées. Ils ont été victimes de la
constitution afghane qui réserve les portefeuilles ministériels
aux détenteurs de diplômes de l’enseignement supérieur.
Ces mises à l’écart marquent également la
fin du processus de transition politique lancé à Bonn
en décembre 2001. L’éviction du chef de guerre pashtoune
Gôl Agha Sherzaï participe de cette même dynamique
même s’il ne s’est pas illustré dans la lutte
contre les étudiants en religion. Dans un autre registre, Younous
Qanouni, Hâdji Mohammad Mohaqqeq et Rachid Dostom, trois des principaux
candidats à l’élection présidentielle d’octobre
dernier, n’ont pas été appelés par Hamid
Karzaï. [Sur Younous Qanouni, voir article suivant]
Dans les rangs des technocrates réformateurs, seuls Ramazan Bachardoust
et Ashraf Ghani Ahmadzaï ( tout de même nommé à
la tête de l’université de Kaboul) restent sur le
carreau.
Les
ministères clés
Ministère de la Défense : Général Abdoul
Rahim Wardak
Ministère de l’Intérieur : Ali Ahmad Djalali
Ministère des Finances : Anwar- ul Haq Ahadi
Ministère des Affaires étrangères : Abdoullah Abdoullah
Ministère de la Lutte contre les narcotiques : Habibôllah
Qaderi
Force est de constater que quatre des ministères, dont ceux dont
dépendent les services de sécurité, les plus importants
reviennent à des technocrates pashtounes qui ont étudié
en Occident (aux USA pour la plupart). Ainsi, ils ne semblent pas disposer
de bases sociales solides, ce qui pourrait compromettre leurs actions.
Seul représentant du Front uni, le Docteur Abdoullah Abdoullah
a été reconduit dans ses fonctions de ministre des Affaires
étrangères, portefeuille qu’il détient depuis
décembre 2001. Bismillah Khân, l’ancien chef du front
de la plaine de Shamali, au nord de Kaboul, fait figure de rescapé.
Il a hérité du poste de chef d’état-major
de l’armée.
Autres
portefeuilles
Ministre de l’Économie : Mir Mohammad Amin Farhang
Ministre de l’Éducation: Nour Mohammad Qarqin
Ministre des Frontières et des Affaires tribales : Abdoul Karim
Barawi
Ministre de l’Industrie et des mines : Mir Mohammad Sidiq
Ministre de la Condition féminine : Massouda Djalal
Ministre de la Santé publique : Sayyed Mohammad Amin Fatimi
Ministre du Commerce : Hedayat Amin Arsala
Ministre de l’Agriculture : Abdoullah Ramin
Ministre de la Justice : Sarwar Danesh
Ministre des Télécommunications : Amirzai Sangin
Ministre de l’Information et de la culture : Docteur Sayyed Makhdoom
Rahin
Ministre des Réfugiés : Azam Dadfar
Ministre des Affaires religieuses et du pèlerinage : Nematôllah
Shahrani
Ministre et l’Énergie et de l’eau : Ismaël Khân
Ministre des Martyrs et des handicapés : Sidiqa Balkhi
Ministre de l’Éducation supérieure : Sayyed Amin
Shah Hasanyar
Ministre des Transports : Anayatôlah Kazemi
Ministre du Développement rural : Mohammad Hanif Atmar
Ministre des Travaux publics : Sohrab Ali Safari
Ministre du Logement : Mohammad Youssouf Pashtoune
Ministre du Travail : Sayyed Akramoudin Masoumi
La plupart
de ces noms sont peu connus sur la scène politique afghane. Toutefois,
certains sont très révélateurs de la nouvelle politique
que compte mener le président Karzaï.
Ainsi, il a nommé un réformateur chiite hazara formé
en Iran au ministère de la Justice alors que ce ministère
était le bastion des ultraconservateurs. Le limogeage de Fazl
Hadi Shinwari, le très controversé président de
la Cour suprême, sera un geste dans ce sens.
Apparaît également le nom d’Ismaël Khân,
le seul chef de guerre rescapé de l’administration précédente.
Les réalisations d’Ismaël Khân en matière
de droits de la femme, de droits de l’Homme et de respect des
libertés sont déplorables. Toutefois, il a réussi
de décembre 2001 à septembre 2004 (il a été
démis de ses fonctions de gouverneur de la province d’Hérât
le 11 septembre dernier) à sécuriser Hérât
et sa région, à fortement limiter la culture du pavot
et à reconstruire la ville. Ce sont ces aptitudes que le président
Karzaï a voulu récompenser. En outre, en lui offrant un
poste à Kaboul, il l’écarte définitivement
de son fief de l’ouest afghan.
Source : www.bassirat.net, 23 décembre 2004
Younous
Qanouni veut prendre la tête de l’opposition au régime
Karzaï
Le principal rival politique du président Karzaï, considéré
comme l’héritier du commandant Massoud, a annoncé
samedi qu’il avait renoncé à participer au gouvernement
afin de fonder un parti politique et, ainsi, renforcer le processus
démocratique en Afghanistan.
Younous Qanouni est né en 1954 à Rokha, dans la vallée
du Panjsher, au nord de Kaboul.
En 1981, après avoir obtenu un diplôme en droit islamique
à l’Université de Kaboul, Younous Qanouni rejoint
la résistance et intègre les rangs du Djamiat-e-Islami.
Jusqu’au départ des troupes soviétiques, il est
chargé de représenter le parti auprès de l’ISI,
les services secrets pakistanais, par qui transitent argent et armes
fournis par les États-Unis.
En 1990, las de l’inefficacité des politiciens basés
à Peshawar, Ahmad Shah Massoud décide de mettre sur pied
le Conseil des commandants. Cet organe a pour vocation de transcender
la logique des partis en fédérant des commandants provenant
d’horizons politiques divers. Ahmad Shah Massoud confie la direction
du bureau politique de Peshawar, ainsi que le poste de porte-parole
de ce nouveau Conseil à Younous Qanouni. Il occupe aussi cette
fonction au sein du gouvernement du président Rabbani qui prend
ses fonctions en juin 1992.
Le président Rabbani, pour satisfaire le Pakistan, l’Arabie
Saoudite et l’Iran, accepte, le 7 mars 1993, les Accords de Peshawar
et sacrifie Ahmad Shah Massoud, son ministre de la Défense. En
effet, les Accords, qui marquent l’arrivée au gouvernement
du Hezb-e Islami de Gôlbouddin Hekmatyar, prévoient une
direction bicéphale pour le ministère de la Défense.
Younous Qanouni occupe la place dévolue au Djamiat-e Islami.
C’est dans l’exercice de cette fonction qu’il est
victime, un an plus tard, d’un attentat à la roquette attribué
à Hekmatyar. Soigné à l’hôpital militaire
du Val-de-Grâce, Younous Qanouni reste encore aujourd’hui
affecté d’une légère claudication.
Fin connaisseur de la scène politique afghane, il représente
le commandant Massoud aux réunions qui aboutissent, le 10 octobre
1996 (soit 13 jours après la chute de Kaboul), à la création,
autour d’Ahmad Shah Massoud, de Karim Khalili et de Rashid Dostom,
du Conseil suprême pour la défense de la mère patrie.
Il joue également un rôle important dans la création
le 13 juin 1997 du Front uni national et islamique pour le salut de
l’Afghanistan, dont il devient le ministre de l’Intérieur.
A la disparition du commandant Massoud, Younous Qanouni assure la direction
politique du Front uni. C’est lui qui finalise le rapprochement
initié début 2001 entre le Front uni et Zâher Shah.
Il prend aussi la tête de la délégation du Front
uni qui participa à Bonn à la mise sur pied d’une
autorité intérimaire au sein de laquelle il obtient le
poste de ministre de l’Intérieur.
Au cours de la Loya Jirga de juin 2002, il a longtemps hésité
à accepter le poste de ministre de l’Éducation,
avant de s’y résoudre.
Il était considéré comme le candidat le plus sérieux
face au président Karzaï. Il disposait du soutien du puissant
ministre de la Défense, Mohammed Qasim Fahim, et du ministre
des Affaires étrangères, Abdoullah Abdoullah, avec qui
il prétend poursuivre la politique du commandant Ahmad Shah Massoud.
Il avait choisi comme colistier le pashtoune Tâj Mohammad Wardak
avec qui il entretient des liens de famille, et Sayed Hussain Alemi
Balkhi pour représenter la communauté chiite.
Dernièrement il a été impliqué dans l’affaire
d’une prison clandestine tenue par des citoyens US.
Marié, Younous Qanouni est père de six enfants. Sa famille
vit à New Delhi en Inde.
Source : www.bassirat.net, 26 décembre 2004
Les
USA construisent 4 nouvelles bases militaires, mais jurent qu’elles
“seront exclusivement utilisées par l’armée
afghane”
Alors que la construction d’une base à 45 kilomètres
de la frontière iranienne suscite l’inquiétude à
Téhéran, l’armée US a affirmé que
les bases qu’elle aménage en Afghanistan seront uniquement
utilisées par l’armée nationale afghane.
Dans le cadre du soutien qu’elle apporte à la formation
d’une armée régulière, l’administration
Bush a entrepris la construction de quatre bases militaires à
Mazâr-e Sharif (Nord), Ghourian (Ouest), Kandahâr (Sud)
et dans la province de Paktiâ (Sud-Est). « Ces bases ne
seront pas utilisées par les USA, elles sont construites pour
l'armée nationale afghane », a affirmé le commandant
Mark McCann, porte-parole du contingent US en Afghanistan.
La construction d’une base dans la zone désertique de Holang
(district de Ghourian – province d’Hérât),
a relancé les rumeurs d’une possible attaque de l’Iran
par l’armée US. Devant couvrir 300 hectares, elle se situe
à seulement 45 kilomètres de la frontière iranienne.
En outre, l’armée US dispose, plus au sud, d’une
importante base aérienne à Shindand.
Georges W. Bush a placé l’Iran sur « l’axe
du mal » en compagnie de l’Iraq, dont le sort a depuis été
réglé, et de la Corée du nord. Le programme nucléaire
mené par Téhéran et le rôle supposé
de certains cercles conservateurs iraniens en Irak ont contribué
à renforcer cette hypothèse même si, par ailleurs,
des signes de détente diplomatique laissent entrevoir l’espoir
d’une normalisation des rapports entre Washington et Téhéran.
En attendant, l’heure et à l’endiguement de la menace
iranienne. Il y a près d'un mois, le général John
Abizaid, qui dirige le Commandement central de l'armée US, qui
comprend l'Afghanistan, avait mis en garde l'Iran contre la tentation
d'exploiter la mobilisation des forces US en Iraq et en Afghanistan.
Il avait assuré que les forces armées US n'étaient
pas « surdéployées », ajoutant: « Nous
pouvons produire plus de puissance militaire par centimètre carré
que n'importe qui d'autre au monde, et tout le monde le sait. »
« Et si jamais vous réfléchissez à notre
capacité nucléaire, vous comprendrez que tout le monde
doit clairement prendre conscience qu'aucune puissance au monde ne peut
faire militairement concurrence aux USA », avait-il encore déclaré
au quotidien USA Today.
Mardi à Washington, Zalmay Khalilzad, l’ambassadeur (d’origine
afghane) des USA en Afghanistan, a estimé que l’Afghanistan
pourrait indéfiniment avoir besoin de certaines troupes étrangères.
« Il pourrait y avoir indéfiniment une présence
résiduelle, soit via l'OTAN, soit dans un cadre bilatéral
», a-t-il estimé au regard des progrès faits par
les organes de sécurité afghans.
Source : Reuters et AFP , décembre 2004
La
récolte d’opium 2005 sera bonne
Le cauchemar des talibans s’éloigne de plus. Imaginez que
ces méchants barbus s’étaient mis en tête
d’éradiquer la culture du pavot, au risque de priver les
clients du monde démocratique et riche de leur poudre blanche
! Heureusement, tout ça, c’est bien fini. La récolte
de pavot sur plus de 200 000 hectares en 2005 devrait donner environ
5 000 tonnes d’opium, soit environ 1 000 tonnes de plus qu’en
2004. Les marchés devraient donc être approvsionnés
de manière satisfaisante en héroïne, de Moscou à
San Francisco. Ces chiffres ont été donnés par
Oleg Kharichkine, chef du Service fédéral russe de contrôle
des drogues, qui précise que 70 laboratoires transforment l’opium
en héroïne dans le sud du Tadjikistan et le Nord de l’Afghanistan.
Au terme d’un accord qui vient d’être conclu, les
garde-frontières russes seront remplacés d’ici un
an à la frontière tadjiko-afhane par des militaires locaux.
Interrogé pour savoir si cela ne l’inquiétait pas,
le “tsar de la drogue” russe a répondu que non. Les
consommateurs de la grande Russie pourront être approvisoonnés
comme de coutume.
Source : Pak Tribune, 23 décembre 2004
20/12/04
- OVNI contre pavot : les Martiens attaquent !
Mais qui donc a attaqué ? Les Américains et les Britanniques
ayant démenti l'avoir fait, il ne reste plus qu'une explication
: c'était un coup des Martiens ! L'affaire remonte à la
mi-novembre : un Objet volant non-identifié asperge de produits
herbicides des champs de pavot (utilisé pour fabriquer l'opium
et l'héroïne) dans deux districts afghans de la province
orientale de Nangarhar. Résultat : toutes les récoltes,
et pas seulement de pavot, ont été détruites et
les paysans sont tombés malades. Le président Karzaï
a pris l'affaire très au sérieux et a interrogé
les ambassades US et britannique, qui lui ont répondu qu'elles
partageaient son opposition à l'aspersion de champs de pavot
par des herbicides. Alors, qui a aspergé les champs afghans ?
Source : AP, 30 novembre 2004
15/12/04
- Un taliban présumé proche du mollah Omar capturé
dans le Sud
Le mollah Nakibullah Khan, commandant taliban présumé
proche du leader spirituel du mouvement, le mollah Mohammad Omar, toujours
en fuite, a été interpellé dans la province de
Kandahar (au sud de l'Afghanistan), a indiqué, mardi 13 décembre,
un responsable de la police locale. "Le mollah Nakibullah Khan,
qui était le commandant taliban en charge de la région
de Kandahar avec le mollah Qayoom Ahanger a été arrêté
hier (lundi) vers 9 heures" (3 heures 30 à Paris), a indiqué
ce responsable sous couvert d'anonymat. Le mollah Khan aurait été,
par le passé, le chef de la sécurité du mollah
Omar. Qayoom Ahanger est, pour sa part, soupçonné de l'assassinat
de plusieurs responsables électoraux.
Source : AFP, 14 décembre 2004
20/11/04
- Un "narco-État"
La production d'opium en Afghanistan a connu une augmentation dramatique
en 2004 (plus 64 %), avec le risque à terme que ce pays se transforme
en « narco-État », selon un rapport de l'Office des
Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC) rendu public jeudi
à Bruxelles. « En Afghanistan, la drogue représente
désormais un danger précis et actuel », a déclaré
le directeur de l'UNODC, Antonio Maria Costa, en présentant à
la presse le rapport 2004 des Nations unies sur la production de drogue
en Afghanistan. « La crainte que l'Afghanistan ne dégénère
dans un narco-État devient une réalité »,
a-t-il prévenu, cité dans un communiqué.
En quelques années, l'Afghanistan a accédé à
la place de leader mondial pour la culture du pavot avec des récoltes
record cette année. Cette culture s'est désormais étendue
aux 32 provinces de l'Afghanistan pour une valeur estimée à
environ 2,8 milliards de dollars, soit l'équivalent de 61 % du
produit intérieur brut de l'Afghanistan en 2003, ajoute-t-on
de même source.
« Il ne fait aucun doute que l'on peut parler d'une narcoéconomie
», a affirmé M. Costa, qui profite entre autres aux chefs
de guerre et alimente le terrorisme.
Le rapport incite le président élu Hamid Karzaï à
poursuivre quatre objectifs en 2005 : une campagne significative d'éradication,
la poursuite des trafiquants, la lutte contre la corruption officielle
et le renforcement des structures de lutte contre la drogue. On a le
droit de rêver...
Source : L'Orient-Le Jour, 19 novembre 2004
11/10/04
- Pour l’OSCE, “tout va bien”
L'Organisation pour la sécurité et la coopération
en Europe (OSCE) a jugé "injustifiée" dans un
communiqué publié dimanche la demande d'annulation de
l'élection présidentielle faite par l'opposition afghane
à la suite d'irrégularités présumées
dues à l'utilisation d'une encre effaçable pour marquer
les électeurs ayant voté.
Au moins deux des 15 candidats opposés au favori, le sortant
Hamid Karzaï, semblaient d'ailleurs enclins à accepter un
compromis, en réclamant la mise en place d'une commission indépendante
chargée de trancher la question.
Ainsi, le candidat Mohammed Mohaqeq a exigé devant la presse
"que les Nations unies forment une commission indépendante
comprenant des représentants des candidats, pour enquêter
sur cette histoire d'encre et décider". "Si le résultat
de l'enquête est satisfaisant, alors la commission pourra décider
que les élections étaient légitimes. Sinon, alors
le vote n'était pas légitime", a-t-il conclu.
De leur côté, des milliers de personnes employées
pour le scrutin ont entamé le long dépouillement des résultats
de la première présidentielle de l'histoire du pays. Les
bulletins étaient acheminés dimanche dans huit centres
de comptage du pays. Les responsables du processus estimaient que les
tout premiers résultats partiels pourraient être disponibles
dimanche soir ou lundi matin.
"Je ne pense pas qu'on verra une tendance se dégager sur
le nom du vainqueur avant une semaine", a estimé le porte-parole
de la commission électorale, Aykut Tavsel. Le résultat
définitif officiel pourrait ne pas être annoncé
avant le 30 octobre.
Source : AP, 10 octobre 2004
14/09/04 - Manifestations
meurtrières à Herat après le limogeage d’Ismaël
Khan
Des militaires américains et afghans contrôlaient hier
soir la capitale de la province afghane d’Herat, après
le limogeage par le gouvernement de l’homme fort de la région
Ismaël Khan, qui a provoqué la mort de trois personnes dans
des manifestations.
Malgré le déploiement sur place d’au moins mille
soldats de l’armée régulière, fidèle
au président Hamid Karzaï, le pouvoir central n’a
cependant pas pu éviter que ces manifestations dégénèrent.
Selon un médecin de l’hôpital central d’Herat,
le docteur Samin, au moins quatre personnes sont mortes et 50 autres
ont été blessées dans ces manifestations, qui ont
notamment débouché sur l’attaque de deux bâtiments
des Nations unies.
Après l’annonce du limogeage du Tadjik Ismaël Khan,
ancien combatttant de la résistance antisoviétique qui
régnait sans partage sur la province, des manifestants étaient
descendus dans la rue dès samedi, appelant « à la
mort » du président Karzaï et « des Américains
». De nouveaux troubles avaient éclaté hier lorsque
200 à 300 personnes s’en étaient prises aux locaux
de la Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (UNAMA)
et du Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR). À
la mi-journée des soldats américains ont été
déployés dans la zone et repris le contrôle des
bâtiments.
Samedi, le président Hamid Karzaï avait démis de
ses fonctions l’émir autoproclamé d’Herat
Ismaël Khan. Il l’avait en même temps nommé
par décret à un poste de ministre que ce dernier a refusé.
Hier, le président Karzaï a une nouvelle fois appelé
le gouverneur, son « frère », à rejoindre
son gouvernement. Ce dernier est resté chez lui à Herat,
sans faire de commentaires.
Source : L’Orient-Le Jour, 13 septembre 2004
12/08/04 - 17
candidats face à Karzaï lors de l'élection présidentielle
Dix-huit
candidats ont été retenus pour participer à la
première élection présidentielle de l'histoire
de l'Afghanistan, le 9 octobre, dont le président sortant
Hamid Karzaï et son ancien ministre de l'Éducation tadjik
Yunus Qanooni, a annoncé hier la commission électorale.
Outre Karzaï et Qanooni, son principal adversaire, la liste
définitive comprend le général ouzbek Abdul
Rashid Dostam, un des plus puissants chefs de guerre d'Afghanistan,
un leader de la milice du Hezb-i Wahdat, le chiite hazara Mohammed
Mohaqiq, ou encore le poète laïc Abdul Latif Pedram.
Massouda Jalal, la seule femme candidate, figure également
sur la liste.
Le président sortant Hamid Karzaï se présente comme candidat
indépendant, avec comme colistiers aux postes de vice-présidents
Ahmed Zia Massoud, frère du héros de la résistance antisoviétique
Ahmed Shah Massoud, et Karim Khalili, leader du principal parti représentant
la minorité chiite hazara. Il devra surtout affronter Yunus Qanooni,
qui a obtenu le soutien officiel du puissant ministre de la Défense
et homme fort du régime, Mohammed Qasim Fahim, principal chef militaire
de l'Alliance du Nord, et du ministre des Affaires étrangères
Abdullah Abdullah. Cette coalition dirigée contre Karzaï pourrait
par ailleurs s'élargir dans les jours qui viennent, alors que d'intenses
négociations sont toujours en cours entre chefs de guerre pour s'unir
contre lui. Abdul Latif Pedram, qui brigue aussi la présidence, a indiqué hier
que ces négociations pourraient amener certains candidats à se
ranger derrière un seul postulant.
Vingt-trois candidatures avaient été officiellement enregistrées
fin juillet. Cette liste « provisoire » avait été passée
au peigne fin pour vérifier si les postulants respectaient les exigences
de la Constitution. La loi exigeait notamment que les candidats démissionnent
de leurs fonctions au sein du gouvernement ou de l'État à l'exception
du président , ne poursuivent pas « d'objectifs contraires à l'islam
et à la Constitution », « n'incitent pas aux discriminations » et
ne soient pas « soutenus par une organisation militaire non officielle » ou
des fonds venus de l'étranger. Pendant la campagne officielle d'un mois
qui démarrera le 7 septembre, certains devront cependant répondre
de leur passé et de leur présent. « Nous croyons que les électeurs
vont démontrer leur sagesse le jour de l'élection et nous les
encourageons à s'informer d'eux-mêmes sur le passé des
candidats, leurs propositions et leur personnalité », écrit
la commission, constituée de représentants afghans et des Nations
unies, dans un communiqué.
Source : L'Orient-Le Jour, 11 août 2004
10/08/04 - Drogue,
corruption, seigneurs de la guerre et talibans : l’Afghanistan
sur la corde raide
Interview de Mariam Abou Zahab par Émilie SUEUR, L’Orient-Le Jour,
9 août 2004
Il fut un temps où l’Afghanistan faisait la manchette des quotidiens,
l’ouverture des journaux télévisés. Ce temps-là était
celui de l’avant-guerre d’Irak. Aujourd’hui, les projecteurs
sont tournés vers Bagdad et les attentats qui ensanglantent son quotidien.
Projeté dans l’ombre de l’actualité irakienne, l’Afghanistan
tente de renaître de ses cendres. Une entreprise bien difficile alors que
les seigneurs de la guerre mènent encore le bal, que le pavot fleurit à nouveau
abondamment sur les terres afghanes et que l’insécurité règne
en maître. À tel point qu’une commission parlementaire britannique
tirait, il y a dix jours, la sonnette d’alarme : à moins qu’un
renfort de troupes et des ressources supplémentaires soient rapidement
dépêchés, l’Afghanistan va probablement imploser. À deux
mois de l’élection présidentielle, la première depuis
la chute du régime des talibans, Mariam Abou Zahab, chargée de
l’enseignement à l’Institut d’études politiques
de Paris et spécialiste de la région, fait le point sur le dossier
afghan.
Jeudi dernier, le président afghan Ahmad Karzaï surprenait son monde
en annonçant l’évincement de son ministre de la Défense,
le maréchal Mohammed Qasim Fahim, un des hommes forts de l’Alliance
du Nord. Comment expliquez-vous cette décision ?
« Par les pressions de la communauté internationale, ou plutôt
des États-Unis ! L’éviction de Fahim était nécessaire
pour donner de la crédibilité à la volonté de Karzaï de
désarmer les seigneurs de la guerre et les milices locales qui leur sont
liées. Fahim est en effet le principal obstacle au désarmement
des milices. Le maréchal dispose en outre de ressources financières
conséquentes, puisqu’il a la haute main sur la spéculation
immobilière à Kaboul. »
Quelles
sont les conséquences pour Ahmed Karzaï de cet évincement
?
« Cela risque de rendre son élection plus difficile au premier tour.
En mai dernier, Karzaï avait obtenu le soutien de plusieurs personnalités
qui avaient accepté de ne présenter aucun candidat contre lui.
Avec la mise à l’écart de Fahim, cet accord devient caduc.
Certes, le choix de Ahmed Zia Massoud (frère du célèbre
commandant Ahmed Shah Massoud) comme vice-président permet à Karzaï de
s’assurer un soutien panchiri, car Ahmed Zia bénéficie
de l’aura de son frère et surtout, il est favorable à l’entrée
au gouvernement des “talibans modérés”.
Mais la candidature du seigneur de la guerre Abdul Rachid Dostom (favorable à un
gouvernement fédéral décentralisé et opposé à l’hégémonie
pachtoune), qui va recueillir les voix ouzbèkes, reste très gênante
pour Karzaï. Autre candidature embarrassante pour Karzaï, celle de
Younous Qanooni, ex-ministre de l’Éducation, qui bénéficie
du soutien de Fahim et d’Abdullah Abdullah, ministre des Affaires étrangères.
En choisissant comme colistiers un pachtoun, Taj Mohammed Wardak, et un chiite,
Halimi Balkhi, Qanooni peut rassembler sur son nom un nombre de votes plus
large que l’électorat tadjik. »
Quel
est effectivement aujourd’hui le pouvoir de ces seigneurs de
la guerre ?
« Le désarmement des milices de ces seigneurs de la guerre progresse
très lentement et leur pouvoir d’opposition reste très fort.
Ils ont en outre reçu (et continuent à recevoir dans une certaine
mesure), de la part des États-Unis, des armes et de l’argent pour
combattre les talibans. Autant de ressources qu’ils utilisent aussi pour
remobiliser leurs réseaux de clientélisme qui contrôlent
la terre, les douanes, le trafic de stupéfiants et toutes les activités
de contrebande.
Ces seigneurs de la guerre ont en outre détourné à leur
profit l’aide internationale en créant des ONG et en décrochant
des contrats internationaux. Aujourd’hui, ils dominent complètement
le secteur de la construction car ils disposent, grâce au trafic de drogue,
de gros capitaux. Vingt-huit provinces sur 32 cultivent aujourd’hui le
pavot alors que cette culture était limitée, traditionnellement, à 4
ou 5 provinces. Les revenus engendrés par le trafic de drogue représentent
actuellement la moitié du PNB afghan et plus de 5 fois le budget du
gouvernement. De quoi assurer aux trafiquants une réelle indépendance
vis-à-vis du pouvoir central.
Ces seigneurs de la guerre bénéficient également du soutien
des pays voisins, l’Iran pour Ismaïl Khan, le chef d’Herat,
et l’Ouzbékistan pour Rachid Dostom. »
La
semaine dernière, Médecins sans frontières décidait
de quitter l’Afghanistan, après 24 ans de présence
ininterrompue, en raison de l’insécurité. Comment
analysez-vous cette décision ?
« Les ONG dénoncent la confusion militaire-humanitaire pratiquée
par les États-Unis (entre autres les fameuses Provincial Reconstruction
Teams, des organismes liés à l’armée qui créent
l’ambiguïté) qui met en danger l’indépendance
et la vie des humanitaires. Perçues comme travaillant pour les Américains,
les ONG deviennent des cibles.
Par ailleurs, nous assistons à une prolifération d’ONG
plus ou moins sérieuses en raison de l’afflux de donations sur
certains dossiers. Les projets sur les femmes sont ainsi particulièrement
porteurs. On recense ainsi aujourd’hui environ 2 000 ONG (locales et étrangères)
en Afghanistan, dont certaines ont une connaissance nulle du pays. D’où beaucoup
de gaspillage et d’erreurs, sources de manifestations d’hostilité de
la part de la population qui considère que tout cet argent pourrait être
mieux dépensé.
Il faut savoir en outre que toutes les attaques contre des ONG ne sont pas
le fait des talibans, loin de là. Les talibans sont absents du Nord
et les attaques contre MSF semblent plutôt liées à des
rivalités locales entre commandants locaux.
À cela, il faut ajouter un accroissement de la criminalité et ce
d’autant plus que la police et la justice étant inexistantes, inefficaces
ou corrompues, les voleurs et autres délinquants sont quasiment assurés
de l’impunité. »
Quel
est le pouvoir des talibans ?
« Dans les régions du Sud (Kandahar, Helmand, Zabul, Uruzgan et
en partie Ghazni), le soutien aux talibans augmente fortement pour plusieurs
raisons : le comportement des militaires américains envers la population
et les bavures, les arrestations arbitraires et les mauvais traitements dans
les prisons gérées par l’armée US ou les mercenaires
privés, l’implication des États-Unis dans les luttes de factions
locales (les Pachtouns savent très bien se servir des Américains
contre leurs rivaux qu’ils présentent comme des talibans), le fait
que le gouvernement Karzaï semble totalement impuissant et inféodé aux
US, la sécheresse persistante, la pauvreté...
Les attaques des talibans visent surtout les soldats et les policiers afghans
qu’ils voient comme des collaborateurs d’un gouvernement qu’ils
considèrent comme illégitime. »
Quel
est le sentiment des Afghans sur le scrutin présidentiel ?
« Les Afghans pensent que le résultat des élections a été décidé d’avance à Washington
et que le seul objectif du scrutin est de légitimer Karzaï en lui
accordant la stature d’un président élu démocratiquement.
Ils ont aussi bien compris qu’il était important pour George W.
Bush que les élections afghanes aient lieu avant les élections
américaines. Ces élections répondent plus à des objectifs
de politique extérieure qu’aux intérêts afghans.
Cette semaine, l’Onu a déclaré que quelque 90 % des électeurs
potentiels pour l’ensemble de l’Afghanistan avaient déjà été enregistrés.
Ces déclarations me semblent toutefois suspectes. Je pense que les trafics
de cartes électorales et les inscriptions multiples sont très
répandues dans le Nord où les femmes (et les enfants) vont être
mobilisés pour voter afin de faire barrage à Karzaï. Les
seigneurs de la guerre de cette région rejettent en effet le système
présidentiel qui signifie une hégémonie pachtoune, et
souhaitent un système parlementaire décentralisé permettant
d’accroître le poids des minorités.
Les Pachtouns du Sud n’ont compris que très tardivement l’enjeu
du scrutin. Ils se sont réveillés, mais, selon diverses estimations,
ils ne représentent toujours que 15 à 20 % des inscrits.
Si la participation est faible et si les Pachtouns sont peu représentés
dans le gouvernement suivant (les anciens commandants de l’Alliance du
Nord dominent encore tous les ministères pour le moment), les élections
auront un effet déstabilisateur. Or, la participation risque effectivement
d’être faible à cause de l’insécurité qui
va aller croissant à l’approche du scrutin. »
La
communauté internationale a-t-elle oublié l’Afghanistan
?
« La communauté internationale, à l’instar de l’Onu,
a effectué un investissement minimaliste en Afghanistan, et ce surtout
en matière de sécurité. L’implication internationale
est, par exemple, plus faible qu’au Timor ou au Kosovo, et les Afghans
doivent prendre en main leur reconstruction. La mobilisation massive des ressources
annoncée à Tokyo (lors de cette conférence, en janvier 2002,
une soixantaine de pays s’étaient engagés à fournir à l’Afghanistan
une aide de 4,5 milliards de dollars sur 5 ans, ndlr) ne s’est pas matérialisée.
L’ISAF (la force internationale d’assistance pour la sécurité)
n’est jamais vraiment sortie de Kaboul, il n’y a pas de force de
police étrangère et l’Otan est très réticente à envoyer
des troupes supplémentaires pour assurer la sécurité pendant
les élections. De plus, l’ISAF et les États-Unis ne s’occupent
pas du tout du dossier de la drogue. »
Comment
a évolué la société afghane depuis la
chute des talibans ?
« Le gouvernement n’a pas été capable d’améliorer
le niveau de vie ni surtout la sécurité. La priorité de
la coalition est la lutte contre le terrorisme (el-Qaëda et accessoirement
les talibans), alors que la priorité des Afghans est le désarmement
des milices, le maintien de l’ordre et la fin des luttes de factions.
Les écoles ont rouvert en ville, mais beaucoup de familles sont trop
pauvres pour y envoyer leurs enfants. Beaucoup d’hommes ne travaillent
pas car toxicomanes ou handicapés. Les veuves doivent envoyer leurs
enfants travailler pour que la famille survive. Les adolescentes sont rapidement
mariées pour avoir une bouche de moins à nourrir et recevoir
l’argent de la dot. Le logement est aussi un sérieux problème à Kaboul.
Les réfugiés qui rentrent dans la capitale s’entassent
dans des logements minuscules pour des loyers faramineux ».
Et
en ce qui concerne plus spécifiquement la condition des femmes
?
« On recense beaucoup de projets sur les femmes, mais pas toujours réalistes.
Il faut également souligner que les femmes continuent de porter le chaderi
non par peur des talibans comme l’assurent souvent les journalistes occidentaux,
mais parce que la très grande majorité d’entre elles l’a
toujours porté et qu’elles ne voient pas pourquoi on les obligerait à l’enlever
aujourd’hui. Même les plus féministes trouvent qu’on
veut aller trop vite dans le processus d’émancipation, un concept
lié à l’époque soviétique, donc particulièrement
sensible.
Par ailleurs, les jeunes femmes rentrées d’Iran ont beaucoup de
mal à s’adapter au mode de vie afghan. En Iran, elles étaient
scolarisées et pouvaient sortir et travailler. En Afghanistan, elles
se retrouvent enfermées et l’on enregistre beaucoup de suicides.
Les femmes ont toutefois obtenu 25 % des sièges à la chambre
basse du Parlement et 16 % à la chambre haute, ce qui est révolutionnaire.
Il n’est toutefois pas certain que ces sièges seront pourvus. »
Et
au niveau des réformes institutionnelles ?
« Elles avancent très lentement. Rien n’a été fait
dans le domaine de la justice par exemple. L’Administration est très
faible et extrêmement corrompue, les policiers “formés” par
l’Isaf sont peu performants. La tenue de la Loya Jirga et l’adoption
de la Constitution peuvent être considérés comme des succès,
mais la suite est moins brillante. Les seigneurs de la guerre bloquent toujours
tout. »
16/07/04 - Les “justiciers
privés” de Kaboul : de vrais-faux sous-traitants de
la CIA ?
Les trois "justiciers solitaires" américains arrêtés
la semaine dernière à Kaboul ont reçu l'aide involontaire
de la Force internationale d'assistance à la sécurité (Isaf),
trompée par ces hommes qui avaient monté un centre de détention
clandestin.
" Nous leur avons fourni une assistance", a dû admettre mercredi
un porte-parole de l'Isaf, le commandant Chris Henderson.
Les trois hommes, dont les motivations restent encore entourées de mystère,
avaient été arrêtés le 5 juillet, en compagnie de
quatre Afghans, par les services secrets afghans (NDS).
Agissant de leur propre initiative, selon les autorités afghanes et américaines,
les trois hommes et leurs complices avaient détenu en toute illégalité au
moins huit personnes dans un cachot aménagé dans une maison.
Selon des témoignages recueillis par l'AFP, l'Isaf a participé le
24 juin à l'arrestation de ces huit prisonniers, fournissant une équipe
cynophile de détection d'explosifs pour inspecter la maison où ils
avaient été arrêtés.
Le "chef" de l'équipe américaine, Jonathan K. Idema,
alias Jack, "s'est présenté à nous comme un membre
des forces spéciales. Il en portait l'uniforme et se comportait de la
même manière", disposant de multiples contacts au sein de l'Isaf,
notamment avec une cellule de liaison opérationnelle, a expliqué le
commandant Henderson, plaidant une erreur commise de bonne foi.
L'Isaf a fourni une aide aux trois hommes à trois reprises au cours d'opérations
dans Kaboul, les 20, 22 et 24 juin. "A chaque fois, ils avaient arrêté un
petit groupe de personnes dans des maisons privées", selon le commandant
Henderson, et dans deux cas, des traces d'explosifs ont été détectées.
Aucune de ces affirmations n'a été confirmée de source indépendante,
ni d'ailleurs la version officielle avancée par les autorités afghanes
et américaines.
Se disant membre d'une mystérieuse "Task Force Sabre 7", les
trois Américains et leurs collaborateurs afghans opéraient sous
couvert du faux nom d'une société d'import-export, d'après
le ministère afghan de l'Intérieur, assurant qu'ils "n'avaient
de lien légal avec personne".
Visiblement embarrassée, et comme pour prévenir le scandale, l'ambassade
américaine avait publié début juillet une mystérieuse
mise en garde contre Jonathan K. Idema, avant même l'annonce de son arrestation.
" Jack", Bent Bennett et un certain Karabalo, seraient actuellement
toujours détenus quelque part en Afghanistan.
Avec l'implication de l'Isaf, le mystère de la "Task force sabre
7" prend une nouvelle dimension. L'identité exacte des trois hommes
et la nature réelle de leurs activités "anti-terroristes",
restent inconnues. Aucun lien n'a été formellement établi
avec la CIA ou une autre agence américaine.
Mais leur comportement évoque en de nombreux points une telle appartenance,
selon les témoignages concordants du voisinage de leur cachot clandestin,
de deux de leurs prisonniers ou encore des proches de ces détenus: leurs
connections avec les services de sécurité afghans, le professionnalisme
de leurs modes d'action, jusqu'à l'emploi de traducteurs afghano-américains.
" Jack", sulfureux personnage, connu pour avoir "conseillé" l'Alliance
du Nord fin 2001 au moment de l'offensive américaine contre le régime
des talibans, et son équipe ont agi comme le font aujourd'hui, à Kaboul
et dans tout le pays, une multitude d'agents plus ou moins secrets et contractants
privés travaillant pour le compte de la coalition en Afghanistan.
Circulant surarmés à bord de 4X4 aux vitres fumées, accompagnés
de soldats afghans, ces mercenaires très peu discrets ont aujourd'hui
pignon sur rue dans la capitale afghane.
Source : AFP, 14 juillet 2004
12/07/04
- Des "Rambos" privés arrêtés à Kaboul
Des militaires afghans ont fait irruption lundi dernier dans un appartement privé du
quartier de Kart-e-Parwan à Kaboul et ont arrêté 3 citoyens
US et 4 Afghans qui avaient constitué une équipe privée
de "chasseurs de terroristes". Les militaires ont libéré les
8 prisonniers afghans du groupe, qui étaient suspendus au plafond, la
tête en bas, et portaient des marques de coups. Cette fine équipe était
dirigée par Jonathan K. Idema, un ex-Béret vert, qui a été arrêté.
Vêtus d'uniformes de l'armée US et armés des armes de dotation
de l'armée US, les "Rambos" de Kaboul procédaient à des "arrestations" en
se faisant passer pour les militaires officiels US. Idema faisait l'objet d'un
avis de recherche des forces US, qui le définissait comme "armé et
dangereux". Il avait fait parler de lui en combattant aux côtés
de l'Alliance du Nord à partir d'octobre 2001 et en servant de "guide" aux
médias occidentaux. Il a même publié un livre sur Al Qaïda
et les talibans. La seule question qui se pose est celle-ci : pour qui travaillaient
Idema et sa bande ? Qui les payait ?
Source : il manifesto, Rome, 9 juillet 2004
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